Ubuesque

Depuis quelques mois, dans les pays où les vaccins contre le covid 19 sont disponibles, on avait l’impression que les choses allaient en s’améliorant, que peut-être on verrait le bout du tunnel dans un avenir pas trop lointain. On savait bien que le reste du monde n’était pas tiré d’affaire, que les chiffres en Europe, à nouveau, n’étaient pas bons. Et finalement, le répit sera-t-il de très courte durée, avec l’arrivée d’Omicron, ce nouveau variant qui inquiète et qui donne d’un coup l’impression qu’on est revenu à la case départ ? Voici ce qu’on pouvait entendre ce matin aux infos à la radio.

Transcription:

Le monde ne peut pas être hermétique (1) face au nouveau variant du Covid. Déjà détecté aussi en Australie, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en République Tchèque, Omicron le sera sans doute en France dans les prochains jours. Les pays multiplient les restrictions pour s’en protéger au mieux (2), on va y venir, mais il y a encore des situations ubuesques (3) : hier matin, à Amsterdam, 61 passagers en provenance d’Afrique du Sud ont été testés positifs à leur arrivée, sur 600 passagers qui sont restés entassés (4) ensemble durant de longues heures. Un véritable cluster en puissance (5), comme le raconte un passager français, Anatole Kramer :

« Nous sommes restés six heures dans l’avion avec les gens qui commençaient à s’agiter (6) et à circuler sans masque. Et puis on a fini par nous donner l’autorisation de débarquer pour nous envoyer dans une partie isolée de l’aéroport, pour que l’ensemble des passagers soient testés. Rien n’a été organisé : pas de gel mis à disposition (7), pas de masques mis à disposition. On était 300 par salle d’attente (8), serrés les uns contre les autres (9). On n’avait pas mangé depuis donc le matin, 8 h, et ils ont fini (10) à 18 h par nous apporter des sandwichs dans des cageots (11), des sandwichs sans emballage individuel. On a tous plongé les mains dans les mêmes cageots, c’était effarant (12) ! Le résultat des tests a mis dix heures à arriver : 10 % des passagers est positif (13). On a passé la journée ensemble, collés les uns contre les autres. Je suis moi-même très inquiet parce que j’ai vu des gens qui ont été déclarés positifs avec qui j’ai discuté et qui m’ont postillonné (14) dessus. Là, je fais extrêmement attention. Je me lave les mains, je garde mon masque en toutes circonstances (15) et j’ai prévu de me faire tester lundi. C’est une bombe à retardement (16) qui pourrait se disséminer dans l’ensemble de l’Europe, ouais. »

Témoignage édifiant (17), recueilli par Benjamin R.

Des explications :

  1. être hermétique (à quelque chose) : parfaitement fermé, qui ne laisse pas entrer l’air ou l’eau par exemple.
    On peut employer cette expression au sens figuré en parlant de quelqu’un : Il est hermétique à la poésie signifie qu’il n’est pas sensible du tout à la poésie, qu’il ne la comprend pas ni ne l’apprécie.
  2. au mieux : le mieux possible. On dit souvent : Fais au mieux, pour encourager quelqu’un qui a à prendre une décision difficile, à faire quelque chose de compliqué;
  3. ubuesque : on emploie cet adjectif pour décrire une situation ridicule, absurde, grotesque, invraisemblable. Ce mot vient du nom d’un personnage de la pièce de théâtre Ubu Roi écrite en 1896 par un écrivain français, Alfred Jarry. Ubu y est un roi despotique, cruel et ridicule. Donc ubuesque signifie à la manière de Ubu.
  4. entassés : très serrés et sans organisation.
  5. un cluster en puissance : une situation qui a de fortes chances de devenir un cluster. Tous les signes montrent que cela va arriver.
  6. commencer à s’agiter : perdre patience, s’impatienter et donc perdre son calme.
  7. mis à disposition : donné, rendu disponible
  8. par salle d’attente : dans chaque salle d’attente
  9. serrés les uns contre les autres : très près les uns des autres, sans espace entre les gens
  10. Ils ont fini par nous apporter à manger : après une longue attente / un très long moment, ils nous ont enfin apporté à manger.
  11. un cageot : on y transporte en général des légumes ou des fruits.
  12. effarant : effrayant et choquant
  13. 10% est positif : 10% est plutôt suivi du pluriel : 10% des passagers sont positifs.
  14. postillonner : envoyer des postillons, c’est-à-dire des gouttelettes de salive, en parlant.
  15. en toutes circonstances : dans toutes les situations, quelles qu’elles soient.
  16. une bombe à retardement : une bombe programmée pour exploser plus tard. Donc on utilise cette image pour décrire un événement qui aura des conséquences très négatives quasi certaines dans un avenir plus ou moins proche.
  17. un témoignage édifiant : un témoignage instructif, qui montre tout ce qu’il ne fallait pas faire.

Comment dire (ou écrire en toutes lettres) les chiffres mentionnés :
61 passagers : soixante-et-un passagers
600 passagers / 300 : six cents passagers / trois cents
8h : huit heures / 18h : dix-huit heures. Ce sont des horaires, pas des durées, donc en général, on les écrit avec juste un « h ».
10% : dix pour cent. On écrit le symbole des pourcentages dans la majorité des cas. Côté prononciation, vous entendez que le « x » à la fin de dix n’est pas prononcé, ce qui est le cas le plus fréquent, comme chaque fois que le mot qui suit 10 commence par une consonne. Cependant, certains Français le prononcent quand même avec « pour cent ». Même chose avec six : 6%

Des mots fabriqués comme ubuesque :
titanesque : qui fait référence à un titan. Par exemple : Le barrage des Trois Gorges en Chine est une entreprise titanesque, c’est-à-dire qui a nécessité des efforts énormes dignes d’un titan.
dantesque : qui fait référence à l’oeuvre de Dante, avec sa peinture sombre et grandiose de l’enfer. Par exemple : Ils ont été pris dans une tempête dantesque. / La situation était dantesque. / Des conditions de voyage dantesques / C’était une vision dantesque
gargantuesque : qui fait référence au personnage de Rabelais, Gargantua, connu pour son très grand appétit. Par exemple : Ils nous ont servi un repas gargantuesque, c’est-à-dire énorme, hors des normes.

Le lien vers le journal de 8h du 28 novembre sur France Inter.

Affaire à suivre, comme toujours depuis le début de cette pandémie qui dure, qui dure… Continuez à travailler votre français, pour être prêts à venir ou revenir nous voir en France quand tout cela sera derrière nous !
Tenez bon.

A bientôt.

La lettre bleue

Je voulais partager cette lecture avec vous le 11 novembre dernier – et même le 11 novembre de l’année précédente ! Mais je n’avais pas pris le temps de préparer ce petit billet. Le voici donc aujourd’hui quand même, parce que ce petit livre tout simple, dans son joli format carré, est magnifique et que dans le fond, il parle de toutes les guerres et de ce qu’elles font aux enfants, directement ou indirectement. Les vies ôtées, les vies bouleversées. La vie qui continue aussi, à jamais changée pour tous ces petits qui n’ont pas eu ou n’ont pas la chance de grandir dans un monde en paix.

On est en 1917, c’est l’automne, dans un village tranquille, loin des tranchées. Rosalie a cinq ans et demi, l’âge où on ne sait pas encore lire mais où on comprend tout. Elle grandit sans son père, envoyé au front comme des millions de jeunes hommes, dont la présence ne se manifeste qu’à travers les lettres qu’il envoie à sa femme et à sa fille.

Les mots de Timothée de Fombelle disent l’absence, le manque, la tristesse. Ils disent aussi, comme toujours, les espoirs et la vitalité propres à l’enfance, les petits bonheurs imprévus, le grand pouvoir de l’imagination. Et on comprend peu à peu ce qui anime cette petite fille très émouvante, entourée de sa mère, ouvrière, d’un instituteur revenu de la guerre amputé et du grand Edgar qui « n’écoute rien » en classe. Comme toujours avec cet auteur, le texte est très beau, entremêlé aux illustrations si justes d’Isabelle Arsenault. Et c’est tout ce monde d’un autre siècle qui surgit, par petites touches délicates.

Pour découvrir tout ça, vous n’avez plus qu’à aller feuilleter le début de ce livre ici et si ça vous dit, j’ai enregistré ces premières pages ( ainsi que ma présentation ) pour que vous puissiez suivre en même temps :

Et parce que Timothée de Fombelle est aussi agréable à écouter qu’à lire, voici sa courte présentation à lui de son histoire. (C’est bien sous-titré !)

En 2018, il en parlait aussi ici, à François Busnel, dans son émission la Grande Librairie. Il y était question de vérité, d’amour, du pouvoir de la lecture, des mots et de l’imagination, toujours au coeur de ce qu’écrit Timothée de Fombelle, livre après livre.

Les petits bonheurs

A bientôt !