Elle, avec les autres

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D’abord, il faut regarder et écouter. (Cliquez sur la photo)
Puis il faut écouter Marie-Agnès Gillot en parler.
C’est vraiment une belle interview, ces deux voix qui se répondent, si naturellement, sans bavardage, l’une qui suscite l’autre. Juste les mots nécessaires, pour dire la danse, l’enfance, le travail passionné. Il y a de l’intensité dans cet échange.

Marie-Agnès Gillot

Transcription:
– Ce qui est fascinant, Marie-Agnès Gillot, dans cette chorégraphie, et ce qui participe aussi de l’impact émotionnel, c’est quand même le nombre de danseurs, il faut dire près d’une cinquantaine, je crois.
– Cinquante-quatre, ouais.
– Qui forment un ensemble ?
– Une masse qui est…
– Organique ?
– Organique. Et j’ai rarement senti une émotion pareille (1) en… sur scène. Le groupe fait la force, c’est vraiment ça, quoi.
– Qu’est-ce qui se passe entre tous ces corps ?
– Une harmonie.
– Et en même temps, c’est un été très sombre.
– Oui… Nous, on le… Je me rends moins compte de ça parce que j’ai pas vu la pièce. Mais c’est… c’est surtout des états de corps qui sont très crispés en fait et je pense que c’est ça qui rend (2) la tension, et peut-être le déluge mais…
– Quelque chose de l’ordre de (3) la communion aussi entre vous… tous ?
– Ouais.
– On pourrait presque parler d’une communauté en fait, une communauté de corps.
– Exactement.
– Pourtant c’est un monde très hiérarchisé (4).
– Oui, mais c’est ça qui est beau justement, c’est que… c’est qu’on nous mette tous ensemble parce qu’en fait, c’est ce qu’on aime.
– On pourrait croire que l’Etoile de l’Opéra est là pour être mise en valeur (5), de manière ostentatoire.
– Oh, je l’ai été et je le serai encore. Mais…
– C’est pas le cas en tout cas dans cette chorégraphie.
– Non.
– C’est pas pour ça qu’on est au centre, qu’on devient étoile justement, pour qu’on nous voie ?
– On nous voit toujours, mais je pense que… ça fait tellement de bien de danser avec… avec des… avec des corps. Mais vraiment avec soi, c’est-à-dire pas sur le côté à vous regarder mais dans le même état que vous.
– Vous avez l’air émue.
– Non, mais j’adore, quoi ! Ça me… Je regrette (6) mes années Corps de ballet. J’ai adoré faire Corps… le Corps de ballet. C’est bien d’être Etoile, mais on est tout le temps seule, quoi ! Et là, c’est de nouveau une communion comme vous disiez. Et ça, c’est chouette (7), quoi ! Ça arrive pas souvent.
– C’est qui, votre étoile à vous, Marie-Agnès Gillot ?
– C’est… je sais pas, j’allais dire une bêtise ! (8)
– C’est ma mère !
– J’allais dire : C’est mon chien ! N’importe quoi ! (9)
– Celle qui vous a fait rêver, celle qui…
– Ah, c’est hyper dur parce que… Je sais pas du tout.
– Quand vous étiez petite ?
– Ah bah, moi, je connaissais pas les danseuses quand j’étais petite !
– Ah, c’est vrai ?
– Non, non, j’ai jamais… Moi, j’avais des posters de chiens dans ma chambre ! J’avais pas des posters de danseuses !
– Donc c’est venu complètement…
– Ah oui, c’est pas du tout une passion de… enfin que la mère a transmis (10) sur la petite fille, je dirais.
– Et c’est vous qui avez décidé de faire de la danse quand vous étiez toute petite ? Vous avez demandé de faire de la danse ?
– Non. Je crois qu’on m’a… Non , je crois que c’est parce que je levais les jambes déjà ! Et je mettais les jambes sur les tables, donc on m’a dit : Il y a un endroit pour faire ça.
– Tout de suite, on s’est rendu compte que vous aviez quelque chose (11)…
– Ouais, ouais.
– Quel âge ?
– Sept ans.
– Et ça veut dire quoi ?
– Ça veut dire que… bah, c’est un peu tracé (12) quand même !
– Ça veut dire que ce sacrifice – parce que c’est aussi un sacrifice, je suppose, quand même – vous avez su très tôt que vous alliez le faire ?
– Ouais. Mais c’est pas un sacrifice parce que quand c’est une passion en fait, on… on supporte beaucoup de choses en fait. Je pense que si ça ne… si c’était pas sincère, je pense que j’aurais encore plus… En tout cas, je me souviendrais peut-être de la douleur. Mais je m’en souviens pas trop en fait.
– Jamais ?
– Non.
– Et pourtant, on souffre.
– Ouais, quelquefois mais…
– Au quotidien ?
– Non. Non, non. C’est quand même un plaisir. On a des courbatures (13) mais c’est pas de la souffrance.
– Ça veut dire quoi ? Ça veut dire énormément de travail après chaque spectacle, de… d’étirements, de… C’est un sport…
– Non. Mais plus on grandit, plus on connaît absolument bien son corps. C’est-à-dire que à vingt ans, on y va à fond (14). A trente ans, on commence à se découvrir. Quarante ans, on se connaît vraiment.
– Vous disiez : Je vais partir.
– Ouais.
– Vous allez partir quand ?
– Le 6 avril 2018.
– Vous l’appréhendez (15), ce moment ?
– Non, je l’attends en fait.
– Et vous allez faire quoi ? C’est un spectacle, un dernier spectacle ?
– Je vais danser Orphée et Eurydice de Pina Bausch. Et donc c’est… Je trouve ça super de quitter la scène avec un ballet pareil. Et c’est une pièce où je ne suis pas regardée, parce que c’est l’histoire d’Orphée et Eurydice. Donc c’est aussi… Je trouve que c’est un clin d’oeil (16) à… à ne plus être regardée.
– Vous avez déjà commencé… à travailler ?
– J’essaye (17) de trouver une interprétation différente pour ma dernière… enfin, sans jamais changer ce que Pina voulait de moi, mais j’essaye de trouver des concordances avec ma… ma dernière scène, ma dernière vie, sur scène.
– Et ça sera quoi ?
– Je peux pas vous dire encore, j’ai un an et demi pour y réfléchir. Je vais bosser (18) en tout cas !
– Vous aimeriez que ce soit quoi ?
– Un… Un rêve.
– Merci, Marie-Agnès Gillot d’être venue faire un tour (19) dans Boomerang.

Quelques détails :
1. une émotion pareille : une émotion comme celle-ci, une telle émotion.
2. Rendre: ici, cela signifie exprimer.
3. c’est de l’ordre de la communion : cela ressemble à une communion, cela s’apparente à une communion.
4. Un monde très hiérarchisé : il s’agit du monde du Ballet de l’Opéra, où les danseurs et les danseuses font partie d’une hiérarchie, où chacun essaie de progresser de de gravir des échelons, jusqu’au grade d’Etoile de l’Opéra, et où on doit respecter cet ordre.
5. Mettre en valeur (quelque chose ou quelqu’un) : rendre quelque chose ou quelqu’un très visible, de manière positive.
6. regretter une époque, une période : avoir la nostalgie de cette époque et donc vouloir y être encore.
7. C’est chouette : c’est super, c’est vraiment bien. (familier)
8. dire une bêtise : dire quelque chose de faux, ou de stupide.
9. N’importe quoi ! : on utilise cette expression pour porter un jugement négatif sur quelque chose (une action, une pensée, une idée, etc.) qu’on trouve stupide. (familier)
10. il faudrait accorder le participé passé avec « une passion » et dire : Une passion que la mère a transmise
11. avoir quelque chose : avoir des qualités particulières, qui prédisposent à faire quelque chose de spécial et qui différencient des autres.
12. C’est tracé = c’est un destin tout tracé. Ce choix fait dans son enfance a déterminé tout le reste, sans surprise, car c’est le même parcours pour tous ceux qui choisissent cette voie.
13. Avoir des courbatures : avoir mal musculairement après des efforts physiques
14. y aller à fond : faire les choses sans retenue, sans se ménager, au maximum.
15. Appréhender quelque chose : en avoir peur par avance, avoir des inquiétudes avant quelque chose. Si on l’emploie avec un verbe, il faut dire : appréhender de faire quelque chose. Par exemple : Il appréhende sa retraite. / Il appréhende de se retrouver à la retraite.
16. C’est un clin d’oeil : cela renvoie symboliquement à autre chose, à une autre idée, etc.
17. J’essaye = j’essaie. Ce verbe a deux formes équivalentes.
18. Bosser : travailler (familier)
19. venir faire un tour quelque part : venir quelque part, pas trop longtemps. On l’emploie aussi avec le verbe aller : J’ai envie d’aller faire un tour en ville cet après-midi.

L’émission entière est ici.

Ce ballet est de nouveau programmé en mai 2018.
Bien tentant… Paris n’est pas loin en TGV !
Je l’avoue, je n’aime pas tellement les ballets classiques mais j’aime vraiment voir les danseurs classiques dans d’autres chorégraphies car ils y apportent la rigueur et la perfection incomparables de leur travail et l’harmonie de leurs corps capables de tout.

Et puisqu’on est dans la danse, vous vous souvenez, je vous avais parlé de ce film La Relève que j’avais vu au cinéma il y a quelques mois.
On le trouve maintenant en DVD ! Faites-vous plaisir !

Couvrez-vous bien !

en-montagne

Il a fait bien froid ces derniers temps sur une grande partie de la France. (A Marseille, on est un peu en dehors de tout ça, il faut bien le reconnaître !) Alors, avec des températures très en-dessous de 0, on a commencé à entendre des conseils à la radio. Il y a eu des messages du Ministère de la Santé pour rappeler les dangers des poêles qui peuvent dégager du monoxyde de carbone, d’autres pour nous rappeler aussi qu’il y a de plus en plus de sans-abris, que l’hiver rend encore plus vulnérables. Mais il y a eu aussi des messages que j’ai trouvés plus surprenants: je ne pensais pas que nous ayons besoin de quelqu’un qui nous dise comment nous habiller ! (Peut-être est-ce la conséquence de plusieurs hivers plutôt doux ces dernières années.)

Voici un de ces messages:
Froid – Si vous devez sortir

Transcription:
Attention Vague de froid exceptionnel.
Quand on est exposé au froid, cela peut entraîner des risques graves pour la santé, notamment pour des personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques.
Si vous devez sortir, ne faites pas d’efforts physiques intenses. N’oubliez pas de rajouter par-dessus vos vêtements chauds, un coupe-vent imperméable. Cela protège encore mieux du froid. Couvrez bien les parties du corps qui perdent le plus de chaleur : les mains, les pieds, la tête, le cou.
Ceci est un message du Ministère chargé de la santé et de Santé publique France.

Donc il s’agit de faire preuve de bon sens.
Mais parfois, on n’a pas tout prévu ! C’est ce qui est arrivé à ces automobilistes pris dans une tempête de neige en montagne, à un col qui aurait probablement dû être fermé plus tôt à la circulation. Comme le raconte un de ceux qui sont intervenus pour leur venir en aide, ils ont eu bien froid !

Bloqués au col dans la neige

Transcription
Ça a été très, très, très difficile (1), très dur, parce qu’on n’y voyait pas (2), il y avait un vent très violent et ils ont mis énormément de temps. Les secours ont été déclenchés à partir de 20 heures ici, ça s’est terminé à 3 heures du matin. Donc voyez quand même que ça a été un créneau horaire assez important pour pouvoir réaliser cette opération. Pour les naufragés (3), il y a eu de la frayeur, oui. A partir du moment où vous êtes abandonnés sur une route en pleine montagne (4), en pleine tempête (5), enfermés dans une voiture, vous êtes pas très rassurés, et une fois qu’ils ont vu les gens arriver, bon bah je pense qu’ils ont été un petit peu rassurés. Ils étaient pas très fiers (6) en arrivant, mais enfin, ça allait. Ils étaient contents qu’on les sortent de là-dedans, oui, bien sûr. Vous savez, quand vous êtes en montagne, en pleine tempête, en pleine nuit (7) et qu’il fait – 10, c’est pas très chaud et puis la plupart n’étaient pas couverts (8) suffisamment pour pouvoir affronter une nuit à l’extérieur, hein. Il y a eu du stress pour les sauveteurs et puis voilà, quoi ! Et sinon, tout… tout va bien.

Quelques détails :
1. très, très, très difficile : pour renforcer un adjectif, on ajoute l’adverbe très. Ici, comme souvent en français, on va jusqu’à l’utiliser trois fois de suite, en le répétant très vite. En français, il y a des mots qu’on répète trois fois très naturellement ! (Par exemple : non, non, non. / Oui, oui, oui.) Je ne sais pas si c’est la même chose dans d’autres langues!
2. On n’y voyait pas : on pourrait dire aussi On ne voyait pas. Mais très souvent, on ajoute « y » : On n’y voit rien. / On n’y voit pas grand chose. / On y voit mal.
3. Les naufragés : normalement, on utilise ce terme pour les gens victimes d’un naufrage (en mer). Mais les journalistes ont adopté cette expression aussi pour les automobilistes perdus ou bloqués quelque part à cause du mauvais temps : on parle de naufragés de la route.
4. En pleine montagne : en montagne, loin de tout.
5. En pleine tempête : au milieu de la tempête
6. ils n’étaient pas très fiers : c’est une expression qui indique qu’ils ont eu peur. Ce n’est pas le sens habituel de l’adjectif fier. Quand on dit : Je n’étais pas fier / pas très fier, on exprime sa peur, on montre qu’on s’est demandé si tout allait bien se terminer. On dit aussi : Il ne faisait pas le fier.
7. En pleine nuit : au milieu de la nuit
8. ne pas être couvert / assez couvert : on parle des vêtements. Cela signifie qu’on n’est pas habillé assez chaudement. Quand on dit à quelqu’un : Couvre-toi / Couvre-toi bien / Couvre-toi mieux / Couvre-toi davantage, on lui conseille de s’habiller avec des vêtements plus chauds. A l’inverse, on peut être trop couvert, si on porte des vêtements trop chauds pour le lieu ou la saison par exemple.

Un peu de français : n’oubliez pas que lorsqu’on parle des parties du corps, on emploie peu les adjectifs possessifs.
On dit : se couvrir la tête. On ne dit pas : Couvrir sa tête.
On dit : J’ai froid aux mains. On ne dit pas : J’ai froid à mes mains.
On dit : J’ai les pieds gelés. On ne dit pas : J’ai mes pieds gelés.
Donc quand il fait froid, on se couvre bien ! On se protège les mains avec des gants, les pieds avec de bonnes chaussettes dans des chaussures bien chaudes, la tête avec un bonnet ou une capuche et le cou avec une écharpe. Bonnets et écharpes sont redevenus à la mode, même chez les jeunes. Donc ça tombe bien.
Et on attend le printemps !