Fraîcheur et saveur garanties

Aujourd’hui, on peut manger des fruits exotiques qui viennent du bout du monde.
On fait voyager des salades dans des camions à travers la France.
On fait pousser des tomates sans soleil et sans terre pour leur faire traverser l’Europe.
On développe des variétés de légumes et de fruits dont la principale qualité, c’est de résister au transport.
Le tout, bien gavé de cochonneries.
Et il y a des enfants qui ne savent même plus à quelle saison on peut récolter des fraises, des vraies, des belles, qui poussent quand c’est le moment et qui ont le goût de fraise !
Et surtout, à l’heure où le Ministère de la Santé fait sa campagne sur « 5 fruits et légumes par jour », de nombreuses familles n’ont même pas les moyens d’acheter de bons produits à un prix correct.

Alors, de petits producteurs régionaux se regroupent en AMAP. Une AMAP, c’est une Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne.
Ils font pousser des vrais légumes et des vrais fruits, sans donner dans le rendement industriel. Et ils vendent tout ça chaque semaine sous la forme de paniers à des clients qui se sont engagés à leur acheter leur production. Pas d’intermédiaires, une production qui redevient raisonnable, au fil des saisons, et pleine de saveurs oubliées ! Un lien direct entre le producteur et ses clients.


Transcription:
– Là, vous êtes en train de préparer les paniers, les paniers qui vont être distribués à l’AMAP en soirée.
Tout à l’heure, ouais.
– Alors expliquez-nous. Qu’est-ce que vous y mettez aujourd’hui ?
Ben le panier, il y a un quart de courge, donc c’est des grosses, donc ça fait des grosses parts. Un kilo de pommes de terre…
– Des oignons.
Il y a sept poireaux, une botte de radis rouges, une salade, une poche d’épinards où il y a 700 grammes d’épinards. Et des oignons. Et voilà.
– Et le panier…
Et le panier est fait.
– A quel prix ?
Le panier, 16 euros. Toutes les semaines. Donc là vous avez… Je coupe des parts de courge parce qu’on a des courges qui sont assez grosses. Donc on les partage en deux ou en quatre. Donc après je les emballe juste pour la distribution. Aujourd’hui, vu la conjoncture dans l’agriculture, voilà, pour moi, c’était une obligation de passer par les paniers pour voilà, le… le soutien financier que ça implique.
– Vous pensez que dans un système traditionnel, agriculture intensive, vente aux grandes surfaces (1), etc…, vous… vous vous en seriez pas sorti (2)?
Ah non, non. Déjà (3) j’aurais pas pu m’installer, premièrement. Après, s’en sortir, le circuit des grandes surfaces aujourd’hui, je pense pas qu’il y en ait qui s’en sortent.

Quelques détails :
1. les grandes surfaces : les supermarchés et les hypermarchés (par opposition aux petits commerces)
2. s’en sortir : réussir.
3. Déjà : la première raison, c’est que… (C’est comme « premièrement »)

Du beurre dans les épinards

Vous avez entendu parler du Salon de l’Agriculture ? Non ?
Eh bien, imaginez une ferme gigantesque en plein Paris pendant une semaine : les plus belles vaches, les plus belles volailles, les meilleurs saucissons, les meilleurs produits fermiers, venus des quatre coins de France, pour le plus grand bonheur de quelques centaines de milliers de visiteurs, petits et grands. Vous y croiserez aussi des hommes et des femmes politiques qui viennent y prendre un bain de foule et soigner leur image au milieu des bottes de paille et des produits du terroir.

Parce que le monde paysan, c’est important, hein ! Même si dans les faits, les paysans sont de moins en moins nombreux. ( La rentabilité et la productivité sont passées par là.)  Et même si pour beaucoup, c’est de plus en plus dur de vivre de la terre.
C’est ce qu’explique Florence, éleveuse dans le Massif Central. Signe des temps : ses vaches n’ont plus de prénom, juste des numéros. Et elle arrondit ses fins de mois en faisant autre chose que s’occuper exclusivement de ses bêtes. Pas vraiment le choix, hein, Florence !


Transcription:
Non, il y a pas de Marianne à Millevaches. (1)
Elles s’appellent comment ?
Bah elles ont pas de nom, hein. Avec la quantité qu’on a maintenant, on est ce qu’on appelle ici l’élevage intensif, hein (2). Donc on n’a plus de noms. Quand j’étais plus jeune, les vaches, on en avait moins. Donc forcément, elles avaient toutes des prénoms. Mais aujourd’hui, pour pouvoir en vivre, elles ont des numéros et avec les numéros, donc on arrive à les repérer. Y a plus (3) de prénoms, à part quelques favorites, les vaches laitières, on leur laisse encore le nom de Marguerite (4)!
C’est qui , elle ?
Bah, c’est la 3902. Et celle-là, c’est la 9893… Il faut que j’aille voir parce que cette brebis, elle a perdu son agneau.
Allez, voilà maman ! Voilà ta maman ! Ah bah Sophie,  c’est Sophie ! Voilà, celle-ci, cette brebis, c’est Sophie. Voyez, on en a encore un peu, hein. On en a encore un peu qui ont (5) des prénoms. Mais malheureusement maintenant, aujourd’hui… notre métier… avec la modernité, tout ça, on s’essoufle un peu, hein. Avec toutes les contraintes qu’il y a maintenant, liées à notre métier, la surcharge de travail, tout ça, ça fait beaucoup de choses. On a quand même un petit peu de mal à en vivre, quoi. Donc depuis peu, là, j’ai trouvé une petite place (6) à l’extérieur. Je fais un ramassage scolaire (7) le matin et le soir. Bah comme on dit, hein, pour mettre du beurre dans les épinards (8), hein,  parce que l’agriculture…
On va voir nos moutons ? J’ai quelque chose de beau à vous montrer. C’est merveilleux. Alors, ce sont deux petits chevreaux. Ils sont nés ce (matin)… Non ! Ils sont nés hier soir. Alors, voilà Biquette (9). Voilà Biquette et ses deux petits. Regardez si ils sont beaux ! C’est mignon, hein ! Hein ma Biquette… Viens, ma Biquette, viens. Montre-nous tes petits bébés. Alors, alors voilà Rose. C’est la plus petite. Et Rosie. Voilà !
[…]
Il est quelle heure ?
[…]
Han ! Je suis obligée vraiment de partir ! J’ai que… J’ai que dix minutes pour me rendre à… à l’école pour chercher les enfants.

Quelques détails :

  1. Millevaches : toute petite commune sur le plateau de Millevaches, dans le Limousin.
  2. Hein : ça ne veut rien dire. C’est un tic de langage, plus ou moins fréquent, comme quand on ajoute « quoi » à la fin des phrases à l’oral.
  3. Y a plus : à l’oral on dit souvent ça. Mais à l’écrit, il faut écrire : Il n’y a plus…
  4. Marguerite : prénom féminin souvent donné aux vaches avant.
  5. qui ont : Florence prononce « qu’ont », ce qui est fréquent dans certaines régions de France.
  6. une place : un emploi.
  7. le ramassage scolaire : c’est le transport en car des enfants qui vont à l’école.
  8. pour mettre du beurre dans les épinards : pour gagner un peu plus et améliorer l’ordinaire. On emploie souvent cette expression, basée sur le fait que les épinards, c’est meilleur si on y ajoute un peu de beurre !
  9. Biquette : une biquette, c’est le mot familier ( et utilisé par et avec les enfants ) pour « chèvre ». Florence a donné ce nom-là à sa chèvre.