Non, Obélix, non ! Tu es tombé dedans petit

Je reviens aujourd’hui sur la genèse de cette expression, ou en tout cas sur ce qu’elle évoque chez tous ceux qui ont grandi avec les albums de Goscinny et Uderzo, c’est-à-dire beaucoup de monde – si ce n’est pas par la lecture, c’est au travers des dessins animés ou des films à grand succès tirés des exploits d’Astérix et Obélix. Et en relisant ces albums tellement drôles qui nous ont accompagnés dès notre enfance, je suis impressionnée par deux choses que je ne remarquais pas à l’époque :
– il y a vraiment beaucoup à lire sur chaque page.
– le vocabulaire est riche.

Rétrospectivement, cela rend encore plus incompréhensible ce que beaucoup d’adultes pensaient de ces BD que nous lisions et relisions : ça ne comptait pas comme lecture ! Lire, c’était lire autre chose, lire de « vrais » livres. Les choses ont bien changé, avec la bande dessinée qui a définitivement acquis ses lettres de noblesse.

Juste l’enregistrement :

Transcription

J’avais déjà évoqué cette expression il y a quelques années, dans un article où il y avait deux jeunes agriculteurs, éleveurs, qui racontaient leur passion pour leur métier. Et l’un d’entre eux avait dit : Je suis tombé dedans, quand j’étais petit, comme Obélix dans la marmite.
Donc pour les Français, en fait, à l’origine de cette expression, il y a une histoire d’Obélix et Astérix, un album d’Astérix, et donc il y a cette histoire de druide, une marmite, une potion magique, un petit Gaulois, donc Astérix, qui devient très fort après son bol de potion régulier et un autre Gaulois, super costaud en permanence, Obélix, qui en voudrait bien mais à qui on dit toujours non. Et voilà pourquoi : (voir l’extrait de l’album dans le petit montage ci-dessus) […]

Pour finir, cette histoire d’être tombé dedans quand on était petit revient très, très régulièrement dans les aventures d’Astérix et d’Obélix. Et d’ailleurs, on la trouve aussi évoquée plus brièvement sur les pages de garde des albums, pages de garde, c’est-à-dire au dos de la couverture, donc page de garde avant et page de garde arrière, au début et à la fin des albums. Et donc à chaque fois, Obélix se plaint d’être un peu faible ce qui fait rire évidemment parce qu’il a une force colossale, et donc à chaque fois, le druide refuse, en disant : Je t’ai dit mille fois que tu étais tombé dedans étant petit, ce qui fait qu’on a vraiment l’habitude d’entendre et de lire cette expression et qu’elle est donc passée dans notre langage courant.

Tous les albums : il y en a un paquet !

Le loup, de Jean-Marc Rochette

J’ai lu cette bande dessinée en 2019 lors de sa parution et pensé dès ce moment-là à la partager avec vous, sans prendre le temps d’écrire ce billet, comme souvent ces derniers mois !
Mais voilà, comme je vous l’ai dit dans mon billet précédent, un séjour dans les Alpes, en juin dernier, nous a fait sentir d’un peu plus près la présence du loup. Puis, il y a quelques jours, j’ai entendu à la radio, dans un journal du matin, une brève mention concernant sa progression en France. Et avant-hier, tout à fait par hasard, en explorant un peu plus l’application de Radio France sur mon téléphone, je suis tombée sur une série de cinq courts reportages très intéressants diffusés le mois dernier sur France Bleu Alsace : Le retour du loup, l’enquête. Je n’ai aucune raison d’écouter France Bleu Alsace puisque ici, c’est France Bleu Provence que nous captons. Alors, c’est sans doute le signe qu’il était temps de vous parler de la BD de Jean-Marc Rochette ! Vous la connaissez ?

Ou juste le son ici :

Transcription :

Le Loup, c’est une très belle bande dessinée qui raconte le face-à-face d’un berger et d’un loup dans les Alpes, dans le Massif des Ecrins. Dès les premières pages, on est en plein coeur de la montagne et au coeur de cette cohabitation difficile entre les loups et les brebis de Gaspard. Gaspard, c’est un montagnard pas tout jeune. Avec son chien, Max, qui sait bien garder les troupeaux, il n’est jamais bien loin de ses bêtes, qui vivent l’été en liberté dans les alpages. C’est là qu’il se sent bien, parce que Gaspard, c’est un peu un ours (1), un sauvage, un chasseur aussi sur ce territoire qu’il partage, dans le fond, avec les autres animaux, un homme qui connaît comme sa poche (2) la nature qui l’entoure et vit à son rythme. Dans la montagne, il est dans son élément (3).

Dès le début de l’album, on est plongé dans ce conflit ancestral entre les hommes et les loups, en pleine nuit, avec le récit de l’attaque fondatrice, lorsqu’une louve s’en prend (4) aux brebis de Gaspard, parce que c’est une louve et parce qu’elle a un petit à nourrir. Peu de mots – et ça, ça me plaît bien, parce qu’on peut se laisser porter par les images – mais de très beaux dessins, au plus près du carnage – c’est le mot qu’emploie plus tard Gaspard, de passage au village, pour décrire la scène qu’il a vécue. Avec cette conclusion : « Tu ne feras plus chier (5) personne. »

C’est que Gaspard s’est débarrassé de la louve, ce qui est interdit puisque le loup est une espèce protégée et à plus forte raison (6) quand on est dans le Parc National des Ecrins. Il est donc doublement hors-là-loi. Mais pour lui, parc ou pas parc, « Le berger et le loup, c’est pas fait pour être ensemble. »

Sauf que la louve laisse derrière elle un louveteau orphelin, qui survit et va grandir. Et sauf que Gaspard éprouve des sentiments ambivalents, entre fascination, admiration d’un côté et colère et aversion pour les loups de l’autre. Voilà donc le point de départ d’un duel sans merci entre le vieux berger et le jeune loup – à qui, contre toute attente (7), Gaspard laisse plusieurs fois la vie sauve (8).

Cette histoire va crescendo au fil des pages. Et quand la tempête survient, franchement, avec les dessins de Rochette, moi, je me suis perdue avec Gaspard dans la neige, dans la nuit, dans la montagne sur les traces du loup. Ce dessinateur a l’art de donner le vertige (9), de nous faire éprouver la difficulté d’avancer dans la neige épaisse, de nous faire sentir le froid glacial et la solitude extrême au coeur du silence. C’est comme si on y était !

Je ne vous en dis pas plus, juste qu’on apprend aussi à connaître ce Gaspard bourru, par petites touches émouvantes. Et ça rajoute à cette histoire (10) qui prend des allures de fable, de conte merveilleux tout en restant un récit auquel on veut / peut croire dans le fond.

Et une fois ce récit terminé et la tension retombée, ce n’est pas fini, on découvre une postface inattendue, de Baptiste Morizot, écrivain et enseignant chercheur dans mon université, qui consacre son travail aux relations entre les hommes et les animaux, les hommes et le vivant. Je vous en lis trois petits passages : […]

Et donc bien évidemment, son analyse de cette histoire de loup m’a donné envie de découvrir ce qu’il a écrit par ailleurs. Je vais commencer par « Sur la piste animale ». Et en fait, je l’avais déjà entendu parler de son travail dans Boomerang l’année dernière, en me disant que j’avais bien envie d’aller voir de quoi il s’agisssait. La boucle est bouclée (11).

Et aussi, je vous parlerai bientôt de l’autre BD de Rochette, Ailefroide, que j’avais lue avant celle-ci et qui m’avait beaucoup marquée. Je continue à faire le tri des livres de la maison, mais ces deux albums font partie de ceux dont je ne me séparerai pas !

Des explications :

  1. c’est un peu un ours : cette expression signifie qu’il n’est pas très sociable et préfère la solitude.
  2. connaître un lieu comme sa poche : connaître parfaitement cet endroit
  3. être dans son élément : être parfaitement à l’aise dans une situation donnée.
  4. s’en prendre à quelqu’un : s’attaquer à quelqu’un (au sens propre ici, physiquement mais on emploie aussi cette expression au sens figuré)
  5. faire chier quelqu’un : nuire à quelqu’un, lui causer des problèmes. (terme vulgaire et fort)
  6. à plus forte raison : d’autant plus / surtout
  7. contre toute attente : de façon totalement inattendue
  8. laisser la vie sauve : épargner, ne pas tuer
  9. donner le vertige : causer cette sensation que beaucoup de gens ont quand ils sont au-dessus du vide.
  10. ça rajoute à cette histoire : ça la rend plus forte, ça lui ajoute une autre dimension
  11. La boucle est bouclée : c’est comme si tout concordait, pour en arriver finalement là.

En mars 2018

En mars, j’ai partagé ici un certain nombre de choses avec vous. Mais pas tout ce que je pourrais, bien sûr, faute de temps et également par souci de publier des billets suffisamment « mis en forme ».

Alors, je me suis dit que je pouvais aussi vous parler plus directement, par exemple à la fin de chaque mois, en faisant un petit enregistrement pour vous raconter ça. Personnellement, j’aime beaucoup qu’on me raconte des histoires, écouter les gens raconter leurs histoires, leur histoire, en français et en anglais et j’ai beaucoup appris comme ça, à tous points de vue. Et ça continue. Alors peut-être aurez-vous envie de me suivre dans cette petite expérience – que Svetlana m’avait suggérée il y a longtemps dans un de ses commentaires – et de commenter, si le coeur vous en dit, si ce que je raconte vous parle, si vous avez d’autres façons de voir et aussi si cela vous aide si vous apprenez le français.

Rien d’original, ni de très sophistiqué côté moyens techniques – à améliorer! Mais une façon de m’adresser à vous plus directement. Voici donc une première petite « conversation » improvisée.
Je voulais commencer en janvier – Ah, le symbole des débuts d’année ! – mais j’avais perdu ma voix, en partie retrouvée maintenant. Affaire à suivre.


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Juste l’enregistrement si vous préférez:

mars 2018

Transcription
Alors au mois de mars, il a neigé. Donc rien de surprenant puisque c’est l’hiver, me direz-vous. Mais quand même, dans le sud-est de la France, voir la neige comme ça plusieurs fois en janvier, en février et puis encore en mars, c’est quand même quelque chose d’assez surprenant. Et notamment, autour de la Méditerranée, du côté de Montpellier, il a neigé un jour où nous devions prendre la route pour rentrer du sud-ouest à Marseille et nous avons été obligés de décaler d’une journée pour ne pas nous trouver pris dans les bouchons sur l’autoroute. Et… bah on peut dire qu’on a bien fait parce que en fait, tout était bloqué et bah on aurait été, comme tout le monde, obligés de passer la nuit, peut-être, dans la voiture, ce qui n’est jamais très agréable. Et puis, il a neigé aussi à Marseille le 21 mars, donc juste en quelque sorte au moment du printemps et ça, c’est quand même surprenant parce que Marseille, bon, est quand même protégée par la mer et l’influence de la Méditerranée qui fait qu’en hiver, on a toujours à peu près deux degrés de plus que dans l’intérieur, qu’à Aix-en- Provence par exemple, et donc la neige à Marseille, c’est quand même très, très rare. Et là, bah finalement, il a neigé plusieurs fois à Marseille et… ça n’a pas tenu très longtemps et… Mais voilà, ça a quand même blanchi le sol, la végétation et, bah c’était joli ! Ça changeait.
Alors en mars, j’ai lu aussi des bons livres. J’ai lu une BD qui s’appelle les Carnets d’Esther*, j’ai lu le premier tome – il y a plusieurs tomes parce que ça raconte… enfin, ce sont des petits moments de la vie d’une petite fille, Esther, racontés par Riad Sattouf. Et donc, c’est Esther à dix ans, à onze ans, à douze ans, et ce sont plein de petites histoires vraies de sa vie de tous les jours, avec sa famille, ses copains, ses copines, en classe, etc. Et c’est vraiment très, très drôle, et c’est écrit dans un français évidemment courant, avec aussi des gros mots, des choses comme ça. Donc c’est quelque chose dont je vous reparlerai, mais c’est vraiment… C’est bien parce que ce sont des petites histoires, donc on n’est pas obligé de tout lire d’un coup . Et puis, c’est toujours des petites anecdotes bien vues, bien observées, sur la vie d’une petite fille.
J’ai lu aussi un livre en anglais, qui s’appelle Hidden Lives, de Forster, Margaret Forster, que j’avais depuis très longtemps et que je n’avais jamais lu, sur le… sur sa famille, l’histoire de sa grand-mère, au vingtième siècle, et j’ai beaucoup aimé ce portrait de famille et ce portrait de femmes, plusieurs générations de femmes et qui, disons… enfin, ça montre bien l’évolution quand même des droits des femmes dans l’histoire récente et… mais c’est vu à travers une histoire familiale, donc c’est… ça n’est pas une démonstration, c’est vraiment une histoire à laquelle on s’attache. Et si j’en parle, c’est parce que j’aurais bien aimé l’offrir à mes amies proches – en général, on s’échange des livres, on partage des livres, on partage des titres – et bah là, je peux pas le… je ne peux pas l’offrir parce qu’il n’est pas traduit en français ! Et j’ai été très surprise de découvrir ça. Alors ça n’est pas un livre récent mais apparemment… enfin, je n’ai pas l’impression qu’il ait été traduit en français à un moment ou un autre, et c’est bien dommage, parce que, bah voilà, on ne peut pas donner accès à tout le monde  à ce livre-là.
Et en parlant de livres… disons anglophones, de romans anglophones, j’ai lu… alors cette fois-ci, je l’ai lu en français parce que je l’ai emprunté à la bibliothèque et ils ne l’avaient pas en anglais évidemment, et ça s’appelle A l’orée du verger, de Tracy… je sais pas comment on dit en anglais, Chevalier… enfin, c’est un nom qui sonne bien français mais… voilà. Et ce roman est bien… enfin m’a bien intéressée, j’ai… je l’ai lu très rapidement. Mais ce qui m’a gênée donc dans la traduction en français, c’est la façon dont sont rendus les dialogues. Mais c’est probablement normal, mais ça me fait toujours bizarre. Je veux dire par là que tout ce qui est, disons… familier, est rendu avec des contractions des verbes qui ne s’écrivent jamais en fait, donc des choses du genre : T’as vu, T’es, T’es parti, etc., avec T apostrophe A.S. , T apostrophe E.S. Et bien sûr ça transcrit exactement ce qu’on dit à l’oral, mais franchement, ça me choque toujours de voir ça écrit, parce que ça n’existe pas en fait. Donc je me posais la question de savoir si en écrivant un dialogue dans un roman, on était vraiment obligé de passer par ces formes-là, qui sont un français oralisé et qui est très surprenant, je trouve, à l’écrit. Enfin moi, ça me gêne, ça me gêne de lire ça comme ça. L’absence de négations aussi me gêne dans ce… dans les transcriptions en fait, dans les dialogues qui sont rendus de cette façon-là. Voilà.
Et sinon alors j’ai lu un roman policier français, Alex, de Pierre Lemaître, dont j’avais lu d’autres romans, mais pas du tout ces… ce type d’écrits, et bah j’avoue que je n’ai absolument pas pu lâcher ce bouquin avant de l’avoir fini et c’est vraiment une histoire un peu… terrifiante, très bien racontée et qui vous donne vraiment envie de savoir ce qui va se passer, donc c’était vraiment très bien. Et bah la conséquence, c’est que j’en ai acheté deux autres que j’ai dans ma… près de… de… enfin, sur ma table de nuit, prêts à être lus, parce que… il y a la suite de ce que j’ai lu, là, et puis un autre qu’on m’avait recommandé aussi et…. Voilà, donc côté plaisir de la lecture et voilà. J’en reparlerai aussi mais je pense que ça peut…. ça pourrait vous plaire aussi. Voilà.
Et puis au cinéma, mars, c’est…. On a vu La Belle et la Belle, avec Sandrine Kiberlain. C’est un bon film, sans plus ! C’est… Voilà, je ferai un petit billet dessus, mais ce que je voulais dire aussi c’est que franchement, c’est… Le cinéma où nous sommes allés pour le voir est très cher ! C’était comme… enfin d’ailleurs comme à Marseille, à Rodez dans un multiplex – un multiplex, c’est avec plusieurs salles – et franchement, c’est trop cher ! Parce que c’est un petit film, enfin je veux dire, c’est pas un film inoubliable et c’est pour passer un bon moment, voilà. Mais honnêtement, le prix du cinéma, je trouve que c’est devenu vraiment trop cher, quoi ! Chacun… enfin c’était 9€20 ** par personne et… Non, c’est trop cher pour un film comme ça ! Voilà et puis aussi, le truc, c’est que comme c’est un multiplex, évidemment, le truc à la mode, c’est, dans ces grands cinémas, c’est de vendre du… des grands pots de pop corn. Et ça sent le pop corn partout. Je ne supporte pas l’odeur du pop corn dans les salles de cinéma et en plus, bah il y en a partout, par terre, sous les sièges et tout ça, enfin bon voilà. Moi j’ai pas été habituée, j’ai pas grandi avec des… du pop corn dans les salles de cinéma et les gens qui mangent en même temps qu’ils regardent un film!
Et sinon alors un bon film que j’ai vu à la télévision cette fois-ci, ce qui est rare, c’est Marguerite, dont je reparlerai, sur cette femme qui chantait très, très faux mais qui voulait chanter comme une… enfin voilà, qui était très, très… enfin vraiment passionnée par le chant et l’opéra, etc. et qui malheureusement chantait très faux. Et ce film est vraiment une réussite, je trouve, alors notamment grâce à Catherine Frot, qui est une actrice vraiment remarquable et… Voilà, donc ça, j’en parlerai un peu plus, mais franchement, c’est un film, que je n’avais pas vu au cinéma, et que j’ai vraiment beaucoup aimé !
A bientôt !

* Je n’arrive pas à me mettre dans la tête qu’il s’agit des Cahiers d’Esther, pas des carnets d’Esther ! Un cahier, un carnet, c’est presque pareil !
** A Paris, c’est encore pire, jamais en-dessous de 10€ et souvent plutôt dans les 12€ (si on n’est pas abonné aux grands distributeurs), y compris dans des salles toutes petites. Hors de prix !

Dernière minute : nous avons vu un film magnifique hier soir, Razzia, de Nabil Ayouch (en arabe, en berbère et en français, puisque c’est un film marocain.) Nous avons bien commencé le mois d’avril. On en reparle !

L’aimant

Nouvelle lecture, nouveau coup de coeur: j’ai dévoré cette belle BD comme je dévorais les Tintin enfant!

Du mystère, du fantastique, une histoire qui nous plonge dans un univers coloré de bleu, de rouge, de noir. Le récit se déroule dans de beaux dessins bien nets, entourés d’un trait noir. Il y a des dialogues, mais pas partout, écrits de la main même de l’auteur. Il y a aussi beaucoup à regarder, parce que cette aventure se passe dans un lieu à l’architecture particulière, les Thermes de Vals en Suisse. (J’ai appris qui était Peter Zumthor). Le grand format et le beau papier de cet album, avec ses cases juste séparées elles aussi par un trait noir, ajoutent à la qualité de la lecture. Bref, j’ai lu d’une traite ses presque 150 pages.

Et ensuite, c’était bien d’écouter le dessinateur parler de son travail, l’écouter en expliquer la genèse et faire le lien avec son enfance et tout ce qui l’a amené à dessiner cette aventure. Sa description des vacances en famille m’a fait rire !

Lucas Harari parle de L’Aimant

Transcription
L’architecture, c’est quelque chose qui est assez présent dans ma famille depuis, voilà, tout petit (1). Et il s’avère que (2), assez souvent, tous les étés presque, on faisait une sorte de voyage en famille, à travers l’Europe en général – mais ça nous est arrivé d’aller un peu plus loin – et qui se transformait systématiquement en pélerinage architectural, si on peut dire. Et du coup, on allait visiter, voilà, des grands bâtiments connus. Mes parents, et mon père notamment ne peut pas voyager sans se faire une liste de… d’endroits à visiter. Et on avait le droit à (3) tout l’historique, aux gens qui ont influencé l’architecte, etc. , etc. Les trois quarts du temps (4), surtout quand j’étais plus jeune, ça m’ennuyait beaucoup, les églises, les choses comme ça, beaucoup de cimetières, des musées à en plus finir (5). On me mettait dans un coin, ou dans une librairie avec mes frères pour dessiner, voilà, on faisait des choses comme ça. Et autour de quinze ans – donc mes frères sont plus âgés – là, j’étais tout seul avec mes parents. Ils (6) venaient plus en… Ils avaient la chance de plus trop venir. Et moi, pour le coup, j’ai eu la chance de découvrir donc ce bâtiment, les Thermes de Vals, ou les Thermes de pierre aussi on appelle ça – d’où l’homonymie avec le prénom de mon personnage aussi – qui est donc un établissement de bains, de thermes, en Suisse, dans les Grisons, dans un petit village qui s’appelle Vals, qui possède une… voilà, une source d’eau, de l’eau thermale à boire. Et donc c’est un bâtiment assez récent, malgré le fait qu’on ait l’impression parfois qu’il… voilà, qu’il est très référencé (7) à l’architecture un peu contempo[raine], enfin un peu, disons, bauhaus, etc., et qui date des années… donc fin des années 90. Et ça m’a totalement fasciné en fait. J’avais donc quinze ans. Bon déjà, c’est beaucoup… C’était beaucoup plus ludique (8) que d’aller dans une église parce que là, on se baignait, voilà il y avait un truc (9). Et j’ai… je me suis… Enfin, je me suis tout de suite senti submergé par une espèce d’atmosphère et par… bah par le lieu en fait, par tout ce que ça impliquait. Bon, c’est un truc d’adolescent aussi, de se raconter des histoires conti[…], enfin en tout cas, moi, c’était comme ça que j’avançais un peu dans l’existence à ce moment-là – et toujours d’ailleurs, c’est pour ça que j’ai envie de raconter des histoires. Et du coup, j’ai fantasmé ce lieu, pas tout de suite je pense, enfin ou inconsciemment. Et puis quand… quand il a été le moment… En fait, l’Aimant, c’était à la base (10) mon diplôme à l’école. Alors j’étais aux Arts Déco (11) à Paris, en images imprimées. J’avais mis de côté (12) la bande dessinée, qui était plutôt quelque chose que je faisais quand j’étais gamin, adolescent, justement pour rentrer aux Arts Déco, parce que bon, c’était pas trop… C’est toujours compliqué, la bande dessinée, à part… Bon, maintenant, il y a des écoles de bande dessinée, qui sont soit privées, soit des… Aux Beaux Arts (13), il y a… voilà, on fait un peu de bande dessinée. Mais aux Arts Déco, bon, c’était pas trop le… Et j’avais laissé pendant toutes mes études un peu ça de côté, en l’abordant par la bande (14) un peu, parce que voilà, je… ça me… ça me trottait toujours dans la tête (15) de toute façon. Et au moment de choisir un sujet pour le diplôme, je me suis dit : Bon allez, maintenant, c’est le moment où jamais (16), je… je… C’était un peu ambitieux parce que il fallait écrire le scénario, il fallait commencer à dessiner une longue BD. J’avais jamais fait, j’avais fait que des petites… voilà, une dizaine de pages maximum, et là donc, je me suis dit : OK, c’est le moment. Et ce lieu m’est revenu et tout ce que j’avais commencé à fantasmer, plus, voilà, toute une… une grammaire aussi de références de bandes dessinées, très liées aussi à la ligne claire (17) parce que l’architecture, voilà comme ça, des années 50, à laquelle se réfère aussi Peter Zumthor (18) en dessinant son bâtiment et tout. Donc je pense à Ted Benoît par exemple, à des auteurs comme ça, Serge Clerc ou Yves Chaland qui étaient eux-mêmes des héritiers de Hergé, de toute cette époque-là.

Des explications :
1. depuis tout petit : depuis que je suis tout petit (familier)
2. il s’avère que : il se trouve que
3. on avait le droit à… : en fait, l’expression est : On avait droit à (+ un nom), qui signifie qu’on était obligé de subir quelque chose. Par exemple : Sa mère était inquiète. Alors il avait droit à de multiples recommandations quand il partait en vacances.
C’est différent de : avoir le droit de (faire quelque chose), qui indique que c’est autorisé. Ici, il y a téléscopage entre les deux expressions et leurs constructions respectives.
4. Les trois quarts du temps : cette expression indique que cela se produisait la majeure partie du temps.
5. À n’en plus finir : On emploie cette expression quand on trouve que quelque chose est interminable.
6. Ils… : il s’agit de ses frères.
7. référencé à l’architecture : c’est un peu bizarre de dire ça comme ça, même si on comprend. Il veut dire que ce bâtiment fait référence à l’architecture contemporaine, il évoque directement cette architecture.
8. Ludique : amusant. On pouvait s’y amuser. On parle d’activités ludiques (basées sur l’idée de jeu.) Par exemple, on dit qu’il faut rendre les maths plus ludiques pour que les enfants aiment ça.
9. Il y avait un truc : cela signifie qu’il y avait quelque chose de spécial qui faisait qu’il aimait y aller. (familier)
10. À la base : au départ, au début. Ici = avant de devenir un album publié.
11. Les Arts Déco = l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs
12. mettre quelque chose de côté : délaisser quelque chose parce qu’on n’a plus le temps par exemple, mais avec l’idée que c’est probablement temporaire.
13. Les Beaux Arts : L’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts
14. par la bande : par des moyens indirects
15. ça me trottait dans la tête : cela signifie qu’il y pensait assez souvent. Quand quelque chose nous trotte dans la tête, c’est qu’on a du mal à s’empêcher d’y penser.(familier)
16. le moment où jamais : on emploie cette expression avec le nom moment, et d’autres variantes : c’est le jour où jamais, l’année ou jamais, c’est maintenant ou jamais, c’est l’occasion ou jamais, pour indiquer qu’il ne faut pas laisser passer sa chance, le bon moment.
17. La ligne claire : cette expression désigne en gros un type de BD, où le dessin (avec notamment des contours bien nets) et le scénario sont très clairs pour raconter une histoire page après page. Les dessinateurs qu’on met dans cette catégorie sont évoqués juste après par Lucas Harari.
18. Peter Zumthor :l’architecte qui a conçu les thermes actuels de Vals.

Dès la première page de cette histoire, le décor est planté, on a envie de savoir ce qui s’est passé parce qu’on sent qu’il est arrivé quelque chose de particulier. Le narrateur-dessinateur met en scène son travail et nous entraîne dans son récit.
Voici ce début, pour vous mettre l’eau à la bouche !
(que j’ai enregistré de ma voix encore imparfaite.)


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L’interview de Lucas Harari est ici. Il y en a une deuxième ainsi qu’un article intéressant.

Brindezingues !

Mon coup de coeur de ces dernières semaines ! Et je vais garder ce livre précieusement, pour ne plus quitter Nathalie et Eugène, les deux enfants / adolescents imaginés par Véronique Ovaldé et dessinés par Joann Sfar. Ce n’est pas une BD, mais une histoire qui naît des mots vivants, poétiques et drôles de l’écrivaine et des illustrations imaginées à partir du texte par le dessinateur. Vous savez, pour les moins jeunes d’entre nous, comme ces livres qu’on lisait enfant, où il y avait au détour des pages couvertes de mots quelques dessins qui tout à coup donnaient vie à ces histoires. (Mais là, il y a beaucoup plus de dessins, dans lesquels on peut se plonger pour regarder une multitude de détails.)

Donc c’est une histoire que j’ai trouvée formidable, très joliment racontée, où s’entremêlent les voix de la jeune et fantasque Nathalie, du timide mais valeureux Eugène, de la mère de Nathalie, des voisines, des parents d’Eugène, d’autres personnages, avec posés par dessus toute cette vie, les commentaires de la narratrice / Véronique Ovaldé. Les dernières lignes de l’avant-dernier chapitre sont très belles, je trouve. Et le dernier chapitre nous prend par surprise et dit toute l’ambiguïté de la vie, avec des mots très simples. (Je ne vous en dis pas plus, pour vous laisser le plaisir de la découverte!) C’est beau, dense et profond, l’air de rien. Un vrai cadeau. Je n’avais pas envie que ça se termine. (Remarquez, on a le temps de partager leur vie, au fil des 150 pages de ce drôle de grand livre.)

Et voici des extraits d’une émission où les deux auteurs, qu’on sent très complices, parlaient de leur travail pour donner vie à cette histoire. Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu le mot « brindezingue » dans la bouche de quelqu’un ! (Les mots d’argot, ça va, ça vient.)

A cause de la vie Ovaldé Sfar

Transcription
– Je me suis dit : Mais en fait, ça va être vraiment quelque chose pour nous, pour lui et moi, vraiment un univers où il y a en effet des très jeunes gens, un peu… un peu inadaptés, et je crois que ça nous allait plutôt bien (1). J’imagine que tu étais un jeune garçon pas totalement adapté !
– Il vous ressemble un petit peu, ce Eugène, à la fois timide et qui tout à coup, parce qu’une jeune fille s’intéresse à lui et lui fixe des défis absolument improbables, parce qu’elle est quand même très, très culottée (2), hein, elle lui fait faire des choses… !
– Ce qui est beau, c’est que Véronique a écrit un vrai conte de chevalerie. C’est un jeune homme qui fait tout pour une femme, et puis on verra si il l’a ou pas à la fin, et ça se passe dans notre arrondissement (3), ça se passe dans le dix-huitième arrondissement parisien. Ça, je trouve ça formidable. Moi, comme beaucoup de gens de ma génération, je suis venu à la littérature par Quentin Blake et Roald Dahl et je savais pas à l’époque (4) qu’il y avait un écrivain et un dessinateur, le livre m’arrivait comme ça. Et en lisant le texte de Véronique, j’ai découvert quelque chose qui pour moi était de cet acabit (5), c’est-à-dire que ça s’adresse à tout le monde, puisque ça tape au cœur, puisque c’est émouvant. J’arrive pas à dire si ce livre est joyeux ou s’il est triste, je sais qu’en le lisant, j’ai pleuré. Et… Enfin, en même temps, je suis une énorme éponge, moi, je pleure tout le temps, mais là, c’était de bonnes larmes, si tu veux. Et j’ai fait ce que m’a appris Quentin Blake, j’ai dessiné le personnage, je lui ai demandé si ça lui allait, et après, je suis parti avec le texte et j’ai… Je vois ses phrases, je vois ce qu’elle raconte et on m’a fait l’amitié de me laisser autant de place que je voudrais. C’est en ça que ce livre est un peu atypique, c’est si parfois je veux dilater une petite phrase ou la redire, c’était autorisé. Après je me rends pas compte, j’éprouve un truc, je le dessine et si ça… si ça se communique, tant mieux. (6)
– Oui, parfois même la modifier : il y a le texte, très réussi de Véronique Ovaldé, et puis j’ai remarqué qu’à deux-trois reprises (7), vous prenez une ou deux libertés (8)– vous rajoutez une petite phrase, un sentiment, vous vous appropriez vraiment le texte de Véronique. Vous diriez que c’est un roman ? Un conte ?
– Je sais pas. J’aime bien quand tu dis roman de chevalerie. J’aime assez cette idée, je trouve que c’est assez juste. Roman de chevalerie qui se passe dans un vieil immeuble parisien à ce moment… finalement, les années 80, c’est juste après le vieux Paname (9), et juste avant que ça devienne Paris, dans un vieil immeuble, avec ces deux gamins qui sont à l’orée (10) aussi de l’âge adulte, cette métamorphose-là, métamorphose de Paris, de notre dix-huitième qu’on connaît si bien, et puis de… ce moment de transformation terrible où vous passez de… bah je sais pas, d’une espèce d’enfance un peu solaire, de ce… voilà, et puis, vous allez passer de l’autre côté. Donc c’est un moment un peu dangereux, un peu particulier, vous êtes pas toujours très content de passer ce moment d’adolescence, et il y avait tout ça à la fois dans ce… dans cette histoire. Alors pour moi, c’est une histoire un peu initiatique aussi, hein. Et une histoire d’amour.
– Je trouve que quand on lit tous les défis que la jeune fille lance au garçon, qui est amoureux d’elle, on se dit qu’on aurait aimé avoir une enfance comme ça. Et que chacun… chaque garçon aimerait avoir une fille comme ça, qui lui lance des défis de plus en plus difficiles et qu’il faut chaque fois réussir pour qu’elle continue à s’intéresser à lui, et ça, c’est sublime  !
– Est-ce que c’est pas ça, finalement, être romancière, Véronique Ovaldé : écrire pour réparer le passé, pour qu’advienne enfin ce qu’on aurait tellement aimé faire ?
Tout à l’heure, il disait quelque chose de merveilleusement juste, Romain Gary, quand il disait : Je… Quand j’écris, je veux vivre d’autres vies que la mienne. C’est… Alors, je pense qu’en fait, moi, je… dans ce genre de livre, je vis aussi d’autres enfances que la mienne. Donc je… C’est une espèce d’enfance fantasmée quand même de cette petite (11). Alors, le garçon, vous disiez, Monsieur Pivot, en fait le garçon qui voudrait… Tous les garçons aimeraient bien avoir une jeune fille un peu… un peu folle, brindezingue (12), un peu sauvage ,comme ça, un personnage romanesque (13) qui habite en-dessous de chez soi pour… et puis, qui nous lance des défis et qui nous donne des missions à remplir, bien sûr. Mais aussi, moi, j’aurais adoré être une jeune personne aussi libre que cette gamine, qui a onze, douze ans, qui a onze ans, par là, dans ces eaux-là (14), et qui en même temps, est en effet d’une liberté totale. Elle est… Elle ne va pas à l’école parce que ça ne l’intéresse pas. Elle vit seule avec sa mère, elles vivent dans des cartons (15) parce que les cartons n’ont jamais été ouverts, et elles sont… Et… Et puis elle vit dans un monde imaginaire qui est encore très, très proche de l’enfance. C’est ça que je trouve très beau, c’est ces moments… ce moment où en fait, on est encore avec les oripeaux (16) de l’enfance et puis, bah il va falloir passer de l’autre côté. Et puis là, ils sont… Ils ont pas envie tellement d’y aller, pour le moment.
– C’est un livre remarquable également sur… Il pose beaucoup de questions – c’est pour ça que c’est un bon livre – sur l’âge adulte aussi, quand on se retourne vers l’adolescent un petit peu mélancolique ou fou furieux que l’on pouvait être. Est-ce que c’est une bonne idée, Véronique Ovaldé, vingt-cinq ans plus tard de remettre ses pas dans ceux qui furent les nôtres lorsque nous étions adolescents, de chercher à revoir un premier amour, de chercher à revoir une sensation ?
– Ah non ! Je pense que c’est une très, très mauvaise idée, moi, j’en suis assez convaincue ! Alors moi, je suis… Je suis quelqu’un d’extrêmement mélancolique et en même temps d’un peu brindezingue comme cette jeune fille mais je suis absolument pas nostalgique. Ça n’existe pas, la nostalgie. Donc quand j’écris quelque chose qui se passe en 84, j’ai besoin de… Je réactive quelque chose qui me plaisait de ce moment-là – donc la musique.. J’adore en fait ce que tu as mis sur les murs, tu sais, les affiches qu’il y a sur les murs dans la chambre de la gamine. Moi, j’en parle pas. Joann, il met des affiches partout, sur tous… sur chaque mur – donc il y a Beetle juice, il y a plein de trucs qu’elle écoute, et du coup, qu’elle met, qu’elle affiche. Donc moi, j’ai beaucoup de mal avec le fait de retourner en arrière. C’est quand même… En fait, j’adore la réinventer. J’adore l’invention des choses. Donc moi, je réinvente les choses. Donc moi, j’irais jamais… j’irais jamais faire des pèlerinages sur les lieux… les lieux de mon enfance. Ça me viendrait pas à l’esprit ! (17)

Des explications :
1. ça nous allait bien = ça nous convenait bien / ça nous correspondait bien.
2. Être culotté : c’est avoir du culot, c’est-à-dire oser faire des choses interdites, défier les interdits. (familier)
3. un arrondissement : Paris, Lyon et Marseille sont divisées en arrondissements. A Paris, il y en a vingt. Si un Parisien dit par exemple : c’est dans le 15è / j’habite dans le 18è, tout le monde comprend qu’il parle du quinzième ou du dix-huitième arrondissement.
4. À l’époque = à ce moment-là (pour parler d’une période qu’on présente comme déjà un peu lointaine)
5. de cet acabit : de ce genre-là (familier)
6. tant mieux : cette expression signifie que c’est bien et qu’on est content de la situation.
7. À deux, trois reprises : deux ou trois fois
8. prendre des libertés : par exemple, prendre des libertés par rapport au texte d’origine signifie qu’on ne reste pas totalement fidèle au texte. On peut aussi prendre des libertés par rapport à un règlement.
9. Paname : c’est le surnom en argot de Paris, qui renvoie à l’image d’un Paris traditionnel, avant tous les changements de notre époque en quelque sorte.
10. À l’orée de : au début de… ( au sens premier du terme, il s’agit de l’orée de la forêt, c’est-à-dire là où commence la forêt, d’où son sens figuré.)
11. Cette petite : cette enfant
12. brindezingue : un peu folle (argot). On n’entend plus ce terme très souvent.
13. Romanesque : comme dans un roman. Ce terme évoque l’idée d’aventure, de vie pas ordinaire. On peut l’employer à propos d’une histoire ou de la vie de quelqu’un par exemple, mais aussi à propos d’une personne.
14. Par là / dans ces eaux-là : ces deux expressions familières signifient la même chose : environ, à peu près (à propos d’un chiffre, d’une quantité, d’une somme d’argent par exemple ou de l’âge de quelqu’un comme ici)
15. elles vivent dans des cartons = elles vivent au milieu des cartons (de déménagement) dans leur appartement.
16. des oripeaux : des vêtements, en général usés et dont on devrait donc se débarrasser. (Ce mot est toujours au pluriel.)
17. ça ne me viendrait pas à l’esprit : je ne peux absolument pas avoir cette idée, je ne peux absolument pas faire ça, ça m’est totalement étranger. On dit aussi : ça ne me viendrait pas à l’idée.

La vidéo entière, extraite elle-même de l’émission de télévision La Grande Librairie, est à regarder ici.

Un renard, un loup, des poussins, des poules, etc.

le-grand-mechant-renardUne lectrice de ce blog m’a demandé récemment si j’avais des idées de lectures dans lesquelles on entendrait à travers les mots écrits des façons de parler très naturelles et familières. J’ai pensé à cette BD, faite d’une multitude de petites vignettes où les héros de l’histoire passent leur temps à discuter, à se chamailler, à se fâcher, à se réconcilier, à exprimer leurs émotions tout haut. C’est très drôle et c’est exactement comme si on entendait tout ce petit monde parler à voix haute : ça crie, ça piaille, ça pioupioute, ça caquète, ça couine, ça hurle et ça s’agite dans tous les sens !

Tout commence parce que les poules n’en peuvent plus de voir le renard débarquer dans leur village :

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Pourtant ce renard a un problème : il est incapable de faire peur à qui que ce soit, lui qui se voudrait chasseur terrifiant – un renard, ça devrait faire peur quand même !

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Ce pauvre renard en est donc réduit à se contenter des navets que lui laissent charitablement (et en se moquant) les animaux de la ferme. Mais des navets pour rassasier un renard, c’est très moyen et à la longue, vraiment déprimant. Alors, avec le loup, qui lui aussi rêve de croquer des poules, ils montent un plan d’enfer.

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Mais bien sûr, rien ne se passe comme prévu. Normal, quand les renards se mettent à couver des oeufs de poule !

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Et c’est parti pour presque deux cents pages de folie, de délire, de rebondissements. Exclusion, identité, estime de soi, bonheur, solitude, amour maternel, maternité non désirée, famille, corruption, paresse, clichés, stéréotypes, tout y passe, avec cette histoire de poussins déchaînés qui ne savent plus très bien qui ils sont mais qui savent qui ils aiment et que tout le monde se dispute.
J’ai dévoré cette histoire. C’est qu’on s’y attache à ces petites bêtes ! N’est-ce pas, monsieur le grand méchant renard !

brennerEt voici une petite interview sympathique du dessinateur, en cliquant ici. Et on voit émerger son renard et son loup sous son crayon et son pinceau pendant qu’il parle.

Transcription:
Je m’appelle Benjamin Renner et je suis… Je travaille dans le dessin animé et la bande dessinée. Donc voilà, c’est à peu près tout ce que je fais. J’ai 32 ans et voilà. Je sais pas quoi dire de plus. Ah, je suis né à Saint Cloud. C’est une charmante petite bourgade (1).
En ce moment, je suis en train de travailler sur… toujours sur Le grand méchant renard, toujours pas terminé, puisque c’est la BD donc que j’avais sortie il y a un peu plus d’un an maintenant, et il se trouve que je suis en train de le faire en film d’animation. Et du coup, je l’ai bien dans la main en ce moment, le renard. Et j’ai décidé de vous dessiner une petite scène avec le renard et le loup, enfin une scène de la BD Le grand méchant renard. Voilà.
Alors en fait, moi, ce qui me faisait un peu peur en commençant ce projet, c’est que je me disais : Bon, cette histoire, je l’ai déjà racontée. Qu’est-ce que je vais bien (2) pouvoir faire en fait ? Peut-être c’est ennuyeux de recommencer à raconter la même histoire en animation. Et finalement, j’ai été surpris de me rendre compte que bah c’était beaucoup plus ardu. En fait, une bande dessinée, ça s’adapte pas en prenant simplement les cases et en les mettant les unes derrière les autres dans un storyboard, quoi. Il y a beaucoup plus de travail que ça à faire, le rythme est pas du tout le même. Comme moi, je suis un grand admirateur de Chaplin, Buster Keaton, des choses comme ça… c’est des choses qui ont vraiment bercé mon enfance (3), j’ai beaucoup plus travaillé l’humour visuel, c’est-à-dire les personnages qui parlent pas en fait et à qui il arrive beaucoup de choses, presque des acrobaties, des espèces de chorégraphies un peu… un peu plus comiques, quoi.
Donc en fait, j’écris pas de scénario, moi, jamais. Même en bande dessinée, je les écris pas. En fait, j’ai jamais été bon. Même petit, je voulais être écrivain mais tout ce que j’écrivais, je trouvais ça vraiment mauvais ! Enfin j’avais assez de recul (4) pour me dire que c’était vraiment pas bon. Et c’était une espèce de frustration d’enfance parce que je voulais vraiment raconter des histoires, et du coup, je passe beaucoup par le dessin pour raconter des histoires. Enfin, j’aime beaucoup les grands dessinateurs, ceux qui dessinent très bien, mais je sais que c’est pas quelque qui m’intéresse de faire, quoi, c’est-à-dire que dessiner comme Moebius, je sais que j’en serai jamais capable et j’ai pas envie de le faire. J’utilise vraiment le dessin plus comme une sorte d’écriture… enfin, souvent je fais un espèce (5) de petit brouillon au crayon à papier juste pour voir à peu près où je vais, et ensuite, je… j’affine les choses, mais c’est vraiment au fur. (6).. Je cherche avec le dessin, quoi. Je dis assez de bêtises, comme ça, à la minute, donc voilà, voilà.

Quelques explications :
1. une charmante petite bourgade : c’est une expression figée pour désigner une petite ville, en province, souvent un peu ennuyeuse. Le mot bourgade est un peu désuet. Ici, il y a une légère ironie dans son ton. C’est dans la banlieue chic de Paris, et ce n’est pas tout à fait le terme qui vient d’habitude à l’esprit en pensant à cette ville.
2. Bien : quand il est employé ainsi à l’oral dans des questions avec le verbe pouvoir, il sert à renforcer la question, à montrer qu’on se pose vraiment la question parce qu’on n’est vraiment sûr de rien. Par exemple :
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire ? = Je ne sais pas quoi dire.
Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire là-bas ? = On va s’ennuyer .
Qu’est-ce qu’il va bien pouvoir inventer encore ? = Il a déjà fait plein de bêtises. Quelle est la prochaine ?
Où est-ce qu’ils ont bien pu passer ? = Ils se sont perdus, je ne sais pas du tout où ils sont.
3. Des choses qui ont bercé mon enfance : on emploie souvent cette expression pour parler de ce qui se répétait et nous a marqués et accompagnés dans notre enfance. (des histoires, des films, des musiques, etc.)
4. avoir assez de recul : être suffisamment lucide
5. un espèce de brouillon : il faut dire une espèce de… même si le mot qui suit est masculin. Mais on entend beaucoup de gens accorder avec le mot suivant.
6. Au fur et à mesure : peu à peu, à mesure qu’il dessine.