Six ans

Comme certains le savent, j’ai commencé à écrire ce blog il y a six ans, le 14 février (sans qu’il y ait aucun rapport avec la Saint Valentin, qui faisait alors encore moins partie de notre environnement qu’aujourd’hui.) Pas de bilan, juste l’étonnement d’être capable de persévérer, avec parfois des doutes, des absences. Et finalement, toujours un commentaire, un message, une question, qui font que je continue ! Alors, il y a aussi l’étonnement de voir que certains ne se sont pas encore lassés de lire, écouter, regarder ce qui m’intéresse. Pourtant, à force, je suis très prévisible ! Mais on dit aussi qu’un blog doit avoir une certaine unité, alors je me rassure de cette manière ! Parce qu’au-delà des thèmes récurrents dans mes billets, il y a toujours ce français que je partage avec vous qui l’apprenez à travers le monde, vous qui trouvez probablement ici un petit quelque chose qui vous rend notre langue et notre culture plus désirables.

Qui dit anniversaire, dit gâteau d’anniversaire !
Voici donc la recette d’un gâteau… invisible. J’ai succombé à la dernière mode mais surtout à un joli livre de cuisine, plein de couleurs et de recettes qui m’ont paru tenir la route. (A la longue, on sait dire si une recette devrait être bonne ou pas !) Elles sont toutes basées sur le principe qu’il y a peu de pâte et beaucoup de fruits coupés en fines lamelles – pommes, poires, mangues, etc. – pour donner la texture de ces gâteaux. (Il y a aussi des variantes salées, avec des légumes, tout aussi appétissantes.)

Oui, ce blog est un fourre-tout ! Donc voici la recette écrite pour ceux qui veulent juste faire les gourmands – je pense à mes amies instagram – et également la recette enregistrée et illustrée pour ceux qui veulent aussi « manger » du français.
Bon appétit !


.
Ou juste l’enregistrement :
Le gâteau invisible citron myrtilles

Les ingrédients :
800 grammes de pommes coupées en lamelles régulières de 1 mm d’épaisseur
150 g de myrtilles (surgelées quand ce n’est pas la saison)
1 citron non traité
2 œufs
90 g de sucre en poudre
40 g de beurre fondu
120 g de farine
80 ml de lait
20 g + 10 g de sucre roux

La recette :
– Préchauffez le four à 180°C.
– Fouettez les œufs avec le sucre, en mélangeant bien pour que le sucre soit bien fondu.
– Ajoutez le beurre fondu, puis la farine, puis le zeste du citron râpé.
– Délayez avec le lait et le jus de citron. (un demi citron si le citron est vraiment gros)
– Epluchez les pommes, coupez-les en quartiers et faites de fines lamelles de 1 mm d’épaisseur (bien régulières.) On peut utiliser une mandoline ou un couteau qui coupe bien.
– Incorporez les lamelles à la pâte, en faisant attention pour qu’elles restent entières.
– Beurrez un moule et saupoudrez le fond avec 20g de sucre roux. Choisissez un moule juste à la bonne taille pour avoir une certaine épaisseur de pâte. (un moule rond de 24 cm de diamètre par exemple)
– Versez la moitié de la préparation dans le moule.
– Recouvrez avec les myrtilles, puis versez le reste de la pâte dessus, avec précaution pour que les myrtilles ne se mélangent pas avec le reste.
– Saupoudrez avec 10g de sucre roux.
– Faites cuire au four pendant 50 minutes.
– Laissez refroidir avant de démouler. On peut décorer avec des myrtilles et des morceaux de zeste de citron.

Bonne dégustation ! Et si vous ne mangez pas tout le jour même, mettez ce gâteau au réfrigérateur. Il est très bon frais également !

La petite touche de français: le temps des recettes
Les recettes de cuisine, qui sont des instructions, s’écrivent soit à l’infinitif, soit à l’impératif.
– l’infinitif donne un côté plus distant, plus neutre : Verser la pâte dans le moule.
– l’impératif a une tonalité plus directe, plus vivante, comme si quelqu’un était en train de vous guider dans cette recette. On vouvoie le lecteur : Versez la pâte dans le moule.
– Et dans les livres de cuisine pour les enfants – mieux vaut commencer tôt, fille comme garçon ! – on utilise la 2è personne du singulier: Verse la pâte dans le moule.

– Bien sûr, il faut être attentif à ne pas mélanger infinitif et impératif, notamment avec les verbes du 1er groupe, qui se prononcent de la même façon mais prennent soit -er, soit -ez.
– Et on n’oublie pas que les verbes du 1er groupe ne prennent jamais de « s » à la 2è personne du singulier à l’impératif : Verse, mélange, ajoute, fouette, beurre, démoule, laisse refroidir, etc.

Boisson fraîche

Les citrons
Il fait chaud.
Besoin de se rafraîchir et de se désaltérer.
Besoin de ne rien faire du tout.
Donc piscine, boissons fraîches et paresse au programme.

Voici une pub très estivale et très courte mais qui nous dit des choses sur le français et sur la France !

Cette publicité est ici.

Transcription
– Hum ! Super bonne, ta citronnade ! (1)
– Merci ! C’est moi qui l’ai pas faite. (2)
– Ah bon ? Et tu l’as pas faite comment ?
– Bah j’ai pas pressé de citrons, j’ai pas mis l’eau de source (3) et j’ai pas mis le sucre (4) non plus.
– Non mais tu as dû te lever hyper pas tôt ! (5)
– T’inquiète. (6)

Les citrons déjà pressés pour vous, de l’eau de source et une pointe de sucre (7). Pulco citronnade, la paresse a du bon. (8)

Juste le son:
La citronnade

Des explications :
1. de la citronnade : ce terme a un petit côté ancien. Avant toutes les boissons disponibles aujourd’hui, il y avait de la citronnade et de l’orangeade, mélanges de jus de citron ou d’orange avec de l’eau et du sucre.
2. C’est moi qui l’ai… : normalement, on dit : C’est moi qui l’ai faite. C’est ce à quoi tout le monde s’attend. De plus, comme c’est une phrase orale, il n’y a pas « ne » de la négation. Mais tout d’un coup, on entend la forme négative, ce qui nous fait sourire, d’autant plus qu’elle n’est pas vraiment correcte. (On dit normalement: Ce n’est pas moi qui l’ai faite.) Et on comprend sur quoi est basée cette publicité, tout entière à la forme négative de façon inattendue.
3. J’ai pas mis l’eau de source : la première chose, c’est qu’ils insistent sur le fait que c’est de l’eau très naturelle, pour donner un côté très sain à cette boisson industrielle. La deuxième chose, c’est qu’ils utilisent l’article « l’ », au lieu de dire : j’ai pas mis d’eau de source. Cela donne l’impression qu’il est évident que la boisson est à base d’eau de source. C’est comme si tout le monde connaissait la recette.
4. Le sucre : même remarque que précédemment. (le sucre au lieu de dire : j’ai pas mis de sucre)
5. hyper pas tôt : normalement, on n’emploie jamais hyper avec une forme négative.
6. T’inquiète ! : cette phrase, très orale, est fréquente. Normalement bien sûr, on dit : Ne t’inquiète pas (forme normale) / T’inquiète pas (familier). Mais depuis quelques années, on entend souvent la forme sans la négation, avec la même signification. Donc ce qui est bien fait dans ce dialogue, c’est qu’il y a des négations là où il n’en faut pas habituellement et inversement, elles ont disparu là où il en faudrait!
7. Une pointe de sucre : cette expression permet de donner l’impression qu’il y a très peu de sucre ajouté dans cette boisson, encore une fois pour donner l’idée que cette boisson est saine et comme ce qu’on ferait soi-même, bien qu’elle soit industrielle.
8. La paresse a du bon : Quand on dit de quelque chose que ça a du bon, c’est que c’est positif, que cela a un effet bénéfique. De plus, ici, il y a un jeu sur les mots puisqu’il s’agit d’une boisson, qui est bonne.

Petite remarque sur la conjugaison: il y a des Français qui accordent mal le verbe quand la phrase commence par C’est moi qui… On entend la faute: **C’est moi qui a… Bien sûr, on accorde à la première personne du singulier:
C’est moi qui suis paresseuse. / C’est moi qui irai faire les courses / C’est moi qui voulais arrêter. / C’est moi qui ai soif.
Et à la forme négative: Ce n’est pas moi qui ai fait ça. / Ce n’est pas moi qui dirai le contraire.

Eloge de la paresse, avec l’été et les vacances qui approchent, mais aussi préoccupation pour la santé – et la ligne.(Toutes les publicités pour de la nourriture ou des boissons doivent comporter le message du Ministère de la Santé sur le fait de manger 5 fruits et légumes par jour et sur la nécessité de bouger.)