Accord ou désaccord

Forts ensemble

On est singulier. Donc il est suivi d’un verbe au singulier.
Mais ensuite, que fait-on des adjectifs ou des participes passés qui suivent ?

Les puristes extrêmes refusent un accord de pluriel :
– soit On est une sorte de neutre pour désigner quelqu’un, n’importe qui et il n’y a pas lieu de se poser la question : On n’est jamais déçu quand on n’attend rien.
– Soit il est employé improprement à la place de Nous, et dans ce cas, employons Nous, ce qui éliminera le problème : On est allé(s) au cinéma, à remplacer par Nous sommes allés au cinéma.

Mais il faut bien admettre qu’oralement, On est devenu plus fréquent que Nous. On accepte donc très souvent l’accord de pluriel ( de genre aussi : on est allées) de l’adjectif ou du participe passé.

Sur ce panneau publicitaire, on trouve donc On est forts. J’avoue que souvent, j’ai encore un petit moment de doute quand je vois ou fais cet accord singulier-pluriel. Mais ici, on a bien l’emploi parfait de On, puisqu’il s’agit de de vous, de moi, d’eux, donc de n’importe qui. En même temps, comment pourrait-on laisser fort au singulier ? Le mot ensemble implique fondamentalement un pluriel. Donc tout va bien ! (Sinon, il faudrait dire: On est fort quand on est avec les autres.)

Oui, je viens de faire la Française qui coupe les cheveux en quatre à propos de la grammaire! Oui, juste en passant dans la rue, une rue très ordinaire, et en lisant une pub, une pub sans caractère. Tout cela parce que nous avons une grammaire impossible et bizarre !

Fâché avec les é

Voici ce qu’on pouvait lire il y a quelques jours sur le site d’un journal français tout en ligne*, dont le slogan est « Un vent nouveau sur l’info ». Mais apparemment, ce vent nouveau souffle aussi sur l’orthographe et la grammaire, plutôt malmenées tout au long de cet article sur les téléphones portables.
Un vrai concentré d’erreurs de terminaisons, classiques chez ceux qui sont fâchés avec l’orthographe et gênantes pour la compréhension: il faut s’y reprendre à deux fois, car un -é ou un -er à la fin d’un mot ne signifient pas la même chose. Quand l’écriture devient vaguement phonétique et aléatoire, la communication et la lecture se font un peu plus difficiles !

atlantico
En particulier ne prend pas de « s ». Il ne s’agit pas du nom un particulier, qui au pluriel devient effectivement des particuliers.
– Le verbe perturber s’accorde avec le sujet, même s’il n’est pas juste à côté de lui : Nos multiples écrans… perturberaient…

à l'inverse de ce que l'on penser
à l’inverse de ce que l’on pensait: comment peut-on écrire ici penser qui n’est pas une forme conjuguée ? L’auteur de ces lignes est peut-être du sud de la France : apparemment, il prononce de la même façon penser et pensait et écrit phonétiquement en quelque sorte. Ailleurs, on fait la différence entre les deux sons, si on a conscience de la grammaire évidemment !

deux fois plus de faciliter.
– Cette fois-ci, il y a confusion entre le verbe faciliter et le nom employé ici: deux fois plus de facilité.

il à démontrer.
Oh là, là ! Cela devient incompréhensible, on se dit qu’il manque des mots et on se demande ce qui est à démontrer. Mais non, il voulait bien dire: Un chercheur américain a démontré

discret est pratique.
Avec indulgence, on pense d’abord qu’il s’agit peut-être de ces erreurs que nous faisons tous sur nos écrans: on tape une première version qu’on modifie légèrement, en laissant des bouts de phrase qui ne s’enchaînent pas bien. Voulait-il dire : Le smartphone est discret, il est pratique ? Hélas, je pense qu’il voulait bien écrire: Il est discret et pratique.

rendre névroser.
Névroser est le verbe à l’infinitif. Mais rendre n’est pas suivi d’un infinitif. Il lui faut un adjectif ou un participe passé : Rend-il névrosé ?

Une expression: être fâché avec…
Normalement, on est fâché avec quelqu’un.
Mais on peut aussi être fâché avec l’orthographe, la grammaire, les maths par exemple, ce qui signifie qu’on n’est pas bon dans ces domaines-là.

* Petite remarque de vocabulaire: tout en ligne.
Le site France Terme vient de recommander de ne plus employer l’expression « pure player ». Dans ce cas précis, on peut reconnaître que l’expression française équivalente est plus parlante pour un francophone et comme elle passe bien, elle devrait être facilement adoptée.

tout en ligne

Et pour terminer avec humilité, j’espère ne pas avoir laissé d’erreurs, ne pas avoir oublié ma grammaire, ne pas avoir manqué un seul accord dans ce que je viens de publier !