De beaux portraits de jeunes femmes

J’avais aimé Tomboy. Céline Sciamma sait faire des portraits qu’on oublie pas. Elle a aussi collaboré à la naissance de Courgette, dans Ma vie de Courgette, ce si beau film d’animation. Portraits d’enfants, d’adolescents.
Cette fois-ci, ce sont les portraits de trois jeunes femmes – et de la mère de l’une d’elle – à la fin du 18è siècle. Certaines sont enfermées, prisonnières de la condition qu’on faisait aux femmes, d’autres ont des libertés qu’on n’imagine pas forcément quand on pense à cette période de notre histoire. Toutes sont passionnées. C’est un film sur les amours impossibles, les libertés entravées, l’art et la création. Les images sont de toute beauté, véritables tableaux. La façon de filmer les visages, les gestes, les émotions, les lieux est magnifique. On est transporté par le cinéma de Céline Sciamma et sa manière de nous raconter des histoires éternelles. Quel plaisir !

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription
– L’homme intéressé par ma fille est milanais.Nous partirons là-bas si le portrait lui plaît.
– Vous partirez.
– Il faut que vous sachiez une chose. Elle a épuisé déjà un peintre avant vous. Elle a refusé de poser. Il n’a jamais vu son visage.
– Pourquoi refuse-t-elle d’être peinte?
– Parce qu’elle refuse ce mariage. Vous allez devoir la peindre sans qu’elle le sache. Elle pense que vous êtes une compagne de promenade pour quelques jours.
– Elle pense que je suis là pour la surveiller.
– Et vous, vous la regardez. Vous vous sentez capable de faire le tableau de cette manière ?
– Je suis venue pour vous peindre.
– C’était donc ça, vos regards.
– Quel en est le titre ?
– Portrait de la jeune fille en feu.

Voilà. Les sous-titres automatiques sont loin d’être parfaits. Une transcription s’imposait donc.
A bientôt ! Je suis toujours là, même si c’est de loin en loin. Sinon, vous pouvez toujours aller faire un tour sur France Bienvenue, que nous remettons à flot avec la nouvelle équipe d’étudiants. Travail régulier, qui m’a l’air bien parti cette année !

En retard… Non, en avance !

Oui, je suis très en retard ! Je n’ai rien publié ici depuis le mois de mai. Mais me voici de retour, et même, le croirez-vous, avec une longueur d’avance côté cinéma ! Vous qui me connaissez, vous savez que je vous parle en général des films plusieurs semaines, ou même plusieurs mois après leur sortie en salle. Eh bien, cette fois-ci, je suis en avance de quelques semaines. Une fois n’est pas coutume.

J’ai vu le nouveau film de Cédric Klapisch en avant-première, début août, dans une petite salle en Bretagne, donc avant sa sortie partout en France mi-septembre. Et j’ai passé un très bon moment, en compagnie de ces jeunes (trentenaires) que sait bien filmer et faire parler Cédric Klapisch. Un film qui ressemble à un conte, et pourtant il y est dans le fond question de solitude, de mal-être, de difficulté à se trouver. Mais c’est délicatement raconté et mis en mots – avec juste un ou deux moments pas forcément nécessaires à mon avis -, délicatement joué par les acteurs, pleins de charme, qui incarnent Mélanie et Rémy, délicatement drôle et parfois mélancolique. Il y a Paris, mais pas celui des touristes. Il y a un chat, un épicier, un DRH, des psys, de la musique, de la danse. Il y a des scènes qu’on attend et qui font du bien quand elles arrivent. Il y a de la légèreté et la légèreté, ça ne peut pas faire de mal. Une jolie histoire, pour ceux qui aiment le cinéma de Cédric Klapisch. C’était la conclusion parfaite d’une bonne journée d’été entre amies.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription :
– Bonjour. J’ai un problème de sommeil. Je sais pas ce que j’ai (1) en ce moment,je dors tout le temps.
– Bonjour. Je dors pas bien du tout.

– La position dans laquelle vous vous sentez le mieux, c’est la position de leader ? De suiveur ?
– D’accord…
– C’est une question.

– Vous vous dites que c’était une vraie rencontre ?
– Mais c’est quoi, pour vous, une vraie rencontre ?

– Comment vous vous expliquez cette crise de panique dans le métro ?
– Une dépression ?
– Peut-être…

– C’est quand même dingue (2) de tomber sur quelqu’un (3) qui a vraiment, vraiment mais (4) rien à dire ! Il a pas parlé pendant une heure. Si ! (5) A un moment donné, il m’a dit : J’ai l’impression que ça fait des années que je te cherche, quoi.
– L’angoisse ! (6)

– Tu te rappelles pas Tournaire. Karine… Karine Pélisson, la grande…
– Ah, elle était grande. D’accord. Alors…
– Brune, brune.
– Ouais, ouais.
– Elle avait les… Tu sais, elle avait les… les…
– Ah, des boucles !
– Non, non, les… les…
– Ah, des…
– Non ! Des soucis, dans sa tête.

– Ah, c’est pas vous, ça !
– C’est quoi, moi, alors ?
– Il y a pesto et pesto.

– Il ne suffit pas d’avoir compris le problème pour pouvoir régler le problème. Et en même temps, il est absolument nécessaire d’avoir compris le problème pour pouvoir le régler. Le problème.

– Ah non, pas ça ! Ça, c’est pas vous, ça.

– Faites confiance à la vie.
– Vous avez le droit d’être heureux.
– Vous avez le droit d’être heureuse.
– Bah oui, tu vois, hein, tout arrive ! (7)

Quelques détails
1. Je sais pas ce que j’ai = Je ne sais pas ce qui m’arrive, ce qui se passe. En français, on emploie le verbe avoir pour décrire l’état psychologique ou physique dans lequel on se trouve. Par exemple, quand on demande : Qu’est-ce que tu as ? à quelqu’un, cela ne signifie jamais qu’on veut savoir ce que la personne possède, mais comment elle se sent, ou pourquoi elle a une réaction particulière.
2. dingue : fou. (familier)
3. tomber sur quelqu’un : rencontrer quelqu’un par hasard. Ici, il y a une nuance négative. Elle cherchait à rencontrer quelqu’un de sympa, d’intéressant et elle est tombée sur un gars plutôt bizarre.
4. Mais : cet adverbe qui marque d’habitude l’opposition, le contraste, est utilisé ici pour renforcer ce qui est dit. (familier)
5. Si : on emploie « si » lorsqu’on a fait une phrase négative avant et qu’on veut la contredire.
6. L’angoisse ! : une angoisse est une peur intense. Ici, cette exclamation indique qu’elle trouve le comportement de ce garçon très étrange, quasiment anormal. (familier)
7. Tout arrive : cette expression souligne le fait que quelque chose finit par se produire alors que c’était vraiment inattendu ou inespéré.

Et ce film, ça a été aussi l’occasion de revoir un petit extrait de ce si beau documentaire que Cédric Klapisch a réalisé sur la danseuse étoile Aurélie Dupont! Eh oui, il nous en glisse un petit passage : le moment si émouvant du ballet d’Angelin Preljocaj où Aurélie Dupont tourne suspendue aux lèvres de Manuel Legris. J’en avais parlé ici il y a quelques années. La répétition guidée par Angelin Prejlocaj et Laurent Hilaire me touche toujours avec la même intensité que lorsque j’ai découvert ce documentaire de Cédric Klapisch. Vous en souvenez-vous ?

A bientôt.