Reprendre le rythme

Pour ceux qui ont peu de vacances pour les fêtes de fin d’année, ce n’est pas drôle quand Noël et le Jour de l’An tombent un dimanche ! Peu de temps pour se remettre des réveillons. Déplacements parfois un peu précipités. Et retour au travail dès le lundi matin.
Les petits Français, eux, ont toujours deux semaines de vacances à cette période. Parfois, elles sont tardives et commencent juste avant Noël. Parfois, elles démarrent plus tôt, comme cette année. L’inconvénient, c’est qu’il faut retourner en classe très peu de temps après le Jour de l’An. Alors, le calendrier avait été légèrement modifié cette année et les enfants ne sont retournés à l’école que ce mardi matin au lieu d’hier. N’empêche* ! Les mines étaient un peu fatiguées. Tout ce petit monde avait oublié comme un réveil peut être brutal ! (Et ils n’étaient pas les seuls !)

Transcription:
Mais tout d’abord, c’est la rentrée (1). La plupart des élèves reprennent le chemin de l’école ce matin. L’Education Nationale (2) avait repoussé d’un jour cette rentrée 2012 pour laisser 24 heures supplémentaires aux enfants afin de récupérer de la nuit de la Saint Sylvestre (3), mais aussi des couchers tardifs et de la fatigue des multiples voyages pour aller voir la famille car parents et enseignants (4) le confirment: les vacances de Noël sont les plus fatigantes pour les enfants.

Difficile de sortir du lit pour la plupart des écoliers (5) ce matin. Amélie n’a que neuf ans. Pourtant, comme beaucoup d’enfants, elle a veillé (6) pour les fêtes de fin d’année, comme les grands.
Le soir du réveillon (7), c’était 2 heures et le Jour de l’An (8), c’était 6 heures du matin.
Sa mère, Julie, n’a pas voulu imposer de rythme de sommeil pendant les vacances même si, elle le sait bien, les premiers jours d’école sont durs à vivre pour ses enfants.
Pour se lever le matin, c’est très difficile. Pour les emmener à l’école, c’est très difficile aussi. Ils veulent pas y aller. Les devoirs le soir, c’est pénible. Forcément au quotidien, c’est plus difficile à gérer. En général, effectivement (9), il faut une semaine, dix jours d’adaptation pour reprendre un rythme un peu normal, sachant que, de toute façon, la fatigue accumulée pendant les 15 jours (10) est une fatigue qui est difficile à récupérer (11). Donc même en les couchant tôt, ils ont un petit peu de mal (12) à être opérationnels le… comme normalement en fait.

Les enseignants aussi constatent cet état de fatigue généralisé. Sylvain Grandcer est professeur des écoles (13) en Haute-Normandie. Chaque année, il adapte son emploi du temps pour les premiers jours de janvier.
Ce qu’on peut faire quand même dans la classe, bah bien entendu, c’est de donner peut-être un peu plus de place… ben au chant, à l’anglais, au sport, parce que si la classe consiste à rester six heures par jour assis, attentif, ça va être effectivement très, très pénible pour tout le monde.

La rentrée 2013, elle (14), aura lieu le 7 janvier. Les élèves auront donc six jours l’année prochaine pour se reposer avant de reprendre l’école.

Quelques détails:
1. la rentrée: c’est la période où les enfants reprennent l’école, donc après chaque période de vacances. Mais si on ne précise pas quand, le mot rentrée renvoie en général à la rentrée de septembre, quand une nouvelle année scolaire ou universitaire commence.
2. l’Education Nationale: c’est le nom du ministère qui gère l’enseignement en France et qui fixe par exemple le calendrier de l’année scolaire pour tous les établissements scolaires.
3. La Saint Sylvestre: c’est la dernière nuit de l’année. On parle donc du réveillon de la Saint Sylvestre.
4. parents et enseignants: on pourrait bien sûr dire: Les parents et les enseignants. L’omission de « les » donne un côté encore plus général à cette affirmation. Elle n’est pas rare, notamment quand il s’agit du sujet du verbe.
5. les écoliers: ce sont les enfants qui vont à l’école primaire. Ensuite, ils deviennent des collégiens (au collège), puis des lycéens (au lycée). Et s’ils continuent leurs études dans l’enseignement supérieur, ce sont des étudiants.
6. veiller: rester debout tard le soir. Se coucher tard.
7. le réveillon: il y en a deux dans l’année: celui du 24 décembre et celui du 31 décembre. Ici, elle veut parler de Noël.
8. Le Jour de l’An: c’est comme ça qu’on appelle le 1er janvier.
9. effectivement = c’est vrai.
10. 15 jours: c’est comme ça que les Français désignent le plus souvent une période de deux semaines, alors qu’il n’y a que 14 jours dans deux semaines ! On utilise beaucoup cette expression: J’ai quinze jours de vacances / Il arrive dans 15 jours. (Deux semaines est bien sûr tout à fait possible.)
11. récupérer: la phrase est un peu bizarre, même si on comprend parfaitement. On dit normalement qu’on récupère de quelque chose (d’une grande fatigue, du voyage, d’une nuit blanche, etc…), avec la préposition de. Alors, il faudrait dire: c’est difficile de récupérer de cette fatigue. / une fatigue dont il est difficile de récupérer . Ou alors, changer de verbe: une fatigue difficile à effacer, à surmonter.
12. avoir du mal / un peu de mal / beaucoup de mal à faire quelque chose: avoir des difficultés (plus ou moins grandes) à faire quelque chose.
13. un professeur des écoles: c’est le nom officiel qui a remplacé il y a quelques années les termes instituteur et institutrice (cependant encore très utilisés par les Français)
14. la rentrée 2013, elle, aura lieu… : le pronom « elle » est utilisé pour marquer le contraste entre cette rentrée à venir et celle d’aujourd’hui. (Il ne s’agit pas d’un style familier, oral où on reprend souvent le sujet par le pronom, comme dans: Les enfants, ils sont fatigués. / Amélie, elle ne veut pas aller à l’école.) Il faut absolument mettre le pronom entre virgule et marquer une légère pause à l’oral. De toute façon, pour mettre en relief,il ne s’agit pas des mêmes pronoms: Les enfants, eux, sont contents. (par opposition à leur parents par exemple)  / Le frère d’Amélie, lui, s’est couché tôt. (par opposition à Amélie par exemple).

* N’empêche ! : cependant / pourtant

Jeux, jouets et rêves d’enfants

Nous sommes juste début novembre mais il ne faudrait surtout pas oublier que Noël approche ! Alors les supermarchés ont déjà installé leurs rayons de décorations en tout genre. Sans parler des chocolats et marrons glacés.

Mais surtout vous ne pouvez absolument pas rater les jouets ! Installés bien en évidence, sur des mètres et des mètres de rayonnages, ils sont là et bien là.

Et au cas où ce ne serait pas suffisant, il ne se passe pas un jour – j’exagère à peine – sans que n’arrive dans votre boîte aux lettres un nouveau catalogue de jouets. De vrais livres, où tout est bien organisé, et bien sexiste, parce que quand même, chacun sait qu’il y a des jouets de filles (avec plein de rose) et des jouets de garçons (sur des pages bleues, évidemment).
Parce que c’est ce que les enfants demandent ?
Ou parce que les jouets, ça sert aussi à apprendre son rôle dans la société ?
Difficile de lutter contre, je sais, mais quand même, ça m’agace toujours de voir ces toutes petites filles qui poussent des landaus plus vrais que nature et rêvent de frigidaires qui imitent celui de… De qui ? Mais de maman, bien sûr !

Transcription:
– Comment tu t’appelles ?
– Zacharie.
– Tiens, Zacharie, un petit cheval pour toi. Tu peux te battre avec des personnages de la mythologie.
– C’est encore un jeu où il faut se battre !
– Ah bah oui ! Mais les garçons, il faut bien (1) qu’ils aient des jeux pour se battre ! Sinon, ça les intéresse pas.
– Et les filles ? Elles se… Elles font quoi avec les elfes ?
– Les filles, bah, les filles, c’est le mariage, c’est l’amour, c’est les potins (2). Voilà.
– Rien n’a changé !
– Rien n’a changé, non. Ah, les féministes, finalement, elles ont fait un travail pour rien, les pauvres, hein ! Parce que les garçons, ça reste la bagarre (3) et les filles, ça reste l’amour. Cucul (4), quoi ! Mais bon on est dans l’univers des enfants, hein.
– Bah oui, mais c’est ça… c’est ça qui est important, justement. Et vous, vous vendez ça ? C’est vous qui fabriquez ça, qui cautionnez (5) ça ?
– Ah non, moi, je… je cautionne pas mais je pense que les enfants, ils sont… ils sont pas là pour penser aux problèmes… aux problèmes de féminisme et aux problèmes… Ils ont besoin de s’amuser, les enfants !

– Qu’est-ce que vous aimez comme jouets, les enfants ?
– Moi, ce sera les jeux électroniques. Mais j’aime aussi les jeux d’animaux, qu’on dirait des vrais (6). C’est un peu comme des peluches, mais ils font tout comme des vrais animaux. Tu vois, à a chaque fois qu’on leur caresse… par exemple… ils commencent à bouger.
– C’est le rayon des Barbie !
– Ah !
– Est-ce que tu aimes bien ces poupées-là, toi ?
– Je les ai aimées. En fait, c’est plus de mon âge (7). Je crois que c’est pour les plus petites, sept, six (8)…
– Oh ouais, je voulais ça, là, ça là !
– Ah, est-ce que vous connaissez les Playmobil ?
– Oui, J’a[…] j’adore les Playmobil.
– Oh, j’ai ça !
– Mon frère, il a ce jeu-là.
– C’est quoi ? (9)
– Voilà, Playmobil. Ecole.
– On les fait parler, on les fait aller à l’école. On les fait arriver en retard et faire faire des punitions.
– Est-ce que tu sais si ça existe, des jouets dangereux ?
– Les armes, pistolets, épées…
– Bon, on va bientôt sortir du magasin, là, Séni.
– Oui, je sais, tu as du travail.

Quelques détails:
1. Il faut bien que…: C’est différent de Il faut que qui exprime juste l’obligation. Le fait de rajouter bien exprime une sorte de résignation. C’est un peu comme dire: Comment voulez-vous faire autrement ? C’est comme ça, on ne peut pas aller contre.
2. les potins: normalement, les potins, ce sont les petites histoires qu’on raconte sur les uns et les autres. Donc les filles, c’est ça: ce qui les intéresse, c’est de parler, discuter, dire des choses sur les autres, etc…
3. la bagarre: le combat. Du coup, on dit que les garçons sont bagarreurs.
4. cucul: idiot, pas très intelligent, pas très fin. (familier)
5. cautionner quelque chose: approuver et soutenir quelque chose, le rendre légitime.
6. qu’on dirait des vrais: ce n’est pas correct de dire ça comme ça. Il faudrait dire: qui ressemblent à des vrais. Ou alors couper la phrase et dire: On dirait des vrais.
7. C’est plus de mon âge: c’est marrant d’entendre cette expression dans la bouche de cette petite fille, comme si elle était déjà très vieille ! D’habitude, on le dit quand on est plus âgé pour des activités qui deviennent difficiles ou qui ne nous intéressent plus parce qu’on a vieilli.
8. Six, sept: normalement, il faudrait dire sept, six ans.
9. C’est quoi? : cette question est uniquement orale et dans des conversations familières. De façon neutre, adaptée à toutes les situations, on dit: Qu’est-ce que c’est ?