Arrête de faire la tête !

La famille modèle ! Bon chic, bon genre*.
Les ados dans toute leur splendeur comme on en connaît tous ! Et comme on a tous été. Plus ou moins.
Le téléphone portable, ou comment, pour certains parents, ne pas lâcher leurs petits ! Nos opérateurs téléphoniques pensent vraiment à tout, pour le plus grand bonheur de chacun. Enfin, presque…

Alors, ces jeunes font la tête*.
Plus familièrement encore, on appelle ça aussi faire la tronche.
Le problème, c’est que c’est papa-maman qui paient le forfait…

* bon chic, bon genre : d’une élégance traditionnelle, propre à certains milieux sociaux aisés. On utilise aussi l’abréviation BCBG.
* faire la tête : bouder / montrer de façon très claire qu’on n’est pas content. (familier) En argot, on remplace « tête » par « tronche » : faire la tronche.

L’adversaire

Un roman inoubliable d’Emmanuel Carrère.
Une belle adapation au cinéma de Nicole Garcia.
Une histoire à peine croyable.
Une histoire vraie. Glaçante d’être si vraie.
On ne ressort pas indemne de la lecture du roman ou de la projection du film.
Dans l’un comme dans l’autre, dès le début on sait. Mais comment comprendre ? C’est sur ce chemin-là que nous emmènent Emmanuel Carrère et Nicole Garcia, chacun à leur manière, puisque l’un a écrit et l’autre filmé cette histoire terrible.

Voici ce qu’écrit Emmanuel Carrère :
« Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L’enquête a révélé qu’il n’était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu’il n’était rien d’autre. Il mentait depuis 18 ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d’être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Je suis entré en relation avec lui, j’ai assisté à son procès. J’ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d’imposture et d’absence. D’imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu’il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d’autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m’a touché de si près et touche, je crois, chacun d’entre nous. »

La bande annonce esquisse le portrait d’un homme ordinaire : bon fils, mari, amant, ami et père.
Elle est à regarder ici.

Transcription :
Père aimant
– Quand est-ce qu’on ira voir l’âne ? Maintenant ?
– Tu sais, il est attaché dans son pré. Il va pas bouger, le pauvre, hein. On ira tout à l’heure.
– Perdu !
Mari idéal
Fils modèle
– Ta deuxième caisse de retraite (1), elle est trimestrielle ?
– Oui, oui.
Gendre parfait
– J’aurais besoin de sortir un peu d’argent. 100 000 francs. Faudrait (2) qu’on passe tous les deux à la banque, à Genève.
– Si vous voulez.
Amant généreux
– C’est pour toi.
– Mais… Non, non, non.
Ami fidèle
– Alors, ça y est ? On est en retard ?
– Ah bah on sait jamais quand ça bouchonne (3). Tu t’es pas rasé, toi !
– Attention ! Attention !
– Un baiser !
– Ouais !
– Allez, souriez !
Il est insoupçonnable.
– Regarde bien. Qu’est-ce qu’on dit ?
– Joyeux Noël !

– Je sais pas comment on en est arrivé là. (4)

Quelques détails :
1. une caisse de retraite : un organisme chargé de gérer l’argent prélevé sur les salaires des actifs pour payer les retraites.
2. Faudrait que… = Il faudrait que… (A l’oral, dans un style familier, « Il » disparaît très souvent.)
3. ça bouchonne : il y a des embouteillages sur la route. Il y a des bouchons.
4. comment on en est arrivé là : pourquoi on est dans une telle situation négative. Il ne faut pas oublier « en ». Sinon, « arriver » reprend son sens spatial et ça ne signifie pas la même chose : comment on est arrivé là = comment on est arrivé à cet endroit.