Tout pour ses animaux

Là où j’habite à Marseille, c’est bien sûr la ville. Mais autour de nous, il y a beaucoup de jardins, parce qu’il y a beaucoup de maisons. Des jardins plus ou moins grands, où pas mal de propriétaires ont trouvé la place de caser des piscines particulières, toutes petites. Mais certains ont préféré installer un poulailler. Et ça, ça a posé des problèmes ! Leurs voisins se sont plaints : les poules caquètent trop tôt le matin. Querelle de voisinage. Alors quand j’ai entendu ce petit reportage à la radio sur une famille qui vit aussi en ville et a des animaux – beaucoup, vraiment beaucoup ! – qu’on imagine plutôt dans un village à la campagne, je me suis dit que cette famille n’aurait pas fait long feu ** ici !

Transcription

On est dans un lotissement (1), ce qui est quand même incroyable, on va dire, parce que c’est vrai, quand on passe devant chez moi, on se doute pas (2) de ce qui se cache derrière. On a vraiment de la chance parce qu’on est en fait entourés par des voisins qui sont adorables, qui adorent les animaux. Donc du coup, ça se passe très, très bien (3).

On prépare les gamelles (4) pour emmener aux cochons ?
– Ouais.
– Bon.

C’est-à-dire que moi, je suis un peu tombée dedans (5) quand j’étais bébé. J’ai été élevée par mon arrière-grand-mère. Donc j’ai vécu entourée de chats, de chiens, de tortues, de pigeons, de poissons, de tout, quoi (6). J’ai toujours eu ce besoin existentiel d’avoir un animal à mes côtés (7). Autant (8) les humains, j’ai pas un besoin existentiel d’être à côté d’eux, mais aller ramasser (9) des chiens partout, ça oui, ça… ça, ça marche (10). Plus ils sont bancals (11), plus ils sont vieux et plus ils sont malades, et plus je les aime. Ça veut pas dire que j’aime pas les jeunes qui sont en bonne forme, c’est pas ça. Mais j’ai toujours eu une attirance vers les délaissés, vers ceux qui ont un peu moins de chance que les autres, quoi.

Rien que (12) les gamelles, je passe minimum deux heures, entre (13) les préparer, les donner, parce que là, on a fait les cochons, les chèvres, les poules mais il y a les chiens aussi. Là, en l’occurrence – oui, mon coco -, je travaille à la maison, donc je ne suis jamais loin. Je fais des pauses toutes les heures parce que, voilà, faut que j’aille voir si les cochons, ça va, si les poules, ça va et tout ça. Donc ils sont accompagnés tout le temps. Il y a des gens qui choisissent de voyager, de faire le tour du monde. Moi, j’ai fait, c’est bon (14), je ne pars pas. Mon compagnon part avec les enfants et moi, je reste là.

C’est bon les fifilles ? On va donner aux autres fifilles. Allez. Salut poulette !

Des explications

  1. un lotissement : C’est un ensemble de terrains sur lesquels on construit des maisons. Les communes créent des lotissements, c’est-à-dire un ensemble de lots pour lesquels elles donnent le permis de construire. Les terrains ne sont en général pas très grands, donc on a des voisins proches.
  2. on ne se doute pas… : on ne peut pas imaginer que…
  3. ça se passe très bien : il n’y a aucun problème, tout va bien
  4. une gamelle : un récipient dans lequel on met de la nourriture pour les animaux, et aussi pour les humains qui veulent emporter leur repas. (Mais aujourd’hui, les jeunes qui emportent de quoi manger le midi ont des « bentos », ce qui est plus à la mode que les gamelles des ouvriers par exemple.)
  5. je suis tombée dedans quand j’étais bébé : cela signifie que les animaux sont devenus sa passion à ce moment-là. (familier) On peut dire : Je suis tombé dans la marmite ou juste : Je suis tombé dedans.
  6. quoi : ce mot termine les phrases à l’oral mais ne veut rien dire. C’est un tic de langage qu’on entend souvent.
  7. à mes côtés : avec moi
  8. Autant… : normalement, on attend un deuxième « autant » un peu plus loin, pour introduire l’idée qui est en parallèle et qui va contraster avec le début. Ici, il y a contraste entre le fait pour elle de ne pas avoir besoin de vivre entourée des autres et le fait qu’elle est toujours prête à s’occuper de chiens perdus ou d’autres animaux.
    Par exemple : Autant d’habitude il est patient, autant hier il s’est énervé !
  9. aller ramasser des chiens : recueillir des chiens
  10. ça marche : ça me convient
  11. bancal : normalement, cela décrit un meuble qui n’a pas les pieds de la même hauteur, donc qui n’est pas très stable, qui penche. Au sens figuré, cela décrit quelque chose qui n’est pas parfait.
    Par exemple : C’est une solution bancale. Et ici, cela veut dire que ces chiens qu’elle adopte ne sont pas en parfaitement en forme.
  12. rien que… : seulement, uniquement.
  13. entre les préparer, les donner : dans ce genre de tournure, entre introduit une énumération, ce qui permet d’insister, de montrer qu’il y a beaucoup de choses dans cette liste.
  14. c’est bon : ça me suffit

** ne pas faire long feu : ne pas tenir longtemps, ne pas rester longtemps, ne pas durer longtemps

L’interview est ici. (Par curiosité, allez voir combien ils ont d’animaux, dans cette maison qui n’est pas une ferme et où les voisins ne sont pas ni fermiers ni agriculteurs.)

La lettre bleue

Je voulais partager cette lecture avec vous le 11 novembre dernier – et même le 11 novembre de l’année précédente ! Mais je n’avais pas pris le temps de préparer ce petit billet. Le voici donc aujourd’hui quand même, parce que ce petit livre tout simple, dans son joli format carré, est magnifique et que dans le fond, il parle de toutes les guerres et de ce qu’elles font aux enfants, directement ou indirectement. Les vies ôtées, les vies bouleversées. La vie qui continue aussi, à jamais changée pour tous ces petits qui n’ont pas eu ou n’ont pas la chance de grandir dans un monde en paix.

On est en 1917, c’est l’automne, dans un village tranquille, loin des tranchées. Rosalie a cinq ans et demi, l’âge où on ne sait pas encore lire mais où on comprend tout. Elle grandit sans son père, envoyé au front comme des millions de jeunes hommes, dont la présence ne se manifeste qu’à travers les lettres qu’il envoie à sa femme et à sa fille.

Les mots de Timothée de Fombelle disent l’absence, le manque, la tristesse. Ils disent aussi, comme toujours, les espoirs et la vitalité propres à l’enfance, les petits bonheurs imprévus, le grand pouvoir de l’imagination. Et on comprend peu à peu ce qui anime cette petite fille très émouvante, entourée de sa mère, ouvrière, d’un instituteur revenu de la guerre amputé et du grand Edgar qui « n’écoute rien » en classe. Comme toujours avec cet auteur, le texte est très beau, entremêlé aux illustrations si justes d’Isabelle Arsenault. Et c’est tout ce monde d’un autre siècle qui surgit, par petites touches délicates.

Pour découvrir tout ça, vous n’avez plus qu’à aller feuilleter le début de ce livre ici et si ça vous dit, j’ai enregistré ces premières pages ( ainsi que ma présentation ) pour que vous puissiez suivre en même temps :

Et parce que Timothée de Fombelle est aussi agréable à écouter qu’à lire, voici sa courte présentation à lui de son histoire. (C’est bien sous-titré !)

En 2018, il en parlait aussi ici, à François Busnel, dans son émission la Grande Librairie. Il y était question de vérité, d’amour, du pouvoir de la lecture, des mots et de l’imagination, toujours au coeur de ce qu’écrit Timothée de Fombelle, livre après livre.

Les petits bonheurs

A bientôt !