Les voyages en train

Vous le savez peut-être, ou vous l’avez expérimenté personnellement en début de semaine, les voyages ou les déplacements en train se compliquent en France depuis quelques jours : il y a des grèves dans les trains et les gares, à cause des projets du gouvernement pour réformer la SNCF, sans réelle concertation et dans un sens qui ne satisfait pas une majorité d’employés de la SNCF.

Côté usagers ou voyageurs, les réactions vont du soutien à la condamnation, en fonction des idées politiques de chacun, des clichés que certains ont dans la tête sur les cheminots (qu’ils considèrent comme des « privilégiés »), de leur position sur le service public, du fait qu’ils travaillent dans le public ou le privé. Et aussi pour certains, en fonction du dérangement que la grève leur occasionne, puisque par définition, quand les gens cessent de travailler et de remplir leur mission, cela entraîne des complications !

Voici donc quelques témoignages de gens qui prennent d’habitude le train, pour aller travailler, ainsi que celui du gérant d’un magasin à la gare Saint Charles à Marseille. C’était aux infos à la radio en début de semaine. Positions variées.
(Mais je suis étonnée de ne pas avoir entendu le classique : On est pris en otage ! Choix des journalistes sans doute.)

Jours de grève- Avril 2018

Transcription

Ça va, hein. Ça pourrait être pire. C’est pour ça qu’on s’y prend tôt (1). Hier, ça a été un peu mieux que ce matin. Je sais pas, les gens sont… se sont peut-être un peu moins arrangés (2) aujourd’hui que hier.

– Bah moi, hier, moi, j’ai pris une chambre sur Paris, voilà, tout simplement, parce que c’était… c’est pas possible autrement.
– Là, c’est le deuxième jour. Ça risque de durer (3) jusqu’en juin. Comment vous le sentez ? (4)
– Bah mal, mal. Ça va être difficile. Je sais pas comment je vais faire pour les autres fois. Je vais, bon… Je vais peut-être prendre des jours de congé, enfin je vais me débrouiller, quoi.

Hier matin, j’ai… j’ai trop galéré. J’ai pas pu. J’ai laissé quatre trains passer hier, tellement c’était rempli*.

J’ai pas du tout envie d’être bousculée. Je veux dire, de toute façon, là, on parle de grève mais c’est sans arrêt (5) qu’il y a des problèmes à la SNCF. C’est tous les jours, en fait. Bah faudrait (6) peut-être qu’ils changent un peu leur système. On est dans le changement, faut (6) que tout le monde change en fait.

– Honnêtement, j’avais des gros doutes et… Mais c’est pas mal d’inquiétudes, il faut s’organiser un petit peu, voilà. Pas trop dormir, dormir moins, se lever plus tôt, partir à jeun (7) et puis voilà. Un peu une contrainte, mais enfin, moins pire que je pensais.
– La grève va durer normalement longtemps, jusqu’au mois de juin.
– Oui, c’est ça.
– Vous vous dites que ça va pas être simple ?
– Ça va pas être simple. On a vécu pire, on a vécu des travaux sur les lignes,on a vécu des grèves inopinées (8) suite à des agressions. On va faire avec (9).
– Vous comprenez, la grève ?
– Bah je pense qu’il y a une part de vérité dans ce qui est dit par rapport au statut des cheminots (10) mais il y a surtout du matériel qui est vieillissant, du matériel qui est mal entretenu, des choses qui sont mal organisées. Alors, je comprends la grève. Après, je la comprends aujourd’hui. Dans trois mois, je sais pas si je continuerai à la comprendre.

On est arrivés vers 6 heures 15 et on devait normalement partir à 6h55, sauf que là, bah le train n’est pas là. On joue aux cartes, ouais, on s’amuse. C’est galère (11), mais bon, on fait avec, hein !

Seul au monde. Catastrophe, hein ! D’habitude, c’est par centaines (12) ! Vous savez, avec les trains qui montent à Paris, les Ouigo (13). Et là, bah il y a personne, hein ! Trafic : nul, clients : nul (14). Voilà !

Des explications :
1. s’y prendre tôt : agir en anticipant, ne pas faire les choses au dernier moment.
2. S’arranger : trouver une solution
3. ça risque de durer : cela va peut-être durer. Il y a des chances que cela dure.
4. Comment vous le sentez ? : c’est une façon familière de demander à quelqu’un ce qui va se passer à son avis.
5. Sans arrêt : en permanence / tout le temps / sans cesse
6. faudrait que… / Faut que : à l’oral, il est très courant de ne pas dire : Il faudrait / Il faut. Ou alors, ce Il est juste prononcé « i ».
7. à jeun : sans avoir mangé. Voici des exemples d’emploi : Il faut être / rester à jeun avant une opération ou avant une prise de sang. (Ce mot a une drôle de prononciation !)
8. des grèves inopinées : des grèves qui n’ont pas été annoncées. Normalement, il faut déposer un préavis de grève, c’est-à-dire annoncer officiellement qu’il y aura grève. Mais il arrive que des conducteurs de bus ou de train par exemple cessent le travail par solidarité avec un de leurs collègues qui a été victime d’une agression et en signe de protestation.
9. Faire avec : cela signifie s’accommoder de quelque chose, se débrouiller face à une situation qui nous est imposée. On dit : Il faut faire avec. / On va faire avec. / On fait avec. (familier)
10. les cheminots : c’est ainsi qu’on appelle ceux qui conduisent les trains ou les entretiennent ainsi que les voies et de façon plus générale, les employés de la SNCF, parce qu’ils travaillent pour les chemins de fer.
11. C’est galère : c’est compliqué, il y a des problèmes pour faire ce qu’on avait à faire. (très familier).
12. C’est par centaines : d’habitude, il voit passer des centaines de voyageurs dans son magasin à la gare.
13. Les Ouigo : ce sont des TGV dans lesquels les places sont moins chères que dans les autres TGV.
14. Trafic nul = il n’y a pas ou presque pas de trains en circulation. La conséquence, c’est qu’il y a très peu de voyageurs, donc peu de clients dans les magasins et cafés dans les gares ou aux abords des gares.

* Un peu de français oral – Comment employer Tellement :
La phrase normale, ce serait : Il y avait tellement de monde que je n’ai pas pu monter dans le train.
A l’oral, on tourne souvent cette phrase dans l’autre sens, ce qui suppose quelques petits déplacements des mots :
Je n’ai pas pu monter, tellement il y avait de monde dans le train.

J’étais tellement en retard que je suis rentrée chez moi.
Je suis rentrée chez moi, tellement j’étais en retard.

Il a eu une attitude tellement incompréhensible que j’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement.
J’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement, tellement il a eu une attitude incompréhensible.

La gare est tellement vide qu’on n’a pas l’impression d’être un jour de semaine !
On n’a pas l’impression d’être un jour de semaine, tellement la gare est vide!

Il faisait tellement froid qu’il avait gardé son pull.
Il avait gardé son pull, tellement il faisait froid.

Et pour finir, oui, la France est un pays où on fait grève et où on manifeste dans la rue.

Déterminés

En route pour l'ecole
J’ai déjà eu l’occasion de parler de la Guyane, ce département français à des milliers de kilomètres de la métropole. Un très grand territoire dans la forêt amazonienne. Une des choses qui m’a marquée, c’est la difficulté à offrir à tous les enfants les mêmes chances qu’aux autres petits Français: pas assez d’écoles, pas assez de moyens, pas assez d’enseignants. Si vous êtes professeur et que vous demandez à partir en Guyane, vous êtes sûr d’obtenir un poste immédiatement. Un autre signe, c’est le peu de jeunes Guyanais qui viennent poursuivre leurs études supérieures ici, alors que nous avons des étudiants martiniquais, réunionnais, guadeloupéens, néo-calédoniens. Conséquence de l’éloignement peut-être, mais surtout résultat d’une scolarité qui ne permet pas toujours de réussir à un niveau plus avancé.
Alors, à Cayenne, mardi dernier, cet appel à faire grève et à manifester avait été lancé:

grève en guyane

Ils sont déterminés, et on les comprend :

Transcription :
Trois cent trente millions sur dix ans, ça signifie trente-trois millions par an, c’est-à-dire la construction de cinq lycées, dix collèges, cinq cents classes du primaire. L’Etat doit s’engager. Il est évident qu’on s’arrêtera pas là. Mais il y aura obligatoirement, même si ça doit durer six mois, un an, il y aura obligatoirement un chantier qu’on a ouvert là, parce que c’est un chantier vital pour la Guyane ! Là, on n’est pas en train de discuter de trois biscuits et deux yaourts, là, hein ! On est en train de discuter de quarante mille jeunes qui arrivent. Donc on lâchera pas le morceau  (3)!

Quelques détails :
1. 330 millions : en toutes lettres, cela donne trois cent trente millions, avec le problème de savoir comment on écrit les nombres: des traits d’union ou pas, un « s » ou pas ! Le français est très bizarre. Donc on écrit : Trois cents avec un « S » Mais s’il y a quelque chose après, le « s » disparaît ! Allez savoir pourquoi ! Heureusement, on n’écrit pas souvent les grands nombres en toutes lettres dans le fond. Cependant, il n’est théoriquement pas accepté de commencer une phrase par un nombre écrit en chiffres, donc parfois, il faut savoir comment ça s’écrit.
2. Un chantier : on emploie ce terme au sens figuré pour parler d’un grand projet. On utilise souvent ce terme à propos d’une réforme profonde, qui va prendre du temps: par exemple, on parle du chantier des retraites, du chantier de la sécurité sociale, c’est-à-dire des domaines dans lesquels il y a du travail pour apporter les changements qu’on nous dit être nécessaires.
3. On ne lâchera pas le morceau : on résistera, on se battra jusqu’au bout, on ne renoncera pas. (familier). On dit aussi par exemple: Face à la fermeture de leur usine, ils ne veulent pas lâcher le morceau.

sur le chemin de l'ecole

Petites Guyanaises

Pas une miette !

La conjoncture économique n’est pas des plus favorables. Des entreprises disparaissent, d’autres sont rachetées. Alors les temps sont durs pour certains. Mais en France, comme vous le savez, les gens protestent, se mettent en grève et vont jusqu’à bloquer leurs usines pour se faire entendre. Et ils ne sont pas les seuls, d’ailleurs, en Europe en ce moment.
Paroles de grévistes et revendications salariales entendues l’autre jour à la radio, .

Transcription:
– Ça fait dix ans que je suis là. Je touche (1) 1200 € par mois en faisant les trois-huit (2). Alors le problème, c’est que c’est une entreprise qui fait quand même des bénéfices. Maintenant on a fusionné avec Brossard et il s’avère (3) que les salariés de Brossard, ils (4) sont encore mieux payés que nous. Donc on s’appelle Jacquet-Brossard et puis nous, on est mal payés, et puis Brossard, ils sont mieux payés que nous. Donc voilà, les gens, ils en ont ras-le-bol (5), quoi !

– Quelqu’un qui travaille de nuit, logiquement, il devrait forcément toucher bien plus qu’un travailleur journée. Aujourd’hui, il y a pas un gros écart (6). Donc c’est pas normal. Forcément, quand vous donnez pour une société (7), quand vous vous investissez, il faut qu’à un moment donné il y ait la récompense. Aujourd’hui, le gâteau, il est très, très mal partagé (8) !

– On a des gens qui nous ont rejoints. Donc là, c’est une belle lutte et la lutte, elle va continuer tant que la situation ne sera pas débloquée. On lâchera rien (9), ça c’est clair. Pas une miette (10), quoi !

Quelques explications:
1. toucher de l’argent, un salaire: gagner de l’argent. Cette expression est très fréquente.
2. les trois-huit: dans cette organisation du travail, il y a toujours une équipe qui travaille pour que la production ne s’arrête jamais. Donc pour quelqu’un qui fait les trois-huit, il y a des semaines où il est de l’équipe du matin, d’autres où il est de celle de l’après-midi et d’autres où il fait les nuits.
3. il s’avère que: il est prouvé que / le fait est que…
4. les salariés, ils sont: cette répétition du sujet (le nom puis le pronom tout de suite après) est propre à l’oral, dans un style plutôt familier.
5. en avoir ras-le-bol: en avoir vraiment assez. (familier). On dit qu’on en a ras-le-bol de quelque chose ou de quelqu’un. Et on peut parler du ras-le-bol des gens, d’un ras-le-bol général.
6. un écart: une différence
7. une société: une entreprise.
8. se partager le gâteau: cette image courante exprime l’idée que tout le monde doit bénéficier d’une situation. Tous ceux qui contribuent au succès de l’entreprise doivent avoir leur part du gâteau.
9. ne rien lâcher: ne pas céder, ne pas renoncer, aller jusqu’au bout avec détermination.
10. pas une miette: encore une image culinaire ! Une miette, c’est un tout petit morceau de pain ou de gâteau. Donc cette image renforce l’idée de ne rien lâcher du tout, de ne pas faire une seule concession, aussi minime soit-elle.

Ces images de gâteau et de miettes sont d’autant plus appropriées que ces deux entreprises qui viennent de fusionner fabriquent des pains et de la pâtisserie industrielle ! Ce sont des marques que tous les Français connaissent. Qui n’a pas mangé leurs biscuits ou leur pain de mie !

Bras de fer

La presse étrangère évidemment se gargarise* des images de manifestations en France et des témoignages de Français qui ne supportent pas cette situation, se disent « pris en otages » * et prédisent la déroute totale de l’économie à cause des grévistes.

Alors voici quelques échos de ce qui se passe ici.
Non, ce n’est pas le chaos.
Non, tous ces gens dans la rue ne sont pas des crétins*  irresponsables qui ne comprennent rien à l’évolution du monde et refusent d’avancer.
Non, les gens ne font pas grève de gaieté de coeur*. Quel plaisir de perdre des journées de salaire et d’avoir des fins de mois difficiles !
Non, les plus de 50 ans ne sont pas des paresseux qui ne veulent plus rien faire et ne rêvent que de leur retraite. Le problème serait plutôt que quand on approche de cet âge-là, beaucoup d’entreprises ne veulent plus de vous…
Non, les jeunes ne sont pas complètement idiots au point de ne pas comprendre que tout se tient dans une société donnée. Ils voient bien que c’est difficile pour eux de trouver du travail et que le taux de chômage dans leur tranche d’âge ne va pas diminuer si leurs aînés restent plus longtemps au travail. Alors, ils se font entendre, et c’est normal. Et si à cet âge-là, on n’a pas le droit de penser à un autre avenir, quand le fera-t-on ?


Transcription :
Réforme des retraites, calendrier de la contestation chargé, journée d’action mardi dernier, aujourd’hui manifestation à Paris et en régions (1), et nouvelle journée d’action mardi prochain. Les syndicats donnent un coup d’accélérateur avant le vote définitif au Sénat. Toute la question est de savoir si la mobilisation va pouvoir suivre le rythme.
« Pour nous, les manifestations, c’est comme les courses d’obstacles. Plus les athlètes s’entraînent, plus ils sont en forme. Je pense que si sarkozy continue à nier qu’on soit dans la rue, on va finir tous par être de grands athlètes ! »

Dans la foule, beaucoup de salariés du privé. Parmi eux, des ouvriers du bâtiment, peu habitués à se manifester. Frédéric a 39 ans, le dos cassé, et la retraite à 60 ans, il y tient (2):
« Le travail, c’est dur, c’est très difficile. Et on peut pas se permettre de travailler jusqu’à 65 ans. »
Les Molex (3)sont également présents, les Continental (3)également, Airbus aussi, car dans les ateliers, ça discute. Et même si certains pensent que tout se paiera en 2012 (4), Eric croit encore que la mobilisation peut gagner.
Dans la manifestation, il y a aussi des lycéens, des étudiants et beaucoup de parents avec des enfants et même des chauffeurs routiers comme Alain :
« On a beaucoup à perdre avec la réforme de la retraite. »
A 54 ans, Alain Marcy travaille dans une usine d’aluminium de Dunkerque. Il fait tous les défilés parisiens avec sa combinaison de travail argentée, et face à l’intransigeance du gouvernement, le nombre de manifestants lui redonne espoir :
« Si tous les gens sont dans la rue – regardez le monde qu’il y a – c’est que la retraite à 60 ans, tout le monde y tient. Notre président devrait en tenir compte. Il est pas question de baisser les bras (5), et on baissera pas les bras. »

Erwan est un jeune machiniste de l’Opéra de Paris. Ce matin, il va en assemblée générale pour décider de la suite :
« On va voir tous ensemble est-ce qu’on est (6) assez nombreux pour continuer le mouvement. On a beaucoup plus de difficultés aujourd’hui à mobiliser les gens, ça peut venir des syndicalistes comme des salariés qui croient moins au syndicalisme ou alors qui ont plus peur de s’engager. Enfin, il y a toujours des gens qui ont des crédits, qui galèrent (7) et tout. Non, moi j’espère bien que ça va continuer. »

– Notre but, c’est pas de bloquer les Français. Mais il faut bien faire pression pour pouvoir avoir gain de cause (8). Il y a trois raffineries en Normandie. Il y a Esso Gravenchon, il y a la raffinerie Total de Gonfreville qui est également à l’arrêt et il y a celle à côté de Rouen qui est également à l’arrêt. On peut pas être plus bloqué que tout de suite, quoi. Et évidemment quand il y a plus de fabrication de produits, il y en a pas sur le marché, quoi. D’ailleurs, on entend déjà que certaines stations sont en pénurie et ça va pas tarder à ce que ce soit général, quoi, à 100 %. Il n’y a plus du tout de gasoil ou d’essence.
La dernière fois qu’il y a eu un conflit dur comme ça dans les raffineries, c’était quand ?
– Ah, la dernière fois qu’il y a eu un blocage comme ça à ce niveau-là de toutes les raffineries, c’est en 68, mai 68. (9)

– Si tous les gens se ruent comme ça dans les pompes (10), c’est sûr qu’il va finalement en manquer, quoi. Donc nous, professionnels, pour le moment, on assure d’avoir au moins un minimum pour assurer la livraison pour les clients.
– Donc bah le jour où il y aura plus d’essence, on n’ira pas travailler. Je pense que ça peut arriver, vu comment ça se passe en ce moment. Je pense que ça peut arriver.
– A mon avis, il y aura de l’essence pour tout le monde. C’est juste les gens qui s’affolent un petit peu. Après, si ça dure, c’est là où on s’inquiètera. Mais là, c’est un peu trop tôt pour s’inquiéter, je pense.
– Oh, je pense que ça va se débloquer quand même. On a l’habitude. Il y a eu quelques années où c’était un peu le même refrain (11). Donc inquiet, non, pas inquiet. Mais bon, on fait comme tout le monde, on fait la queue, on essaye d’en mettre un peu pour le weekend, là, et puis voilà.

« Ils (12) ont pas leur place dans la manifestation. Parce que nous (13) en fait, on est là pour passer un message, un bon message, je veux dire pour la bonne cause, comme on dit. Et puis eux, au contraire, ils nous cassent notre envie en fait. On est là pour manifester dans des bonnes conditions et tout ça, et puis on n’y arrive pas à cause de ça. C’est à cause de ça qu’on a une mauvaise image après. On se fait passer pour des mauvais lycéens, tout ça. En plus, on vient de banlieue, donc on n’a pas la… la meilleure image qu’on… qu’on devrait avoir et puis voilà. Je veux dire c’est dommage par rapport à ceux qui viennent là pour de bonnes choses, eh ben, je veux dire ils sont là pour nous embêter, en fait. »

« Mais c’est pas grave, on est là pour vous motiver, pour chanter, pour montrer à Sarkozy et à nos divers patrons que l’arrogance, que la provocation ne nous font pas peur, que nous sommes déterminés, que nous sommes solidaires dans les entreprises, entre les générations, les chômeurs, les sans-papiers, les salariés du privé, les salariés du public, les étudiants. Tous ensemble pour gagner. Tout le monde lève le bras ! Aux armes ! Aux armes ! Nous sommes des salariés et nous allons gagner, avec la CGT (14), pour nos emplois, pour nos salaires, pour nos retraites… »

Quelques détails :
1. en région : ailleurs qu’à Paris. Avant, on disait « en province ».
2. Il y tient : Il y est attaché. Il estime que c’est important à préserver.
3. Molex, Continental : grandes entreprises installées à Toulouse et qui licencient ou délocalisent. Les salariés – qu’on appelle « les Molex, les Continental »- sont mobilisés pour défendre leurs emplois.
4. 2012 : date de la prochaine élection présidentielle.
5. baisser les bras : renoncer
6. est-ce qu’on est assez nombreux : normalement ici, il faudrait dire « si on est assez nombreux ». Mais Erwan pose la question comme si elle était directe, dans une conversation.
7. galérer (argot) : avoir du mal à s’en sortir. Avoir des difficultés.
8. avoir gain de cause : (ou obtenir gain de cause) : obtenir satisfaction, gagner
9. mai 68 = mai 1968. Période de grève générale en France.
10. les pompes (à essence) : les stations services.
11. c’est le même refrain : c’est la même chose, on a déjà vu et entendu ça. (Un refrain dans une chanson, c’est la partie qui est répétée entre les différents couplets)
12. Ils = les casseurs, c’est-à-dire des personnes qui viennent pour affronter la police et causer du désordre, notamment en fin de manifestation.
13. Nous = les lycéens, les jeunes.
14. la CGT : un des grands syndicats français, dont les adhérents sont très présents dans les manifestations.

* nous sommes pris en otages / Ils nous prennent en otages : expression très à la mode, mais un peu exagérée, non ? Donc très agaçante car très creuse (quand on pense à ce qu’est un vrai otage).
* se gargariser de quelque chose : (familier) : savourer quelque chose. (terme péjoratif)
* crétin : idiot, imbécile
* ne pas faire quelque chose de gaîté de coeur : ne pas faire quelque chose par plaisir. Souffrir de la situation.

Un bras de fer : c’est quand il y a un conflit, une épreuve de force entre deux protagonistes qui ne veulent rien céder.