Registres de langue

Les kilos de publicités que nous recevons dans nos boîtes aux lettres sont vraiment une plaie ! Encombrantes, très laides en général – photos d’escalopes de veau, de flacons de lessive, de rouleaux de PQ, etc. – et un immense gâchis de papier et de tout ce qui sert à les produire, puis à les distribuer, puisque souvent, elles vont directement à la poubelle. C’est ce qui explique les petits messages collés sur certaines boîtes aux lettres, à l’intention du facteur ou des gens payés au lance-pierre pour nous déposer ces catalogues ou prospectus.
Mais les styles varient !

Option 1 : un message direct, épuré et courtois juste ce qu’il faut.
Pas de réelle implication du « refuseur » de pub. Impersonnel, neutre et passe-partout.

Option 2 : un message plus détaillé, pédagogique. Poli aussi.
Rédigé après une étude personnelle plus fouillée de ce qui atterrit dans nos boîtes tous les jours.

Option 3 : Très direct. Parfaitement clair (même s’il suppose aussi une connaissance de l’anglais de base!). Légèrement moins poli, dirons-nous.
Le message de celui qui a dû essayer les options 1 et 2 sans résultat. Alors, ça finit par énerver !

Le tutoiement :
Autant il peut être le signe qu’on est proche de la personne à qui on s’adresse, autant il peut être aussi une marque d’irrespect. C’est le cas ici.
Quand on s’insulte, on se tutoie en général.

Ne t’en fais pas, tu vas t’y faire

Comme le dit la chanson,
Dans la vie, faut pas s’en faire !
Moi, je ne m’en fais pas
Les petites misères
Seront passagères
Tout ça s’arrangera

C’est une chanson célèbre de Maurice Chevalier, connue de nous tous et reprise par Eddy Mitchell dans des publicités des années 90. Je suppose que vous devinez ce qui va se passer dans la pub en question !

Comme le climat est plutôt tendu en ce moment, on va adopter ce petit refrain pour garder foi dans la capacité des hommes à construire un monde plus harmonieux !

Et c’est l’occasion pour moi de continuer à évoquer toutes nos expressions avec en et y.
Dans ce billet, voici donc : s’en faire, à ne pas confondre avec s’y faire.

1- S’en faire : s’inquiéter, se faire du souci.
C’est le sens le plus courant. C’est une expression familière.
On l’emploie au présent très souvent.
Elle s’en fait énormément pour ses enfants. Du coup, c’est une mère un peu étouffante.
– Ce n’est pas nécessaire de t’en faire à l’avance. Tu verras bien !

Ne t’en fais pas, tu vas y arriver. Aie confiance en toi. (A l’oral et de façon familière, on dit : T’en fais pas.
Ne vous en faites pas. On va vous aider.Tout va bien se passer.

Cette expression peut avoir une autre signification à la forme négative, dérivée de la première: ne pas se gêner (c’est-à-dire ne pas avoir d’inquiétude alors qu’on fait quelque chose de gênant, d’inacceptable par exemple): C’est une critique, vis-à-vis d’une personne sans-gêne.
– Eh bien, ne t’en fais pas ! / Ne t’en fais surtout pas ! (à quelqu’un qui est en train de fouiller dans vos affaires par exemple.)
– Tu ne t’en fais pas, à ce que je vois !

Utilisée à propos d’une situation passée, cette expression marche à l’imparfait, mais pas au passé composé.
Il s’en faisait beaucoup quand il était étudiant en prépa. Maintenant il est moins stressé.
– Elle ne s’en faisait pas trop parce que ses parents s’occupaient de tout!

Alors, si on veut raconter quelque chose de ponctuel, donc au passé composé, on est obligé d’employer des expressions moins familières: se faire du souci, s’inquiéter
Elle s’est fait beaucoup de souci / Elle s’est beaucoup inquiétée pour lui quand il était petit parce qu’il était souvent malade.

Pour écouter ces exemples :

2- S’y faire : cette expression signifie s’habituer à quelque chose, au point que cela ne nous dérange plus. (C’est la situation tout entière qui est sous-entendue par Y)
On peut l’employer à tous les temps.
Le climat est totalement différent ici. Il fait chaud et humide. Mais nous allons nous y faire !
– Il faut que tu t’y fasses ! Il ne changera jamais d’attitude. C’est sa personnalité.
– Les gens conduisent n’importe comment ici. Je ne m’y ferai jamais ! / Je n’arrive pas à m’y faire.

Pour écouter ces phrases:

Donc aujourd’hui, n’oubliez pas qu’il s’agissait de verbes pronominaux (avec se). Je dis ça parce que nous avons aussi des expressions avec simplement :
en faire
– y faire

Et bien sûr, elles ne signifient pas la même chose que s’en faire ou s’y faire.
A suivre !

Fred comment ?

J’ai découvert par hasard que tous les épisodes de cette série qui passait il y a quelques années étaient de nouveau accessibles ! J’en avais commenté quelques-uns, ici, ou ici et ici.
Toujours aussi drôles et un entraînement parfait au français oral !
– C’est court mais très bien vu. Pas de perte de temps mais un concentré de français de tous les jours en une ou deux minutes chrono.
– C’est complètement naturel dans les contractions des mots et des syllabes, même si c’est vrai que ça va quand même plus vite que dans une conversation ordinaire. Donc si vous comprenez cette façon de parler, vous êtes paré pour le français oral !

Pour en venir au thème du jour, vous qui suivez ce blog depuis au moins trois ou quatre ans, vous vous souvenez des épisodes que j’avais choisis et du titre des billets ? Oui ? Vous avez une bonne mémoire, alors. (J’avoue que j’oublie les titres que je choisis !)
Mais s’il vous arrive d’avoir des petits ratés, comme nous tous, vous vous reconnaîtrez sûrement dans cet épisode. De mon côté, je vais peut-être appliquer la tactique « Fred Blanchard », parce que je suis encore en train de mémoriser les prénoms et noms de mes quelques 150 étudiants !

Cet épisode est à regarder ici.

Transcription
(parce que encore une fois, les sous-titres automatiques ont eux aussi des ratés !)

Bref, je rentrais à l’appart (1) quand ma copine m’a dit :
– Tu as pensé à prendre mes cigarettes ?
– Ah, putain !
(2)
J’y avais pas pensé. Du coup, j’ai repensé à tous les trucs auxquels je pense jamais.
J’arrive souvent dans une pièce en oubliant pourquoi j’y suis allé.
J’oublie les anniversaires de ma famille, de mes amis…
C’est pour qui le paquet dans la chambre ?
– A ton avis ?
(3)
… et de moi-même. Du coup, – Merci, hein – je participe toujours à des cadeaux communs dont j’ai aucune idée. Et parfois, je sais même plus pour qui c’est : C’est qui ?
J’ai une liste de trucs à pas oublier. Mais j’oublie de regarder la liste.
Quand je vais à une soirée, j’oublie l’étage. Alors, je monte en écoutant à toutes les portes.
J’achète un parapluie à chaque fois qu’il pleut. Je l’oublie chez quelqu’un à chaque fois qu’il pleut plus.
J’ai déjà oublié de manger pendant toute une journée : Je sais pas ce que j’ai, là. (4) Je me sens pas très bien.
J’oublie que j’ai regardé un film, je le re-regarde et je me souviens de la fin dix minutes avant la fin.
J’oublie souvent le prénom des gens mais j’ai une technique pour pas être vexant (5):
C’est quoi ton nom, déjà ?
– Fred.
– Mais je sais, Fred. Mais Fred comment ? (6)
– Blanchard
.
Le problème, c’est que c’est Fred Blanchard qui m’a appris cette technique.
Dès qu’une dispute (7) dure plus de dix minutes, j’oublie pourquoi je me dispute.
Si quelqu’un me laisse pas parler pendant plus de trente secondes : Mais putain, mais laisse-moi parler ! … Eh, je sais plus ce que je voulais dire. J’oublie ce que je voulais dire.
Il y a un autre truc que j’oublie à chaque fois… Mais j’ai oublié ce que c’est !
Je me souviens que de trucs qui servent à rien  comme « mais ou et donc or ni car » (8), « le carré de l’hypothénuse est égal à la somme des carrés des deux carrés opposés » ou toutes les répliques de La Cité de la peur : Karamazov, au caviar. (?)
A chaque fois que je me réveille chez quelqu’un d’autre, je panique : Je suis pas chez moi !
Je mange des pâtes trop molles, du riz trop dur, de la viande brûlée. (9)
J’ai gardé un chat, oublié que je le gardais et j’ai hurlé quand il a bougé derrière moi : Ouah !!! Putain de merde !
Du coup,
Tu as pensé à prendre mes cigarettes?
J’ai dit :
Désolé. J’y retourne.
Je suis allé au tabac (10), j’ai pris un paquet, je me suis rendu compte que j’en avais déjà un. J’avais oublié que j’y avais pensé. Bref, j’ai aucune mémoire. (11)
– C’est pour ça que j’ai essayé de faire d’autres trucs hier. C’est quoi ton nom, déjà ?
– Mon prénom ou mon nom de famille ?
– Ah, putain, tu es Fred Blanchard !

Quelques explications :
1. un appart : abréviation familière de appartement.
2. Putain ! : exclamation très familière et très courante. Plus poliment, on dit : Oh, zut !
3. A ton avis ? : on pose cette question, au lieu de répondre, quand on pense que la réponse est évidente.
4. Je sais pas ce que j’ai : c’est ce qu’on dit quand on ne se sent pas bien, quand on se sent mal ou malade sans bien savoir ce qui se passe.
5. Être vexant : on peut vexer quelqu’un en disant ou en faisant quelque chose qui le vexe, qui le froisse, qui l’offense légèrement.
6. Fred comment ? : question familière pour demander le nom de famille de quelqu’un.
7. Une dispute : c’est lorsqu’on se fâche avec quelqu’un.
8. Mais ou et donc or ni car : cette petite phrase est un moyen de se souvenir de la liste des conjonctions de coordination. C’est comme si on demandait où se trouve une personne qui s’appellerait Ornicar : Mais où est donc Ornicar ? On mémorisait ces mots comme ça autrefois parce qu’on faisait souvent de l’analyse grammaticale à l’école primaire et il fallait savoir ranger les mots dans des catégories : les adjectifs, les adverbes, les conjonctions de coordination, les conjonctions de subordination, etc.
9. des pâtes trop molles : parce qu’il les a laissées trop cuire. Du riz trop dur : parce qu’il ne l’a pas laissé assez cuire. Et même chose pour la viande brûlée.
10. Un tabac : c’est la boutique où on achète du tabac, des cigarettes. On les appelle aussi des bureaux de tabac. Donc on dit : Il faut que j’aille au bureau de tabac / au tabac.
11. J’ai aucune mémoire : c’est une façon de dire qu’on oublie beaucoup de choses, qu’on a une mauvaise mémoire

Et quand on arrive dans une pièce avec une intention qui s’est volatilisée en route, il suffit en général de retourner d’où on vient pour que ça revienne. C’est ce qui marche pour moi, depuis toujours !