Prendre le large, prendre le temps

François Damiens était à la radio il y a quelque temps, à l’occasion de la sortie de son film, Mon Ket (que je n’ai pas très envie de voir). Mais je viens de regarder un autre film, Otez-moi d’un doute, sorti l’an dernier, dans lequel cet acteur belge jouait très bien.
Alors voici un aspect de sa personnalité découvert dans cette interview très vivante. Et comme c’est le début des grandes vacances, ce qu’il raconte est plutôt bien venu !

Partir pour être heureux

Transcription

– Ça veut dire que vous, vous arrêterez tout si jamais un jour, vous sentez que vous êtes dans une forme de caricature ?
– Oh oui, bah je veux pas aller jusqu ‘au bout. Je veux arrêter.
– Oh bah non !
– Je veux arrêter plus tôt que prévu.
– Mais quand ?
– Oh, je sais pas, là, je vais encore faire quelques films, puis je vais m’acheter un bateau. C’est ça un peu le but, quoi. Et puis après ça, je vais partir, mais pour revenir encore. Mais j’ai… j’ai… C’est clair que j’aurais envie encore de prendre le large (1) au bout d’un moment.
– Comme Jacques Brel ?
– Bah oui, mais j’aime tellement ma vie que j’ai peur de m’en lasser (2), quoi. Donc je vais essayer de l’arrêter régulièrement pour que… pour avoir toujours du plaisir à y revenir, quoi.
– Dans quel état vous êtes quand vous êtes sur un bateau, François Damiens ? Vous parliez de liberté, tout à l’heure.
– Ah, je suis heureux sur un bateau. Vous savez, paradoxalement, ce qui est bizarre, vous savez, c’est ça… C’est restreint (3) comme endroit et c’est l’endroit où je me sens le plus libre et… En fait, j’aime tout faire sur un bateau. J’aime faire la vaisselle. J’aime… Moi qui aime pas bricoler (4), j’aime bien bricoler sur un bateau, je suis capable de démonter un pilote automatique, alors que je déteste faire ça sur la terre. Non, je me sens… je me sens heureux, puis j’aime bien prendre le temps de vivre. En fait, j’aime bien perdre mon temps. Et sur un bateau, bah tu peux perdre ton temps, tu peux manger un pamplemousse pendant une heure et demie, quoi ! Et tu as pas l’impression de perdre ton temps, quoi ! Tu retires la peau mais (5) chaque parcelle de peau, chaque petite nervure, tu fais ça et donc tu… Voilà, tu regardes le ciel et puis tu essaies de profiter (6), quoi.

Des explications
1. prendre le large : au sens propre, cela concerne les bateaux qui partent, qui quittent le port, les côtes. Donc au sens figuré, cela signifie : s’en aller, tout quitter.
2. Se lasser de quelque chose : s’ennuyer en faisant une activité qu’on a beaucoup faite et qu’on aimait. On peut l’employer aussi à propos de quelqu’un : Ils étaient amis. Mais peu à peu, l’un d’eux s’est lassé de l’autre et ils ont cessé de se voir.
3. Restreint : ici, cela signifie petit. Un bateau (comme un voilier) est un endroit où il n’y a pas beaucoup de place, pas beaucoup d’espace.
4. Bricoler : réparer ou fabriquer des choses de ses mains pour la maison ou pour une voiture, etc. Par exemple : Il s’est fabriqué une table. Il aime bien bricoler. Quand on sait bricoler, on est bricoleur : C’est un bricoleur, il sait tout faire de ses dix doigts ! Et on trouve tout ce dont on a besoin dans les magasins de bricolage, comme Leroy Merlin, Castorama.
5. Mais : ici, ce mot n’exprime pas le contraste. Il sert à insister, à mettre en valeur la suite.
6. Profiter : apprécier le plus possible une situation, la vie. Par exemple : – J’ai fini mes examens, je suis en vacances.
– Ah, super, profite !

L’émission entière est ici.

Bon début d’été à vous et à votre français !
Profitez bien.

Le pouvoir de la marche

Randonnée du weekend, dans le Var, entre Six-Fours et Toulon. La mer, la forêt, le ciel bleu, qui s’est couvert dans l’après-midi. On respire !
(Quelques autres photos de cette magnifique nature sur instagram)

Et pour terminer ce dimanche, voici un tout petit extrait d’une interview d’Elsa Lepoivre, comédienne, pour ce qu’elle dit de la marche. Ses mots me parlent ! (A suivre, dans mon prochain billet.)

Elsa Lepoivre Marcher

Transcription

– Vous avez des endroits de prédilection (1) ?
– Oui, bah c’est vrai que cette plage-là, c’est les plages normandes, donc c’est vrai que hors saison (2) par exemple, par pluie, par temps de pluie (3), ça peut arriver que j’arrive sur la plage et qu’il y ait personne, c’est-à-dire que… voilà, avec la mer basse (4) et d’un coup, bah voilà, on part sur Ver-sur-Mer à gauche, on remonte, on longe la côte et puis je me dis : Mais c’est… c’est merveilleux ! Parce que la marche (5) en général, moi, c’est quelque chose que je… que je fais beaucoup parce que… C’était Rousseau, je crois, qui disait ça : C’est un panier à idées qu’on secoue. Donc aussi les moments où dans la tête, il y a trop de choses, quand on marche, au bout d’une heure, en général, les choses, elles se… elles se mettent dans les bonnes cases (6).

Des explications :
1. de prédilection : préféré. (style soutenu) Par exemple : Quels sont tes écrivains de prédilection ? / Je lui ai cuisiné son plat de prédilection.
2. Hors saison : l’hiver, l’automne, c’est-à-dire l’opposé de la pleine saison, qui est la période touristique de l’été.
3. Par temps de pluie : quand il pleut. Pour décrire d’autres conditions météo, il y a quelques autres expressions sur ce modèle : par grand vent / par grand froid / par temps de brouillard / par grand beau temps
4. la mer est basse : en fonction des marées, la mer est basse ou haute. On dit : A marée basse, la plage est immense. / A marée haute, elle se rétrécit.
5. La marche : on dit qu’on fait de la marche / on fait beaucoup de marche.
6. Les choses se mettent dans les bonnes cases : tout est bien rangé, les choses deviennent claires et on reprend le contrôle, on cesse de se sentir stressé, débordé.