Eté comme hiver

Baignade par tous les temps

Même quand on habite Marseille, c’est la saison où on oublie un peu que la plage n’est pas loin. La mer s’est refroidie, les maîtres-nageurs sont partis, le parfum des produits solaires s’est dissipé sur le sable qui semble moins accueillant. Pourtant, comme dans beaucoup d’autres endroits en bord de mer, il y a des gens – souvent pas si jeunes que ça – qui continuent à se baigner ! Pas longtemps, mais chaque jour, été comme hiver. Comme un rituel qui paraît leur faire du bien, mi-défi, mi-plaisir répété avec régularité, sous l’oeil des frileux qui passent par là en se disant que ce n’est vraiment plus de saison. Voici un écho de ces baigneurs acharnés, cette fois-ci sur la côte basque, entendus il y a quelques jours à la radio. Ils avaient l’air en pleine forme !


Eté comme hiver

Transcription :
– Ça s’appelle comment, cet endroit (1)?
– Ici, nous sommes au Port Vieux à Biarritz.
– Bonjour à tous et bienvenue au Port Vieux à Biarritz, où il fait très beau (2) et… Mais vous vous baignez toute l’année ?
– Toute l’année, tout à fait (3).
– En plein hiver (4) aussi ?
– En plein hiver. C’est le but de notre association.
– Le but, c’est de se baigner, quelle que soit la température de l’eau ?
– Exactement. C’est… C’est ce qu’on aime.
– Et alors, elle est à combien (5), la mer, l’hiver, quand vous vous baignez ?
– Eh bah ça peut aller jusqu’à 10°, 8 °. Voilà.
– Vous restez combien de temps dans l’eau ?
– Oh, à peu près dix-quinze minutes.
– Et vous avez un site, Les Ours Blancs ?
– Oui, il y a un site, Les Ours Blancs, vous pouvez le trouver sur internet. Vous faites (6) Les Ours Blancs, Biarritz, et vous verrez, on a un site internet, avec toutes les informations (7).
– Et pourquoi Les Ours Blancs ? Vous avez pas des têtes d’ours !
– Peut-être, mais les ours se baignent l’hiver, c’est pour ça, hein, dans l’eau très froide, et c’est ce que… ce que nous faisons.
– En tout cas, ça conserve (8), hein ! Vous êtes en forme olympique !
– On est tous comme ça ! On est tous comme ça. Ça conserve, en effet.
– Et vous êtes combien d’ours blancs ?
– Cent cinquante. On est une association de 150 personnes (9).
– Et ça… Elle a quel âge, cette association ?
– Elle a… Elle va avoir… Elle a, cette année, 85 ans.
– Bah vous les faites pas (10), dites-donc (11) !
– Bah oui, que voulez-vous (12), ça conserve !
– Ah oui !
– Venir nager avec une bande de fondus (13) tous les jours, quoi, c’est ça le but, hein, pendant… pendant quarante-cinq minutes, une heure, selon le… la température de l’eau.
– Le 1er janvier, c’est… Le plaisir est le même ?
– Ah bah même mieux ! On se caille (14), il doit y avoir un petit côté maso (15) là-dedans, quelque part (16). Mais non, non, il y a… il y a rien d’héroïque à ça. C’est ce que je répète souvent. Si on le fait tous les jours, il y a aucun problème, quoi. Voilà. Bien moins difficile que d’aller se foutre (16) dans… Remplir sa baignoire d’eau froide et à se mettre dedans. Ça, j’en (17) serais incapable !

Quelques détails :
1. Cet endroit : écoutez la prononciation de Cet. Il dit : « C’t’endroit », au lieu de bien prononcer toutes les syllabes. Dans le sud de la France, on dit bien : Cet endroit. On fait la même chose au féminin : Cette plage, cette dame, cette association.
2. Il fait très beau : Biarritz est presque à la frontière avec l’Espagne, sur la côte atlantique. Il y fait souvent très doux en hiver.
3. Tout à fait : c’est ce qu’on dit pour montrer qu’on est complètement d’accord avec ce qui vient d’être dit.
4. En plein hiver : en plein milieu de l’hiver, au cœur de l’hiver. On le dit aussi à propos de l’été : En plein été. Mais très rarement à propos de l’automne, et jamais à propos du printemps ! (sans doute parce qu’il ne s’agit pas des extrêmes. Et pour le printemps, parce que ça ne sonnerait pas bien!)
5. elle est à combien ? : c’est la question qu’on pose pour avoir la température de l’eau. A combien est l’eau / la mer ? Si c’est pour connaître la témpérature (de l’air), on demande : Combien fait-il ? (Ou plus oralement : Il fait combien ? )
6. Vous faites… : à propos d’internet, on peut dire aussi : Vous tapez
7. les informations : contrairement à l’anglais, ce mot peut s’utiliser au pluriel. On pourrait dire aussi : les renseignements.
8. Ça conserve : cela signifie que ça aide à rester jeune, que la personne ne fait pas son âge, paraît plus jeune. On utilise aussi le participe passé : Il / elle est bien conservé(e).
9. 150 personnes : avec un nombre, on ne peut pas utiliser le mot gens.
10. Vous ne les faites pas : vous ne paraissez pas avoir cet âge-là, vous paraissez plus jeune. On dit : Il a 70 ans mais il ne les fait pas.
11. Dites-donc : C’est une exclamation pour exprimer sa surprise et mettre en valeur ce qu’on vient de dire. Si on tutoie la personne, on dit : dis-donc. Par exemple: Tu as beaucoup de courage, dis-donc !
12. Que voulez-vous : ce n’est pas une vraie question, c’est simplement une expression qui signifie à peu près : Oui, c’est vrai. / Vous avez raison, c’est comme ça. On peut l’utiliser avec quelqu’un qu’on tutoie : Que veux-tu.
13. Un fondu : un vrai passionné. Ce terme d’argot s’emploie à propos de quelqu’un qui est fou d’une activité.
14. Se cailler : se geler, avoir très froid. (argot)
15. maso : c’est l’abréviation de masochiste, qui signifie qu’on fait quelque chose volontairement alors que ça nous souffrir. (familier)
16. quelque part : ici, ce mot n’a pas son spatial mais signifie : en quelque sorte, d’une certaine manière.
17. Se foutre : se mettre (très familier et oral).
18. J’en serais incapable : en remplace « de se mettre dans une baignoire pleine d’eau froide ». On l’emploie car l’expression être incapable est suivie de « de ».

Je vous ai enregistré les deux façons de prononcer cet / cette :


La prononciation de Cet ou Cette

cet endroit : J’aime bien cet endroit.
cet hôtel : On est bien dans cet hôtel.
cet acteur: J’adore cet acteur.
cet appareil photo : Tu l’as payé combien, cet appareil photo ?
cet après-midi : Tu es là cet après-midi ?

cette année : C’est quoi tes projets cette année ?
cette semaine : Je vais à Paris cette semaine.
cette fille : Tu la connais, cette fille ?
cette femme : On pourrait demander à cette femme.
cette association: J’ai jamais entendu parler de cette association.
cette émission : J’écoute souvent cette émission.

Et pour écouter en entier ce reportage à la radio, c’est ici.

A deux doigts

Mer hostile

Dimanche, c’était le départ d’une des grandes courses à la voile en solitaire, la Route du Rhum, entre la très belle ville de Saint Malo et Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Enormes trimarans de 30 mètres de long ou petits monocoques font route vers les Antilles. Mais les premières heures de navigation ont été éprouvantes pour certains navigateurs comme Thomas Coville, dont l’énorme voilier n’a pas fait le poids en face des cargos qui sillonnent aussi les océans.

A deux doigts de chavirer

Transcription :
Il fait nuit. Il y avait des grains (1) avec beaucoup de pluie, donc aucune visibilité. Et en fait, vous ne naviguez (2) qu’à l’écran, un peu comme finalement les pilotes d’avion qui ne… qui ne travaillent qu’au radar. Et j’avais bien vu (3) qu’il y avait deux cargos proches de moi. Je ressors de la cabine après avoir démarré le moteur, je cherche… je cherche le bon régime moteur et au moment où je lève la tête, je vois ce mur noir passer devant moi. Et je le touche à… d’environ 1,5 mètre (4) ou à… peut-être à… ouais, 3 mètres de son arrière. J’étais à deux doigts (5) de chavirer. J’ai eu le bon réflexe de choquer le J3*, c’est-à-dire la voile d’avant pour pas (6) chavirer. Ça a été très, très chaud (7). Et puis après, j’ai hurlé. J’ai hurlé (8). C’est l’instant… le moment où on… où je percute… je crois, le pire moment de ma vie.

Quelques détails :
1. un grain : c’est un phénomène météorologique pendant lequel le vent devient plus fort et change de direction rapidement avec souvent de la pluie.
2. vous ne naviguez : si vous écoutez bien, il prononce bien « ne ». On n’entend pas juste Vous naviguez.
3. J’avais bien vu : quand on ajoute « bien » dans ce genre d’expression au lieu de dire juste J’avais vu, cela renforce le sens. Il veut dire qu’il était tout à fait conscient de la présence de ces cargos, il savait qu’ils étaient dans les parages. Et souvent, on attend ensuite « Mais… ». Par exemple : Je savais bien que ce serait dangereux. Mais je n’avais pas imaginé ça.
4. 1,5 mètre : on dit toujours Un mètre cinquante, pas Un mètre et demi.
5. Être à deux doigts de (quelque chose ou de faire quelque chose) : être très proche de quelque chose. Il a été à deux doigts de mourir, de couler, de chavirer, d’être broyé par ce cargo. On retrouve la même idée quand on dit : Il a frôlé la catastrophe.
6. Choquer : ici, c’est un terme nautique, qui signifie relâcher la voile.
7. Pour pas… : il manque la négation « ne » (oral) : Pour ne pas chavirer.
8. Ça a été chaud : cette expression familière signifie que la situation a été très difficile, on l’emploie quand il y a eu du danger ou des complications sérieuses. On peut l’employer aussi au présent si on est plongé dans l’action: C’est chaud !
9. Hurler : ce verbe est bien plus fort que crier.

* Je ne sais pas comment s’écrit le nom de la voile dont il parle ! Est-ce une référence interne au fabricant ? J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un mot (jitrois ?) comme un autre. Mais impossible de trouver dans les listes qui énumèrent les noms des voiles: gennaker, spi, foc, etc… Bref, terme trop technique !

Thomas Coville

Effectivement, lorsqu’on voit le trimaran après l’accident, avec l’avant de son flotteur tribord et un morceau de sa coque arrachés par le cargo, on se dit que ce navigateur l’a échappé belle, qu’il s’en est fallu de peu, qu’il s’en est fallu d’un cheveu. L’histoire aurait pu se terminer beaucoup plus mal.