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En mai 2018

Je ne suis pas très en avance pour revenir sur le mois de mai écoulé !
Du travail, des piles de copies à corriger, d’autres activités, et voilà le mois de juin déjà bien entamé.
Voici donc mon enregistrement du mois, avec d’abord des photos qui vous feront sans doute deviner ce dont je vous parle aujourd’hui.

Où il est d’abord question de ça :


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Puis d’un sujet plus positif !



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Mai 2018

Transcription
Bonjour. Alors, pour faire un petit point sur le mois de mai, en fait, je voulais vous parler d’un problème qu’on rencontre de plus en plus dans les études, en tant que prof et bien sûr pour les étudiants aussi, c’est le problème de la fraude aux examens, aux tests, qui a tendance vraiment à se généraliser, et ça devient, comme on dit, un sport national (1) en France, c’est-à-dire que de plus en plus d’élèves, d’étudiants trichent et… pour avoir des résultats, pour avoir des résultats corrects, alors, peut-être parce que la France attache une très grande importance aux notes, mais parce que aussi, voilà, certains étudiants, au lieu de mettre beaucoup d’énergie à apprendre, s’entraîner, travailler, se préparer à faire des… certains exercices, résoudre des problèmes et autres, ont tendance à essayer de tricher avec des documents, des choses comme ça et ça devient, à mon avis, quand même un peu critique (2). Lire la Suite…

La dictée du jour

Alors, aujourd’hui, on va jouer à l’école:
Prenez une feuille et un stylo. On va commencer par une petite dictée.

Dictée du jour
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C’est bon? Vous vous êtes bien relu ?

Bon, maintenant, posez vos stylos. On ne joue plus.
On est sur internet et on tombe sur de vrais commentaires laissés sur des sites ou des réseaux sociaux. Et voici ce qu’on lit :
– Il va sans sortir.
– Sa femme qu’il attend soutenu.
– Quand pensez-vous ?

* Il va sans sortir.
Alors, ça veut dire qu’il reste à la maison ?

* Sa femme qu’il attend soutenu.
C’est bien connu, les femmes se font toujours attendre !

* Quand pensez-vous ?
Euh, jamais en fait. (Surtout quand j’écris.)

C’est plutôt drôle. C’est presque poétique !
Le problème, c’est que

– ça n’est pas volontaire.
– ça n’est pas un usage poétique des mots par leurs auteurs.
– c’est écrit par des Français, dans leur langue maternelle.
– ça devient presque incompréhensible.
Il faut quasiment se dire ces phrases à voix haute, et elles redeviennent alors pleines de sens :
= Il va s’en sortir.
(Il a beaucoup de travail, ou bien la situation est compliquée mais il va y arriver.)

= Sa femme, qu’il a tant soutenue…
(comme il s’y est engagé, en termes équivalents, par les voeux prononcés lors de leur mariage religieux.)

= Qu’en penses-tu ?
(Allez, donne-moi ton avis, ta position sur cette question ou sur ce que je te propose.)

La prononciation est exactement la même, c’est vrai. D’où ces erreurs.
Mais quand même !
Le remède se trouve peut-être – en partie – là :

Cette publicité joue sur les mots, des mots qui sont normalement écrits sur les paquets de cigarettes et associés à des photos peu poétiques des maladies causées par le tabagisme : Fumer nuit gravement à la santé. Avertissement solennel. Tentative de disuasion. (assez hypocrite, il faut bien le dire !)

En lisant, je crois moi aussi qu’on a davantage de chance de devenir moins ignorant en orthographe et en grammaire, de ne pas être un âne ! (Petite parenthèse : pauvres ânes ! En français, être un âne n’est pas flatteur.)
Lire, donc. Pas simplement pour le plaisir d’être bon en orthographe ou en grammaire, mais pour comprendre et se faire comprendre ! Et pour accéder au monde.
Parce que voilà, comme c’est écrit sur ce trottoir de Montmartre :

Connaissez-vous ce compte instagram ?
Allez jouer avec les mots de son auteure, tracés à la craie dans la rue !
Syntaxe et orthographe bousculées.
Poésie, humour et vérité.

Les mots et les paysages

J’ai lu récemment Nos Vies, de Marie-Hélène Lafon, parce que je l’avais écoutée à la radio et avais trouvé, juste après, son dernier livre exposé sur une table à la bibliothèque. Et j’ai plongé dans ses mots, ses sensations, sa façon si singulière d’écrire. Ce faisant, je n’ai pas commencé à découvrir cette écrivaine par ses livres les plus typiques, ceux où la nature, la campagne où elle a grandi sont le décor de ses histoires. J’ai beaucoup aimé ce livre et vais lire les autres, pour y retrouver ce qu’elle évoquait dans cette interview, écoutée par hasard, encore une fois. Il y était question de son enfance, de lecture, d’écriture, dans une langue où chaque mot est choisi. Je partage avec vous aujourd’hui la beauté de ses évocations, dans cette diction qui lui est si personnelle.

La lecture Les paysages – MH Lafon

Transcription
Comment les mots se sont-ils inscrits dans votre cœur et dans votre corps ? Et à partir de quand, Marie-Hélène Lafon ?
– Avec l’école. Avec l’entrée au CP (1). L’avènement (2) des mots, c’est l’apprentissage d’abord de la lecture. C’est d’abord la syllabe : c’est BA, BE, BI, BO, BU (3). Rémi et Colette (4), le livre de lecture. Donc la syllabe, le mot, la phrase, la passion immédiatement contractée (5) de la grammaire, de la composition de la phrase, de son agencement, de sa mécanique, de son lego. Et l’étape suivante, ce sont les histoires, que la maîtresse nous lisait à l’école l’après-midi. Donc tout ça, c’est le CP. Une sorte d’éblouissement, le CP. Et le sentiment d’être à ma place, à cet endroit-là. A ma place à l’école aussi d’ailleurs, et je n’en suis jamais sortie, puisque, vous l’avez dit tout à l’heure (6), je suis professeur. Et d’avoir accès à un chatoiement (7) du monde dont je n’avais probablement pas conscience, en tout cas pas de cette manière-là jusqu’à présent. Je ne suis pas allée à l’école maternelle (8), il n’y en avait pas. Donc comme le CP, on a six ou sept ans, voilà, donc ça commence comme ça. Et ça n’a pas cessé depuis, cet émerveillement du verbe. Et j’ai beaucoup de chance, parce que la grâce du verbe (9) m’est tombée dessus au CP, et auparavant, la grâce du paysage m’était tombée dessus et m’avait emportée. C’est beaucoup plus qu’il n’en faut pour vivre.
Encore faut-il (10) savoir le regarder, le paysage !
– Je… Je… Pardonnez-moi de le dire parce que ça va paraître un peu outrecuidant (11) mais je crois que j’ai toujours déjà su, ça aussi. Vous voyez, j’ai des souvenirs extrêmement anciens de… d’une joie intense à voir autour de moi la rivière, la ligne de l’horizon, l’érable (12) de la cour, et la balançoire, voilà, la balançoire sous l’érable. Le vert, le bleu. Voilà. Ce sont des sensations très anciennes et profondément jubilatoires (13), qui m’ont été données très tôt et qui me restent, enfin qui me portent et me nourrissent encore aujourd’hui.
La géographie est une écriture de la terre, écrivez-vous. (14)
– C’est de l’étymologie. C’est tellement, dans mon cas, tellement vrai, tellement constant, puisque, écrivant, pendant des années et des années, j’ai d’abord… Je me suis enfoncée justement dans cette terre première, dans ce pays premier, qui en ce qui me concerne est cet infime (15) territoire du nord-Cantal, mais chacun porte en soi le sien. Il se trouve que, voilà, pour moi, j’ai commencé d’être à cet endroit-là et je me suis enfoncée dans cette… dans ces lieux, dans cette géographie infime. La rivière, à laquelle vous faisiez allusion tout à l’heure, elle doit… Elle fait 35 kilomètres. C’est rien et en même temps, pour moi, le monde a commencé là.

Des explications
1. le CP : c’est le cours préparatoire, la première classe de l’école primaire, où on apprend à lire. Les Français utilisent maintenant tout le temps l’abréviation plutôt que l’expression complète.
2. L’avènement : l’arrivée, la venue. Ce terme est employé par exemple à propos des rois : l’avènement du roi, ou d’un régime politique : l’avènement de la république. Ici, cela donne un caractère solennel à ce qu’elle dit des mots, du langage.
3. BA, BE, BI, BO, BU : c’est ce qu’on appelle la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, dans laquelle on associe une consonne avec une voyelle : B+A = BA, T+A = TA, BE+E = BE, T+E = TE, etc., puis on combine tous ces sons pour déchiffrer les mots.
4. Rémi et Colette : c’était le nom du livre dans lequel beaucoup de petits Français ont appris à lire.
5. contractée : prise, attrapée. Par exemple : On contracte une maladie.
6. Tout à l’heure : ici, cette expression renvoie à un moment du passé tout proche. Mais dans d’autres contextes, elle peut concerner un moment dans le futur proche.
7. Le chatoiement : c’est le fait de chatoyer, c’est-à-dire de renvoyer de beaux reflets. Ce terme est littéraire et exprime l’idée de la variété magnifique du monde.
8. L’école maternelle : on dit aussi la maternelle, c’est-à-dire l’école où vont les enfants français à partir de 3 ans, qui n’est pas obligatoire, mais où presque tous les petits Français vont.
9. Le verbe : ici, ce mot est employé dans son sens de langage.
10. Encore faut-il… : c’est comme dire : Oui, mais il est nécessaire que… Cette expression est d’un style soutenu et elle est suivie de l’infinitif comme ici ou du subjonctif. Par exemple : Je veux bien l’emmener voir ce film. Encore faut-il qu’il comprenne. /
11. outrecuidant : prétentieux, qui se croit supérieur aux autres. (style littéraire)
12. un érable : c’est un arbre
13. jubilatoire : qui procure beaucoup de joie
14. écrivez-vous : on inverse le sujet et le verbe mais ce n’est pas une question. C’est comme : Vous écrivez que…, mais le fait de le placer à la fin entraîne cette inversion.
15. infime : minuscule, très petit, et donc aussi sans importance

L’émission entière est à écouter ici.

Voici la méthode de lecture dans laquelle j’ai appris à lire !
Ce n’était pas Rémi et Colette. C’était bien plus dépaysant. Livre précieux pour moi. Je vous en reparle un de ces jours.
Cette page illustre bien ce dont parle Marie-Hélène Lafon.

Bon début de semaine à vous !

Peur du noir ?

J’ai trouvé que cette publicité pour nous encourager à lire des romans policiers était bien trouvée, avec sa rime et son jeu de mots sur noir, même si pour les spécialistes, entre littérature policière – les polars – et romans noirs, il y a des différences. (Voici ce qu’en disait Jean-Patrick Manchette, un des maîtres français du roman noir : « Le bon roman noir est un roman social, un roman de critique sociale, qui prend pour anecdote des histoires de crimes, mais qui essaie de donner un portrait de la société.« )

Normalement, on a peur du noir quand on est enfant. Avoir vraiment peur ou jouer à se faire peur dans l’obscurité fait partie de l’enfance, comme le prouve le nombre d’albums pour les enfants, écrits, imaginés et dessinés sur ce thème, avec leurs monstres nocturnes, leurs sorcières inquiétantes, leurs créatures entrevues, leurs loups au coeur de sombres forêts.

Voici un livre que j’ai gardé. Avec mes fils petits, nous avons lu et relu, à l’heure d’aller au lit, cette histoire toute simple et somme toute très terre à terre. Succès durable pour ce livre, feuilleté, manipulé, ouvert, refermé, abimé et réparé plusieurs fois !

Donc n’ayons plus peur du noir et plongeons-nous dans des romans policiers ! Je n’ai lu aucun des titres récents mis en avant par cet éditeur dans sa publicité. Mais me reviennent maintenant à l’esprit les romans de Didier Daeninckx, que j’ai lus dans les années 80-90, notamment Meurtres pour mémoire, vrais romans noirs. En fait, je m’aperçois que j’ai surtout lu des policiers en anglais, d’autres venus du nord – victime de la mode, n’est-ce pas Edelweiss? – et assez peu de policiers français. A explorer donc !

Pour finir, et si je vous lisais Qui a peur du noir, histoire de retourner en enfance !


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Le jeu, répété, c’était de démasquer le géant menaçant, les oiseaux malfaisants et le monstre tapi dans un coin, en regardant les dessins avec un oeil nouveau une fois qu’on était arrivé au bout. Et de dire à propos des parents : Mais qu’est-ce qui leur prend ?, en ajoutant : Ils sont devenus complètement fous !

Ce que je me demande tout d’un coup, c’est s’il s’agit toujours d’une petite fille dans cette série de petits livres sur les peurs ! Nous en avions un autre, sur la peur de l’orage, avec une fille aussi. Les filles, des trouillardes ? 🙂

La mort dans l’âme

Partout en France, on trouve des maisons de la presse, qui vendent donc des journaux et des magazines. Très souvent, elles ont aussi un rayon papeterie, avec cahiers, stylos, cartes, ainsi qu’un rayon livres, plus ou moins fourni.

Tenir une librairie peut être difficile, à cause de la concurrence des libraires sur internet notamment – vous voyez qui je veux dire ! Alors, pour de plus petites boutiques en ville, vendre aussi des journaux assure théoriquement un revenu régulier. Sauf que parfois, ça ne marche plus aussi bien que ça.

C’était le sujet de ce court reportage à la radio l’autre jour, qui racontait comment Dorine avait décidé de mettre la clé sous la porte après 25 ans, la mort dans l’âme. Je partage avec vous car tout ce qui touche aux livres me touche ! Et parce que je regarde toujours les livres chez un marchand de journaux, même si bien sûr le choix est souvent très maigre, comparé à une librairie. Habitude d’enfance où aller faire un tour à la Maison de la Presse signifiait toujours revenir avec une BD ou un roman jeunesse – merci à mes parents lecteurs, pour qui un livre ne se refusait jamais !

Librairie papeterie presse

Transcription

– Je peux vous suivre ?
– Oui, bien sûr, venez.
– Ce soir, vous faites la fête.
– C’est pas vraiment la fête. Mais on se dit au revoir. On va se réjouir quand même de passer un moment ensemble.
– Vous avez l’air émue.
– Bah oui, c’est un moment… Surtout une librairie, c’est vraiment dur, de se dire qu’elle sera remplacée par un commerce lambda (1).
– Judith, vous êtes venue souvent ici ?
– Oui, je viens régulièrement, parce que j’habite pas loin et je passe quasiment tous les jours devant. Je pense qu’elle a eu des dernières années très difficiles, peu de ventes parce que… une activité qui est un peu en déclin.
– Moi, je peux pas vous expliquer ce qu’elle est pour nous ! Ça fait quarante ans que j’habite là. Tiens, ma chérie, viens. Alors, ça, c’est ton livre d’or (2). Tu le laisses ouvert, jusqu’à la fin.
– Jusqu’à la fermeture.
– Voilà.
– OK.
– Dorine, qu’est-ce que vous ressentez ?
– C’est super difficile de dire combien je suis touchée. Je m’attendais absolument pas à ces réactions. Ce qui me touche le plus, c’est les jeunes.
– Je suis venue pour vous dire au revoir. J’étais obligée, quand mon père m’a appris la nouvelle.
– Tu nous dis ton âge ?
– Vingt-neuf ans.
– Elle avait quatre ans quand je suis arrivée.
– Qu’est-ce que ça représente, la fermeture de cette librairie ?
– Tout le monde achète ses livres à la Fnac ou sur Amazon. Même moi, j’avoue (3), c’est horrible. Mais c’est vrai que… C’est avec l’évolution de notre société, tout avoir tout de suite, voilà.
– Vous avez l’air de faire la queue, sauf que il y a personne à la caisse.
– C’est pas grave, j’attends, il y a pas de problème. J’ai pris Alice au pays des merveilles. J’ai pris aussi des contes et récits tirés de l’Iliade et l’Odyssée, pour me rappeler de (4) l’enfance que j’ai passée ici, que ce soit pour venir acheter des cartes pokemon, Yu-Gi-Oh, en troisième lorsque j’ai fait mon stage (5), ou juste pour faire des simples photocopies. Voilà. En mémoire.
– Lui, il était génial ! (6)
– En même temps, vous avez pas réussi à le convaincre de devenir libraire !
– Mais je crois que j’ai dit à tous mes stagiaires : Jamais de la vie (7) vous faites libraire. Jamais !
– Dorine, on attend ton discours !
– Et pourquoi cette librairie-papeterie ferme-t-elle ?
– Il y a moins de clients : mille par jour il y a vingt-cinq ans et désormais (8), cent cinquante en moyenne.

Dorine dénonce aussi Presstalis, le groupe chargé de la distribution des journaux, un système en crise, rigide et en quasi monopole.
– Là, on est dans l’arrière-boutique de la librairie, où normalement, il y a un stock de papeterie énorme. Mais là, comme on est en train de vider, il y a plus rien. On essaye de faire un peu de rangement dans la comptabilité.
– A partir de quand vous avez pris la décision de vendre ?
– Il y a eu une idée qui m’a traversé l’esprit, c’était de vendre mon appartement et de mettre l’argent dans la librairie. Et là, je me suis dit : Tsitt, tsitt ! (9) C’était vraiment mon appartement, qui fait 40 m2, enfin c’est tout ce que j’ai, quoi. Et j’ai dit : Non, c’est… c’est plus possible ! Il faut arrêter, il faut du coup vendre la librairie. Je ne dégageais rien (10) ! J’avais un salarié qui était payé au SMIC (11), je payais les charges sociales (11), je me payais 890 euros. Depuis toujours, j’ai eu ce salaire-là.
– Vous avez quel âge ?
– Cinquante-huit.
– Qu’est-ce qui vous a perdue ?
– Mais c’est la presse ! La librairie, le chiffre est en train d’augmenter. Moi, je vends des guides, je vends des cartes. Je vous jure que le papier n’est pas mort. C’est le système Presstalis qui est en train de tuer la presse en France. Il faut savoir que j’avais presque
4 000 titres dans mon magasin. Aucun des titres n’était choisi par moi, aucune des quantités n’était choisie par moi. Je subissais du début à la fin. Santé Magazine, j’ai une vente de sept exemplaires par mois. J’en reçois quatre. Impossible d’en avoir trois de plus ! C’est-à-dire que je rate des ventes. En revanche, j’avais 400 titres différents de mots croisés, de mots mêlés ! C’est pas possible ! Je suis à Boulogne-Billancourt, je reçois quatre titres différents sur la pêche à la carpe ! Je ne peux rien dire. Je n’ai pas la main sur ça (13). Dans l’informatique, il y a des revues qui coûtent 12€90, 19€90. Ces revues-là se vendent. La presse écrite n’est pas morte, la presse spécialisée n’est pas morte. Et c’est pour ça que, mais vraiment quand je dis la mort dans l’âme, je vends la mort dans l’âme (14) !

Les locaux (15) vont devenir des bureaux. Dorine, elle, espère rouvrir une librairie. Mais elle ne vendra plus jamais les journaux.

Quelques explications :
1. lambda : quelconque, ordinaire, qui n’a rien de spécial et représente en quelque sort tous les autres. On dit souvent : un citoyen lambda / un étudiant lambda
2. un livre d’or : un cahier dans lequel les gens laissent des commentaires pour remercier quelqu’un ou pour exprimer leur admiration pour un lieu, pour des gens.
3. J’avoue: je dois reconnaître que… / J’admets que…
4. se rappeler : normalement, il n’y a pas de préposition après ce verbe : on se rappelle quelque chose ou quelqu’un. Mais le verbe se souvenir est suivi de la préposition de, ce qui entraîne souvent une confusion : beaucoup de Français disent donc se rappeler de.
5. Faire un stage : à la fin du collège, en troisième, les élèves doivent faire un tout petit stage pour découvrir le monde des entreprises, le monde du travail. C’est essentiellement un stage d’observation car ils sont encore très jeunes (14 ou 15 ans).
6. génial : vraiment très bien, super. (familier)
7. jamais de la vie : cette expression familière est encore plus forte que le simple adverbe jamais. On l’emploie à l’oral uniquement. : Jamais de la vie je n’ai dit ça. / Tu veux venir avec moi ? Jamais de la vie !
8. Désormais : à présent
9. tsitt, tsitt : cette onomatopée signifie : Stop ! Ça suffit.
10. Je ne dégageais rien : elle veut dire qu’elle ne dégageait aucun bénéfice.
11. Payer quelqu’un au smic : lui verser le salaire minimum, pas plus.
12. les charges sociales: ce sont les cotisations qu’un employeur verse pour la sécurité sociale, le chômage, etc. pour ses employés.
13. Avoir la main sur quelque chose : avoir le contrôle, être la personne qui peut prendre les décisions. (c’est une image qui vient des jeux de cartes)
14. faire quelque chose la mort dans l’âme : faire quelque chose avec énormément de regrets, à contrecoeur, en étant malheureux d’avoir à le faire. Par exemple : Il a dû vendre sa maison parce qu’il était trop isolé. Il l’a fait la mort dans l’âme. Cette maison, c’était toute sa vie. / Ils ont décidé la mort dans l’âme de ne plus voir leurs anciens amis devenus très distants.
15. Les locaux : un bâtiment qui sert à l’activité d’une entreprise, d’un commerce.

Bon début de semaine à vous !

En mars 2018

En mars, j’ai partagé ici un certain nombre de choses avec vous. Mais pas tout ce que je pourrais, bien sûr, faute de temps et également par souci de publier des billets suffisamment « mis en forme ».

Alors, je me suis dit que je pouvais aussi vous parler plus directement, par exemple à la fin de chaque mois, en faisant un petit enregistrement pour vous raconter ça. Personnellement, j’aime beaucoup qu’on me raconte des histoires, écouter les gens raconter leurs histoires, leur histoire, en français et en anglais et j’ai beaucoup appris comme ça, à tous points de vue. Et ça continue. Alors peut-être aurez-vous envie de me suivre dans cette petite expérience – que Svetlana m’avait suggérée il y a longtemps dans un de ses commentaires – et de commenter, si le coeur vous en dit, si ce que je raconte vous parle, si vous avez d’autres façons de voir et aussi si cela vous aide si vous apprenez le français.

Rien d’original, ni de très sophistiqué côté moyens techniques – à améliorer! Mais une façon de m’adresser à vous plus directement. Voici donc une première petite « conversation » improvisée.
Je voulais commencer en janvier – Ah, le symbole des débuts d’année ! – mais j’avais perdu ma voix, en partie retrouvée maintenant. Affaire à suivre.


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Juste l’enregistrement si vous préférez:

mars 2018

Transcription
Alors au mois de mars, il a neigé. Donc rien de surprenant puisque c’est l’hiver, me direz-vous. Mais quand même, dans le sud-est de la France, voir la neige comme ça plusieurs fois en janvier, en février et puis encore en mars, c’est quand même quelque chose d’assez surprenant. Et notamment, autour de la Méditerranée, du côté de Montpellier, il a neigé un jour où nous devions prendre la route pour rentrer du sud-ouest à Marseille et nous avons été obligés de décaler d’une journée pour ne pas nous trouver pris dans les bouchons sur l’autoroute. Et… bah on peut dire qu’on a bien fait parce que en fait, tout était bloqué et bah on aurait été, comme tout le monde, obligés de passer la nuit, peut-être, dans la voiture, ce qui n’est jamais très agréable. Et puis, il a neigé aussi à Marseille le 21 mars, donc juste en quelque sorte au moment du printemps et ça, c’est quand même surprenant parce que Marseille, bon, est quand même protégée par la mer et l’influence de la Méditerranée qui fait qu’en hiver, on a toujours à peu près deux degrés de plus que dans l’intérieur, qu’à Aix-en- Provence par exemple, et donc la neige à Marseille, c’est quand même très, très rare. Et là, bah finalement, il a neigé plusieurs fois à Marseille et… ça n’a pas tenu très longtemps et… Mais voilà, ça a quand même blanchi le sol, la végétation et, bah c’était joli ! Ça changeait.
Alors en mars, j’ai lu aussi des bons livres. J’ai lu une BD qui s’appelle les Carnets d’Esther*, j’ai lu le premier tome – il y a plusieurs tomes parce que ça raconte… enfin, ce sont des petits moments de la vie d’une petite fille, Esther, racontés par Riad Sattouf. Et donc, c’est Esther à dix ans, à onze ans, à douze ans, et ce sont plein de petites histoires vraies de sa vie de tous les jours, avec sa famille, ses copains, ses copines, en classe, etc. Et c’est vraiment très, très drôle, et c’est écrit dans un français évidemment courant, avec aussi des gros mots, des choses comme ça. Donc c’est quelque chose dont je vous reparlerai, mais c’est vraiment… C’est bien parce que ce sont des petites histoires, donc on n’est pas obligé de tout lire d’un coup . Et puis, c’est toujours des petites anecdotes bien vues, bien observées, sur la vie d’une petite fille.
J’ai lu aussi un livre en anglais, qui s’appelle Hidden Lives, de Forster, Margaret Forster, que j’avais depuis très longtemps et que je n’avais jamais lu, sur le… sur sa famille, l’histoire de sa grand-mère, au vingtième siècle, et j’ai beaucoup aimé ce portrait de famille et ce portrait de femmes, plusieurs générations de femmes et qui, disons… enfin, ça montre bien l’évolution quand même des droits des femmes dans l’histoire récente et… mais c’est vu à travers une histoire familiale, donc c’est… ça n’est pas une démonstration, c’est vraiment une histoire à laquelle on s’attache. Et si j’en parle, c’est parce que j’aurais bien aimé l’offrir à mes amies proches – en général, on s’échange des livres, on partage des livres, on partage des titres – et bah là, je peux pas le… je ne peux pas l’offrir parce qu’il n’est pas traduit en français ! Et j’ai été très surprise de découvrir ça. Alors ça n’est pas un livre récent mais apparemment… enfin, je n’ai pas l’impression qu’il ait été traduit en français à un moment ou un autre, et c’est bien dommage, parce que, bah voilà, on ne peut pas donner accès à tout le monde  à ce livre-là.
Et en parlant de livres… disons anglophones, de romans anglophones, j’ai lu… alors cette fois-ci, je l’ai lu en français parce que je l’ai emprunté à la bibliothèque et ils ne l’avaient pas en anglais évidemment, et ça s’appelle A l’orée du verger, de Tracy… je sais pas comment on dit en anglais, Chevalier… enfin, c’est un nom qui sonne bien français mais… voilà. Et ce roman est bien… enfin m’a bien intéressée, j’ai… je l’ai lu très rapidement. Mais ce qui m’a gênée donc dans la traduction en français, c’est la façon dont sont rendus les dialogues. Mais c’est probablement normal, mais ça me fait toujours bizarre. Je veux dire par là que tout ce qui est, disons… familier, est rendu avec des contractions des verbes qui ne s’écrivent jamais en fait, donc des choses du genre : T’as vu, T’es, T’es parti, etc., avec T apostrophe A.S. , T apostrophe E.S. Et bien sûr ça transcrit exactement ce qu’on dit à l’oral, mais franchement, ça me choque toujours de voir ça écrit, parce que ça n’existe pas en fait. Donc je me posais la question de savoir si en écrivant un dialogue dans un roman, on était vraiment obligé de passer par ces formes-là, qui sont un français oralisé et qui est très surprenant, je trouve, à l’écrit. Enfin moi, ça me gêne, ça me gêne de lire ça comme ça. L’absence de négations aussi me gêne dans ce… dans les transcriptions en fait, dans les dialogues qui sont rendus de cette façon-là. Voilà.
Et sinon alors j’ai lu un roman policier français, Alex, de Pierre Lemaître, dont j’avais lu d’autres romans, mais pas du tout ces… ce type d’écrits, et bah j’avoue que je n’ai absolument pas pu lâcher ce bouquin avant de l’avoir fini et c’est vraiment une histoire un peu… terrifiante, très bien racontée et qui vous donne vraiment envie de savoir ce qui va se passer, donc c’était vraiment très bien. Et bah la conséquence, c’est que j’en ai acheté deux autres que j’ai dans ma… près de… de… enfin, sur ma table de nuit, prêts à être lus, parce que… il y a la suite de ce que j’ai lu, là, et puis un autre qu’on m’avait recommandé aussi et…. Voilà, donc côté plaisir de la lecture et voilà. J’en reparlerai aussi mais je pense que ça peut…. ça pourrait vous plaire aussi. Voilà.
Et puis au cinéma, mars, c’est…. On a vu La Belle et la Belle, avec Sandrine Kiberlain. C’est un bon film, sans plus ! C’est… Voilà, je ferai un petit billet dessus, mais ce que je voulais dire aussi c’est que franchement, c’est… Le cinéma où nous sommes allés pour le voir est très cher ! C’était comme… enfin d’ailleurs comme à Marseille, à Rodez dans un multiplex – un multiplex, c’est avec plusieurs salles – et franchement, c’est trop cher ! Parce que c’est un petit film, enfin je veux dire, c’est pas un film inoubliable et c’est pour passer un bon moment, voilà. Mais honnêtement, le prix du cinéma, je trouve que c’est devenu vraiment trop cher, quoi ! Chacun… enfin c’était 9€20 ** par personne et… Non, c’est trop cher pour un film comme ça ! Voilà et puis aussi, le truc, c’est que comme c’est un multiplex, évidemment, le truc à la mode, c’est, dans ces grands cinémas, c’est de vendre du… des grands pots de pop corn. Et ça sent le pop corn partout. Je ne supporte pas l’odeur du pop corn dans les salles de cinéma et en plus, bah il y en a partout, par terre, sous les sièges et tout ça, enfin bon voilà. Moi j’ai pas été habituée, j’ai pas grandi avec des… du pop corn dans les salles de cinéma et les gens qui mangent en même temps qu’ils regardent un film!
Et sinon alors un bon film que j’ai vu à la télévision cette fois-ci, ce qui est rare, c’est Marguerite, dont je reparlerai, sur cette femme qui chantait très, très faux mais qui voulait chanter comme une… enfin voilà, qui était très, très… enfin vraiment passionnée par le chant et l’opéra, etc. et qui malheureusement chantait très faux. Et ce film est vraiment une réussite, je trouve, alors notamment grâce à Catherine Frot, qui est une actrice vraiment remarquable et… Voilà, donc ça, j’en parlerai un peu plus, mais franchement, c’est un film, que je n’avais pas vu au cinéma, et que j’ai vraiment beaucoup aimé !
A bientôt !

* Je n’arrive pas à me mettre dans la tête qu’il s’agit des Cahiers d’Esther, pas des carnets d’Esther ! Un cahier, un carnet, c’est presque pareil !
** A Paris, c’est encore pire, jamais en-dessous de 10€ et souvent plutôt dans les 12€ (si on n’est pas abonné aux grands distributeurs), y compris dans des salles toutes petites. Hors de prix !

Dernière minute : nous avons vu un film magnifique hier soir, Razzia, de Nabil Ayouch (en arabe, en berbère et en français, puisque c’est un film marocain.) Nous avons bien commencé le mois d’avril. On en reparle !

Une bouffée d’oxygène

Rufin et la lectureEncore une belle définition de la lecture, par l’écrivain Jean-Christophe Rufin. Lecture ouverture, comme une nécessité, depuis le plus jeune âge. Besoin quotidien, parfois contrarié par des journées trop courtes car trop pleines de toutes les obligations de la vie d’adulte. Que ferions-nous sans tous ces mots ?

La lecture, bouffée d’oxygène

Transcription:
– Quel type de lecteur est-ce que vous êtes ? Un lecteur obsessionnel, un lecteur vorace (1), un lecteur discret ?
– Non, je suis un lecteur… comment dirais-je… qui n’a jamais eu le temps de lire, c’est-à-dire que j’ai beaucoup souffert de…
– C’est intéressant !
– Bah non mais c’est… c’est vrai, j’ai… Ça a été un combat toujours parce que j’ai fait des études qui étaient des études techniques – la médecine, c’est quand même ça, hein. Donc quand les autres lisaient La Recherche du temps perdu, moi j’apprenais les collatérales de l’artère (2) machin-chouette (3), voilà. Et donc c’était un combat, c’est-à-dire que la lecture a toujours été pour moi quelque chose que… que j’ai… Si vous voulez, j’avais pas de temps. Donc j’ai une conscience aiguë (4) de tout ce qui me manque, c’est-à-dire de tout ce que je n’ai pas lu, ça… qui m’influence presque autant que ce que j’ai lu parce que c’est… Voilà, tout ce qui me reste (5) à lire, tout ce que je devrais lire, voilà. Et puis alors, maintenant, comme j’écris des livres, c’est vrai que j’ai tendance aussi à beaucoup lire en relation avec ce que je fais, c’est-à-dire que si j’écris un livre, je vais lire énormément de choses autour du sujet que je… que je traite.
– Est-ce qu’il y a un livre quand même, en tant que lecteur, Jean-Christophe Rufin, qui a fait de vous un écrivain ?
– Bah c’est à Augustin (6) que je m’adresse et on en avait déjà parlé, mais c’est évidemment Augustin Maulnes, c’est le Grand Maulnes (7), c’était le livre culte de ma famille puisque je suis originaire du Centre, du Berry.
– Vous savez que je le déteste, moi, parce que c’est pour ça que j’appelle Augustin ! Je peux pas… je peux pas me le voir (8), ce livre !
– Ah oui ? C’est vrai ? Ah, j’imagine ! Non, mais c’est… Moi, Jean-Christophe par exemple, de Romain Rolland, j’ai jamais pu le finir à cause de ça aussi.
– La lecture, comme lieu de rencontre aussi avec l’autre quand même.
– Oui, alors après, ça a été… ça a été pour moi, évidemment, la lecture, ça a été une sorte de bouffée d’oxygène (9), c’est-à-dire dans ce métier, dans une vie très prise par des contraintes, par des devoirs, de… comment dirais-je, des devoirs (11) au sens propre pendant les études, puis ensuite des devoirs de travail, la lecture, c’était la fenêtre sur le monde, quoi, c’est-à-dire c’était ce qui me permettait d’avoir accès à une autre vie, à une autre époque, à d’autres civilisations, d’autres lieux, d’autres passions, d’autres vies, quoi, tout simplement.

Des explications :
1. un lecteur vorace : cet adjectif s’emploie normalement à propos de la façon de manger, quand on a très faim. Cela rejoint l’idée que lorsqu’on lit beaucoup, on dit qu’on dévore les livres.
2. Une artère / une collatérale : ce sont des termes médicaux pour désigner là où circule le sang.
3. Machin-chouette : façon familière de ne pas nommer précisément quelque chose ou quelqu’un. Ici, il ne veut pas entrer dans les termes trop techniques.
4. Une conscience aiguë : une conscience très forte. L’adjectif aigu au masculin devient aiguë au féminin, mais la prononciation reste la même.
5. Tout ce qui me reste : on peut dire aussi Tout ce qu’il me reste. C’est exactement la même chose.
6. Augustin : c’est le prénom de ce journaliste, prénom plutôt rare aujourd’hui.
7. Le Grand Maulnes : c’est le titre du roman célèbre d’Alain-Fournier, très lu par les jeunes à une époque. Je ne sais pas si les ados d’aujourd’hui sont toujours touchés par cette histoire parue en 1913.
8. Je peux pas me le voir : normalement, on dit juste : Je ne peux pas le voir. Cela signifie qu’on ne supporte pas quelque chose ou quelqu’un. (familier)
9. une bouffée d’oxygène : au sens figuré, cela désigne quelque chose qui permet de s’évader, de respirer, qui fait vraiment du bien dans une situation difficile par ailleurs. Par exemple: Cette heure de marche tous les jours, c’est ma bouffée d’oxygène.
10. Un devoir : pendant les études, c’est un travail qu’on a à faire, à rendre.

L’émission entière est ici.

Et pour retrouver tous les livres de Jean-Christophe Rufin, c’est ici. Si vous n’avez rien lu de lui, vous pourriez y trouver votre bonheur ! Rouge Brésil, L’Abyssin… Je ne connais pas ses autres écrits tant il y en a, mais il est des lecteurs qui ont tout lu de lui et attendent chacun de ses livres avec toujours la même impatience curieuse.

Un peu de prononciation, avec une drôle d’orthographe: aigu et son féminin aiguë.
Le tréma sur le e indique qu’on prononce le u, comme au masculin. (et non pas comme dans des mots tels que vague, bague). Quand on épelle le mot, on dit « e tréma ».
C’est la même chose pour ambigu/ambiguë, exigu/exiguë, contigu/contiguë

aigu, ambigu, exigu Prononciation au féminin

Livres toujours

l'herbier des fées le site

Je lis sur du papier. Je lis au moins aussi souvent désormais sur une liseuse (que je tiens comme un livre grâce à son étui qui s’ouvre). Mais dans le fond, il y a peu de différence puisque mes lectures numériques ne sont rien de plus que les mêmes mots alignés sur un écran au lieu de l’être sur une page imprimée.
Mais en ce moment, je suis en train de lire une BD qui n’est pas imprimée et qui joue avec les possibilités offertes par les informaticiens. (Je vous en parle bientôt, quand je l’aurai terminée.)

Alors, j’ai repensé à ce que disait un illustrateur de livres pour enfants dans un petit reportage à la radio que j’avais gardé. Il y parle des deux versions de son livre, L’Herbier des fées, et des livres en général. Il est gai, enthousiaste. Il a cette fraîcheur créative et émerveillée qui ressemble à l’enfance.

Avant de l’écouter (ou après), voici où aller pour voir à quoi ça ressemble.

Papier ou écran

Transcription :
– Bienvenue.
– Je m’attendais à un atelier très numérique et je vois qu’il y a de la peinture partout !
– Oui. En fait, je fais du numérique, mais alors vraiment, je le fais en étant complètement… un peu étrange, parce qu’on a fait… par exemple, ce livre numérique qu’on a fait, L’Herbier des fées, on l’a fait qu’avec des techniques traditionnelles, c’est-à-dire c’est peint à la main, l’animation, elle est faite à l’ancienne, avec vingt-quatre dessins par seconde, etc. Donc on a fait un livre numérique avec une façon de le faire très, très archaïque.
– Et donc du coup, enfin pour vous, le numérique, c’est encore un…
– C’est un nouveau… un nouvel (1)… Alors, dans le numérique, ce qu’il y avait de formidable, c’est vraiment l’idée d’avoir l’animation. Ce sont des fées, entre guillemets (2), enfin en tout cas des êtres, et on va les voir bouger. On va les voir vivre. Et ça, c’est… Et en fait, filmés comme des… C’est ça qui est très drôle, parce qu’on l’a filmé comme des vieilles caméras Super 8, en vieillissant exprès la pellicule, en l’abimant, etc.
– Vous pouvez me montrer ?
– Alors, je vais vous montrer. Voilà, bah on arrive sur la page, il y a rien, il y a que le personnage. Et si on… Voilà, on passe le doigt. Et on peut faire apparaître… des êtres.
– C’est super !
– Donc là, on peut vraiment les faire disparaître devant nous. On peut voir comment elles se guident sur une espèce de chauve-souris. On a… On peut vraiment… Tout ça, ce sont des choses qu’on peut pas faire dans le livre papier.
– Est-ce que vous avez l’impression que c’est plus (3), un livre numérique ? C’est quelque chose de plus qu’un livre ?
– Non. Il y a des choses aussi dont je me suis rendu compte que… on pourrait jamais les avoir en livre numérique. Par exemple…
– Pourquoi ?
– Il y a une chose très importante, c’est l’échelle et le format. Ces… ces livres-là sont des livres objets. Donc là, le livre, là, L’Herbier des fées, quand vous le voyez, c’est un grand livre. Quand vous l’ouvrez, il vous prend un grand espace. Et quand vous avez des images comme celle-ci, vous avez une image qui vous prend beaucoup d’espace que vous voyez, que vous pouvez découvrir. Vous pouvez avoir votre tête complètement dedans. Il y a un rapport d’échelle qui est très important, qui rend le côté beau plus impressionnant aussi et…et qui vous immerge vraiment dans un univers. Il y a le rapport tactile, le papier, le calque, la découpe. Il y a même des gosses (4) qui se mettent derrière, comme ça, et tout. C’est… C’est… Voilà, il y a un côté…. Ça, jamais on l’aura dans le livre numérique ! Le travers (5) d’un livre numérique… D’un côté, c’est très chouette (6) pour les créateurs, parce que nous, on maîtrise tout, c’est-à-dire on maîtrise le temps, on maîtrise le son, on maîtrise le mouvement, on maîtrise la couleur – ça aussi, c’est un truc très important, c’est vrai que la couleur est parfaite. Mais quand on a un livre papier, on lit et on peut aussi s’arrêter. Il y a toute une place à l’imaginaire, les pauses qu’on peut faire. Un livre numérique, on est presque plus contraint par le créateur. On est vraiment obligé de suivre une narration. On va être beaucoup plus, finalement, guidé et moins…
– Moins de liberté ?
– Moins libre de sa lecture, je pense. Parce que voilà, c’est un médium qui est plus total, et donc qui est un peu comme la télé ou machin (7), c’est-à-dire attrape vraiment. Et le livre est le média de tous qui laisse le plus la place à l’imaginaire et qui rend la personne qui le… qui le détient le plus actif. C’est-à-dire qu’un livre, a fortiori (8) même les romans, enfin vraiment les livres sans illustrations, c’est vraiment le moment où on demande le plus de travail à… au lecteur. Dire que le livre papier devient obsolète face au livre numérique, je pense que c’est une erreur. Je pense que non (9), parce que le livre papier, il est parfait.

Des détails :
1. un nouveau… un nouvel… : Il cherche ses mots et pense à un mot masculin, mais qui commence par une voyelle puisqu’il dit « un nouvel »: par exemple, un nouvel outil, un nouvel instrument, un nouvel élément. Puis finalement, comme souvent quand on parle, il explique les choses autrement !
2. Entre guillemets : cette expression sert à montrer qu’on ne prend pas les choses au sens littéral du terme.
3. Plus : davantage. C’est pour ça qu’on prononce le S à la fin.
4. Des gosses : des enfants (familier et affectueux)
5. le travers : le côté négatif, le défaut
6. c’est très chouette : c’est très bien (familier)
7. ou machin : expression familière qui sert juste à ne pas entrer davantage dans les détails.
8. A fortiori : à plus forte raison, encore plus
9. Je pense que non : en français, pour donner son opinion, on utilise oui, non et si. Par exemple:
Ils ont vendu beaucoup de livres numériques ? => Je pense que oui. Ou l’inverse : Je pense que non.
Il n’a pas dû utiliser de peinture pour ses dessins. => Je pense que si. (parce que la phrase à laquelle on réagit comporte une négation.)

Depuis sa plus tendre enfance

Lectures d'enfant
Dans le train, le métro, le bus, au café, que faire quand on n’a pas grand-chose à faire ? De plus en plus souvent, sortir son téléphone. Geste réflexe, irrépressible, tête baissée vers ces petits écrans.
Mais certaines têtes continuent à se baisser vers des lectures, qui les emportent aussi ailleurs. Des lectures dont ils parleront peut-être à d’autres, dont ils ont eu envie parce qu’on leur en a parlé. Le goût de lire est toujours là, héritage familial ou conquête personnelle.
Lydia est de ceux-là.
De jour comme de nuit !
Transcription :
– Alors, Lydia, je vous dérange en pleine lecture (1), j’ai l’impression, là, hein !
– En effet !
– Qu’est-ce que vous êtes en train (2) de lire ?
– Je suis en train de lire un livre de Hwang Sok-Yong, qui s’appelle Shim Chong, fille vendue. C’est un livre coréen, qui parle de l’histoire d’une jeune fille coréenne, qui va être vendue. Très jeune, elle va être amenée en Chine, elle va être vendue en tant que prostituée. Voilà.
– Pourquoi la littérature coréenne ?
– Alors, c’est un livre que j’ai offert à mon colocataire (3) parce qu’il a vécu un an en Chine, quatre mois au Japon et… Voilà, c’est un cadeau d’anniversaire, qu’il a lu, puis qu’il m’a prêté, en disant que ce serait un livre qui me plairait. En effet, c’est une lecture très agréable.
– Du coup, le livre circule chez vous.
– Oui, c’est ça. Le livre circule en effet.
– Donc ça veut dire que pour vous, le livre est un partage ?
– Oui, oui, le livre est un partage, oui, oui. D’ailleurs, l’année dernière, avec des amis, on s’était amusé à (4) organiser des… des dîners qu’on appelait Littérature et Gastronomie. La personne qui recevait (5) choisissait un livre que tout le monde était censé (6) avoir lu pour le fameux dîner (7), qui était censé être un tant soit peu (8) gastronomique. Et on en discutait à table et c’était vraiment quelque chose d’assez intéressant à partager.
– Est-ce que vous avez toujours lu ?
– Oui, j’ai… j’ai toujours beaucoup lu, depuis ma plus tendre enfance (9). Ma mère m’achetait souvent des bouquins… m’a… m’a très vite formée à la lecture, et j’ai toujours beaucoup apprécié ça. Donc ça m’a souvent permis de m’évader, de rêver.
– Vous baignez dans ce… dans cet univers-là ?
– Non, pas du tout ! Je suis interne (10) à l’hôpital. Donc…
– Du coup, c’est un compagnon de garde (11), alors.
– Oui, c’est ça, en effet.
– C’est pas mal, hein !
– Entre deux patients ! (12)
– La nuit, par exemple, quand vous êtes de nuit (13)?
– Oui, oui, absolument. C’est-à-dire que, en effet, il arrive la nuit… par exemple, par exemple, en ce moment, je suis en pédiatrie et il est arrivé l’été que les Urgences soient moins fréquentées et qu’entre temps, bah, je lise mon bouquin, en attendant qu’un patient arrive et… Oui, c’est pas mal ! (14)
– Je vous laisse découvrir la suite, alors.
– Merci.
– Merci, au revoir.

Des explications :
1. en pleine lecture : Lydia est plongée dans son livre. On utilise cette expression pour montrer qu’on est totalement pris par une activité : Il est en plein travail. / Ils sont en pleine répétition, ne les dérange pas. / Nous sommes en pleins travaux de peinture à la maison. / Sur cette photo, on le voit en plein effort.
2. Être en train de faire quelque chose : c’est bien comme ça que s’écrit en train, en deux mots, contrairement à ce qu’on lit souvent : entrain. Ce mot existe aussi mais est synonyme d’enthousiasme, d’envie : Il travaille avec entrain. On peut être en train de faire quelque chose avec ou sans entrain !
3. Un colocataire : c’est quelqu’un avec qui on partage un appartement, pour réduire les frais de loyer et les charges pour chacun. Dans ce cas, on vit en colocation. Familièrement, on utilise l’abréviation coloc, la même pour ces deux mots : Je cherche une coloc à Paris. / Mon coloc est parti en vacances pour quelques jours.
4. S’amuser à faire quelque chose : faire quelque chose par jeu et par plaisir, sans se prendre au sérieux. Elle s’amuse à créer ses propres vêtements.
5. Recevoir : organiser un repas chez soi pour des amis, des invités. En France, on s’invite les uns chez les autres.
6. Être censé : être supposé. La « règle », c’est que chacun devait avoir lu le livre choisi.
7. Le fameux dîner : le dîner en question. Cela signifie qu’on mentionne quelque chose dont on avait parlé avant et qu’on le met en avant : C’est la fameuse vidéo dont je t’ai parlé. / Ah, voici la fameuse Lydia !
8. Un tant soi peu = un peu / un minimum.
9. depuis ma plus tendre enfance : c’est une expression toute faite, pour montrer que ça a commencé très jeune.
10. Un interne : dans le milieu hospitalier, c’est un étudiant en médecine qui a passé l’internat, un concours qui lui permet d’être attaché à un hôpital pour la suite de ses études.
11. Une garde : c’est une période pendant laquelle un interne ou un médecin est responsable d’un service. On dit qu’on fait des gardes: Il fait des gardes aux Urgences. / J’ai une garde la nuit prochaine. / Je suis de garde mardi toute la journée.
12. Un patient : c’est quelqu’un qui vient consulter un médecin.
13. Être de nuit : être chargé de travailler la nuit.
14. C’est pas mal : c’est plutôt bien. (familier)

Et si vous aimez lire des histoires vraies,
Si vous voulez vous plonger justement dans l’ambiance des gardes des étudiants en médecine, entre autre,
Si vous aimez ce qui est écrit avec entrain et précision, allez chez jaddo.
Et là, ce sera sur un écran ! (même si maintenant, il y a un livre. Comme quoi…) J’aime ce blog depuis le début ! Pour son nom et le reste.

Compagnons

Lecture

Les livres qu’on achète et qui sentent le papier neuf. Ceux qu’on emprunte dans les bibliothèques, parfois un peu trop usés. Ceux qu’on nous prête et qu’il faut rendre. Ceux qu’on prête et qui parfois ne reviennent pas.
Les livres nous accompagnent, prennent de la place, circulent. (C’est sans doute une des raisons pour lesquelles que je ne passerai jamais définitivement aux livres qu’on lit sur une liseuse: impossible de se les prêter. La liseuse est pratique mais égoïste!)
Pas de vie sans livres donc, comme le raconte ce lecteur qui ne les a pourtant pas toujours aimés.

Transcription :
– Est-ce que vous êtes attaché à… à l’objet livre ? Est-ce que c’est quelque chose qui est important pour vous de garder les… les.. une trace de votre lecture ?
– Pas forcément (1). Il y a des livres qu’on me prête, donc forcément, je les garde pas. Il y a des livres que j’achète, il y a… il y a des livres que je perds, il y en a que… qu’on me prête et puis que je rends pas. Il y a… il y a un peu tout qui se fait (2), quoi (3).
– Alors vous lisez partout, hein (4), j’ai l’impression.
– Oui, j’aime bien lire à coup de (5) petits quarts d’heure de lecture, dans le métro, dans le bus, en attendant quelqu’un. J’aime bien avoir un livre avec moi. Et puis bah, il y a un tout petit moment à tuer (6), je tue ce moment, une page ou deux et… C’est un petit compagnon, quand même, quoi.
– Est-ce que la lecture, c’est quelque chose qui vient petit à petit ou est-ce qu’il faut être initié à la lecture pour vous ?
– Bah moi, j’ai dû m’initier à la lecture dans le sens où (7) au départ, c’était un effort de… de lire. Et puis les premiers livres, eh bah quand on a n’a pas vraiment de goûts précis ou quoi (8), on se cherche (9) peut-être un petit peu. Et puis avec l’expérience, le temps, bon bah quand on se fait guider sur un livre, bon bah on sent plus facilement si ça va plaire ou pas, quoi.
– C’est quoi pour vous, un… un bon livre ?
– Un bon livre ? Bah celui qui m’accroche. Quand j’arrive à la fin, je me dis c’était une belle histoire, je me suis bien imprégné dedans (10), c’était surprenant, c’était émouvant, c’était quelque chose d’émotif (11), quoi. Chaque livre a sa patte (12) à lui, il y en a où c’est le style littéraire qui est plus intéressant que l’histoire. D’autres où l’énigme est drôlement bien alors que le style, il est… il est pas terrible (12). C’est… c’est un peu unique à chaque fois, quoi.
– Est-ce que vous avez du mal à… à vous en séparer ?
– Au départ, peut-être un peu, je suis sentimental. Et puis… puis bon, au bout d’un moment, je me dis après tout, il m’a beaucoup plu, donc si il peut plaire à quelqu’un, je le prête. Si il revient, il revient pas, c’est pas bien grave (14).
– Vous avez une… un certain détachement, par rapport au livre, non ?
– Par rapport à la propriété de l’objet, oui. Si… si je sens qu’il peut plaire à quelqu’un et qu’il rentre dans ses goûts, alors bah, qu’il le prenne, quoi !

Quelques détails :
1. pas forcément = pas obligatoirement / pas nécessairement. On utilise plus souvent « pas forcément » oralement. (mais ce n’est pas familier.)
2. il y a un peu tout qui se fait : il y a beaucoup de situations différentes. (plutôt familier)
3. quoi : comme souvent à l’oral, on entend ce petit mot qui sert à marquer la fin des phrases. Ce tic de langage est familier et plus ou moins fréquent selon les personnes.
4. Hein : autre tournure très orale, pour prendre à témoin la personne qui nous écoute.
5. À coup de… : grâce à quelque chose qui se répète.
6. Un petit moment à tuer : on utilise l’expression Tuer le temps. Donc c’est l’idée qu’on fait quelque chose pour ne pas s’ennuyer, pour remplir le temps.
7. Dans le sens où : c’est ici l’équivalent de parce que. Il donne une raison, une explication.
8. Ou quoi : cette expression orale permet de suggérer d’autres choses qu’on n’évoque pas.
9. Se chercher : affirmer peu à peu ses goûts, développer sa personnalité.
10. Je me suis imprégné dedans : ce serait mieux de dire : Je me suis bien plongé dedans. Ou alors :Je m’en suis bien imprégné. (On s’imprègne de quelque chose, pas dans quelque chose.) Téléscopage habituel à l’oral entre plusieurs formulations.
11. émotif : cet adjectif s’emploie plutôt pour des personnes. Quand on est émotif, on est facilement ému.
12. Sa patte : normalement, on parle de la patte de quelqu’un, c’est-à-dire son habileté à créer quelque chose, qu’on peut reconnaître. Ici, il veut dire que chaque livre est particulier.
13. Pas terrible : on emploie cette expression à propos de quelque chose qu’on ne trouve pas bien, pas passionnant, pas très réussi.
14. C’est pas bien grave : ça n’a pas beaucoup d’importance / ça ne fait rien.

Pour écouter d’autres lecteurs, vous pouvez faire un petit tour sur France Bienvenue.

Histoires pour grandir

AlbumsEnfant, il aimait lire. Puis il a aimé raconter des histoires à sa fille. Et il s’est mis à les écrire et à les dessiner lui-même.

Ce sont des livres qui habitent toujours sur mes étagères ! Impossible de m’en séparer, même si mes fils ont passé l’âge qu’on leur lise des histoires. Un univers de couleurs et de mots, de jeux avec les mots, l’univers de Claude Ponti. Ce sont de beaux voyages à chaque lecture.

Transcription:
Le peloton de la troupe (1) est un peu mièvre (2). Mais c’est aussi une demande. Les temps étant vraiment très durs, des gens ont du mal à prendre des livres pour leurs enfants qui soient pas un peu édulcorés (3) parce que ils croient protéger leurs enfants en leur donnant du doux, du tendre, du facile. Il y a des grands, grands en ce moment mais il y a un retour à la « cucunerie » (4), au bleu pour les garçons, au rose pour les filles, que je déteste.

Vous vous souvenez des illustrations (5) qui accompagnaient les histoires que vous lisiez, ou qu’on vous lisait quand vous étiez petit, ou pas ?
– Oh bah oui ! Oui, oui. Alors, déjà, il faut dire que je suis relativement jeune !
Oui !
– Et quand j’étais très, très jeune, il y avait beaucoup moins de livres quand même qu’aujourd’hui. Donc… Alors, j’avais…
Il y avait Le Père Castor (6), il y avait…
– Oui, il y avait tout ça mais j’avais aussi une mère enseignante (7). Donc j’avais accès à plus de livres que… que d’autres, de… de par (8) l’école. Mais j’ai eu à peu près les mêmes chose qu’avaient les autres: des Père Castor, des… des je sais plus quoi (9), machin Argent et truc (10), et tout ça. Et puis… A ma fille, j’ai beaucoup lu. J’ai beaucoup lu d’histoires. Je lui en ai inventé beaucoup. D’ailleurs, ce qui est… Elle m’a dit il y a pas longtemps que c’est… Elle s’est mise à (11) lire tard. Elle m’a dit: « C’est normal, tu me racontais des histoires tous les soirs et… Pourquoi veux-tu que… que j’aie envie de lire… »
Que j’aille les chercher ailleurs, c’est ça ?
– Moi je considère que ce que je fais est… est une simple transcription de la réalité. Donc je… je cache…
Ah oui ?
– Oui. Je cache rien. Bah il y a… il y a de la mort, il y a de l’accident, il y a des tas de (12) choses. Je cache (13) rien de… Mais je… je mets tout… C’est-à-dire, moi, ce qui m’intéresse, c’est que… c’est de considérer l’enfant évidemment comme une personne mais comme une personne en développement, c’est-à-dire que toute… toute l’activité d’un… d’un enfant, dès le départ, c’est… c’est de chercher à acquérir, comprendre, expérimenter et grandir. Donc moi, je travaille… je travaille…enfin (14), je fais… Je raconte de l’histoire que là-dessus. Donc… et pour montrer que… que quels que soient les problèmes, il y a toujours un moyen d’y arriver et de s’en sortir.
C’est vrai ! Parce que il y a des… Il y a des peurs, il y a des peurs terrifiantes dans… dans vos livres ! Il y a des monstres dévoreurs d’enfants.
– C’est normal d’avoir peur. C’est plutôt bien, si on y arrive, de la surmonter. Si on n’y arrive pas, on peut trouver des biais, contourner les murs, etc… Mais… Je pense qu’aux enfants et à voir comment… et leur dire que, non, c’est pas vrai, c’est-à-dire même si on te coupe les deux jambes au départ, tu arriveras à faire un truc. Il y a pas… Personne n’a pas d’enfance. C’est pas vrai, c’est de la mythologie. On dit: « Ah, j’ai pas eu d’enfance. » Mais si, tu as eu une enfance ! Elle était peut-être un peu merdique (15) mais tu en as eu une.Puis c’est… Il y a pas de quoi s’énerver (16) ! Tu arriveras à faire autre chose plus tard ou… Voilà, c’est… !

Des explications:
1. le peloton de la troupe: cela signifie la majorité, la plupart (ici, il parle de la majorité des auteurs pour enfants). En fait, on dit plus souvent: Le gros de la troupe.
2. mièvre: gentil et fade mais pas très intelligent.
3. édulcoré: adouci artificiellement, en gommant la réalité.
4. la cucunerie: je connais plutôt la cucuterie mais c’est pareil ! Cela désigne tout ce qui est « cucul« , c’est-à-dire pas méchant mais pas très intelligent. C’est la façon familière de dire mièvre, niais. On dit aussi: gnangan.
5. les illustrations: les dessins
6. Le Père Castor: c’est une collection d’histoires pour les enfants.
7. une mère enseignante: sa mère était institutrice.
8. de par: grâce à
9. des je sais plus quoi: façon familière de dire qu’il ne se souvient pas des titres.
10. machin Argent et truc: Il veut parler d’une collection qui s’appelait « Les petits livres d’argent ». Mais il ne se souvient pas précisément, donc les mots familiers « machin » et « truc » (très vagues) lui servent à suggérer ça.
11. se mettre à faire quelque chose: commencer à faire quelque chose.
12. des tas de: beaucoup de (familier)
13. je cache rien: on entend plutôt « Je casse rien », mais il ne se corrige pas.
14. je travaille… enfin… : l’utilisation de « enfin » signifie qu’il se corrige, qu’il veut nuancer le mot qu’il vient juste d’employer, pour mieux exprimer son idée.
15. merdique: raté (très familier, puisque basé sur « merde »).
16. Il y a pas de quoi s’énerver: on emploie cette expression pour dire à quelqu’un de rester calme, de prendre les choses, les problèmes tranquillement.

Voici un extrait que j’ai enregistré, pour que vous fassiez connaissance avec Hipollène, au cours de son voyage.
(J’aime les noms de toutes ses grand-mères. Et j’aime les miroirs qui réfléchissent !)

Le temps de lire


Il fait mauvais temps.
Un temps à ne pas mettre le nez dehors.
Un temps à prendre son temps.
Un temps propice à la lecture.

Transcription:
– Je suis en train de lire La couleur des rêves, de Rose Tremain.
– C’est un auteur (1) que vous connaissiez ?
– Pas du tout ! Je l’ai découvert en allant à la bibliothèque, la… la semaine dernière.
– Vous empruntez souvent des livres là-bas ?
– Oui, tout le temps.
– Qu’est-ce que vous aimez lire ? Quel genre de livres vous aimez lire ?
– J’aime beaucoup les livres historiques, et puis quelques policiers aussi.
– Là, en l’occurence (2), c’est un… c’est un policier ?
– Non, pas du tout. C’est l’histoire d’un couple qui va en Nouvelle Zélande pour trouver de l’or. C’est un livre qui… qui me plaît beaucoup.
– Ça vous plaît. Qu’est-ce qui… qu’est-ce qui vous plaît dans ce livre ?
– Bah c’est-à-dire que c’est une histoire qui est pas ordinaire, disons. Et puis, c’est bien écrit. Donc j’avoue que je suis assez tentée d’arriver à la fin pour savoir exactement ce qui va se passer.
– Est-ce que vous avez toujours lu ?
– Plus ou moins. Pas plus que moins à la limite (3) quand j’étais en activité (4), mais depuis que je suis à la retraite, oui, beaucoup.
– Et enfant par exemple, vous aimiez lire ?
– J’avoue que j’ai pas tellement de souvenirs de mon enfance. Comme j’ai… Comme je vais souvent à la bibliothèque, j’ai l’occasion de… de rencontrer des… des classes d’enfants qui viennent. Je trouve effectivement qu’on leur permet d’accéder à la lecture d’une manière sans doute plus importante que nous, on (5) ne le faisait à notre époque. Et moi-même, je vais lire des histoires aux enfants dans les écoles maternelles (6).
– Comment ils réagissent, les enfants, à ça ?
– Ils posent beaucoup de questions, ce qui est très bien, à mon avis, comme ça, ça leur permet d’apprendre un certain nombre de choses. Ils sont, oui, vraiment très vivants, très dynamiques.
– Est-ce que ça vous donne envie, vous, de… d’écrire par exemple ?
– Non, pas du tout. Je vois pas du tout comment on peut raconter une histoire avec tant d’imprévu, de… de surprises. J’ai du mal à le… à l’imaginer.
– Ça vous impressionne ?
– Oui, un peu, oui.
– Est-ce que vous sacralisez le livre, par exemple ?
– J’ai toujours fini mes livres, même ceux qui me plaisaient pas.
– Alors là, vous êtes impatiente. Il vous reste combien de pages ?
– Oh, il doit plus m’en rester beaucoup ! Une cinquantaine.
– Faut pas regarder le dernier mot, hein !
– Ah, non, non, non ! Ça, surtout pas ! Faut pas (7). Parce qu’après, on est déçu. Je l’ai fait une fois et depuis, je l’ai jamais refait.

Quelques détails:
1. un auteur: ce nom est toujours masculin mais il s’applique à tout écrivain, homme ou femme. Depuis quelque temps cependant, on trouve l’orthographe: une auteure, au  nom de l’égalité hommes-femmes.
2. en l’occurence: dans le cas présent / dans la situation présente.
3. à la limite: à la rigueur / je veux bien l’admettre
4. être en activité: à propos d’une personne, cela signifie qu’elle travaille, qu’elle  est dans la vie active.
5. que nous on le faisait… : à l’oral, c’est tout à fait naturel de mélanger nous et on. Normalement, d’un point de vue strictement grammatical, on devrait dire: …que nous, nous ne le faisions à notre époque. Mais c’est d’un niveau de langue plus soutenu, plus écrit.
6. une école maternelle: les enfants français peuvent être scolarisés dès l’âge de 3 ans, en maternelle, avec de vrais professeurs des écoles formés pour ça. Cette dame va lire des histoires aux petits bénévolement.
7. Faut pas: il ne faut pas. (style familier, à cause de l’omission du pronom il, très courante.)

Deux façons de parler très naturelles à l’oral:
Utiliser « ça » et non pas « cela »: ça vous plaît ? / ça vous donne envie… ? / ça leur permet… / ça vous impressionne ? (Cela est d’un niveau de langue soutenu et avant tout écrit.)

Mélanger « nous » et « on » dans une même phrase.
C’est même devenu tellement courant que ça se lit sur internet:

Ce qui est surprenant dans le titre, c’est l’emploi de « que l’on » (qui est soutenu), au lieu du très ordinaire « qu’on », qui serait plus cohérent ici puisque le mélange « on » et « nous » est plus familier.

Pour récapituler, voici tout ce qu’on pourrait dire:
– que l’on inflige à ses cheveux. (le plus correct grammaticalement et le plus soutenu)
– qu’on inflige à ses cheveux. (tournure impersonnelle tout à fait correcte)
– que nous infligeons à nos cheveux. (tournure plus personnelle, qui nous implique davantage et parfaitement correcte aussi)

– que l’on inflige à nos cheveux: cette phrase est correcte si ce « on » désigne quelqu’un d’extérieur, quelqu’un d’autre qui n’est pas « nous ». Or, en lisant la suite, on se rend bien compte que ce n’est pas le cas ici: On fait des gestes qui nuisent à nos cheveux. Ici, il est évident que on est utilisé à la place de nous, et non pas pour désigner quelqu’un d’autre.

Et pour conclure, de toute façon, « infliger une erreur » n’est pas très français !
A la place, ce serait plutôt: Les erreurs que nous faisons avec nos cheveux. Ou encore: Les mauvais traitements que nous infligeons à nos cheveux.

Plutôt BD ou jeux vidéo ?


Quand on va à la FNAC, au rayon BD, il y a toujours des tas de lecteurs, de tous âges, assis par terre ou debout, en train de lire. Je ne dis pas en train de feuilleter les albums, mais bien en train de lire. Et personne ne vous chassera si vous faites comme eux ! Même si vous lisez une BD du début jusqu’à la fin et même si, pour finir, vous ne l’achetez pas. Bref, le rayon BD, avec celui des livres de cuisine, doit être le plus fréquenté !
On y trouve des fans de BD comme Loïc. Parce que la BD, c’est tout un art.
(Et dans le fond, c’est pratique quand on apprend le français, parce que c’est plein de dialogues bien sûr.)

Transcription:
– Moi, j’ai un père qui est professeur, il a dit: « Tous les moyens en fait sont bons pour se mettre à lire, autant les magazines, que les BD, que les romans. » Et moi, je suis d’a[…] tout à fait d’accord parce que on commence avec une BD et après, si on voit qu’une BD nous plaît, on va se mettre à aimer lire et puis, on va [se] (1) lire de plus en plus en fait. Je lis beaucoup, beaucoup de romans fantastiques, de science fiction et puis, il y a des classiques comme Zola, etc…
Qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?
– On lit, ouais, Thorgal: La Bataille d’Asgard et il a été lu par, en France, plusieurs milliers de personnes.
Pourquoi ça marche, d’après vous, Thorgal ?
– Thorgal marche parce que en fait, déjà (2), les… les dessins, ils (3) sont plutôt bien faits. Ils sont même somptueux. Et ensuite, parce que l’histoire, ben, c’est de la mythologie nordique. C’est l’histoire de Loki qui se bat contre les humains, en fait. Il appelle tous les trolls et il les appelle à se battre contre le monde des humains et des Vikings. Thorgal, c’est un personnage qui est mythologique.
Alors pourquoi vous aimez, vous (4) ? Qu’est-ce qui vous plaît ?
– Je trouve que les combats sont plus épiques dans Thorgal et dans d’autres BD qui parlent en fait des dieux nordiques que dans les autres mythologies. Par exemple, Thorgal, lui (5), on sait qu’il est noble et qu’il va… se battra jusqu’au bout pour sa quête. Je trouve que ça a quelque chose de beau en fait. Thorgal, c’est les grands guerriers qui se battent et ils foncent dans le tas (6), comme on dit. Faut voir qu’il y a des bulles (7), quand même, elles sont très, très bien développées, le langage, il a été recherché pendant plusieurs BD. Si le travail est soigné, on se rend compte, oui, tout de suite que ça se passe autre part.
Et la BD, c’est un genre qu’on étudie en classe ?
– Ça dépend, oui, parce que je me rappelle qu’en collège, on a eu tout un cycle (8) là-dessus. Mais en lycée, plus du tout. En lycée, c’est plus que des classiques.
Est-ce que vous préférez lire de la BD ou jouer aux jeux vidéo, par exemple ?
– En fait, j’aime les deux, en même temps à part égale. Mais je préfère quand même un petit peu la BD. On se plonge plus dans un livre que dans un jeu vidéo. Un jeu vidéo, ça bouge mais on n’entre pas dans l’univers onirique (9), on rentre pas dans l’imaginaire, tandis que avec Thorgal, on peut après… on peut s’imaginer quelque chose, on peut s’imaginer des suites, etc… ce qui est pas le cas du jeu vidéo parce que ça se coupe net.
C’est un art pour vous ? C’est un art aussi bien que le… que le roman ou que la poésie ?
– Ben oui, pour moi, c’est un art parce que en fait, ça mêle dessin et littérature et donc texte. C’est un des vieux arts qui devrait même compter comme le premier.
Vous êtes fan (10), hein !
– Ah, oui ! Complètement.
Merci Loïc.
– Merci.

– Eh !  La BD, c’est définitivement un art, mais un art qui s’impose, hein ! C’est net, parce que il y a un gros, gros boulot (11) derrière. Ça se lit comme des livres de plaisir, plaisir esthétique, plaisir intelligent… Bon…
– Sans rire, on a longtemps été traités comme des enfants un peu stupides, les gens de la bande dessinée.
– C’est vrai.
– Et depuis quelques années, grâce à des auteurs, grâce à certains éditeurs, on obtient enfin une petite – je le dis parce que c’est un peu… ça m’a quand même un peu cassé les pieds (12) pendant quelques années – une toute petite légitimité artistique qui commence à se faire jour (13). Et ça, franchement, ça commence à faire du bien (14) parce que, comme je le disais tout à l’heure (15), il y a aussi des artistes chez nous. Il y a pas que ça, mais il y en a aussi quelques-uns.

Quelques détails:
1. se: ce mot est impossible ici avec ce qui suit. C’est pour ça que je l’ai mis entre parenthèses. En fait, Loïc voulait peut-être continuer en disant: On va se mettre à lire. Mais il a raccourci sa phrase en: On va lire de plus en plus.
2. déjà: ce mot est synonyme de premièrement ici =  C’est la première raison. Au passage, vous entendez comment il mange la première syllabe ? On entend juste quelque chose comme « d’jà », ce qui est fréquent partout ailleurs que dans le sud de la France.
3. les dessins, ils… : à l’oral, on met souvent deux sujets côte à côte: le nom et son pronom. C’est un style plutôt familier. Ne le faites pas à l’écrit, ni si vous devez faire attention à votre français oral (dans un examen par exemple.)
4. Pourquoi vous aimez, vous ? : la répétition de ce vous permet d’insister sur Loïc. Cela se fait à souvent à l’oral. (Mais ce n’est pas familier). Si vous vous en servez, attention, ce sont les pronoms suivants: moi, toi, lui / elle, nous, vous, eux / elles qu’il faut employer. 
Petit enregistrement pour illustrer ça:5. Thorgal, lui… : encore un pronom pour insister et singulariser Thorgal.
6. foncer dans le tas: foncer dans les autres, se jeter dans la bataille, sans regarder les détails.
7. une bulle: c’est là où sont écrits les paroles prononcées par les personnages de BD dans chaque dessin.
8. un cycle: un ensemble de textes, de documents sur un même thème. Plus généralement, on utlise ce terme quand dans les études, on se consacre à une activité précise pendant une certain temps. Par exemple, en sport, les élèves ont un cycle foot, ou un cycle athlétisme, etc…
9. onirique: lié au rêve
10. être fan (de quelque chose): aimer vraiment beaucoup quelque chose. (Style plutôt familier).
11. un gros boulot: beaucoup de travail (familier)
12. ça m’a cassé les pieds: ça m’a embêté, ça m’a contrarié (familier)
13. se faire jour: apparaître peu à peu.
14. ça fait du bien: ça fait plaisir.
15. tout à l’heure: vous entendez comment il avale les syllabes ? Un peu comme s’il disait juste: T’à l’heure. C’est très fréquent.

C’est vrai que les dessins sont plutôt beaux. Cliquez ici si vous ne connaissez pas, puis, par exemple, sur l’onglet « Planches », à gauche.

Stendhal, Astérix, ou comment grandir avec les livres

Souvenirs d’enfance, souvenirs de lectures.
Stendhal, Astérix: des classiques, chacun à leur manière !
Mais le même pouvoir, la même capacité à susciter l’envie et à donner le plaisir de lire, très tôt.
Ce serait si étrange une vie sans livres, qu’ils soient de papier ou un peu magiques sur nos liseuses aujourd’hui. Etre riche de tous ces univers, de tous ces mots, de tous ces possibles.
Voici ce que disent ces deux grands lecteurs.

Transcription
En fait, si on me demandait le combustible de ma vie, je dirais: ce sont les bouquins (1). Au gré des (2) lectures, on est amenés finalement à… à s’augmenter de la pensée des autres, hein, à être prolongés en quelque sorte. Moi, les livres, ils me prolongent. Je dirais que le théâtre aussi, hein, hein. Mais le livre, il a un avantage énorme, c’est qu’on l’a. Vous voyez, j’en ai amenés avec moi. Mais j’aime bien, je souligne, je marque des choses. Ça… ça fait vraiment partie de ma vie et des fois, je me dis: Mais d’où ça me vient, ça ? Familialement, je peux pas dire que ma famille était riche, riche en livres. Mais enfin, maman (3), elle considérait qu’on devait lire. Pour elle, c’était comme une espèce de code pour être un homme ou une femme, puisque j’ai des soeurs.On devait lire. Et ça a été un… un immense bonheur. Moi je dirais que le premier livre – j’avais douze ans, peut-être treize – que j’ai lu et qui m’a marqué pour la vie et que je relis d’ailleurs, c’est Le Rouge et le Noir de Stendhal. Je suis tombé amoureux de Mme de Raynal. Je me demande si je ne le suis pas toujours.

Maman est allée à l’école. Papa, il est allé travailler à la mine, il avait quatorze ans, donc c’était le plus jeune mineur du bassin de Charleroi (4). Et maman est allée à l’école jusque (5) quinze ans quand même. On habitait dans les anciens camps de prisonniers allemands. C’était des baraques (6). Donc c’était vraiment la… Le seul moyen de s’en sortir (7), c’était les livres. Voilà pourquoi ils ont décidé que leurs enfants seraient parfaitement intégrés par la culture. Donc ils nous ont inscrits en bibliothèque (8). Le jour où j’ai détesté ma mère le plus au monde, c’est quand elle m’a inscrite à la bibliothèque parce que en fait, à l’époque, pour pouvoir avoir un roman ou une histoire rigolote (9), il fallait prendre deux documentaires – un livre sur la vie animalière ou sur l’histoire des planètes ou…enfin peu importe (10), sur le Moyen Age (11), enfin peu importe. Et puis après, bah, j’ai découvert les bandes dessinées. Et j’ai découvert Astérix (11) et là, je me suis plongée… Enfin c’était délicieux. D’ailleurs je vais toujours en rechercher de temps en temps.

Quelques détails:
1. un bouquin: un livre (familier)
2. au gré de… : au hasard de… / en fonction de…
3. maman: je trouve toujours ça touchant quand un adulte dit « maman » en parlant à quelqu’un d’autre de sa mère. C’est intime. La plupart du temps, quand on parle aux autres de ses parents, on dit: Mon père, ma mère.
4. Charleroi: en Belgique. C’est un bassin houiller. (donc avec des mines de charbon, qui ont fermé.)
5. jusque 15 ans: on dit normalement Jusqu’à 15 ans.
6. des baraques: ce n’était pas des maisons en dur, juste des constructions en planches par exemple. Dans ce sens, ce mot n’est pas familier du tout. Mais dans d’autres contextes et très familièrement, il peut signifier « maison »,comme dans: Ils ont une belle baraque.
7. s’en sortir: réussir dans la vie
8. en bibliothèque: on dit aussi plus souvent: à la bibliothèque.
9. rigolo (rigolote au féminin): drôle, amusant (familier)
10. peu importe: ça n’a pas d’importance, ce n’est pas ça qui est important.
11. le Moyen Age: la période de l’histoire après l’Antiquité et jusqu’à la Renaissance.
12. Astérix: c’est ce Gaulois très malin qui fait partie de la culture française, avec ses aventures en compagnie d’ Obélix et du chien Idéfix et qui triomphe toujours des Romains. Tous les Français connaissent Astérix. (par les BD ou par les films qui en sont tirés.) Incontournable comme on dit aujourd’hui !

Des livres et des voyages

Les livres qui peuplent votre enfance. Puis ceux qu’on écrit.
Les voyages qui vous sortent de vous-même. Partir. Ailleurs.
Une vie où rien n’est tracé d’avance.
Une femme libre.
Elle est tout cela dans les mots qui la racontent.

Transcription:
– Moi, il m’est indispensable de voyager et d’écrire. Et je pense que j’aurais jamais écrit si j’avais pas voyagé, même si j’écris pas de récits de voyage, hein (1). Mais pour moi, c’est un peu le même état. Si je… Si… Si demain, pour une raison ou une autre, je n’écrivais plus, bon, il faudrait quand même que je voyage. Bah par exemple, quand on voyage, enfin, quand on voyage vraiment et tout ça, on a des galères (2). Tout d’un coup, plus rien ne va. On devait prendre telle voiture, bon, on est plantés dans un encombrement en Inde, on sait pas où on est, enfin bon, etc… Et on attend la récompense ! Enfin je veux dire, avec Kriss, c’était tellement important pour nous quand on avait une galère comme ça, c’était: « Tu sais ce qui se passe quand on est dans une galère comme ça. Vive la galère, parce que là, on va avoir la récompense. » Par exemple, plantées sur une route, je veux dire, je sais pas quoi (3), il y a des moustiques, il fait chaud, je veux dire, on a presque plus rien à boire et tout ça. Et tout d’un coup, on va rencontrer le type qui va changer tout le voyage, quoi ! Et en fait, je pense que moi, j’ai appris ça enfant (4), bah à… Parce que j’étais fille unique (5), je m’ennuyais, bon… Donc c’était des rêves, c’était des livres, c’était lire, c’était m’imaginer ailleurs, aller ailleurs. Et donc il y a toujours l’idée que il faut aller ailleurs pour que ça se passe (6).
Vous êtes la seule écrivain de la famille, vous ?
– Ah oui ! Moi je dirais même que je suis la seule lectrice de la famille, oui. Oui. Oui, oui, moi, c’est les… Les livres, ils ont débarqué chez moi par… ben je sais pas, par les prix que j’ai gagnés à l’école (7), quoi. Donc… Ou les livres que je prenais à la bibliothèque, etc… Donc oui, oui, oui, moi, c’est l’école qui m’a appris à lire. Enfin je veux dire au sens…Pas à lire A B C D, mais lire… lire des livres. M’échapper.
Est-ce que du coup, le fait que vous, vous écriviez et que vous lisiez, c’était bien vu (8)?
– Alors, que je lise, c’était bien vu, parce que de toute façon, on me demandait de bien travailler à l’école parce qu’il fallait que je m’en sorte (9) et il fallait pas que je sois dans la précarité (10) où mes parents s’étaient trouvés quand ils étaient jeunes, disons… enfin bon, faut dire que, bon, ils étaient jeunes pendant la guerre, donc évidemment. Mais après, quand… quand j’ai écrit, c’est-à-dire que j’ai… j’ai décidé de pas avoir une vie tranquille avec un métier, mais d’être à la fois comédienne, écrivain, bon etc…, c’était évidemment très mal vu. Mais bon par chance, comme j’ai… j’ai… ça s’est passé plutôt bien assez rapidement, donc mes parents ont été rassurés assez vite, donc finalement, après, c’était… Et même, ils se sont rendus compte que dans toutes les décennies qui sont passées avec toutes les crises qu’il y a eu de gens qui ont été au chômage, qui avaient des boulots, qui les ont perdus, etc… Moi, comme j’en avais jamais, je pouvais pas le perdre ! Il fallait… Moi je passais mon…. mon temps à inventer mon travail. Donc bon, bah… Oui, bah des fois, c’était… ça a été particulièrement difficile de l’inventer. Et beh des fois, c’était très facile. Bon, enfin, je veux dire, c’était… c’était comme ça.

Quelques explications:
1. Les formes négatives sont toutes incomplètes, comme très souvent à l’oral.
2. une galère: une difficulté, un problème dans la vie. (familier)
3. je sais pas quoi: elle dit ça car elle cherche des exemples qui vont illustrer ce qu’elle décrit.
4. j’ai appris ça enfant = quand j’étais enfant. (Raccourci très fréquent dans ce cas.) On peut faire la même chose avec les autres âges de la vie: il a vécu ça bébé. Il a découvert ça ado. Il a compris ça adulte.
5. fille unique: elle n’avait pas de frères et soeurs.
6. pour que ça se passe: pour qu’il se passe quelque chose.
7. les prix gagnés à l’école: c’étaient des livres en récompense du travail ou du comportement. Ils étaient donnés aux enfants à la fin de l’année scolaire en juin pendant la cérémonie de remise des prix.
8. c’était bien vu: c’était estimé, considéré comme important, apprécié. (Le contraire, c’est être mal vu)
9. s’en sortir: réussir.
10. la précarité: la pauvreté, dans laquelle tout équilibre est très fragile. Ça veut dire qu’on ne sait jamais de quoi le lendemain sera fait.

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