Faut pas croire !

Marseille Quartiers nord
Toutes les villes ont leurs beaux quartiers, comme on dit, et leurs quartiers plus pauvres, bien délimités géographiquement. Mais à Marseille, ce n’est pas si simple: c’est que tout se mélange ! Dans les quartiers nord, on passe très vite d’une cité, c’est-à-dire de barres d’immeubles, à des maisons perdues dans des petites rues tranquilles aux allures de village. La nature, la mer ne sont jamais très loin, ce qui adoucit les tensions urbaines. Ambiance particulière, très marseillaise, à l’opposé des images toutes faites souvent véhiculées par la presse. Toujours surprenant.

Transcription
– On tape au carreau (1).
– Eh ben, bienvenue chez moi !
– Bonjour.
– Bonjour Anne.
– Merci de m’accueillir. Alors, on est ici chez vous et… dans la cité (2). Et on a l’impression d’être en Afrique, en tout cas de partir en voyage.
– Bah oui, parce que moi, j’ai pas… j’ai jamais eu l’occasion (3) de voyager, et c’est vrai qu’à travers ma décoration, je… je voyage. Et c’est des objets que j’ai chinés (4) au marché aux puces qui est à dix minutes à pied de chez moi, et j’ai trouvé plein de petits objets (5), de masques africains, des indiens, des… des cadres panthère, des… une peau de vache… Enfin, c’est exotique.
– Et vous avez été une des premières à participer à ce programme de chambres d’hôtes dans les quartiers nord.
– Oui, oui, oui. J’étais une des premières. Oui.
– Alors il faut quand même préciser que ça n’est pas un projet à but commercial, hein !
– C’est gratuit !
– Qu’est-ce que ça vous a apporté à vous ?
– De quoi… de rencontrer des gens que j’aurais pas l’habitude de rencontrer en dehors de mon quartier. Parce que moi, j’ai pas fait d’études (6), j’ai… j’ai pas de… une grande culture. Et c’est vrai qu’en… en étant avec ces gens-là, j’apprends, je m’enrichis. Ils m’apportent autant que… que j’apporte. Je pense que c’est ça l’intérêt. C’est… c’est créer du lien (7) avec des… des gens qui n’auraient pas de raison de venir ici, leur dire : Voilà, on est capable de… d’accueillir les gens, on est capable de beaucoup de choses dans nos cités ! Moi je pense que c’est important quand même de faire venir des gens de l’extérieur. On n’est pas des coupeurs de gorge (8), que on peut y rentrer sans difficulté. On est très bien accueilli. Il y a des gens très bien aussi dans nos cités, faut pas croire (9) ! Tout le monde se connaît, c’est un petit village, on se croise tous les jours, on parle, on papote (10), on prend des nouvelles des uns des autres. C’est… c’est dfficile, mais c’est que on est entourés d’usines. Malheureusement, le travail n’est pas pour la cité. On n’est pas prioritaires et les jeunes… d’ailleurs sont en colère par rapport à ça parce que quand ils vont chercher du travail dans les usines, voilà, il y a pas de travail aussi pour ces jeunes, quoi. On verrait que les choses changent dans le quartier (11), qu’on rénove un petit peu la cité… J’ai… On n’a pas l’impression d’être entendus. On n’a pas trop (12) l’impression. Bon, peut-être que je me trompe. J’espère !

Quelques explications :
1. le carreau : la vitre de la fenêtre.
2. Une cité : c’est le nom donné à un ensemble d’immeubles dans un quartier populaire. (c’est-à-dire pas riche)
3. je n’ai jamais eu l’ocasion de… : je n’ai pas eu cette possibilité, ça ne s’est pas produit. Il faut éviter d’utiliser le mot opportunité à la place de occasion comme font certains, influencés par l’anglais car ce n’est pas vraiment naturel en français. On dit par exemple: Si tu as l’occasion d’aller là-bas, tu devrais visiter la ville / J’ai laissé passer l’occasion. / Profite de cette occasion pour lui poser la question.
4. Chiner : chercher des objets d’occasion dans les brocantes, les marchés aux puces.
5. Plein de petits objets : elle ne fait pas la liaison entre petits et objets, ce qui n’est pas naturel.
6. Je n’ai pas fait d’études : cela signifie qu’elle est allée à l’école mais qu’elle a arrêté ses études assez tôt, qu’elle n’a pas de diplôme élevé.
7. Créer du lien : cette expression est devenue à la mode pour parler du besoin de se sentir appartenir à une communauté dans laquelle on a des liens avec les autres. Normalement, le mot lien ne s’emploie pas avec « du ». On crée un lien / des liens avec les gens.
8. Des coupeurs de gorge : des assassins
9. Faut pas croire ! : cette expression est familière. Elle vient de la phrase tout à fait correcte : Il ne faut pas croire que… Ici, cela signifie qu’il ne faut pas croire qu’il n’y a pas de gens bien dans ces quartiers. Il ne faut pas avoir d’idées toutes faites et fausses.
10. Papoter : parler tranquillement avec quelqu’un de choses et d’autres.
11. On verrait que les choses changent… : elle ne termine pas sa phrase. Elle veut dire : Si on voyait que les choses changent, peut-être que ce serait moins difficile, qu’il y aurait moins de problèmes, etc…
12. on n’a pas trop l’impression : le fait de rajouter « trop » permet de nuancer et d’atténuer un peu cette affirmation, pour ne pas être aussi catégorique qu’en disant : On n’a pas l’impression. Par exemple, pour atténuer une phrase comme : Je ne sais pas, on dit : Je ne sais pas trop. C’est moins direct.

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La capitale

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La capitale, d’habitude, c’est Paris, « en haut » de la carte de France. Donc quand on est du sud de la France, aller à Paris, c’est monter à Paris. Mais en 2013, Marseille devient capitale européenne de la culture pour un an. Alors les Parisiens – et les autres – vont peut-être descendre à Marseille, voir ce qui s’y passe !

Donc sur cette affiche, pas de Tour Eiffel mais Notre Dame de la Garde, en plein milieu – La Bonne Mère, comme disent les Marseillais – cette basilique (très laide) qui veille sur le Vieux Port de Marseille.

Petite leçon de vocabulaire:
– un Parisien, ou un « nordiste » dit: Je descends dans le sud pour les vacances. Je remonte après le 15 août.
– un Marseillais, ou un « sudiste » dit: Je monte à Paris pour le weekend. Je redescends dimanche soir.