Un froid de loup

Depuis le début de la semaine, la France grelotte ! Et la neige est tombée sur de nombreux départements, notamment en Bretagne, en Normandie et dans la vallée du Rhône. Bien sûr, vous me direz, c’est normal, c’est presque l’hiver. Et ceux d’entre vous qui habitent des contrées nordiques vont sourire à nous entendre parler de ça aux infos !

Mais la France est un pays au climat tempéré, donc dans certaines régions, on n’est pas si habitué que ça à des chutes de neige importantes. Dans les Alpes, pas de problème, les habitants savent vivre avec le verglas et la neige. Mais dans l’ouest ou à Lyon, quand il en tombe 20 ou 30 cm en une ou deux heures , ça désorganise un peu la vie quotidienne. C’est ce que racontent ces Français frigorifiés !
(A Marseille, nous sommes un peu à l’abri de tout ça – pour le moment. Climat méditerranéen oblige !* Mais quand même, ça arrive de temps en temps : nous en avions parlé sur France Bienvenue1 l’an dernier.)

En tout cas, Il fait un froid de loup, c’est une jolie expression, non ?
On dit aussi qu’ il fait un froid de canard.
Je préfère la première !


Transcription :
Froid partout. Partout, partout. Les jambes, les pieds, les doigts. Moi, ça me dérange pas, tant qu’il pleut pas (1), hein !

Il fait très froid, très, très froid. Les doigts gelés, les orteils gelés. On est bien obligé de se préparer au froid, parce qu’on peut pas arrêter le chantier ici. On est obligé de se couvrir de multiples épaisseurs : doubles-gants, certes, des chaussures épaisses. Le soir, il y a beaucoup de fatigue mais on est heureux de retrouver le foyer où il fait chaud.

– Là, ça va mieux à cette heure-là. C’est le matin vers huit heures qu’on a un petit peu froid, dès qu’on attend les clients. (2)
– Puis en plus, vous avez les mains dans la glace, avec le poisson.
– Ah ouais, on est obligé de mettre de la glace quand même, mais c’est vrai qu’elle est pas chaude, hein ! Mais…
– Ça va ? C’est supportable ?
– Ouais. Tant qu’il y a pas de vent (1), ça va. Et ils promettent encore pire pour la fin de semaine, alors… C’est pas que ça nous arrange (3) mais on va faire avec.(4)

Bon, ça circule pas (5). On sait pas ce qui se passe. Ça fait à peu près deux heures et demie, pour faire dix-huit kilomètres. C’est mal salé. Beaucoup de gens sont dans la galère.(6)

Je vais essayer de passer par des petits chemins. Faut bien venir bosser !(7)

– Je viens juste d’arriver mais y en a pas.(8)
– Y en a pas. Huit heures et demie… Y en a pas.
– Et vous allez à Lyon ?
– Eh oui, on va tous travailler, oui. Gare de Vaise.
– Comment vous allez faire, là ?
– Ben là, regardez : on a une âme charitable qui se propose. Ou on fait du stop (9), ou on se débrouille (10) comme on peut.
– Vous étiez au courant (11) qu’il y aurait pas de bus ce matin, non ?
– Ben, pas vraiment. Je pensais que ça allait être dégagé. Mais les voies sont pas dégagées, donc on fait comme on peut, hein !
– J’ai écouté… J’ai regardé Infos Trafic TCL hier soir et ils disaient donc qu’il y avait pas de bus, hein. Hier soir à 19h30, il y avait pas de bus. Il fallait re… Il fallait se reconnecter à 6 heures du matin. Donc moi, je me suis pas connectée ce matin. J’ai dit, je vais descendre voir.
– Et c’est… c’est important pour vous si vous n’arrivez pas à votre travail ?
– Non… mais enfin, c’est embêtant (12), oui, quand même (13). Mais bon, j’ai des patrons (14) qui sont compréhensifs, hein. De toute façon, je vais pas… je vais pas… Oui, là, c’est un cas de force majeure (15), hein.
– Et vous madame, vous êtes l’âme charitable qui va aller… qui allez véhiculer tous ces gens-là !
– Dieu me le rendra peut-être !(16) On va y aller doucement mais sûrement (17), on va essayer.
– C’est mon premier de travail. Donc si j’annule mon premier jour, ça va pas être top (18) quand même. Donc on va essayer de faire avec. C’est pas grave ! (19)

Quelques explications:
1. Tant qu’il pleut pas : du moment qu’il ne pleut pas. / A condition qu’il ne pleuve pas. (familier) – Tant qu’il y a pas de vent : du moment qu’il n’y a pas de vent.
2. Il est poissonnier sur un marché. (Donc en plein air.) Il est arrrivé de bonne heure pour installer son stand.
3. C’est pas que ça nous arrange = c’est une manière de dire : ça ne nous arrange pas, c’est-à-dire que ce n’est pas très pratique, pas très bien pour nous.
4. on va faire avec : on va supporter cette situation parce qu’on ne peut pas faire autrement. On va s’en accommoder. (familier)
5. ça circule pas : aucun véhicule ne circule, ne roule.
6. être dans la galère : être en difficulté. On peut aussi utiliser le verbe : galérer. (familier)
7. Faut bien venir bosser : on est bien obligé d’aller travailler. (familier)
8. Y en a pas = il n’y en a pas. (Il n’y a pas de bus). (très oral)
9. faire du stop : se mettre sur le bord de la route et demander aux automobilistes de vous emmener quelque part.
10. se débrouiller : trouver une solution.
11. être au courant : savoir.
12. c’est embêtant : c’est un problème.
13. quand même : malgré tout.
14. un patron : un employeur (familier)
15. un cas de force majeure : une vraie contrainte sur laquelle vous n’avez pas de pouvoir.
16. Dieu me le rendra peut-être ! : c’est rare en France d’entendre des références à la religion comme ça. En fait, cette dame reprend une expression qu’on dit parfois pour remercier quelqu’un, avec une certaine ironie : «Dieu te le rendra». C’est pour ça qu’elle rit.
17. Doucement mais sûrement :  On dit aussi plus fréquemment : Lentement mais sûrement, ce qui signifie qu’on va réussir mais en prenant le temps nécessaire.
18. ça va pas être top : ça ne va pas être très bien. (familier)
19. C’est pas grave : ça ne fait rien. Ça n’a pas trop d’importance.

* Climat méditerranéen oblige : à cause du climat méditerranéen / en raison de ce climat

J’en peux plus !

Il y a eu de fortes intempéries dans le nord de la France et en Belgique ce weekend. Elles étaient annoncées mais que faire contre les cours d’eau qui débordent ?

En France, de gros dégâts matériels dans les communes touchées. C’est moins grave que de perdre la vie, comme ça a été le cas pour plusieurs personnes en Belgique. Mais quand même, c’est toujours difficile à vivre, surtout quand on travaille dur pour se payer une maison, des meubles, des appareils électro-ménagers. Voici quelques témoignages de gens qui disent leur découragement (avec bien sûr un accent du nord dont je vous parle après).


Transcription:
– On avait de l’eau jusque-là. L’eau a m(onté)(1)… L’eau a continué à monter. Tout ce qu’on a réussi à sauver, bah c’était rempli d’eau, quoi. Bah on n’a rien sauvé, quoi, en fait. Quelques souvenirs, tout ce qui était en hauteur. Le reste, tout est… [Oh là, là], machine à la(ver)(1). On n’a plus rien. On n’ arrive pas à y croire. Pour moi, je suis en train de rêver.

Tous les habitants ici parlent d’une montée soudaine et violente des eaux. Pour Claude, un ami venu aider, cette catastrophe était pourtant prévisible :
– Nous, on est en colère parce que (3) ils auraient pu prévenir avant, quoi. Il y a quand même des gens qui contrôlent les rivières, les flux, tout ce qui s’ensuit, pour prévenir les gens quelques heures avant, qu’on puisse mettre ça sur des parpaings (4).

Et ils sont nombreux à ne pas comprendre. C’est la deuxième fois que Jean-Jacques voit sa maison inondée. Résigné, il repasse prendre quelques affaires, avec le doute de vouloir un jour revenir vivre ici :
– Après les efforts qu’on a faits, on a acheté le congélateur, le frigo (5)! C’est la totale ! (6) Moi, ça fait 13 ans que je suis là, c’est la deuxième fois, la deuxième année pire (7). Déjà, j’en peux plus (8), c’est ma santé qui prend (9)et…
– Vous pensez que vous allez pas revenir ?
– Ah non, maintenant, je suis dégoûté. C’est pas vivable.

Quelques explications :
1. Elle s’arrête au milieu des mots et change un peu sa phrase ou enchaîne sur la suite. Mais on devine ce qu’elle allait dire.
2. Je n’arrive pas à y croire : c’est incroyable. On emploie « y » dans cette expression.
3. Parce que ils… : normalement, on devrait dire et écrire « parce qu’ils…. » car le mot après parce que commence par une voyelle. Je suppose que c’est ce que vous apprenez. Mais de plus en plus souvent, on prononce « parce que » en entier avant de continuer, quel que soit le mot qui suit.
4. un parpaing : une brique en béton.
5. le frigo : abréviation familière et courante de « frigidaire ».
6. C’est la totale : il ne peut pas y avoir pire. (familier)
7. La deuxième année pire : cette phrase n’est pas très correcte. C’est la deuxième année, la deuxième fois qui est la pire des deux.
8. J’en peux plus = je n’en peux plus. Cette expression peut exprimer le découragement et une grande lassitude: « Trop, c’est trop. Je ne supporte plus. » Elle peut avoir aussi un sens purement physique : je suis très fatigué / épuisé. (familier)
9. C’est ma santé qui prend = il y a des conséquences sur ma santé. (familier)