Trop de profs ?

En période électorale, les candidats ne sont pas à court de bonnes idées ! Evidemment, certaines touchent à l’enseignement et à notre système éducatif.

En voici une qui va, paraît-il, résoudre tous les problèmes du collège ! Pour que les petits sixièmes réussissent, il faudrait que leurs professeurs enseignent plusieurs matières, afin que les enfants de 11-12 ans n’aient pas trop d’enseignants différents en face d’eux. Solution miracle, d’après notre président, pour qu’ils s’adaptent mieux… En fait, solution pour gérer plus facilement, entre autres, la pénurie de professeurs remplaçants, supprimés au fil des années.

Moi, j’ai d’autres idées plus simples: mettons devant nos enfants assez d’enseignants pour que les classes ne soient pas surchargées, arrêtons de dimninuer le nombre d’adultes chargés de les encadrer, de les entourer, acceptons de dépenser l’argent nécessaire pour former les jeunes professeurs. Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants soient convaincus de la nécessité d’offrir un vrai service public d’éducation, à tous ! il faudrait qu’ils cessent de démanteler ce qui existe. Il faudrait qu’ils y consacrent les moyens nécessaires. Tout le reste, c’est du blablabla !
Alors, des profs polyvalents ? Voici ce qu’en pensent les intéressés, côté profs et côté élèves.

Transcription:
Pour Nicolas Sarkozy, il faut réduire le nombre d’enseignants intervenant auprès des élèves de sixième et cinquième (1). Cela faciliterait la transition CM2 (2) – collège où les élèves passent d’un maître (3) à plusieurs enseignants. Ce système, c’est la polyvalence. Un même prof enseignerait le français, l’histoire et la géographie (4). Un autre enseignerait à la fois les maths et les sciences (5). Une proposition qui n’enthousiasme pas cette enseignante en histoire:
– Moi, a priori (6), je suis plutôt opposée à ce genre de bivalence parce que chaque… chaque matière demande quand même une certaine spécialisation, et le fait d’être bivalent ou polyvalent réduit obligatoirement, hein, cette spécialisation. Et on peut pas enseigner correctement toutes les matières, même deux matières. C’est déjà difficile de dominer correctement une discipline. En dominer plusieurs, c’est quelque chose d’extrêmement difficile.

De l’autre côté de l’estrade, (7) les élèves. Dans l’ensemble, ils apprécient d’avoir un prof par matière, comme Juliette, en classe de 6è:
– Chaque professeur a une personnalité qui est bien collée à sa matière. Par exemple, mon prof d’histoire est vraiment passionné par ce qu’il raconte. La prof de français tient vraiment à la langue française. Elle l’aime beaucoup. Donc, non, moi je pense qu’un professeur par matière, c’est vraiment bien. Et c’est mieux aussi parce que quand on change tout le temps de… de personne, on s’endort pas en fait, ça nous réveille à chaque fois toutes les heures. Donc par rapport au CM2, de voir toujours la même tête, c’est un peu ennuyeux !

Quelques détails:
1. la sixième et la cinquième: ce sont les deux premières classes au collège, après l’école primaire.
2. le CM2: abréviation de Cours Moyen 2è année. Mais plus personne n’utilise cette expression complète. C’est la dernière classe de l’école primaire.
3. un maître: c’est le maître d’école, ou l’instituteur. (au féminin: la maîtresse ou l’institutrice). Normalement, le terme aujourd’hui, c’est professeur des écoles. Mais tout le monde utilise encore ces mots.
4. Il y avait une catégorie de profs comme ça avant. Mais ensuite, ils ont disparu. Donc on est prof de français (ou de Lettres) par exemple. (Certains de ces enseignants enseignent aussi le latin ou / et le grec, en tant que langues mortes) Pour l’histoire et la géographie, c’est un même enseignant qui enseigne ces deux disciplines.
5. Les sciences: ce qui est groupé actuellement, c’est la physique et la chimie, deux disciplines enseignées par un même professeur. Toutes les autres sciences sont séparées.
6. a priori: au premier abord.
7. l’estrade: il y en avait souvent une dans les classes autrefois, pour que l’enseignant « domine » sa classe: c’est une sorte de plancher un peu plus haut que le reste du sol dans la classe, en-dessous du tableau.

Vous pouvez aussi aller écouter Enzo qui parle de son entrée en sixième sur france bienvenue1 avec Eve.

Le dessinateur et le vigneron, ou l’inverse

On peut aimer la BD et pas le vin. On peut aimer le vin et pas la BD. On peut aimer les deux, ou rien du tout. Mais il faut lire cet album original, où le sens du détail et de l’observation nous emmène dans ces deux mondes apparemment à des années lumière l’un de l’autre.

Le vigneron: Si je comprends bien, pour faire un bouquin, tu veux venir bosser bénévolement dans mes vignes…
Le dessinateur: En échange, tu découvriras la bande dessinée. Je t’amènerai des livres. On ira voir des auteurs…

C’est comme ça que tout a commencé.

Presque 300 pages et on ne s’ennuie pas une minute. Et tout à la fin, il y a même la liste de tous les vins qu’ils ont goûtés et celle de toutes les BD découvertes par le vigneron qui n’y connaissait rien.De quoi nous donner envie aussi de partir à la découverte.

Pour vous faire une idée, juste une petite idée car c’est un gros album, vous pourriez cliquer ici.

Et écouter son auteur:Transcription:
– Les Ignorants, on… on va le détailler un petit peu. C’est cet album qui vient de sortir. Est-ce que vous diriez pour commencer – est-ce que vous accepteriez ce qualificatif – que c’est une BD documentaire ? Ça vous convient, ça, ou pas du tout ?
En fait, ce genre de récits, qui sont des récits où je mets en scène des personnes existant – je les mets en scène sous leur vrai nom…
– Dont vous-même.
Dont moi-même – donc il y a une dimension autobiographique un peu… un peu indéniable – je sais juste, moi, que c’est de la bande dessinée. Est-ce que c’est du documentaire, du reportage, de l’autobiographie ? C’est sans doute un peu tout ça. Si j’ose dire, c’est pas mon job (1) de qualifier la chose. Mon job à moi, c’est de faire les livres en question. Je les fais comme… comme je peux, comme j’ai envie… enfin, voilà. Je… je sais juste que j’ai envie de faire de la bande dessinée et de l’emmener vers la réalité, vers le concret, vers le… Alors, c’est vrai que, oui, il y a une dimension reportage et une dimension documentaire.Mais je laisse aux historiens de la bande dessinée le choix de mettre une étiquette sur le livre.
– Moi, je suis pas historien, j’ai pas envie de mettre d’étiquette, mais c’était plutôt flatteur, hein ! Je trouve ça…
Bah, oui, bien sûr.
– … très, très bien fichu (2) du point de vue documentaire.
– Attention, Davodeau est ceinture noire de ju jitsu. Ça va partir assez vite !
– Etienne, Davodeau, alors, dans ces Ignorants, Récit d’une initiation croisée, tiens, il y a le mot croisée. Alors qui est qui ? Bah en fait, c’est vous…
Ouais.
– … auteur de bandes dessinées et un vigneron. Et vous partagez vos expériences. Alors, c’est sûr, vous auriez pu choisir fleuriste, décorateur d’intérieur.
– C’était pas mal (3), ça, d’aller voir un décorateur d’intérieur, non !
J’aurais pu mais j’ai oublié de prendre ce beau métier !
– Vous avez pris vigneron. Bon, c’est pas mal. Vous avez partagé sa vie, il a partagé la vôtre. Vous au[…]… Vous auriez pensé avant que c’était un boulot aussi dense, vigneron ? Vous avez bossé (4), hein !
Oui, oui. Je me suis… Je me suis bien pété le dos (5), à piocher dans les ronces. Bon, il se trouve que je… je vis pas très loin de ce vigneron en question. Je vis dans une région un peu viticole, quand même, qui est le Côteau du Layon, au sud de la Loire, près… près d’Angers. Donc je vis entouré de vignerons, donc je les connais un peu. Je les connais un peu. Mais entre connaître les gens, les croiser et parler avec eux et puis expérimenter leur travail, il y a … il y a une sacrée différence (6) effectivement ! Et… et mon idée dans ce livre-là, c’était de… de me dire que si je voulais dessiner correctement le travail de ces mecs-là (7), il fallait quand même que j’essaie moi-même. Parce que j’aurais pu m’installer avec mon carnet confortablement dans l’herbe et les regarder et les dessiner, c’était très faisable. Mais avoir fait l’expérience physique, musculaire presque de la chose me rend, à mon avis, un peu plus légitime pour le raconter, en bande dessinée. Voilà, c’était ça, l’idée.
– Mais c’est impressionnant, hein, ce qu’il en ressort, du… du livre ! Moi, je connais également très peu le vin, pour être honnête et je suis très impressionné à la fois par l’amour de… de la terre qui est cultivée et la technicité que ça demande. C’est impressionnant, Etienne Davodeau !
C’est un métier extrêmement complexe, bien plus complexe qu’on… qu’on pourrait le penser d’un prime abord (8).
– On va le nommer, ce vigneron.
Bien sûr ! Il s’appelle Richard Leroy.
– Richard Leroy, voilà. Le deal (9), au départ, c’était: Je viens bosser dans tes vignes, et moi, en échange, je te fais découvrir l’univers de la bande dessinée.
Oui, dans le cadre de livre… dans le cadre de la rédaction des Ignorants donc, ce qui m’intéressait, c’est que le vigneron avec qui je travaillais était quelqu’un qui n’avait jamais lu de bandes dessinées, et à qui j’ai pu directement lui (10) donner les livres que j’aimais, moi. Et… Et donc il est… il s’est converti en quelques mois, comme ça, et c’était aussi intéressant pour moi de faire découvrir la bande dessinée à quelqu’un. C’est les deux… les deux aspects du livre.

Quelques détails:
1. mon job: mon travail (familier)
2. bien fichu: réussi (familier)
3. c’était pas mal, ça: c’était plutôt une bonne idée. (familier)
4. bosser: travailler (familier)
5. se péter le dos: se casser le dos, s’abîmer le dos. Le résultat, c’est donc qu’ensuite, il a eu mal au dos.
6. une sacrée différence: une énorme différence (familier)
7. ces mecs-là: ces hommes-là (familier)
8. d’un prime abord: au départ, quand on n’a qu’une connaissance superficielle. Normalement, on dit: de prime abord.
9. le deal: le contrat. Cet anglicisme donne un côté plutôt familier en français.
10. lui donner… : normalement, il faudrait dire juste: à qui j’ai pu donner les livres, sans utiliser lui, puisqu’il y a à qui. Mais on entend qu’il fait une pause et cherche un peu ses mots. Et donc il reprend, un peu comme si c’était une nouvelle phrase, ce qui l’amène à utiliser ce pronom, comme on le ferait dans une phrase indépendante.

Et pour finir, si ça vous dit, j’ai enregistré les premières pages que vous avez regardées: