Là-haut dans la montagne

Les amoureux de la haute montagne connaissent l’atmosphère des refuges où on peut passer la nuit avant de poursuivre sa route. Il y en a beaucoup dans les Alpes et bien sûr, il faut des gardiens qui les entretiennent et accueillent randonneurs, grimpeurs et alpinistes.
Des gardiens… ou des gardiennes. Hommes ou femmes, en tout cas, ils ont tous le même amour de la montagne, d’une certaine solitude et d’un mode de vie loin du grand confort des vallées.
J’ai écouté ce joli reportage et je me suis dit que vous aimeriez peut-être rencontrer Sylvie, la suivre dans ses activités quotidiennes, l’écouter accueillir un groupe d’alpinistes et raconter ce qu’elle aime dans cette vie dépourvue du superflu. De quoi s’échapper. Prenez le temps. (une dizaine de minutes)

Pour écouter Sylvie sur le site
Ou ici:

Transcription:
C’est sûr que si tu me laisses le choix, là, aujourd’hui, tu me dis: « Bon allez, tu as une journée pour toi toute seule, eh bah je vais courir en bas me rouler dans l’herbe, quoi. Mais parce que je suis tout le temps là, dans les cailloux et que c’est vrai que c’est pas facile dans les cailloux. Et les petits coins d’herbe, bah il y en a pas beaucoup, hein, qui sont autour du refuge. Je suis toujours en train de les regarder. C’est une tache de vert au milieu du minéral, c’est vrai que… Ouais, c’est quelque chose quoi. Mais de la même façon que si j’étais tout le temps dans l’herbe en bas, voire en venant de la moyenne montagne, on me dirait la même chose: « Tu as une journée de libre, tu bosses (1) pas », eh bah, je courrais en montagne, m’y perdre aussi, quoi.

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Le chocolat guérit de tout !

En ces périodes de fêtes, comme tous les ans, les chocolats sont à l’honneur. Mais si le chocolat – le vrai – est votre péché mignon*, nul besoin d’attendre le mois de décembre pour vous régaler !
A Marseille, les deux magasins de la Chocolatière du Panier – du nom du quartier où cette chocolaterie artisanale est née – vous feront succomber pour leurs barres aux arômes et au goût puissants.

Et à Paris, dans un autre style, les chocolats de Patrick Rogé, dans leurs belles et sobres boîtes vertes, sont incomparables. Vraiment ! Il n’y a pas d’autre mot. C’est à se damner. (Non, non, je n’aime pas le chocolat !)
Il raconte dans cet enregistrement comment tout a commencé pour le mauvais élève qu’il était ! Très beau parcours, pour notre plus grand plaisir.

Transcription:
– Notre vie, c’était vraiment de jouer. Et après, les études, ça allait bien suivant (1) les disciplines et suivant le professeur, hein, finalement. On était très… très indisciplinés. On n’écoutait rien du tout, à part certaines matières – géographie, histoire, où là, ça pouvait être passionnant. Mais faire des maths, de l’anglais… pff… c’était pas très marrant (2) ! Mais vraiment, ça dépendait quand même du prof. On avait le prof de français, il pouvait piquer des crises (3), balancer (4) les cahiers bleus, les cahiers rouges parce que forcément, il y avait une couleur de cahier pour chaque discipline. Mais il piquait des crises parce que il savait qui avait copié sur qui. On faisait que de (5) tricher finalement. C’était pomper (6) l’orthographe, la grammaire, jamais faire nos devoirs, jamais les leçons, jamais rien fait, quoi !
Et vos parents, quel regard ils portaient sur votre scolarité ?
– Le regard, c’était terrible, parce que tu rentrais du conseil de classe (7), ma mère, elle pleurait et tu prenais une soufflante (8), mais alors là, fallait voir ! Plus des baffes (9). Ça tombait mais… mais ça servait à rien de toute façon ! On n’avait rien envie de faire, mais vraiment, ça dépendait du prof, quoi. En tout cas, jusqu’à la 3ème (10), on n’avait aucune projection de l’avenir, et fin de 3ème, il a fallu… Là, c’est les parents qui ont décidé, quoi. J’ai… j’ai pas choisi ce que j’ai fait, hein.
Vous regrettez pas, finalement.
– Ah bah aujourd’hui, je donnerais pas ma place ! Mais parce que il va se passer un déclic (11), à partir de la 3ème, quand je rentre en apprentissage (12). C’est que, bah quand on rentre en apprentissage, déjà, bah tu as seize ans. Tu commences à travailler à 2 heures du matin. Et quand tu as 16 ans et 27 jours par… par mois, tu as trois… simplement trois jours de repos dans… dans le mois, c’est là où tout va commencer, quoi. D’abord, tu fermes ta grande gueule (13), ça, c’est clair, parce que en apprentissage, c’était vraiment une éducation comme il y a cinquante ans. Et c’est ce qui va me sauver la vie. Plus le prof après en… en pratique, parce que on va une semaine sur trois… sur quatre à l’école. Et alors là, c’est pareil. Par contre, en maths et en français, c’est toujours le même bordel (14). Mais dans la discipline essentielle qui est la pratique et la technologie, ils vont nous sauver la vie. Bah c’est ce qui va surtout me cadrer (15). Et grâce aussi à ce début d’apprentissage et à gagner un peu d’argent aussi, je vais comprendre que je vais pouvoir me payer des choses. Et c’est tout ça qui va faire que ça va s’enchaîner plutôt pas mal (16). Donc on était une centaine d’apprentis. Je finis dans les deux meilleurs apprentis et grâce à ça, j’ai Pierre Mauduit à Paris qui… qui venait aussi du Perche (17), lui, il prenait que les deux meilleurs apprentis de chaque département. C’était son critère de sélection pour les apprentis. C’est comme ça que je vais découvrir Paris et c’est comme ça aussi que je vais arriver au poste de chocolatier chez… chez Pierre Mauduit. Et là, pour le coup, ça va être la vraie révélation. C’est le chocolat qui va me découvrir. Et ça, c’était en 86. Bah depuis, bah j’ai rencontré plein de gens et c’est… Pour rien au monde, je changerais ma vie !
Pour un élève, un collégien ou un lycéen qui vous entend, là, et qui finalement se reconnaît un petit peu dans ce que vous décrivez, à savoir (18) un élève qui se fichait pas mal (19) de ce qui se passait en cours et qui était plutôt indiscipliné, avec le recul, est-ce que vous lui donneriez un conseil particulier?
– Qu’il faut commencer à travailler très tôt. Très, très tôt, parce que après, il faut ramer (20) pour arriver à revenir à… à un niveau qui est correct. De toute façon, c’est que du travail. Et c’est à partir de… Le jour où tu commences à comprendre ça, ben, c’est ce qui fait que tu t’en sors (21) dans la vie, tout simplement.

Quelques explications:
1. suivant: selon / en fonction de
2. c’était pas marrant: ce n’était pas drôle, pas intéressant. C’était pénible.
3. piquer une crise (ou des crises): piquer une colère, se mettre en colère, s’énerver vraiment.
4. balancer: ici = jeter. (familier)
5. on faisait que de… : il faut dire: On ne faisait que (tricher) = on n’arrêtait pas de tricher / on trichait tout le temps.
6. pomper: tricher, copier sur un autre élève ou en utilisant des « pompes« , des antisèches, c’est-à-dire des papiers sur lesquels on a recopié ce qui était à apprendre et qu’on sort en cachette pendant un test. (Aujourd’hui, ça peut être plus sophistiqué grâce aux téléphones portables…)
7. le conseil de classe: les profs se réunissent à la fin du trimestre et font le bilan des résultats de leurs élèves. Ensuite, chaque famille reçoit un bulletin trimestriel.
8. une soufflante: c’est le fait de disputer quelqu’un. (familier) = une engueulade (familier aussi)
9. une baffe: une gifle, une claque (argot)
10. la troisième: c’est la dernière classe du collège. Les élèves ont à peu près 14-15 ans. Ensuite, certains vont au lycée, d’autres vont dans des lycées professionnels.
11. un déclic: un événement qui tout d’un coup enclenche un processus positif et change la situation.
12. l’apprentissage: c’est un type d’études dans lequel il y a des périodes en entreprise, où on apprend un métier sur le terrain et des périodes à l’école. Aujourd’hui, on peut même faire une école d’ingénieur en apprentissage.
13. fermer sa grande gueule: c’est se taire et apprendre à obéir. (très familier). La gueule, en argot, c’est la bouche ou le visage.
14. le bordel: le bazar, le désordre. (très familier, vulgaire)
15. cadrer quelqu’un: donner un cadre, des limites à quelqu’un. Le discipliner.
16. ça va s’enchaîner plutôt pas mal: ensuite, les choses vont bien se dérouler, les unes après les autres. Un processus est enclenché.
17. le Perche: c’est une région rurale de l’ouest de la France.
18. à savoir = c’est-à-dire
19. qui se fichait pas mal de… : qui se moquait de… / qui n’était pas intéressé du tout par…
20. ramer: en argot, ça signifie rencontrer des difficultés pour obtenir quelque chose. On dit aussi galérer. (familièrement aussi)
21. s’en sortir: réussir.

* c’est mon péché mignon: c’est mon faible pour quelque chose, en général à manger. (C’est la chose pour laquelle je craque.)