Enfances en liberté

A l’heure où tout est très planifié dans les loisirs de nos enfants, où chaque minute de leur temps doit être occupée, où leurs déplacements ne sont pas non plus laissés sous leur responsabilité, voici deux histoires rafraîchissantes: celle d’un petit garçon qui a grandi dans le Marais Poitevin, au bord de l’eau et sur l’eau et celle d’une petite fille que ses parents laissaient escalader les rochers de la forêt de Fontainebleau.

Petites histoires d’apprentissage de l’autonomie, du sens des responsabilités et de la liberté sous le regard bienveillant des parents. Comment devenir adulte et se construire des passions.


Transcription:
On hérite de quoi (1), quand on est un enfant du marais ici ?
– Quand on grandit ici, si on a des parents qui vous donnent la liberté de le (2) vivre à fond (3), ce marais, s’ils sont pas dans le « Reste à la maison. Ne sors surtout pas. Ne va surtout pas découvrir ce qu’il y a autour de toi », bah c’est un extraordinaire terrain de découverte, terrain de jeux. C’est l’apprentissage de la liberté, c’est l’apprentissage de, ben, sa richesse, de la nature, hein, c’est évident. Je me souviendrai toujours de ces après-midi d’été où on part avec le frangin (4), on a 10 ans et 8 ans. Puis les parents disent « Mais partez donc. Vous connaissez mieux le marais que nous, alors allez-y. » Et puis on prend le bateau, et puis c’est les grenouilles, c’est les cabanes dans le marais, c’est … ben ouais, c’est un terrain de… d’épanouissement extraordinaire. C’est pour ça qu’on se bat pour ces territoires, c’est pour ça qu’on… qu’on aimerait que ce marais reste ce qu’il est.

Parlons un peu de la famille. Qu’est-ce qu’il avait dans sa caboche (5), votre papa, avec tous ces marmots (6), de vous emmener comme ça à Fontainebleau, et de vous … allez, de vous laisser…en fait de vous donner confiance et de vous laisser faire ? C’est dur pour des parents de… enfin pour vous, oui, je sais que c’est bizarre de vous dire ça à vous mais…
– Ouais. Mon père grimpait un peu. Donc il aimait bien aller à Fontainebleau. On était… donc on est… Ils ont eu six enfants , je suis l’aînée de six. Donc le weekend… Bon on habitait en appartement donc le weekend, on allait, hop (7), à Fontainebleau pour que les enfants se calment un peu et s’aèrent un peu.
Le sport et aération de la famille Destivelle !
Voilà, exactement. Donc tous les dimanches, on était à Fontainebleau, depuis l’âge de… je sais pas… j’ai toujours connu, moi, 5 ans, 6 ans, 7 ans. On y allait, on pique-niquait, on grimpait. Bon, on grimpait comme tous les enfants grimpent, hein. C’est naturel. Ils avaient confiance en nous. Mais bon les enfants, on peut leur faire confiance, c’est pas des fous, hein. Ils ont…. Ils ont conscience inconsciemment du risque. Donc ils vont pas se mettre dans des situations idiotes, quoi. Et donc un enfant, même de 3-4 ans, faut les (8)laisser se… se débrouiller (9) et puis observer de loin mais pas leur faire peur, leur dire « Fais gaffe (10), tombe pas (11) ». Ils savent, ils savent qu’il faut pas tomber. C’est pas… C’est un peu comme des animaux, quoi. On les… C’est instinctif. Et donc mes parents m’ont laissée faire jusque… bah, tout le temps, hein ! A 12 ans, ils m’ont dit « Tiens, qu’est-ce que tu aimerais faire comme sport ? » Ils m’ont proposé l’escalade. Donc j’ai fait partie d’un club. Génial ! Même que j’allais à Fontainebleau tous les weekends, sans eux après. Et puis, bah à 13 ans, 14 ans, oui, ils me faisaient confiance, hein, parce que bah, je leur avais demandé de faire le tour de l’Oisans (12) toute seule à 14 ans. Et… ben mon père a dit « OK. Je te pose à la Grave et je viens te chercher dans 10 jours » Et j’ai fait mon tour de l’Oisans avec mon gros sac sur le dos. Et 10 jours après, j’étais à La Grave.

Quelques explications :
1. On hérite de quoi ? : question orale. A l’écrit ou dans un style plus soutenu, on dirait : « De quoi hérite-t-on ? »
2. le vivre à fond, ce marais : le pronom « le » est placé avant le nom qu’il est censé remplacer (marais). C’est très oral de faire ça au lieu de dire simplement : « vivre à fond ce marais »
3. à fond : intensément, totalement.
4. un frangin : un frère (familier) Au féminin, on dit « une frangine » pour la sœur.
5. la caboche : la tête (argot)
6. les marmots : les enfants (argot)
7. hop : onomatopée pour souligner un mouvement, un déplacement.
8. faut les laisser : elle devrait dire « Il faut le laisser », puisqu’elle a mentionné «un enfant», au singulier.
9. se débrouiller : trouver comment faire face à une situation, un problème.
10. faire gaffe : faire attention (familier)
11. Tombe pas : normalement, on devrait dire : « Ne tombe pas ». Mais à l’oral, on oublie « ne ». (style familier)
12. l’Oisans : un massif montagneux des Alpes. On peut en faire le tour en suivant un sentier de grande randonnée (un GR).

La cerise sur le gâteau

Les tennismen français n’ont finalement pas réussi à gagner la Coupe Davis contre la Serbie ce weekend. Mais pour Michaël Llodra et Arnaud Clément, le double qu’ils ont remporté après une bataille acharnée restera sûrement un grand souvenir.
Le double, c’est vraiment particulier dans ce sport, très individuel la plupart du temps. Pendant quelques heures, il faut toute l’entente de deux joueurs habitués à se battre seuls sur les courts. C’est ce qu’expliquait Llodra un peu avant le match.

Transcription:
C’est vrai que le fait de jouer avec un très, très bon copain (1), c’est… c’est une chance incroyable. On a… On arrive à sentir l’un à l’autre les moments où, voilà (2), il faut se parler ou être un petit peu plus distant. Et si à un moment donné, voilà, je sens que ça… ça coince (3) dans un de ses compartiments du jeu, je vais le voir plus facilement, alors que c’est vrai qu’on a de temps en temps de la retenue quand on joue avec un joueur qu’on connaît peut-être un petit peu moins. Donc voilà. Donc ça se passait super bien (4) aussi avec… avec Julien. Je sentais que, voilà, que la mayonnaise prenait vraiment (5). Et voilà, et voilà, par… Voilà, Julien est blessé, donc… donc avec Arnaud, on est associé l’un à l’autre, et c’est vrai que c’est un pur bonheur, parce que, voilà, Arnaud n’avait pas joué non plus en 99, ni en 2001, ni en 2002. Et c’est, je dirais que c’est la cerise sur le gâteau (6) à 33 ans de pouvoir, voilà, jouer une finale. Donc voilà. Donc on… on va jouer ce match mais on espère surtout le… le gagner.

Quelques détails :
1. un copain : un ami (familier)
2. voilà : ici, ce mot ne signifie pas grand-chose. C’est juste un moyen de faire une petite pause dans ce qu’on dit, pour trouver ses mots ou rassembler ses idées. Llodra l’emploie souvent !
3. ça coince : ça ne marche pas, ça ne va pas, il y a un problème.
4. super bien : très bien (familier)
5. la mayonnaise prenait : cette expression culinaire signifie que tout allait bien entre eux et qu’ils s’entendaient de mieux en mieux. C’est une image qui vient de la cuisine. Quelquefois, la mayonnaise ne prend pas bien : les ingrédients ne se mélangent pas correctement si l’œuf est trop froid par exemple. Donc on peut rater la mayonnaise ! Si la mayonnaise ne prend pas entre les gens, dans une équipe, ça signifie qu’il n’y a pas une bonne entente entre eux, qu’il n’y a pas de cohésion.
6. c’est la cerise sur le gâteau : c’est le petit détail final qui rend parfaite une situation. (Comme une cerise est la décoration finale sur un gâteau.) Cette expression est devenue très à la mode. On la lit ou l’entend sans arrêt chez les journalistes.