Je me sens moche !

Foie gras, bûche de Noël, chocolats, marrons glacés, bons vins ? Vous avez fait quelques excès pendant les fêtes de fin d’année ? Pas de panique, tous les magazines féminins vous donnent en ce moment des conseils pour oublier tout ça, avant de revenir sur la question en avril-mai ! Evidemment, comme d’habitude, ce sont surtout les femmes qui veulent être minces et qui subissent cette pression de la part de notre société.

Mais en fin de compte, les hommes aussi. Alors, pour une fois, voici le témoignage d’un jeune homme pas très content de son image et pas tendre du tout avec lui-même.

Transcription:
Je viens ici, bah, parce que je me… je me supporte plus, enfin… du… du cou jusque… jusqu’en bas des pieds en fait. Il y a… Il y a rien qui me plaît. Quand… quand je me déshabille, c’est atroce, je supporte pas de me regarder dans la glace. Il y a mon… mon torse qui me plaît pas. Il y a de la graisse, il y a des seins. Mon ventre, il y a de la graisse aussi. Et c’est depuis l’âge de… de 12 ans que… que il y a des choses qui vont pas chez moi, quoi, qui me plaisent pas, qui me conviennent pas, parce que c’est à partir de là où j’ai vraiment… vraiment grossi.
Ce qui me motive pour aller à la salle de sport, c’est de… de perdre ma graisse et de perdre mon torse (1) et pour pouvoir m’exprimer vraiment pleinement, et pouvoir peut-être aller plus facilement genre (2) à la piscine ou… ou des choses où on est dénudé, quoi. Déjà, là, je pourrais courir autour de la piscine au lieu de sauter dedans en arrivant.
Pour le moment, il y a pas vraiment d’effets… d’effets positifs, vu que ça marche pas et ça m’agace, donc je mange. Et ça y va (3). Je… je me rattrape sur la nourriture (4), ouais. Mais les effets sont pas là encore.

Tu le (5) fais dans quel but, en fait, ton sport ?
– Oh je le fais dans le but d’être bien dans ma peau (6) après et de… de pouvoir, comme en soirée (7), comme jeudi soir… hein, à la Loco (8), eh bah, pouvoir faire comme le mec (9) qui était en face de nous, là.
D’accord. Tu veux être vraiment le mannequin type, quoi!
– Ouais, ouais, entre autres, ouais. Dans un an, j’aimerais bien ressembler à un maître-nageur (10), à un prof de sport, mon prof de sport qui est bien, quoi ! A… à Tom Cruise, enfin des… des stars de la télé, où ils sont vraiment bien foutus (11), quoi. Enfin ça… Désirables.

Quelques détails :
1. perdre mon torse : il veut dire qu’il veut maigrir du torse.
2. Genre : par exemple (familier)
3. ça y va ! : il veut dire qu’il mange vraiment beaucoup.
4. Se rattraper sur quelque chose : compenser par quelque chose
5. tu le fais…, ce sport : le pronom « le » est placé avant le nom qu’il reprend, comme souvent à l’oral. On n’écrit jamais ça.
6. Être bien dans sa peau : se sentir bien, en accord avec son corps. Avoir une bonne image de soi.
7. En soirée : pendant une soirée (en boîte de nuit)
8. la Loco : c’est le nom d’une discothèque.
9. Un mec : un homme ( familier)
10. un maître-nageur : c’est celui qui surveille une piscine et qui donne des cours des natation.
11. Être bien foutu : être beau physiquement, avoir un beau corps (familier)

Vous pouvez aussi aller écouter Romain qui parle de sa salle de sport sur francebienvenue1. Pas de problème de poids pour lui, juste l’envie de bouger.

L’une rit, l’autre râle

En sport, « on en bave » pour arriver jusqu’au plus haut niveau ! Mais ensuite, quand on gagne, c’est bien sûr « que du bonheur ». Ah, les sportifs français l’aiment, cette expression ! Un vrai cliché !
Encore faut-il* gagner… C’est le cas d’Alexianne Castel, médaille d’or du 200 mètres dos aux Mondiaux de natation de Dubai.

Mais Frédérick Bousquet n’a remporté « que » la médaille d’argent au 50 mètres. Que la médaille d’argent… Et ça ne lui plaît pas.


Transcription :
Je suis super contente (1). C’est vrai que c’était pas gagné (2), vu (3) mon arrêt prolongé, de revenir à un haut niveau. Là, c’est vraiment que du bonheur. Je me rends compte que ça m’a vraiment fait du bien, que enfin, j’ai pris du plaisir à nager vraiment. Donc voilà ! C’est beaucoup de satisfaction et beaucoup de joie, parce que c’est beaucoup de travail, faut le savoir. J’en ai vraiment bavé (4) pour arriver là où j’en suis, et…bah, je suis super contente parce que mon entraîneur, il (5) se casse les pieds avec moi (6), vraiment, à trouver vraiment ce qui va pas. C’est vrai que je nage bien techniquement, mais je manque de force. Donc on essaye de trouver des petites choses. Et des fois, c’est pas évident, donc voilà.

Au-delà de la médaille, c’est… c’est le temps et la course qui me déçoivent énormément. Je vais pas cracher dessus (7), au contraire. C’est… c’est une de plus. Tant mieux (8). Mais c’est une fois de plus derrière César (9), et là… là, il y a un écart qui se crée et… et ça me plaît pas du tout (10) parce que je sais que il est pas réel. Même si il est devant, il devrait pas être devant avec trente centièmes d’avance. Forcément (11), je reste frustré parce que c’était la seule occasion (12) que j’avais de me confronter à… à Cesar et aux autres adversaires. C’était la dernière occasion ainsi pour cet hiver. J’avais envie de faire une meilleure prestation. Mais encore une fois, il prend l’avantage et… et forcément, ça commence à m’énerver (13). Il y a pas de jalousie, j’ai pas de la colère contre lui parce qu’il joue le jeu. C’est la compétition. Mais faut pas qu’il prenne l’habitude, quoi ! J’ai du mal à (14)le… à le cacher. Et je… et j’ai pas envie de me mentir ou de mentir aux autres en affichant un sourire, en disant « Je me satisfais ». Non, je me satisfais pas du tout. Je crache pas sur cette médaille mais je m’en satisfais pas du tout et j’en suis déçu même.

Quelques détails :
1. super contente : très contente (familier)
2. c’était pas gagné : ce n’était pas évident que ça marche. Le résultat n’était pas certain.
3. vu : à cause de / en raison de
4. en baver : rencontrer beaucoup de difficultés (familier)
5. mon entraîneur, il… : la reprise par le pronom « il » juste après le nom est inutile mais courante dans les conversations familières.
6. il se casse les pieds avec moi : sa tâche est compliquée. (familier)
7. je vais pas cracher dessus : je ne vais pas refuser cette médaille, elle me fait quand même plaisir. (familier)
8. Tant mieux : on dit ça quand on n’était pas sûr d’un résultat ou de ce qu’allait être une situation. Et donc quand c’est positif, on dit ça pour montrer qu’on est content. Le contraire, en cas d’échec, c’est « Tant pis ».
9. Cesar Cielo : c’est un nageur brésilien, grand rival de Frédéric Bousquet.
10. ça me plaît pas du tout : je ne suis pas content du tout. (Il manque « ne » comme dans les conversations familières.)
11. Forcément : obligatoirement. Je ne peux pas réagir autrement.
12. c’était la seule occasion : pour les anglophones : dites bien « occasion » et non pas « opportunité » ! C’est plus naturel.
13. ça commence à m’énerver : ça m’agace, ça m’ennuie vraiment. Paradoxalement, le « ça commence » accentue cette idée.
14. J’ai du mal à… : c’est difficile pour moi de cacher mon énervement.

* Encore faut-il… : à condition toutefois de…
* râler : montrer sa mauvaise humeur, son mécontentement. (familier)