La danse, la gourmandise et le corps

Sylvie Guillem est danseuse étoile de l’Opéra de Paris et chorégraphe. Personnalité très forte comme beaucoup de ces danseuses exceptionnelles, qui sont passées du ballet classique à d’autres genres. Sa vocation est venue plus tardivement que pour d’autres. Elle expliquait ça à la radio il y a quelque temps. Elle parlait aussi de cuisine et de ce corps, qui est son premier partenaire.  Une discussion pleine de vie et de grâce.


Transcription:
– Rien n’était prévu pour que j’atterrisse (1) là, hein. Rien du tout. Moi je… je suis née à Paris, mais bon, j’ai vécu en banlieue parisienne toute mon enfance. Je veux dire l’Opéra de Paris, c’était quelque chose d’inaccessible.
Vous étiez de Bondy, vous ?
– Gagny.
– Gagny, Gagny.
– Dans le 93 (2). Donc il y avait rien qui était vraiment destiné. Donc comme quoi (3), je veux dire, il y a des choses comme ça, des… des occasions qu’il faut… que l’on peut saisir dans la vie qui vous mènent parfois dans des endroits où vous n’avez même pas imaginé qu’il était possible de… d’apparaître. Et ça s’est fait d’une manière assez simple. Mais c’est vrai que pour mes parents, c’est… c’est une autre planète, quoi !
– Je suis allé sur votre site internet, le site officiel donc celui que vous devez au minimum regarder ou organiser. Il est assez beau. Il y a des recettes de cuisine. J’ai trouvé ça hallucinant (4)! Donc je suis allé voir la recette de galettes de pommes de terre qui apparemment est celle de votre maman.
– Non, c’est la mienne !
– Ah, c’est la vôtre ?
– C’est la seule chose que je sache faire !
Ah bon ! Voilà. Mais vous ne trouvez pas que vous… Et alors, j’ai été stupéfait. Il y a trois quarts de… de choses sucrées.  Je me suis dit « Faut qu’elle reprenne de l’énergie, notre… notre Sylvie Guillem ! Et… »
– Non mais ça c’est… c’est les internautes qui ajoutent des choses…
– C’est de la provocation, je veux dire, pour les gens qui n’ont pas votre silhouette et dont je fais partie, alors à la fois c’est très sympahique, je me suis dit  « Qu’est-ce qui lui a pris (5) d’aller mettre des recettes là-dedans ? »  C’est très sympa.
– J’adore manger.
– Ah bah, voilà !
– J’adore manger. Et pas des choses légères en plus !
– Bah je vous le confirme !
– Donc la… la… le gâteau de pommes de terre, c’est une des choses les plus légères. Je vous passe (6) les terrines, les… les charcuteries, etc… etc…
– Donc vous n’avez jamais pris un gramme de votre vie… et je passe à autre chose.
– Non, non. Non non, non non. J’ai eu beaucoup de chance à ce niveau-là aussi. Non, c’est vrai. J’ai pas… J’ai vu beaucoup de… de gens souffrir de… avec le rapport à la nourriture et à la silhouette et vraiment, vraiment, j’ai été chanceuse, et je… je remercie je sais pas… je sais pas qui, je sais pas quoi, enfin mes parents d’abord ! Et après…
– J’allais dire « au minimum, vos parents. Bah bien sûr ! »
– Oui, oui. Bah non mais, au-delà de ça…
– J’entends bien.
– Mais vraiment, j’ai eu beaucoup de chance.

(Le corps)
– Faut savoir l’écouter (7). Faut savoir l’écouter. Quand on est jeune, c’est vrai qu’on n’écoute pas tout à fait ce corps parce que, bah, parce que lui aussi, il est jeune, quoi. Donc tout va bien. Indestructible et puis ça ira comme ça jusqu’à la Saint-Glinglin (8). Donc… mais au fur et à mesure des… des années qui passent, c’est vrai que on… on l’entend. Disons que on l’écoute pas, on est obligé de l’entendre, parce que il y a des douleurs, il y a des choses, il y a des petits signaux d’alarme. Il faut y faire attention. Faut faire attention parce que si…
– Ça se traduit par quoi, les signaux d’alarme, c’est tout simplement la souffrance ?
– La souffrance, la fatigue, des petits ligaments qui lâchent, des douleurs récurrentes. Ce… ce genre de choses, qu’on n’a pas envie de trimbaler comme ça pendant … ad vitam aeternam (9), parce que bon, ça ajoute à la difficulté. Ça, c’est certain. La douleur, au début, elle est normale. Curieusement, on est assez bête (10) quand on est jeune danseur. On se lève le matin, on peut pas marcher, on peut pas descendre les escaliers, mais c’est normal. Plus tard, on se dit : « Bon, c’est peut-être normal, mais ça fait quand même mal ! » Et puis on en a marre (11), quoi. On en a marre d’avoir mal, on en a marre d’avoir mal au dos, d’avoir mal aux articulations. Donc on commence à réfléchir. « Bon, qu’est-ce que je pourrais faire pour que ça aille mieux, quoi ? ».
– Bah il y a le dopage !
– Oui , non, j’y pensais mais j’ai pas encore essayé ! Vous allez me conseiller peut-être !
– Je ne sais pas mais…
– Non, je pensais plutôt à une hygiène de vie un petit peu plus saine, d’abord !
– Ouais.
– Et ça peut aider.
Puisque vous avez quand même fait beaucoup chips-Coca quand vous étiez gamine visiblement et… et…
– Et saucisson !
– Et voilà. Et ça continue – cf (12) votre site internet – et…et…la galette de pommes de terre.
– Et terrine de lapin, j’adore !
– Non mais… vous vous êtes rendue compte quand même parfois que … Enfin, vous l’avez vu, l’impact, sur la récupération, de votre alimentation.
– Ben non parce que…
– Je veux pas faire le grand grourou de la diététique…
– Parce que j’étais jeune et bête, donc, je le voyais pas. Non, non. On était fatigué, bah, c’est parce qu’on était fatigué et puis on avait mal parce qu’on avait travaillé. Mais on faisait pas… Enfin moi, je faisais pas la… la relation avec l’hygiène de vie et… Mais bon, j’ai compris relativement tôt quand même, hein.

Quelques explications :
1. atterrir quelque part : arriver quelque part. (sens figuré – familier)
2. le 93 : le département de Seine-Saint Denis, dans la banlieue parisienne.
3. comme quoi : ça prouve que…/ ça montre que…
4. hallucinant : complètement étrange, très surprenant.
5. qu’est-ce qui lui a pris : quelle est la raison de cette action si étrange ? (familier)
6. je vous passe les terrines : je ne vous parle pas des terrines mais il ne faut pas les oublier. .
7. Faut… : comme d’habitude à l’oral et de façon assez familière, on ne dit pas « Il faut ».
8. jusqu’à la Saint Glinglin : jusqu’à une date hypothétique, dans très longtemps. (familier)
9. ad vitam aeternam : pour la vie, toute la vie
10. être bête : être stupide.
11. en avoir marre (de…) : en avoir assez de (familier)
12. cf : on se sert de cette abréviation pour renvoyer à quelque chose d’écrit en général : cf page 10. (C’est l’abréviation du verbe latin : confer, que lejournaliste ne prononce pas correctement d’ailleurs ! )

Vous pouvez aussi écouter la petite conversation que j’ai eue avec Katia il y a quelque temps à propos de la danse. C’est ici.

Grand champion et beau gosse !

La natation française va bien ! Une moisson de médailles aux Championnats d’Europe qui viennent de se dérouler à Budapest.
Camille Lacourt a fait la une des journaux, avec ses trois médailles d’or et son physique de beau gosse*. C’est le héros parfait !
Voici ce qu’il a à dire de cette « semaine de rêve » qui l’a propulsé sur le devant de la scène.
Pour le moment, il garde la tête froide **.
Satisfaction, fierté, et envie de faire encore mieux, aux prochains Jeux Olympiques.


Transcription:
– Vous avez 25 ans, vous êtes né à Narbonne, vous êtes licencié au Cercle des Nageurs (1) de Marseille. Depuis quel âge nagez-vous ?
– Je nage depuis tout petit, l’âge de 5 ans à peu près.
– Et la natation, c’est le sport que vous avez toujours pratiqué ou bien il y en a eu d’autres, vous avez hésité ?
– Non, j’ai fait d’autres sports dont notamment le ski à Font-Romeu où…où j’aimais beaucoup ça. Mais c’est là où… c’est là où j’avais le plus d’affinités, donc j’ai continué un peu plus là-dedans.
– Et comment on devient spécialiste du dos (2), plutôt que du papillon ou du crawl ?
– Ça se fait selon les affinités que… qu’on ressent dans l’eau. C’est là où j’étais le plus à l’aise, c’est là où j’étais… bah devant pendant ( ?) les courses, donc évidemment, je préférais nager ça et être devant que nager les autres et être derrière. Donc c’est arrivé comme ça.
– La natation, c’est combien d’heures par jour de votre vie ?
– Bah, c’est 5 heures tous les jours plus une musculation ou du (prépa…), de la préparation physique généralisée, et ça, tous les jours sauf le dimanche.
– Et en dehors de la natation, il y a quoi alors dans votre vie ? On a envie d’en savoir un petit peu plus sur vous maintenant que… qu’on vous a découvert.
– Il y a les potes (3), il y a…il y a tout ça à côté. Et puis, niveau professionnel, j’avais commencé à travailler dans une entreprise, ça va plus être trop possible à cause des horaires d’entraînement. Et puis là, je passe mon Brevet d’Etat (4) pour… pour avoir quelque chose à côté de la natation quand j’aurai fini ma carrière.
– C’est-à-dire ça restera dans le sport quand même ?
– Je sais pas vraiment. C’est juste quelque chose que j’aurai au cas où. Je pense pas que je veux être entraîneur de natation mais ça peut toujours servir.
– En tout cas, vous… vous risquez d’être très sollicité dans les… dans les semaines et dans les mois qui viennent, peut-être pour des contrats publicitaires par exemple, hein. Vous êtes prêt à étudier les propositions ?
– Bah oui, bien sûr. Quand ça arrive, il faut… faut toujours étudier ça et après on verra comment ça se passe. Faudra (5) essayer de gérer l’image le mieux possible et puis surtout continuer à s’entraîner correctement avec les ambitions qui sont les miennes.
– Alors, le sport : votre objectif aujourd’hui, champion du monde, champion olympique ?
– Oui, ça reste le même. Quand je suis arrivé à Marseille il y a 2 ans, c’était… l’objectif, c’était d’être champion olympique ou d’être le plus proche possible. Et donc des performances comme ça, ça donne juste envie de continuer à travailler et c’est génial (6).
– Vous êtes très proche de vos parents, hein, en particulier de… de votre mère, Martine.
– Ouais, ouais, que ce soit ma mère ou mon père, je suis très proche d’eux. C’est… c’est grâce à eux que j’en suis là. Ils m’ont… Ils m’ont aidé dans les moments difficiles et puis, je les remercie, évidemment.
– Comment elle s’exprime, cette relation ? Vous vous appelez tous les jours ? Vous…
– Non, pas du tout ! Justement, je me fais souvent engueuler (7)! Mais… Mais j’appelle au moins une fois par semaine. Je crois que c’est pas utile de forcément (8) beaucoup appeler pour lui dire que… que je l’aime fort. Elle le sait, et puis voilà.
– Là, comment … comment ça se… se sont passés ces Championnats d’Europe pour eux ?
– Bah, je les ai pas beaucoup appelés non plus, donc je pense que je vais aussi me faire engueuler ! Et bah le peu de… de retour que j’ai eu, c’est que bah ils fêtaient ça, ils étaient super contents pour moi et j’en suis vraiment heureux.
– Je voudrais parler d’un autre phénomène qui vous entoure, parce que votre nouveau statut, ça dépasse vos performances sportives, hein. Le public est tombé sous le charme d’une personnalité, d’un physique (9) aussi, hein. Dans les journaux, à la machine à café, tous le monde parle du « très beau Camille Lacourt ». C’est le cas dans la rédaction d’Europe 1 et à mon avis, c’est le cas un petit peu partout. Vous êtes devenu… Allez, on peut le dire, vous êtes devenu un peu un sex symbol. Comment vous vivez ça ?
– Ben pour l’instant, je m’en rends pas vraiment compte (10). C’est plutôt valorisant et puis on verra en rentrant comment gérer. Pour le moment ici, ça se voit pas trop. Donc tout se passe bien.
– Je vous le dis, on en parle partout, même à l’étranger. Sur Twitter, il y a des commentaires sur vous. Sur Facebook, il y a des groupes qui se sont créés. Je vous en cite certains : « Je veux bien reprendre des cours de natation avec Camille Lacourt ». Un autre qui s’appelle « Camille Lacourt, call me. » Comment vous réagissez quand vous entendez ça ?
– Je rigole (11). C’est… Ça me fait sourire.
Pourquoi ?
– Je sais pas, je trouve ça un peu irréel. C’est… c’est assez étrange, donc je me rends pas vraiment compte.

Quelques détails :
1. Le Cercle des Nageurs : grand club de natation de Marseille. Pour pratiquer un sport comme ça, il faut s’inscrire et avoir sa licence.
2. les noms des nages en français : on nage la brasse, le dos, le papillon, le crawl.
3. un pote : un bon copain (familier)
4. un Brevet d’Etat : un diplôme qui permet d’enseigner une discipline sportive en France.
5. Faudra… : souvent à l’oral, on ne dit pas « Il faudra », « Il faut ». On enlève « Il ». C’est familier.
6. C’est génial : c’est super.
7. se faire engueuler : se faire disputer. (familier)
8. forcément : nécessairement
9. le physique : l’apparence physique. On peut dire que quelqu’un a un physique de rêve.  Inversement, on peut avoir un physique ingrat.
10. se rendre compte : réaliser, avoir conscience de quelque chose
11. rigoler : rire (familier)

*un beau gosse : un beau jeune homme (familier)
** garder la tête froide : rester serein et lucide dans une situation plutôt extarordinaire.