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Ça suffit vraiment maintenant

En ce moment, plusieurs courtes vidéos sont diffusées à la télévision, au cinéma et sur les réseaux sociaux, avec pour slogans : Ne rien laisser passer, et Réagir peut tout changer.

Il s’agit d’une campagne du gouvernement français contre le harcèlement sexiste et les violences faites aux femmes. Plusieurs situations sont dépeintes, au travail, au sein du couple, en milieu scolaire, dans les transports en commun, avec à chaque fois un message de conclusion très clair et abrupt, qui fait réfléchir.

Nécessité d’éduquer, de faire que chacun se sente responsable et solidaire, pistes pour réagir quand on est témoin des telles situations au lieu de passer son chemin et de tolérer ces comportements d’un autre âge ! Allez les regarder ici. (Elles sont sous-titrées.)

Il y aussi des témoignages de femmes et d’hommes qui ont vécu, en témoins ou en victimes, ces situations.

Puissent enfin les petites filles grandir sans avoir à intégrer dans leur inconscient qu’elles doivent apprendre à se protéger, juste parce qu’elle sont du sexe féminin, ou qu’elles doivent vivre cachées, notamment vestimentairement ou en restant chez elles ! Il y a encore du travail pour changer les mentalités, à des degrés divers selon les pays. Mais tous les mouvements actuels qui expriment ces idées font chaud au coeur et finiront bien par triompher. Alors toutes les Paloma du monde pourront explorer le vaste monde à leur guise.

Voici un petit montage d’un reportage entendu à la radio il y a quelque temps et de certains de ces témoignages.
Ils sont à regarder ici, et s’affichent au fur et à mesure quand vous commencez à regarder une des vidéos. (Laissez-les s’enchaîner automatiquement.)

Violences sexistes contre les femmes

Transcription

– Donc là, il est 16h13, place de Clichy (1), il commence à y avoir une forte affluence (2), des hommes avec une proximité un peu dérangeante et ils bougent, frottent leur pénis. La première fois, j’ai pas bougé, j’ai pas réagi, j’en ai même pas parlé à mon copain en rentrant (3) et j’étais un peu dans un état bizarre.

La commissaire Matricon-Charlot dirige la Sûreté des transports en Ile-de-France (3) : C’est tellement ancré dans l’opinion publique, pour les usagères (4), il s’agissait d’incivilités (5). Ce n’est pas une incivilité et, mesdames, vous devez déposer plainte. Beaucoup ne déposent pas plainte par crainte, par manque de temps, parce qu’elles croient aussi que ça ne servira pas à grand chose, à tort (6).

Frédéric est chef de groupe.
– Ça commence à 12-13 ans et les records sont jusqu’à 83 ans.
– Donc là, on a un mur de photos, ce sont les gens que vous recherchez ?
– Effectivement (7), là, voyez, vous avez le jeune cadre sur le secteur de la Défense. Là, vous avez un très jeune qui sort de soirée.
Cette cellule a traité cette année 350 plaintes. 80 % des hommes arrêtés ont été présentés à un juge.

Extraits de la campagne nationale « Ne rien laisser passer » :
Toutes les filles que j’ai côtoyées m’ont dit : « Ouais,  ça m’est déjà arrivé de me faire emmerder (8) dans la rue. » Quand… je sais pas… ma copine va me dire : « Ouais, je me suis fait emmerder aujourd’hui, mais bon, c’est rien. », moi, moi ça me touche, etc. Mais elle, elle me dit : « C’est normal ». Moi je dis : « Bah non, c’est pas normal ! Je me fais jamais emmerder, ça m’arrive jamais ! Ça me blesse en fait de voir que les femmes vivent ça, et de savoir, bah voilà, que des femmes que j’aime vivent ça aussi. De manière biologique, tu viens d’une femme. Déjà, juste pour ça, je veux dire, on vient tous d’une femme et on a des sœurs, on a des mères. Je pense qu’on change tous le monde à son échelle (9). Toi-même, tu peux juste changer le… ton pote (10) qui est en train de faire une remarque et qui fait une remarque sexiste, tu peux le reprendre (11). Ta pote qui est en train de se dénigrer parce que toute sa vie, on lui a dit que je sais pas quoi, tu peux lui inverser ses croyances. En fait, faut être actif. Et c’est si on était tous actifs, eh bah là, on changerait les choses.

C’est des paroles à connotation sexuelle. Et souvent, pour faire passer la pilule (12), on présente ça comme une plaisanterie. Dans la mesure où effectivement, où dans la société on accepte quand même plus ou moins, en tout cas sans le… sans le sanctionner, ces… ce harcèlement verbal, tous ceux qui ont un sens moral peu développé, effectivement, eux sautent le pas (13). Pour eux, c’est une invite, le palier qui permet de passer à des affaires, à des choses beaucoup plus graves. Ce sexisme ordinaire effectivement, il faudrait que beaucoup plus d’hommes réagissent, les pères, les frères, tous les hommes, les sportifs, vous mêmes, vous devez être les acteurs de ce respect.

L’individu avait coincé cette jeune femme dans un coin. Elle était totalement tétanisée, crispée. Elle avait les larmes aux yeux. Nos regards, ils se sont croisés et je me suis imaginé un quart de seconde à la place de cette femme. Je pouvais pas la laisser seule avec cet individu qui était face à elle, en train de se toucher le sexe. Je me suis approché de cette fille et je lui ai dit : « Salut Sarah. Comment tu vas ? », tout simplement. Elle a compris que… qu’elle était pas seule et j’ai regardé l’individu. Il a vu que j’avais compris ce qu’il avait l’intention de faire et ça l’a fait fuir. Et à la prochaine station (14), il est descendu illico presto (15), et j’ai eu aucun contact physique et verbal avec l’individu, avec l’agresseur. On a tous des mères, des amies, des cousines. Si on agit plus, les agresseurs agiront moins.

Des explications
1. Place de Clichy : une place à Paris et le nom de la station de métro correspondante (dans le nord-ouest de la capitale)
2. une forte affluence : beaucoup de monde
3. en rentrant : en rentrant à la maison / en rentrant chez moi. En général, on se contente de dire en rentrant : Je l’appellerai en rentrant. = quand je serai à la maison
4. un usager / une usagère : quelqu’un qui prend le métro par exemple, qui utilise ce mode de transport, un service.
5. une incivilité : un mauvais comportement qui ne respecte pas la vie en société, en collectivité. Ce sont par exemple les nuisances sonores, le manque de respect, les dégradations de lieux, de matériel.
6. À tort : elles ont tort de penser que ça ne sert à rien de porter plainte, elles se trompent en pensant que c’est inutile.
7. Effectivement : on utilise cet adverbe pour approuver ce que vient de dire quelqu’un, ou pour répondre à une question posée. Par exemple :
– J’ai l’impression que c’est compliqué.
– Effectivement, c’est très compliqué.

8. Se faire emmerder : subir un harcèlement plus ou moins poussé de la part de quelqu’un. (dans n’importe lieu : dans la rue, les transports, au travail, etc.) (très familier)
9. à son échelle : chacun à son niveau peut changer les choses.
10. Ton pote, ta pote : ton ami(e) (familier)
11. reprendre quelqu’un : lui dire clairement qu’il a un comportement inacceptable ou des paroles incorrectes, impolies, déplacées.
12. Pour faire passer la pilule : pour faire accepter quelque chose qui est difficile à supporter. (expression familière)
13. sauter le pas : se décider à faire quelque chose après avoir hésité en général, même s’il y a un risque. Par exemple : Il ne voulait pas vivre à l’étranger. Mais il a finalement sauté le pas quand on lui a offert un travail passionnant.
14. À la prochaine station : normalement, on utilise cette expression si on est soi-même dans le métro, à la station juste avant. Ici, il faudrait dire : A la station suivante, puisqu’au moment où il parle, il n’est plus le métro.
15. illico presto : immédiatement, vite, sur le champ. Par exemple : Tu vas me ranger ta chambre illico presto !

Il y avait déjà eu une campagne en 2015 sur la sécurité des femmes dans les transports en commun, avec une vidéo qui simulait une ligne de métro. On y retrouve quelques-unes des phrases typiques utilisées par les harceleurs. Bien vu ! Et hélas, toujours d’actualité. Mais bon, on progresse !
Elle est ici.

Bonne journée!

En avril 2018

Le mois de mai commence tout juste.
C’est donc l’heure de revenir un peu sur mon mois d’avril, pour compléter ce que j’ai partagé avec vous dans les semaines passées.
Un temps estival, un film marquant où se mêlent plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs époques et un petit tour dans ma vie de prof. Et des expressions, parce que finalement, on en emploie beaucoup spontanément !


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Juste l’enregistrement :
Avril 2018

Transcription
Alors, pour le mois d’avril, je vais commencer par faire un petit petit point météo (1) quand même, parce que, bon il y a un proverbe qui dit : En avril, ne te découvre pas d’un fil. En mai, fais ce qu’il te plaît (2). Et là, en avril, il a fallu se découvrir, c’est-à-dire sortir les vêtements d’été, les vêtements légers, parce qu’il a fait vraiment chaud avant l’heure (3). Alors, à Marseille, on n’est pas très surpris en général d’avoir du beau temps comme ça, et puis d’autant plus que, à cause de la Méditerranée, ça se réchauffe un tout petit peu plus lentement. Mais quand même, il a fait… On est passé d’un coup (4) de l’hiver en quelque sorte à des températures vraiment d’été. Et c’était surtout surprenant dans d’autres régions de France, notamment dans le nord, dans le nord-ouest, parce qu’ils ont eu vraiment des températures très élevées et c’est venu d’un coup, donc tout le monde était très surpris. Et quand c’est comme ça, bah c’est vrai que tout le monde dit : Oh là, là ! On va le payer ! (5) Et c’est vrai que ça peut arriver parce que notamment s’il fait un petit peu chaud et que les… la végétation, les arbres fruitiers démarrent, parfois, après, bah il refait froid derrière (6), et évidemment, c’est pas très bon pour les fruits par exemple, les fleurs qui gèlent, ce genre de choses et… Mais bon, on peut toujours se dire que, après tout, c’est toujours ça de pris ! (7)
Pour passer à un autre sujet, je voulais vous parler d’un film que j’ai vu, début avril, qui s’appelle Razzia et qui est un film marocain, de Nabil Ayouch, qui est vraiment pour moi… enfin qui m’a vraiment beaucoup marquée. Et… La seule chose, c’est que je pense que il faut que chacun voie ce film et se fasse sa propre opinion parce que, après, j’ai lu des critiques qui n’étaient pas bonnes, qui n’étaient pas très, très bonnes, en disant que c’était un film compliqué, où tout se mélangeait, etc., et justement, par définition (8), moi, c’est ce qui m’a beaucoup plu. Donc c’est un film qui se passe au Maroc, dans les années 80, en partie, au départ, dans l’Atlas marocain et avec un instituteur qui fait vraiment aimer l’école à ses élèves et qui subit l’arabisation forcée et qui, bah, ne sait plus très bien comment faire, parce qu’on lui demande d’enseigner d’une manière qui ne lui convient pas. Et ensuite, on suit les destins d’autres personnages, qui sont plus proches de nous, dans les années 2000… enfin en 2015, et… des destins différents. Et en fait, pour moi, ça n’a pas été du tout gênant parce que on suit très, très bien toutes ces histoires, et il y a un point commun, c’est-à-dire entre eux, c’est la… finalement, la lutte pour la liberté, contre l’intolérance, contre le sexisme, contre l’homophobie. Et c’est… Je n’ai pas trouvé… enfin, je pense que c’est très, très réussi, justement, parce que tout s’enchaîne de façon très subtile et très souple. En même temps, les personnages sont quand même liés les uns aux autres de différentes manières et franchement, enfin, c’est un film qui m’a marquée parce que ça montre la condition des femmes au Maroc, la condition des jeunes au Maroc. Et c’est quand même très, très… enfin très politique. Mais en même temps, c’est très, très beau. Si vous avez l’occasion, allez le voir et faites-vous une idée par vous-même (9), parce que je vous dis, j’ai lu des critiques qui étaient très négatives. Mais honnêtement, moi, c’est un des films qui me reste et qui m’a marquée.
A part ça, je voulais vous parler aussi de ce que font les étudiants à la fin de chaque semestre, et là, on arrive à la fin du deuxième semestre bientôt. Donc les étudiants vont avoir à évaluer les enseignements qu’ils reçoivent dans mon IUT. Et ça existe depuis… je sais pas… deux-trois ans peut-être, pour les étudiants de première et deuxième année. Ça existait avant pour les étudiants plus âgés, en licence et en formation continue. Et puis ça s’est étendu donc aux étudiants de première et deuxième année. Et alors, ce qui est vraiment terrible (10)… Donc c’est… Ils sont… Ils doivent donner leur avis sur les différents cours qu’ils ont suivis, et c’est fait de façon anonyme, par internet. Et ensuite, bah chaque prof reçoit les comptes-rendus de ce qu’ils ont dit. Donc bah ils ont à mettre des notes de zéro à cinq, des choses comme ça. Et puis, ils ont aussi la possibilité de laisser des commentaires, d’ajouter des commentaires rédigés. Donc ce qui est terrible, c’est que certains n’ont vraiment qu’un but, c’est de dégommer (11) les profs ! Et tout le monde en prend pour son grade (12), vraiment avec des commentaires très… qui n’ont rien à voir… enfin…. comment dire ? C’est pas ce qu’on attend d’eux. On attend d’eux qu’ils nous donnent leur avis sur ce qui a pu leur manquer, ce qui pourrait être amélioré, etc. Et en fait, ils règlent leurs comptes (13), c’est vraiment un règlement de comptes ! Ils se permettent de faire des réflexions (14) sur certains profs, sur la façon dont ils parlent, la façon… enfin, leur attitude, en disant… je sais pas… D’une collègue par exemple, ils ont dit qu’elle était hautaine (15). Mais quel rapport ? (16) Enfin, alors qu’elle est en plus… elle est très dévouée à ses étudiants. Mais à partir du moment où on les contrarie, en fait, certains, on devient hautain ! On devient inintéressant, méchant. Et en fait, ça fait vraiment penser à ces émissions à la télé, de téléréalité, des choses comme ça, où le seul but, c’est d’être le plus agressif possible, de porter des jugements vraiment définitifs et sans nuance, et puis sans la plus élémentaire courtoisie. Donc dans ces comptes-rendus, en fait, enfin dans les commentaires qu’ils laissent, on lit absolument tout et son contraire, c’est-à-dire que vous pouvez avoir : Ah, j’ai beaucoup aimé ce cours, c’était vraiment très intéressant, le professeur s’intéresse beaucoup à nous, il nous aide à tout comprendre. Et puis, sur le même prof, vous allez avoir quelqu’un qui dit : Ce prof est absolument nul, il s’intéresse pas aux étudiants. Donc c’est vraiment très, très particulier quand on lit ça et il faut être… disons assez détaché pour pas se laisser atteindre parce que par moment, c’est quand même très… Ce sont des attaques personnelles et évidemment, selon que les étudiants aiment la matière, selon les rapports qu’on a pu avoir avoir avec eux, et selon le fait qu’ils sont tout simplement bien ou mal élevés, bien élevés ou mal élevés (17), voilà, on va avoir des avis très, très différents. Et je voulais vous parler de ça parce que en fait, au contraire, à l’opposé de ça, j’ai eu… J’ai terminé un cours avec une licence, des étudiants de licence et une étudiante est venue me voir à la fin, est venue me dire : Voilà, je voulais vous remercier, parce que bon, voilà, votre cours m’a vraiment réconciliée avec l’anglais et c’était vraiment bien, etc. Et c’est vrai que c’est très rare finalement qu’on ait des étudiants, des jeunes qui viennent nous dire si… quand ça leur a apporté quelque chose, et c’est un métier un peu ingrat quand même, quand on est prof, parce que on ne peut jamais vraiment mesurer l’impact qu’on a sur les… sur nos étudiants et puis sur la façon dont ça a pu leur apporter quelque chose. C’est assez compliqué en fait ! Et donc quand certains étudiants ont assez de maturité pour venir remercier, dire les choses, bah je trouve que c’est bien, quoi, ça fait du bien aussi. Voilà, je ne sais pas comment c’est chez vous, dans votre pays ou dans votre propre expérience. Ça m’intéresse de savoir, si vous avez des commentaires à faire et bah, pour le moment, je vais vous laisser parce que sinon, ça va être un petit peu trop long. A bientôt !

Des explications :
1. faire le point : analyser une situation à un moment donné. Cette expression vient du domaine nautique où on fait le point sur un bateau pour savoir où on est exactement.
Par exemple : Je voudrais faire le point avec toi sur ta situation professionnelle.
Ici, faire un point météo, c’est récapituler ce qui s’est passé.
2. Le proverbe : le fil dont il est question évoque le tissu des vêtements, donc les vêtements.
3. Avant l’heure : plus tôt que normal.
Par exemple : On a fêté son anniversaire avant l’heure car ensuite, il partait en voyage.
Ou encore : Tous ces cadeaux ! C’est Noël avant l’heure !
4. D’un coup : brutalement, sans transition, de façon soudaine
5. On va le payer : après une période favorable, on va subir des conséquences négatives.
6. Derrière : ici, ce n’est pas le sens spatial. Cela signifie après.
7. C’est toujours ça de pris ! : expression familière qui signifie que si une situation favorable ne se prolonge pas, il faut en profiter avant.
8. Par définition : précisément
9. se faire une idée (par soi-même) : se faire son opinion, réfléchir personnellement à quelque chose. Par exemple : Je ne veux pas les influencer. J’aimerais qu’ils se fassent une idée par eux-mêmes. / C’est un peu difficile de se faire une idée en lisant juste le résumé de ce livre.
10. Terrible : cet adjectif exprime une idée négative en français. Par exemple : Il y a un vent terrible aujourd’hui.
11. Dégommer : c’est de l’argot, qui signifie abattre, tuer, éliminer. Donc ici, c’est l’idée que certains étudiants s’en prennent verbalement aux enseignants de façon agressive.
12. En prendre pour son grade : être critiqué, subir des critiques. (argot)
13. régler ses comptes (avec quelqu’un) : dire tout ce qu’on pense de négatif sur quelqu’un, se venger d’une situation qu’on a subie.
14. Faire des réflexions (sur quelqu’un) : critiquer cette personne et le dire aux autres.
15. Être hautain(e) : exprimer clairement qu’on se sent supérieur aux autres
16. Mais quel rapport ? = Quel est le lien ? On pose cette question quand on ne voit pas le lien logique entre deux choses.
17. Bien élevé / mal élevé : poli / impoli

Bon, je me rends compte que je dis souvent vraiment, etc. et très, très. Vous pouvez compter ! Ah, ces tics de langage qu’on a !
Bonne journée à vous.

Des pas ou des mails ?

Il fut un temps où nous n’avions pas d’ordinateurs, ni de smartphones évidemment ! Mais je n’arrive pas à me souvenir comment nous communiquions au travail et à propos du travail, tellement les choses ont changé et en si peu de temps. La seule chose que je me dis, c’est que nous devions être très tranquilles, que les choses devaient prendre plus de temps et que la frontière entre temps de travail et temps personnel devait être plus tranchée, sans que cela gêne personne puisqu’on ne pouvait pas faire autrement.

La plupart de mes collègues – de tous âges – ont fini, il y a deux ou trois ans, par décider de ne plus répondre aux mails professionnels ou d’étudiants pendant le weekend ni après une certaine heure le soir en semaine : « on verra ça demain matin », « on verra ça lundi », ou même parfois, « on verra ça après les vacances ».

Nous avions déjà l’habitude de ne pas séparer de façon nette vie personnelle et vie professionnelle car en tant qu’enseignants, oui, nous avons un temps relativement court de présence devant les étudiants mais avec un temps de préparation, de recherche, de corrections de copies, de réunions qui n’est pas défini et est pris aussi sur les weekends, les soirées, les vacances. Alors répondre aux mails n’importe quand paraissait normal et nécessaire. Mais à un moment donné, certains ont dit trop, c’est trop !

Si je parle de ça aujourd’hui, c’est parce que je suis en vacances. Et que cela me fait beaucoup de bien de ne pas être en contact avec le travail pendant quelques jours – mais j’ai des copies à corriger ! Cela m’a remis en mémoire une émission entendue il y a deux ans, sur ces entreprises qui instituent des demi-journées ou même parfois des journées sans mails pour leurs salariés. C’est ce dont parlait cette jeune femme proche de la trentaine dont j’avais gardé le témoignage sympathique. Toujours d’actualité, d’autant plus à propos de ce qu’elle dit de ses rapports avec son téléphone. Comment ne pas s’y reconnaître ?

Des pas ou des mails

Transcription:
– C’est une hygiène de vie (1). Ça habitue aussi les gens à se dire : Bon bah, il faut peut-être prendre un peu de recul (2) vis-à-vis de tout ça et pour chaque action, il y a pas toujours un email. Un coup de téléphone, ça peut être important et tout simplement, aller voir la personne. Personnellement, j’ai un podomètre qui fait que le vendredi matin sans emails, c’est le moment où je fais le plus de pas !
– Vous avez vraiment un podomètre qui mesure…
– Oui, regardez ! Je vous le montre : par exemple, je suis à 4000 pas et je sais que quand je suis à la journée… la demi-journée sans emails, je suis à au moins, pour la matinée, à 7000 pas. C’est long, hein, Price Minister ! Il faut les traverser, les bureaux ! Moi je travaille à la communication, donc c’est un des services quand même les plus transversaux (3) et donc je vais… je vais encore plus loin ! Je vais voir le SAV (4), je vais voir les commerciaux, en bas, les techniques, enfin vous verrez, c’est… c’est très sportif (5), c’est très sympa.
– Et c’est surtout les gens à qui vous enverriez des mails si vous n’aviez pas cette journée sans emails ?
– C’est plus rapide en fait, pour être tout à fait honnête, c’est plus rapide d’envoyer des emails. Mais c’est dommage (6). Et parfois, en fait, bah on reçoit tellement d’emails, quand vous arrivez le matin, c’est le premier réflexe, je pense, c’est de consulter ses emails. Et ça peut être très stressant. Et en fait, on se dit : Oh là là, mon dieu ! En fait, on voit tout ce qu’on n’a pas fait pendant la soirée, parce que il y a quand même des emails qui sont envoyés pendant la soirée, donc ça peut être assez anxiogène (7) pour certains. C’est important de le dire, c’est en externe (8), on peut pas envoyer d’emails, certains ont même un message d’absence pour dire : « Voilà, bonjour, c’est le vendredi matin sans emails chez Priceminister. Je répondrai à votre email dans l’après-midi. »
– Et est-ce que vous êtes du genre (9), comme beaucoup de personnes, à regarder vos mails le weekend, à ne pas complètement déconnecter ?
– J’avoue que je suis assez aliénée (10) sur ce sujet. En fait, je vais consulter rapidement mes emails tous les soirs et le matin en me réveillant, c’est une habitude, parce que je n’ai pas envie justement d’arriver au bureau et de voir 150 emails de retard. C’est insupportable !
– Donc vous préférez finalement prendre un peu d’avance et déjà les regarder au saut du lit.(11)
– Exactement. Je ne veux pas y répondre parce que je veux quand même faire comprendre aux gens que bah on on a tous une vie, hein, qu’on ait une vie de famille ou une vie sociale un peu développée, on a tous une vie après le travail. Mais c’est vrai que même pendant mes vacances, l’idée de me retrouver avec 700, 800 emails de retard, c’est insupportable. Et en plus de ça, je suis ultra-connectée. Je regarde aussi les tweets et tout ce qui se passe sur Facebook, j’avoue !
– Est-ce que parfois, c’est pfff (12)… ça vous submerge, d’être aussi connectée ?
– Oui. Ça peut vraiment être étouffant, pour être tout à fait honnête. Après, c’est à moi aussi de me l’imposer. Je me force, plutôt que de répondre à un email, d’aller voir la personne, même si c’est hors journée sans emails. J’essaie de faire en sorte que « Ok, viens, on discute, on va essayer de trouver une solution. » Et ça… je pense… ça calme tout le monde, en fait, parce que vous allez voir la personne, en cinq secondes, vous avez réglé le problème. Il faut qu’on continue, il faut que ça se développe et il faut vraiment que ça devienne – je persiste avec ce mot – une hygiène de vie en fait.
– Ça vous est déjà arrivé par exemple de pas avoir (13) de téléphone pendant quelques jours ?
– Vous êtes pas malade ? (14) C’est pas possible !
– Est-ce que ce serait un drame (15) de plus avoir son téléphone un jour, deux jours, trois jours ?
– Je sais que si j’oublie mon téléphone chez une amie, ça peut m’arriver, je suis capable de faire demi-tour (16), vraiment ! C’est mon couteau suisse (17) à moi, j’ai ma vie personnelle, ma vie professionnelle dessus, c’est vrai que si on me le vole… hum…. je vais peut-être pas être de très bonne humeur après, hein ! Mais… Mais oui, on se disait donc ça avec nos amis que ce serait vraiment pas mal (18), pendant quelques jours, on laisse le téléphone. Même en salle de réunion, moi, c’est un conseil que je donnerais, c’est… Bon, il faut avoir confiance, après, vous mettez un panier à l’entrée de la salle de réunion, tout le monde met son téléphone. Je vous assure… Moi, je suis persuadée de ça, en fait, c’est vraiment… On l’a en permanence et donc malgré tout, on porte nos problèmes avec nous.

Quelques explications :
1. une hygiène de vie : avoir une bonne hygiène de vie, c’est-à-dire avoir une vie saine (avec une bonne alimentation et une activité physique entre autres) ou une mauvaise hygiène de vie en fait. Ici, elle veut donc parler d’une vie équilibrée, avec de bonnes habitudes.
2. Prendre du recul : réfléchir avant de faire quelque chose et se détacher de ce qu’on fait de façon automatique.
3. Un service transversal : c’est un département dans une entreprise qui interagit beaucoup avec les autres.
4. Le SAV : le Service après-vente
5. c’est sportif : cela fait faire du sport, puisqu’il faut marcher, monter et descendre des escaliers.
6. C’est dommage : c’est regrettable
7. anxiogène : quelque chose qui crée de l’anxiété
8. c’est en externe : elle veut dire que la cette demi-journée sans emails concerne aussi les relations avec l’extérieur, l’interdiction n’est pas seulement en interne, entre collègues.
9. Être du genre à faire quelque chose : avoir l’habitude de faire quelque chose, avoir tendance à le faire très souvent. (plutôt familier). On dit par exemple : Elle n’est pas du genre à oublier les anniversaires. / Il est du genre à se stresser pour tout.
10. Être aliéné : normalement, c’est être fou. Donc ici, cela signifie qu’elle n’a pas une attitude équilibrée par rapport au téléphone, qu’elle est plutôt dominée par lui que l’inverse, qu’elle n’a plus son libre-arbitre.
11. Au saut du lit : dès qu’on se lève le matin.
12. Pfff : cette onomatopée exprime le découragement face à quelque chose qui paraît insurmontable.
13. De pas avoir : il manque « ne » comme souvent à l’oral = de ne pas avoir…
14. Vous êtes malade ! / Tu es malade ! = vous êtes fou / Tu es fou !
15. Ce serait un drame : ce serait très grave, très embêtant.
16. Faire demi-tour : ici, elle veut dire qu’elle retourne chez la personne chez qui elle a laissé son téléphone.
17. Un couteau suisse : ce couteau a plusieurs lames et d’autres accessoires qui le rendent utile dans de nombreuses situations. Donc on emploie souvent cette image pour décrire quelque chose qui a de multiples fonctions et est très pratique.
18. Ce serait pas mal = ce serait bien (familier)

L’émission entière est ici.
(Ce petit reportage commence vers 9’50)

Une vie raisonnable avec ses vaches

Ce matin à la radio, pendant quelques minutes, on était dans le département des Hautes-Alpes, auprès d’un agriculteur qui parlait de fraises et de tomates, de ses vaches, de son travail et de ses idées sur son métier. Accent du sud-est, pour dire en filigrane les difficultés de ceux qui ne sont pas dans l’agriculture intensive et qui pourtant nous nourrissent et ne veulent plus massacrer le milieu dans lequel nous vivons.

Eleveur dans les Hautes-Alpes

Transcription:
– Votre micro baladeur (1), Hervé Pauchon, eh bien, il s’est posé dans une laiterie.
– Ah, vous entendez les trayeuses (2) ! Eh bah il s’appelle Bruno, il a cinquante et un ans, il est agriculteur dans les Hautes-Alpes et il a trente vaches à lait. On l’écoute !
– Si j’étais, eh beh, invité sur France Inter, ce que j’aimerais dire, c’est qu’en tant qu’agriculteur, aujourd’hui, beaucoup de… La fraise, la tomate, elles ne poussent plus dans la terre ! Alors ils nous font voir des serres où soi-disant (3), il y a pas de pesticides ni rien, mais la plante, elle ne pousse plus avec les oligoéléments du sol ! Souvent, elles prennent les racines dans un tuyau où il va circuler des… je sais pas moi, je pense que c’est plus ou moins des… que des engrais !
– Vous, vous êtes pas du genre à (4) manger des tomates pendant l’hiver, alors ?
– Ah non, pas du tout. Je suis (5) les saisons. Mais l’agriculture, je pense qu’on en a besoin pour entretenir le territoire. Parce que il faut savoir qu’en gros (6), pour produire un litre de lait, il y a… Les vaches vont, en liquide ou en solide, vont faire trois litres d’effluents.
– Pour un litre de lait, c’est trois litres de bouse et de pisse !
– Voilà.
– Il y a quelque temps, on a beaucoup parlé des problèmes de… des producteurs de lait justement comme vous. C’est réglé aujourd’hui ?
– Eh bien pas vraiment. Parce que le lait, à l’automne, il a ré-augmenté, soi-disant on manquait de beurre et tout, le prix du lait a remonté quatre, cinq mois et aujourd’hui, on nous dit qu’on a trop de lait et le prix du lait a rebaissé.
– Alors, il faut savoir qu’aujourd’hui, on lui achète son litre de lait, à Bruno, entre 35 et 38 centimes. Vous avez noté combien de litres de lait pour trois litres de pisse et de bouse, hein ?
– J’ai compris, ouais.
– Un litre de lait. La suite !
– Si j’étais sur France Inter, je suis agriculteur en montagne. Nous avons des contraintes mais on a encore la chance de manger, puis d’avoir un espace de vie.
– C’est quand la dernière fois que vous êtes parti en vacances ?
– Eh beh, j’ai pris trois jours malheureusement en 2014. Et après, depuis, je n’ai plus pris de vacances. Mais après, ce que je veux quand même dire, que je ne découragerai pas un jeune agriculteur de s’installer dans le métier, parce que les gens, il faudra toujours qu’ils mangent. Mais j’ai un conseil à leur donner, c’est de pas investir outre-mesure (7), de faire à son échelle (8), le matériel (9), tout ça, rester raisonnable et pas de se mettre la corde au cou (10) avec le banquier, parce que les banquiers, je dis pas que c’est des voleurs mais après, quand on n’arrive plus à rembourser ce qu’on doit, c’est la fuite en avant (11), l’agrandissement, et on… là, c’est le… le bout. Et il vaut mieux garder une maîtrise.

Des explications :
1. baladeur : qui se balade, qui se promène. (Ce journaliste va à la rencontre des gens sur le terrain.)
2. une trayeuse : un appareil qui permet de traire les vaches.
3. Soi-disant : à ce qu’on prétend. (On trouve souvent la faute d’orthographe : soit-disant)
4. ne pas être du genre à faire quelque chose : ne pas faire quelque chose habituellement. Par exemple : Je ne sais pas pourquoi il n’est pas là ! Il n’est pas du genre à oublier ses rendez-vous pourtant. C’est bizarre.
On peut l’employer à la forme affirmative : Ce que tu me racontes ne m’étonne pas. Il est bien du genre à se montrer grossier !
5. Je suis : du verbe suivre. Ce n’est pas le verbe être ici.
6. En gros : en simplifiant, en généralisant. On n’entre pas dans les détails.
7. Outre mesure : excessivement, trop.
8. Faire à son échelle : faire les choses sans se laisser dépasser, selon ses moyens. Ne pas vouloir grandir à tout prix.
9. Le matériel : c’est le matériel agricole : tracteurs, moissonneuses, etc.
10. se mettre la corde au cou : ne plus être libre. Ici, cela signifie se mettre dans une situation où on est obligé de travailler sans cesse pour rembourser ses emprunts, et donc se mettre dans une situation dangereuse.
11. La fuite en avant : pour sortir des problèmes, on continue dans la même direction, de la même manière, ce qui aggrave les problèmes déjà existants. On est coincé, prisonnier. Il veut dire que pour rembourser leurs dettes, les agriculteurs doivent travailler de plus en plus, grandir et donc emprunter encore pour acheter le matériel nécessaire à une exploitation plus grande. Mais cela ne résout pas les problèmes.

L’émission est ici.


Nos voisines les vaches (dans l’Aveyron ):
Elles font tous les jours le trajet sur la toute petite route entre leur pré et la ferme. On les croise le matin vers 9 heures quand elles partent se mettre au vert pour la journée. Et en fin de journée, elles rentrent à l’étable pour la traite et pour la nuit. J’aime bien savoir qu’elles mangent de la vraie herbe, au calme, entre copines !

Les voyages en train

Vous le savez peut-être, ou vous l’avez expérimenté personnellement en début de semaine, les voyages ou les déplacements en train se compliquent en France depuis quelques jours : il y a des grèves dans les trains et les gares, à cause des projets du gouvernement pour réformer la SNCF, sans réelle concertation et dans un sens qui ne satisfait pas une majorité d’employés de la SNCF.

Côté usagers ou voyageurs, les réactions vont du soutien à la condamnation, en fonction des idées politiques de chacun, des clichés que certains ont dans la tête sur les cheminots (qu’ils considèrent comme des « privilégiés »), de leur position sur le service public, du fait qu’ils travaillent dans le public ou le privé. Et aussi pour certains, en fonction du dérangement que la grève leur occasionne, puisque par définition, quand les gens cessent de travailler et de remplir leur mission, cela entraîne des complications !

Voici donc quelques témoignages de gens qui prennent d’habitude le train, pour aller travailler, ainsi que celui du gérant d’un magasin à la gare Saint Charles à Marseille. C’était aux infos à la radio en début de semaine. Positions variées.
(Mais je suis étonnée de ne pas avoir entendu le classique : On est pris en otage ! Choix des journalistes sans doute.)

Jours de grève- Avril 2018

Transcription

Ça va, hein. Ça pourrait être pire. C’est pour ça qu’on s’y prend tôt (1). Hier, ça a été un peu mieux que ce matin. Je sais pas, les gens sont… se sont peut-être un peu moins arrangés (2) aujourd’hui que hier.

– Bah moi, hier, moi, j’ai pris une chambre sur Paris, voilà, tout simplement, parce que c’était… c’est pas possible autrement.
– Là, c’est le deuxième jour. Ça risque de durer (3) jusqu’en juin. Comment vous le sentez ? (4)
– Bah mal, mal. Ça va être difficile. Je sais pas comment je vais faire pour les autres fois. Je vais, bon… Je vais peut-être prendre des jours de congé, enfin je vais me débrouiller, quoi.

Hier matin, j’ai… j’ai trop galéré. J’ai pas pu. J’ai laissé quatre trains passer hier, tellement c’était rempli*.

J’ai pas du tout envie d’être bousculée. Je veux dire, de toute façon, là, on parle de grève mais c’est sans arrêt (5) qu’il y a des problèmes à la SNCF. C’est tous les jours, en fait. Bah faudrait (6) peut-être qu’ils changent un peu leur système. On est dans le changement, faut (6) que tout le monde change en fait.

– Honnêtement, j’avais des gros doutes et… Mais c’est pas mal d’inquiétudes, il faut s’organiser un petit peu, voilà. Pas trop dormir, dormir moins, se lever plus tôt, partir à jeun (7) et puis voilà. Un peu une contrainte, mais enfin, moins pire que je pensais.
– La grève va durer normalement longtemps, jusqu’au mois de juin.
– Oui, c’est ça.
– Vous vous dites que ça va pas être simple ?
– Ça va pas être simple. On a vécu pire, on a vécu des travaux sur les lignes,on a vécu des grèves inopinées (8) suite à des agressions. On va faire avec (9).
– Vous comprenez, la grève ?
– Bah je pense qu’il y a une part de vérité dans ce qui est dit par rapport au statut des cheminots (10) mais il y a surtout du matériel qui est vieillissant, du matériel qui est mal entretenu, des choses qui sont mal organisées. Alors, je comprends la grève. Après, je la comprends aujourd’hui. Dans trois mois, je sais pas si je continuerai à la comprendre.

On est arrivés vers 6 heures 15 et on devait normalement partir à 6h55, sauf que là, bah le train n’est pas là. On joue aux cartes, ouais, on s’amuse. C’est galère (11), mais bon, on fait avec, hein !

Seul au monde. Catastrophe, hein ! D’habitude, c’est par centaines (12) ! Vous savez, avec les trains qui montent à Paris, les Ouigo (13). Et là, bah il y a personne, hein ! Trafic : nul, clients : nul (14). Voilà !

Des explications :
1. s’y prendre tôt : agir en anticipant, ne pas faire les choses au dernier moment.
2. S’arranger : trouver une solution
3. ça risque de durer : cela va peut-être durer. Il y a des chances que cela dure.
4. Comment vous le sentez ? : c’est une façon familière de demander à quelqu’un ce qui va se passer à son avis.
5. Sans arrêt : en permanence / tout le temps / sans cesse
6. faudrait que… / Faut que : à l’oral, il est très courant de ne pas dire : Il faudrait / Il faut. Ou alors, ce Il est juste prononcé « i ».
7. à jeun : sans avoir mangé. Voici des exemples d’emploi : Il faut être / rester à jeun avant une opération ou avant une prise de sang. (Ce mot a une drôle de prononciation !)
8. des grèves inopinées : des grèves qui n’ont pas été annoncées. Normalement, il faut déposer un préavis de grève, c’est-à-dire annoncer officiellement qu’il y aura grève. Mais il arrive que des conducteurs de bus ou de train par exemple cessent le travail par solidarité avec un de leurs collègues qui a été victime d’une agression et en signe de protestation.
9. Faire avec : cela signifie s’accommoder de quelque chose, se débrouiller face à une situation qui nous est imposée. On dit : Il faut faire avec. / On va faire avec. / On fait avec. (familier)
10. les cheminots : c’est ainsi qu’on appelle ceux qui conduisent les trains ou les entretiennent ainsi que les voies et de façon plus générale, les employés de la SNCF, parce qu’ils travaillent pour les chemins de fer.
11. C’est galère : c’est compliqué, il y a des problèmes pour faire ce qu’on avait à faire. (très familier).
12. C’est par centaines : d’habitude, il voit passer des centaines de voyageurs dans son magasin à la gare.
13. Les Ouigo : ce sont des TGV dans lesquels les places sont moins chères que dans les autres TGV.
14. Trafic nul = il n’y a pas ou presque pas de trains en circulation. La conséquence, c’est qu’il y a très peu de voyageurs, donc peu de clients dans les magasins et cafés dans les gares ou aux abords des gares.

* Un peu de français oral – Comment employer Tellement :
La phrase normale, ce serait : Il y avait tellement de monde que je n’ai pas pu monter dans le train.
A l’oral, on tourne souvent cette phrase dans l’autre sens, ce qui suppose quelques petits déplacements des mots :
Je n’ai pas pu monter, tellement il y avait de monde dans le train.

J’étais tellement en retard que je suis rentrée chez moi.
Je suis rentrée chez moi, tellement j’étais en retard.

Il a eu une attitude tellement incompréhensible que j’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement.
J’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement, tellement il a eu une attitude incompréhensible.

La gare est tellement vide qu’on n’a pas l’impression d’être un jour de semaine !
On n’a pas l’impression d’être un jour de semaine, tellement la gare est vide!

Il faisait tellement froid qu’il avait gardé son pull.
Il avait gardé son pull, tellement il faisait froid.

Et pour finir, oui, la France est un pays où on fait grève et où on manifeste dans la rue.

Métiers de garçons, métiers de filles ?

Fin janvier en France, les jeunes qui sont en terminale au lycée mettent en route le processus administratif qui leur permettra de s’inscrire dans l’école ou l’université de leur choix. Mais le choix est souvent difficile ! C’est l’heure des grandes questions quand on n’a pas de vocation particulière ou qu’on est au contraire attiré par des domaines variés. Sur le site Cité orientée, on trouve une multitude de témoignages de jeunes qui se cherchent et d’autres qui ont déjà un pied dans la vie professionnelle. Paroles de leurs parents aussi, de leurs proches, de leurs professeurs, de leurs tuteurs de stage. C’est riche !
Les auteurs de ce projet étaient interviewés par Hervé Pauchon pour la radio.

cite-orientee

metiers masculins et féminins

Transcription :

– Donc j’ai fait un petit tour (1) de qui a une idée de ce qu’ils veulent faire – c’était des 4èmes – donc il y en a beaucoup qui avaient vraiment pas d’idées. Mais dans ceux qui ont dit, il y en a quatre… filles qui ont dit puéricultrice (2). Voilà. Et ce serait bien qu’il y ait des garçons puériculteurs (2) aussi, du coup, de pas s’arrêter que là parce que c’est que des filles.
[…]
– Ouais, et du coup, je suis très sensible à cette question en plus, c’est vrai. On en croise peu (3), hein !
– Pourquoi ? Vous êtes puériculteur ?
– Non, mais je suis très engagé dans le soutien au développement des métiers de la petite enfance, voilà. Donc je pense que c’est important qu’on offre aux enfants la possibilité de s’épanouir (4) dans des métiers qui sont pas forcément orientés sexuellement,justement, parce que beaucoup d’enfants pensent que… Voilà, ils reproduisent ce qu’ils entendent, ce que les parents peuvent vivre eux-mêmes, les métiers très féminins, les métiers très masculins. Donc il y avait des agricultrices qui réussissent aussi bien que des agriculteurs, et c’est ce que tu montres, je crois, dans le… Il y a un des enfants qui est intéressé par les métiers de l’espace vert (5) ou… je sais plus… enfin, il y a des profils qui sont très différents. Il faut casser un peu les préjugés sur les métiers en fait.
C’est vrai que dans le projet, il y a justement une fille – je sais pas si elle est là ce soir, Magaly – mais qui s’est retrouvée à … qui voulait être électricienne, et quand elle a appelé le… pour trouver du travail, donc c’est une fille, elle appelle au téléphone des sociétés d’électricité pour se faire prendre en apprentissage et tout le monde lui dit : Ah, c’est pour votre fils ? Alors… et à chaque fois, elle doit expliquer : Non, non, c’est pour moi ! Et elle s’est pris un nombre de refus avant de trouver sa place. Et elle est seule dans sa classe. Et elle est… Elles sont trois filles sur cinq cents élèves, je crois. C’est vraiment des ratios… et c’est pas facile de les dépasser. Et pourtant, chaque fois qu’ils les dépassent, chaque fois qu’ils rencontrent des gens, les gens se disent soit ça fait du bien d’avoir des filles dans ce métier de mecs (6), ou à l’inverse, ça fait du bien d’avoir des mecs dans ce métier de filles puisque c’est dans les deux cas – il y a aussi… Dans le projet, il y avait un infirmier qui disait que c’était pas évident parce qu’il avait l’impression que les médecins traitaient mieux les infirmières que les infirmiers. Et c’est vrai que c’est un projet…enfin qui nous unit et qui est… qui nous touche beaucoup d’essayer de dépasser le plafond de verre qui fait qu’on ne s’autorise pas ce métier-là.
– Moi, je me souviens pas ce que je voulais faire, mais c’est pas du tout ce que je fais aujourd’hui, ça, c’est sûr !
– Donc finalement, ça sert à rien de se prendre la tête (7) ! Il faut juste profiter de la vie et puis… !
– Je pense que les gamins (8), il faut effectivement leur laisser le temps de choisir et puis surtout, on est dans une période où les métiers, on ne va plus en avoir un seul dans une vie professionnelle. Donc il faut aussi accepter que les gamins, ils puissent à la fois et douter, s’interroger, tâter le terrain (9) et puis derrière ça, c’est aussi leur donner des opportunités pour découvrir des métiers qu’ils n’auraient pas forcément découverts.

Des explications :
1. faire un petit tour de quelque chose : au sens figuré, c’est explorer un peu une question. Ici, c’était interroger quelques-uns des jeunes sur leurs futurs métiers.
2. Une puéricultrice : c’est une femme qui s’occupe des bébés et des très jeunes enfants dans une crèche par exemple. Le masculin puériculteur n’existait pas puisque ce métier était considéré comme uniquement féminin.
3. On en croise peu = on rencontre peu d’hommes qui exercent ce métier, puisqu’ils sont encore très peu nombreux.
4. S’épanouir : être heureux, se réaliser
5. l’espace vert : normalement, on dit plutôt : les espaces verts, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’aménagement des jardins, des parcs dans les villes.
6. Un mec : un homme (très familier)
7. se prendre la tête : s’angoisser à cause de quelque chose, se poser plein de questions, douter (familier)
8. les gamins = les enfants, les jeunes (familier)
9. tâter le terrain : faire des essais, expérimenter quelque chose avant de prendre une décision, avant de faire vraiment quelque chose, parce qu’on n’est pas très sûr. (familier)

J’ai donc écouté le témoignage de Magaly, 17 ans, qui fait des études d’électricité et veut être domoticienne. Allez regarder ce petit reportage.
Sur le site, dans la section « Je rencontre les habitants », cliquez sur la photo de Magaly.
C’est vraiment bien fait, c’est du beau travail documentaire.
Et cette jeune fille est bien sympathique !
(J’espère que vous avez accès au site de là où vous vivez. Dites-moi !)

cite-orientee-magaly

Et vous souvenez-vous de Franck sur France Bienvenue ?

A l’ancienne ?

balade

Elle vit simplement.
Elle en parle bien, avec son accent du sud-est.
Elle aime sa vie.
Elle marche.

Elle n’a jamais travaillé.
Cela s’est trouvé comme ça, ça aurait pu être l’inverse, elle au travail et son mari à la maison, pourquoi pas, dit-elle.

Mais ça, je n’y crois pas vraiment.
Et elle non plus dans le fond, je pense.

Jamais travaillé

Transcription :

– J’ai jamais travaillé en fait. J’ai jamais travaillé, eh oui ! Elle est pas belle, la vie ? (1)
– Jamais de job ?
– Non, jamais. Si vous appelez « travailler », quand j’étais gamine (2), si… Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai vendu des bonbons, mais… j’ai vendu ça une semaine, pour me payer les tours de manège (3) ou des trucs comme ça. Mais sinon, non, de vrais jobs, j’ai pas… j’ai jamais travaillé vraiment.
– Et comment vous vous en sortez (4) financièrement ?
– Bah j’ai mon mari qui a une petite retraite (5), 2400 euros par mois, allez on va dire, en gros (6). Mais on s’en sort bien, on n’est que tous les deux maintenant, donc ça va.
– Et avant ?
– Avant aussi. Je me suis occupée de mes enfants, mes deux enfants, et voilà. On s’est débrouillé (7). On vivait pas avec des gros moyens (8), mais bon.
– Vous avez jamais voulu travailler ?
– Non, bah non. Ça m’a pas manqué. Je suis très indépendante aussi.
– Comment vous pouvez justement être indépendante ?
– Ah non, mais financièrement non, évidemment que non. Mais bon. Les femmes de nos jours… je suis à 1000 % féministe, mais je trouve que c’est un peu dommage que les femmes, elles soient obligées de bosser (9), quoi, parce qu’elles élèvent pas leurs enfants. Puis il faut voir l’éducation qu’ils reçoivent, hein ! Il y a plus d’enfants (10), quoi. Ils sont un peu livrés à eux-mêmes (11), quoi, vu que la maman, elle est pas présente.
– Ça pourrait être vous qui travaillez et votre mari qui travaille pas.
– Pourquoi pas ? Ça me gênerait pas. Ça s’est pas trouvé comme ça (12). Là, voyez, en me promenant, j’ai pas besoin de gros moyens. J’achète un petit truc à manger, je fais des photos, je me balade (13), je… Voilà. C’est ça, la vie, hé, c’est profiter. Je marche beaucoup, trente, quarante kilomètres, on va dire, par semaine. Et ça coûte rien. J’ai jamais eu de gros besoins, quoi. C’était mes enfants en premier, quoi. Moi je me contente de (14) ce que j’ai, hein. De toute façon, l’argent appelle l’argent, et voilà. Je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui ont la folie des grandeurs (15) un peu, hein ! Qui vivent au-dessus de leurs moyens, ça, il y a beaucoup d’endettement et tout ça, qu’on voyait pas avant, hein. Moi je sais que je suis d’une famille de quatre enfants, on était six, mon père était mineur de fond (16), et je vous garantis, le salaire était pas faramineux (17) ! Eh bah ma mère, elle a toujours su gérer, hein. Ma mère, c’était le pilier, le pilier de la maison. C’est vrai. Et voilà, elle a jamais travaillé non plus, hein. On s’en est bien porté (18), hein.
– Est-ce que vous êtes une femme à l’ancienne (20)?
– Non, non, pas du tout ! Au contraire, je suis très, très moderne, très !

Des explications :
1. Elle est pas belle, la vie ? : c’est devenu une expression, pour dire que tout va bien, qu’on se sent bien dans une situation particulière. On peut aussi l’employer pour commenter la situation de quelqu’un, qu’on trouve facile, sans stress, etc. Par exemple, un ami est installé dans une chaise longue, bien tranquille, et vous lui dites : Elle est pas belle, la vie !
2. Quand j’étais gamine : quand j’étais enfant (familier)
3. un tour de manège : dans les fêtes foraines, il y a des manèges. Et quand on monte sur un manège, on dit qu’on fait un tour de manège.
4. S’en sortir : y arriver, réussir. Quand on dit qu’on s’en sort financièrement, cela signifie qu’on n’a pas de problèmes d’argent, même si on n’a en fait pas beaucoup d’argent. Inversement, on ne s’en sort pas financièrement, quand on a un trop petit salaire ou trop de charges.
5. Une petite retraite : c’est l’argent qu’on touche quand on a pris sa retraite. Ce peut être une petite retraite ou une retraite confortable, une bonne retraite, une grosse retraite.
6. En gros : sans entrer dans les détails, sans être parfaitement précis dans les chiffres qu’on donne.
7. Se débrouiller : trouver des solutions même si ce n’est pas toujours facile. (familier)
8. ne pas avoir de gros moyens : ne pas avoir beaucoup d’argent.
9. Bosser : travailler (familier)
10. Il y a plus d’enfants ! : elle déplore le fait que les enfants ne se comportent pas comme ils le devraient. Elle les trouve mal-élevés.
11. Ils sont livrés à eux-mêmes : personne ne les surveille, ne les guide, et ce n’est pas bien.
12. Ça ne s’est pas trouvé comme ça : ce n’est pas ce qui s’est passé. Le hasard, la vie ont fait que ce n’est pas arrivé de cette manière.
13. Se balader : se promener (familier).
14. Se contenter de quelque chose : ne pas avoir besoin de plus.
15. Avoir la folie des grandeurs : cette expression signifie qu’on a des besoins de luxe, on cherche à avoir toujours plus, et plus que ce qu’on peut s’offrir : une voiture, une maison très chères, etc. ( Elle ajoute : un peu, ce qui fait bizarre car on ne peut pas avoir la folie des grandeurs à moitié en fait ! Ce « un peu » sert en fait à atténuer ce qu’elle vient de dire.)
16. un mineur de fond : un mineur qui travaille au fond de la mine.
17. Faramineux : énorme, exagéré. On parle souvent de prix faramineux.
18. on s’en est bien porté = cela nous a été bénéfique et nous n’avons pas souffert de cette situation, au contraire.
19. À l’ancienne : traditionnel, comme dans le passé. Et donc pas moderne.

Sur France Bienvenue, il n’y a pas longtemps, avec mes étudiantes, nous avons discuté des femmes et du travail.

Ah, les Françaises !

Mère et fils
Le verdict était sans appel dans l’émission dont je vous ai parlé la semaine dernière: pour ces Allemandes installées en France depuis longtemps, nous ne sommes pas les rois en matière de propreté des rues. Ce n’est pas donné à tous les petits Français d’apprendre à jouer d’un instrument de musique. Nous avons des progrès à faire pour rendre nos villes et nos habitations plus écologiques. La ponctualité et nous, ça fait deux. Bref, peut mieux faire !
Néanmoins, elles nous ont toutes reconnu une qualité essentielle. Et celle-ci fait plaisir ! C’était l’occasion de ne pas oublier que ce qui paraît si évident ici et dans d’autres pays ne l’est pas partout.

Etre mère et travailler

Transcription
– Bonjour Laure.
– Oui, bonjour.
– Nous vous écoutons.
– Oui, merci. Alors voilà, j’ai fait une année Erasmus (1) en 2004-2005 à Berlin. J’ai gardé contact (2) avec ma colocataire d’alors (3) et lorsque nous échangeons (4), nous avons toujours un point sur lequel nos avis divergent, c’est sur le travail de la femme, à savoir que moi, il y a quelques années, je travaillais à temps complet, et j’avais mis ma fille cinq jours par semaine, dix heures par jour à la crèche (5), et ma colocataire ne comprenait pas que je n’aie pas réduit mon temps de travail pour m’occuper de ma fille. Et aujourd’hui, j’ai un second enfant, je travaille à la maison, j’ai créé mon entreprise. Et là, je l’ai mise chez la nounou (6) pour pouvoir travailler. Et là encore, elle ne comprend pas que je ne garde pas mon enfant à la maison en fait, pour… pour m’occuper de lui.
– On va soumettre votre cas à Michaela Wiegel.Qu’en pensez-vous ?
– Oui, Laure, merci beaucoup pour votre contribution, parce que effectivement, pour moi, je suis quand même allemande, mais ça reste quand même un des énigmes (7) : pourquoi la femme allemande doit encore se justifier quand elle veut travailler ET avoir des enfants. Et là, il faut dire que la France n’est pas assez fière du modèle qu’elle a créé, parce que vraiment, je trouve, en France, il y a déjà absence de pression sociale quand les femmes veulent continuer à travailler, et ça, c’est formidable (8) ! En Allemagne, on est en permanence, encore aujourd’hui, soumis à un regard un peu désapprobateur et quand on a un problème avec un enfant, ah bah c’est certainement parce que la maman travaillait. Et donc là, c’est vrai, on a instauré ce qu’on appelle le , c’est-à-dire les femmes après la naissance de leur enfant peuvent s’arrêter un an de travailler et sont remboursées, en quelque sorte rémunérées par l’Etat à 80 % de leur ancien salaire. C’est formidable mais c’est aussi une façon de… de dire : Voilà, vous êtes mieux auprès de votre enfant. Ne recommencez pas trop vite à travailler. Et ça renforce encore, à mon avis, une mentalité qui est à dire les enfants ne grandissent bien que quand la maman est là le plus de temps possible. Et ça, je trouve (9) en France, on a bien réussi quand même à réconcilier vie familiale et vie professionnelle.

Quelques détails :
1. une année Erasmus : c’est le programme européen qui permet de partir étudier à l’étranger, dans un pays de l’Union Européenne. Rappelez-vous le film L’auberge espagnole, dans lequel Xavier s’installe à Barcelone pour un an !
2. Garder contact avec quelqu’un : on peut dire aussi rester en contact avec quelqu’un : Je suis resté(e) en contact avec ma colocataire / Nous ne sommes pas restés en contact.
3. D’alors : de cette époque-là.
4. Échanger : correspondre
5. la crèche : c’est une structure dans laquelle les petits sont gardés en collectivité par du personnel qualifié. (entre la fin du congé de maternité, donc vers deux mois, et le début de l’école maternelle, à trois ans.)
6. une nounou : c’est comme ça qu’on appelle les femmes qui gardent les enfants à leur domicile. Ce terme vient du nom une nourrice. Le terme officiel pour désigner cette profession (reconnue et encadrée) est une assistante maternelle.
7. Une énigme : ce nom est féminin. Mais on entend « un ». Cette expression est courante pour dire qu’on ne comprend pas quelque chose. On dit aussi : ça reste / c’est un mystère pour moi.
8. C’est formidable ! : c’est vraiment très, très bien.
9. Je trouve : on utilise très souvent ce verbe pour donner son opinion, plutôt que Je pense, qui ne produit pas exactement la même impression.

La touche personnelle:
J’ai toujours travaillé, comme toutes mes amies. Je n’aurais jamais imaginé renoncer à ma vie professionnelle ni à mon indépendance financière pour élever nos enfants, même temporairement. D’ailleurs, mon conjoint n’aurait jamais accepté ! Mais j’ai bien sûr bénéficié des congés légaux mis au bout des vacances quand ça a été possible, nous avons jonglé avec nos emplois du temps, à égalité, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur des nounous de toute confiance, nous avons aimé que nos enfants aillent à la maternelle dès que possible, avec des maîtres et des maîtresses formidables, nous avons choisi d’habiter près de notre lieu de travail pour ne pas perdre un temps précieux dans les transports et ne pas avoir à bousculer nos petits gars, que nous avons eu le temps de voir grandir.

L’émission entière est à écouter ici.

Haro sur les paresseux !

Poil dans la main

Avoir un poil dans la main: être paresseux.
(expression familière)

L’extrait de l’interview est ici.
A écouter et regarder.
(Parce que la gestuelle en dit long aussi.)

Ou pour juste écouter:
Un poil dans la main

Transcription:
– […] la formation professionnelle, on a l’impression que c’est l’alpha et l’omega. C’est… C’est votre idée aussi ? Ou ça sert à déguiser les chiffres (1)?
– Je vais vous dire: la formation professionnelle, c’est indispensable. Ce qui compte le plus, c’est la motivation professionnelle. Nous avons des Français qui ont des poils dans la main (2), il faut le savoir, c’est-à-dire qui… « C’est trop dur », « C’est trop loin », « C’est pas ce que je veux. » « Vous comprenez, moi j’ai été formé pour faire du théâtre (3) et on me propose de faire du commercial. » Bah, non !
– Vous généralisez peut-être un tout petit peu ?
– Pas tant que ça ! Pas tant que ça !
– Le poil dans la main, c’est une formule qui risque de rester alors.
– C’est une vérité.
– Une vérité ?
– Tous les employeurs qui vous disent, il y a des jeunes qui viennent pointer chez moi et qui me disent: « Surtout, ne me proposez rien. J’attends plusieurs mois avant de » (4).

Quelques détails:
1. déguiser les chiffres: ce sont les chiffres du chômage. Les gens qui suivent une formation ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage.
2. des poils dans la main: ce n’est pas la bonne expression en français. On n’a pas des poils mais UN poil dans la main. Cette expression familière s’emploie à propos de ceux qu’on trouve paresseux.
3. formé pour faire du théâtre: l’exemple n’est pas choisi au hasard par cet homme politique de droite, qui a commencé sa carrière à l’extrême droite. S’attaquer à ceux qui travaillent dans la culture rencontre un écho favorable chez certains Français d’extrême-droite et de droite, qui les considèrent comme des inutiles, des parasites qu’on indemnise à ne rien faire. Le ton et le geste de ce politique expriment bien son mépris.
4. avant de: il ne termine pas sa phrase, qui est donc incorrecte. Il veut dire que certains préfèrent profiter de la période où ils ont droit aux allocations chômage pour ne rien faire plutôt que retrouver un emploi tout de suite. Il oublie de préciser qu’effectivement, les emplois proposés ne conviennent pas toujours, obligent les gens à déménager (sans leur famille), à faire de longs trajets, etc.

Un peu plus tard dans l’interview, il accuse les gens de vouloir commencer tard et terminer tôt.
Bref, le discours habituel – méprisant – sur la propension à la paresse des Français et la responsabilité des chômeurs dans leur situation.
Cela évite de parler de la responsabilité de la politique que nous font à tour de rôle ces hommes au pouvoir !

Haro ! : ce terme est utilisé pour susciter l’indignation, la réprobation des autres sur quelqu’un.

Tombés dedans quand ils étaient petits

Le troupeau
Des vaches dans des prés.
Des vaches qui vivent tranquillement leur vie.
Des vaches qui ont des prénoms.
Et deux jeunes éleveurs qui aiment leurs vaches et leur travail. Oui, il reste des agriculteurs qui font bien leur travail pour nous nourrir correctement. (Même si cette petite vidéo ne dit pas tout des difficultés que certains – ou beaucoup – rencontrent pour continuer à vivre de la terre.)

Pour regarder ces deux jeunes agriculteurs, c’est ici.

Transcription
– Chips, Azalée, Ballerine, Bavière, Energie, Douce, Cannelle.
– C’est moi qui les baptise et c’est important. Il y a pas… C’est pas un nom au hasard. (1)
– Fraise, Effrontée. Ah, Alaska aussi, j’ai pas dit. Ah, comment elle s’appelle, elle ?
Je suis un pur produit bio. Je suis né… je suis né dans la bio puisque c’est… On est la troisième génération du coup avec Stéphane. Je suis tombé dedans, comme Obélix dans la marmite. (2)
On a retrouvé un peu dans… dans notre travail, c’est… c’est ce qu’on avait oublié avec le système productiviste. On est vraiment reparti dans une vraie démarche (3) où bah on observe vraiment tout ce qui se passe.
– Allez, venez, venez, venez ! Doucement !
– Aujourd’hui sur la ferme (4), on a… on a des prairies à fleurs variées, ce qui fait qu’on a un lait qui est un lait doux, non acide, qui se rapproche du lait des montagnes.
On n’a pas forcément un métier facile. Mais on a quand même une situation vachement (5) agréable que… Tu es… Tu vis dans la nature, tu es pas pressé par le temps. Chez nous, on court plus (6), on prend le temps de vivre et tout. Puis bah je pense qu’on est fier aujourd’hui, au bout de… d’un demi-siècle, d’être encore là, que ce soit la troisième génération et que bah on peut faire perdurer ça, quoi, c’est… C’est ça qui est… enfin moi, je trouve vraiment génial (7), quoi.
Ça fait du bien de goûter au Vrai !

Quelques détails :
1. ce n’est pas un nom au hasard : c’est un nom choisi en fonction de la vache et de sa personnalité. Donc c’est assez amusant de voir une vache qui s’appelle Ballerine. Pas tout à fait l’image qu’on se fait d’une danseuse !
2. Être tombé dedans : cette expression vient de la bande dessinée que tous les Français connaissent : Astérix et Obélix, les deux Gaulois. Obélix, dont la caractéristique principale est sa force surhumaine, doit cette qualité au fait que lorsqu’il était petit, il est tombé dans une marmite (ou un chaudron) de potion magique. Donc quand on dit de quelqu’un qu’il est tombé dedans, à propos de ce qui fait sa personnalité, cela signifie qu’on parle du moment où cette passion est née et de la force de cette passion ou de ces qualités. Au contraire, lorsqu’on dit : Il n’est pas tombé dedans, cela signifie que la personne n’est pas vraiment douée pour une activité donnée !
3. une démarche : une façon de faire
4. sur la ferme : normalement, on dit : à la ferme. Ici, « sur » indique qu’il veut parler de leurs terres dans leur ensemble.
5. vachement = très (familier et seulement oral.) Et ça tombe bien d’utiliser ce mot quand on élève des vaches !
6. plus : écoutez comment il prononce ce mot : on n’entend pas le « L ». C’est fréquent dans certaines régions en France.
7. génial : super, très bien (familier, oral)

Pour simplement les écouter:

Les vaches de Stéphane et Gaetan

Et Obélix, qui est tombé enfant dans le chaudron de potion magique:

Asterix et Obélix

Joie de vivre

Le troupeau

En route pour un petit tour dans la nature, dans les montagnes des Alpes de Haute Provence, en compagnie de deux jeunes charpentiers. Je les ai trouvés bien agréables à écouter, ces deux garçons qui avaient l’air de savoir tout faire de leurs dix doigts et d’être si contents de leur vie.


La cabane du berger

Transcription:
– Bonjour.
– Bonjour.
– Qu’est-ce que vous faites ?
– On fait des travaux.
– On fait la cabane du berger.
– C’est vrai ?
– Ouais.
– Parce que vous êtes bergers ?
– Eh non, on est charpentiers. Sinon, on garderait les moutons.
– Ah oui, mais enfin vous pourriez redescendre. Là vous avez un chien dans le… l’arrière de votre camion.
– C’est pour garder les outils.
– Ah oui.
– C’est pour garder le chantier.
– Parce que autrement (1), on peut se faire voler les outils là-haut, même au bout du monde ?
– Non, j ‘y crois pas.
– Rabou (2) du monde.
– Eh ouais, c’est ça.
– Vous savez pourquoi Rabou, d’où ça vient, ce nom ?
– Aucune idée.
– Et alors là, vous allez où, là (3) ?
– Qu’est-ce qu’on va faire ?
– On va acheter du bois.
– Ah oui, pour faire la charpente.
– Eh oui, oui, oui. Forcément. (4)
– Elle est à quelle distance d’ici la… la cabane ?
– Une heure à pied en marchant bien (5).
– Je peux avoir votre prénom ?
– Sylvain.
– Nico. (6)
– C’est exceptionnel de bosser dans un cadre pareil (7) pour vous, là !
– Oui oui. C’est pas mal ! (8) On l’a choisi.
– C’est vrai ?
– Eh oui, oui. On a répondu à l’appel d’offres (9), on a fait les plans, machin (10). On s’est afilé (11) un peu pour l’avoir, le chantier. Ça se fait pas tout seul.
– J’imagine qu’une cabane de berger, c’est pas non plus le chantier du siècle.
– Na…. (12) C’est pas celui qui fait le plus de sous (13) parce que c’est un appel d’offres, mais c’est celui qui est le plus agréable à bosser. Du coup, on choisit ce qu’on veut.
– Et vous en avez pour combien de temps ?
– On voudrait bien que ça soit fini dans trois semaines, pour partir en vacances.
– Ah, voilà ! En ce moment, c’est un peu… on parle de la rentrée (14), mais vous, la rentrée, ça n’existe pas.
– Non, non, non.
– La rentrée, non. Non, point de (15) rentrée.
– Pas de vacances, pas de rentrée.
– Et ça fait combien de temps que vous avez commencé le boulot là-haut ?
– Un mois, ouais.
– Quand vous me dites ça, un mois, encore trois semaines de boulot, je me dis : Mais c’est un… C’est pas une cabane qu’il a, le berger là-haut ! C’est… c’est un château, non ?
– Pas mal.
– Ah ouais, ça, il y a l’eau chaude, il y a l’électricité. Bah on remonte, là, dans dix minutes. Tu veux monter ?
– Ah bah, d’accord.
– On repasse, non, c’est vrai, dans dix minutes, on remonte. On va chercher le groupe.
– On fait ça ?
Ouais.
Allez ! (16)
A plus. (17)
– A plus.

– Ça secoue !
– Eh ouais, ouais, ça fait une bonne route, hein !
– Nous, c’est notre périph (18) quotidien.
– Eh oui, c’est ça, oui.
– C’est pas mal, hein !
– Ah oui, ça, non, c’est pas mal comme cadre !
– Même pas quotidien parce queon dort au chantier.
– Vous vivez là, alors ?
– Ouais. Bah la semaine un peu.
– Et le weekend, vous rentrez chez vous ?
– Ouais.
– Et donc là, on est devant la cabane du berger. Mais oui, je comprends mieux. C’est pratiquement (19) un chalet que vous êtes en train de construire !
– C’est une cabane autonome, avec l’eau, l’électricité, l’eau chaude, la douche. Tout, quoi !
– Qui finance cette construction ?
– C’est la commune.
– La commune de Rabou ?
– Ouais.
– Il y a un berger qui est rattaché à cette… ? Ou c’est pour tous les bergers qui passent dans le coin (20 ?
– C’est pour tous les bergers. Après, chaque… Les éleveurs, en gros (21), ils choisissent un berger chaque année. Là, c’est deux… deux femmes qui se… qui se relaient et… Bernadette et Claude.
– Elles sont où, les bergères, là ?
– Bah elles sont en montagne. Les moutons sont partis… sont partis ce matin, là. La bergère a couru après. Et du coup, je sais pas trop où elle est mais elle revient le soir en général vers… vers 7 heures.
– Là, le… le petit truc à l’entrée, là, c’est…
– C’est des toilettes.
– Ouais, c’est ce que j’allais dire.
– Toilettes sèches
– Des toilettes à l’entrée, là, juste…
– Eh ouais, ouais.
– Jette un œil. (22)
– Ouais, ouais, tu peux rentrer, là. Visite ! Il y a  mon lit qui est en haut, là déjà.
– Déjà, ouais.
– On sait pas si on la rendre en fait, c’est ça le problème !
– Oh bah ça, je comprends ! Quand vous avez fini les travaux, là…

Quelques détails :
1. autrement = sinon (cest-à-dire ici : si on n’a pas de chien de garde.)
2. Rabou : c’est le nom d’un village dans les Alpes de Haute Provence. Un peu perdu, ce qui explique le jeu de mots à partir de l’expression « au bout du monde », qui décrit un endroit isolé.
3.  : comme souvent, ce mot ne désigne pas un lieu mais signifie : en ce moment.
4. Forcément : il emploie cet adverbe pour dire que c’est logique puisqu’ils sont charpentiers. C’est normal qu’ils aillent acheter du bois.
5. En marchant bien : c’est-à-dire en ne traînant pas, en allant à un bon rythme.
6. Nico : c’est le diminutif de Nicolas.
7. Dans un cadre pareil : dans un aussi bel environnement, dans un lieu aussi beau.
8. C’est pas mal : cela signifie ici que c’est vraiment bien. Cette expression s’emploie aussi dans un sens moins fort (= c’est assez satisfaisant). Tout dépend du ton avec lequel on le dit.
9. Un appel d’offres : quand des villes, des organismes publics veulent construire quelque chose, acheter quelque chose, on propose ça aux entreprises. Chacune fait une offre, une proposition et il y a comparaison entre elles, avant de choisir parmi ces entreprises concurrentes.
10. Machin : il emploie ce mot au lieu de donner tous les détails du processus. Ce mot familier sert ici à écourter la présentation. Mais on devine tout le reste.
11. On s’est afilé = On s’est préparé. (c’est un verbe ancien qui n’est employé que dans certaines régions.)
12. Na (?) : on dirait qu’il va dire non mais en fait, ce qu’il dit n’est pas un mot !
13. Qui fait le plus de sous : qui rapporte le plus d’argent, qui permet de gagner le plus. (familier). Les sous est le mot familier qui désigne l’argent : J’ai plus de sous. / Il gagne beaucoup de sous. / Qu’est-ce que tu vas faire de tous ces sous ?
14. La rentrée : c’est le mois de septembre, lorsque l’école reprend et que c’est le début d’une nouvelle année scolaire.
15. Point de = pas de (Dans certaines régions, on entend cette négation qui était utilisée autrefois.)
16. Allez ! : ici, cela signifie qu’on est d’accord avec la proposition faite. C’est comme dire : c’est bon, on fait ça. C’est pour montrer que le marché est conclu.
17. A plus : c’est un raccourci de A plus tard. (style familier et oral)
18. le périph = le périphérique, c’est-à-dire les voies rapides qui font le tour de Paris et empruntées tous les jours par des millions d’automobilistes pour se déplacer à Paris. La plupart des gens utilisent l’abréviation.
19. Pratiquement : quasiment, presque.
20. Dans le coin : par ici, dans cet endroit
21. en gros : sans entrer dans les détails
22. jeter un œil : regarder, mais sans y passer trop de temps. (familier)

C’était un petit passage de cette émission.

Les dimanches

ReposLe débat sur l’ouverture des magasins le dimanche peut paraître étrange à ceux qui vivent dans des pays où tout fonctionne en permanence, quel que soit le jour, quelle que soit l’heure.

A Marseille, nous sommes habitués à ces discussions puisqu’une grande zone commerciale toute proche a pendant longtemps ouvert illégalement le dimanche, au grand dam des commerçants du centre-ville et pour le bonheur de ses clients – du dimanche – et de bon nombre de ses employés, qui y voyaient un moyen de compenser des salaires trop faibles ou, pour les étudiants, de concilier présence à l’université et nécessité de travailler pour financer leurs études.

Débat compliqué peut-être mais honnêtement, avons-nous besoin de pouvoir acheter encore et encore juste quand cela nous chante ? Ne sommes-nous plus capables de nous organiser et de prévoir ? J’avoue avoir du mal à comprendre qu’on aille faire la queue le dimanche encore, dans des zones commerciales embouteillées, sinistres et hideuses !
Et en fin de compte, lorsque le dimanche ne sera plus un jour spécial, quels avantages financiers restera-t-il à ceux qui pensent avoir choisi librement de travailler ce jour-là ?

Les Français sont donc partagés. Voici quelques témoignages divergents sur la question, avec quelques voix bien marseillaises !
Transcription :
– C’est dimanche aujourd’hui. Qu’est-ce qu’on fait ?
– Bah en général, on est en famille. Mais si il faut travailler, on peut travailler aussi.
– Vous travaillez dans quoi ?
– Moi, je travaille à l’Agence Régionale de la Santé. Effectivement (1), je ne travaille pas le dimanche. Mais si il fallait travailler le dimanche, je le ferais. De nos jours (2), on peut plus dire que c’est sacré. Mais si il y a des gens qui veulent travailler le dimanche, pourquoi pas ? Moi, ça me permet aussi d’aller comme le samedi… Les commerces (3) sont ouverts, tout ça, effectivement.

– Vous aimez travailler le dimanche ?
– Bah écoutez, oui, je pense, comme beaucoup de personnes, j’aime travailler le dimanche parce que déjà, d’une (4), je pense que la clientèle est un peu plus décontractée le dimanche. Elle sait qu’elle a le temps pour faire son choix. On est plus sur une clientèle (5) un peu plus familiale. On est sur… vraiment un type de clientèle vraiment différent, et on sait malgré tout qu’on est payé double. Donc pourquoi ne pas travailler le dimanche ?
– Est-ce que des personnes se plaignaient (6) ?
– Non. Travailler le dimanche, il y en avait beaucoup qui se battaient pour travailler le dimanche. Et il est vrai qu’on a mis en place tout un système pour règlementer plutôt le dimanche, c’est-à-dire on ne ferait que deux dimanches par personne afin d’avoir un roulement (7) et que toutes les équipes aient une rémunération uniforme.

– Moi, je pars d’un principe que c’est interdit de travailler le dimanche. Il y a eu un Code du Travail qui a été bâti depuis des générations sur des acquis sociaux (8). Et le fait de réformer, ça veut dire qu’on veut tout démolir. Dans quel but ? De donner encore à ceux qui en ont le plus ? Qui c’est qui (9) remet en cause (10) sur le fond le dimanche ? Donc j’ai travaillé le dimanche, moi, par exemple.
– Dans quoi ?
– Dans la sidérurgie, à Fos, à l’usine Arcelor Mittal. Donc vous prenez (11) les activités sportives… Moi j’ai eu des enfants qui faisaient du sport par exemple. Bon, bah quand j’allais travailler, je suis désolé (12) mais je pouvais pas ni les accompagner, ni aller les voir, ni m’occuper d’eux. C’est mortel (13), intérieurement. Vous êtes obligé de vous priver de… de moments intimes que personne a le droit de vous enlever.

– Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? C’est dimanche.
– On fait un restaurant (14).
– Rien. On va à la plage. On se repose. On profite des petits-enfants. Sinon, on n’a plus de moments pour se réunir. On n’arrive plus à croiser les plannings. Déjà c’est difficile (15).
– Et est-ce que vous aimez le dimanche ?
– J’adore le dimanche. Faire du bateau, aller à la mer. Aller la regarder, c’est tellement beau. Plutôt que d’aller au supermarché.

Quelques explications :
1. effectivement : il est vrai que… / c’est vrai que…
2. de nos jours : aujourd’hui, maintenant
3. les commerces : les magasins
4. déjà, d’une : ces deux expressions familières montrent qu’on va donner une première raison.
5. On est sur une clientèle = on a affaire à une clientèle.
6. Se plaindre : protester. La question au passé fait référence au fait que certains magasins qui ouvraient illégalement le dimanche ont été contraints de fermer.
7. Faire un roulement : s’organiser de façon à ce que chacun fasse une activité à tour de rôle.
8. les acquis sociaux : tous les droits que les travailleurs et salariés ont obtenus au cours du temps, souvent par des luttes. (les congés payés, la sécurité sociale, l’assurance chômage, les contrats de travail, la réglementation du travail de nuit, du travail le weekend, etc…)
9. Qui c’est qui… ? : question très orale. Il faut dire : Qui est-ce qui… ?
10. Remettre en cause : essayer de supprimer quelque chose, en discuter le bien-fondé.
11. Vous prenez… : cette expression montre qu’il va prendre un exemple particulier.
12. Je suis désolé mais… : commencer la phrase de cette manière montre qu’on va faire une critique et qu’on veut donner de la force à cette critique. Lorsqu’elle est employée de cette manière, cette expression ne signifie pas qu’on s’excuse.
13. c’est mortel : c’est vraiment très désagréable.
14. On fait un restaurant : façon familière de sire qu’on va au restaurant. On dit aussi (plus souvent): On se fait un restaurant. / On s’est fait restaurant.
15. Déjà c’est difficile : ce qui est sous-entendu, c’est : Si en plus, on fait travailler les gens le dimanche, on ne réussira plus à avoir une vie de famille.

Si vous voulez savoir exactement qui peut travailler le dimanche en France et dans quelles conditions, voici la législation en vigueur.

Et allez écouter la discussion enregistrée par Gabrielle – et postée sur son site… dimanche !

Pas une miette !

La conjoncture économique n’est pas des plus favorables. Des entreprises disparaissent, d’autres sont rachetées. Alors les temps sont durs pour certains. Mais en France, comme vous le savez, les gens protestent, se mettent en grève et vont jusqu’à bloquer leurs usines pour se faire entendre. Et ils ne sont pas les seuls, d’ailleurs, en Europe en ce moment.
Paroles de grévistes et revendications salariales entendues l’autre jour à la radio, .

Transcription:
– Ça fait dix ans que je suis là. Je touche (1) 1200 € par mois en faisant les trois-huit (2). Alors le problème, c’est que c’est une entreprise qui fait quand même des bénéfices. Maintenant on a fusionné avec Brossard et il s’avère (3) que les salariés de Brossard, ils (4) sont encore mieux payés que nous. Donc on s’appelle Jacquet-Brossard et puis nous, on est mal payés, et puis Brossard, ils sont mieux payés que nous. Donc voilà, les gens, ils en ont ras-le-bol (5), quoi !

– Quelqu’un qui travaille de nuit, logiquement, il devrait forcément toucher bien plus qu’un travailleur journée. Aujourd’hui, il y a pas un gros écart (6). Donc c’est pas normal. Forcément, quand vous donnez pour une société (7), quand vous vous investissez, il faut qu’à un moment donné il y ait la récompense. Aujourd’hui, le gâteau, il est très, très mal partagé (8) !

– On a des gens qui nous ont rejoints. Donc là, c’est une belle lutte et la lutte, elle va continuer tant que la situation ne sera pas débloquée. On lâchera rien (9), ça c’est clair. Pas une miette (10), quoi !

Quelques explications:
1. toucher de l’argent, un salaire: gagner de l’argent. Cette expression est très fréquente.
2. les trois-huit: dans cette organisation du travail, il y a toujours une équipe qui travaille pour que la production ne s’arrête jamais. Donc pour quelqu’un qui fait les trois-huit, il y a des semaines où il est de l’équipe du matin, d’autres où il est de celle de l’après-midi et d’autres où il fait les nuits.
3. il s’avère que: il est prouvé que / le fait est que…
4. les salariés, ils sont: cette répétition du sujet (le nom puis le pronom tout de suite après) est propre à l’oral, dans un style plutôt familier.
5. en avoir ras-le-bol: en avoir vraiment assez. (familier). On dit qu’on en a ras-le-bol de quelque chose ou de quelqu’un. Et on peut parler du ras-le-bol des gens, d’un ras-le-bol général.
6. un écart: une différence
7. une société: une entreprise.
8. se partager le gâteau: cette image courante exprime l’idée que tout le monde doit bénéficier d’une situation. Tous ceux qui contribuent au succès de l’entreprise doivent avoir leur part du gâteau.
9. ne rien lâcher: ne pas céder, ne pas renoncer, aller jusqu’au bout avec détermination.
10. pas une miette: encore une image culinaire ! Une miette, c’est un tout petit morceau de pain ou de gâteau. Donc cette image renforce l’idée de ne rien lâcher du tout, de ne pas faire une seule concession, aussi minime soit-elle.

Ces images de gâteau et de miettes sont d’autant plus appropriées que ces deux entreprises qui viennent de fusionner fabriquent des pains et de la pâtisserie industrielle ! Ce sont des marques que tous les Français connaissent. Qui n’a pas mangé leurs biscuits ou leur pain de mie !

Bonheur et travail

Je suis sûre que vous vous êtes déjà dit à un moment ou un autre: Ah ! Si seulement je n’étais pas obligé d’aller travailler !
Pensée qui traverse l’esprit le dimanche soir ou quand les vacances se terminent. Plus de contraintes, plus d’horaires à respecter, plus de pression, plus de tâches inintéressantes, plus de collègues ou de chef difficiles à supporter…

Mais si on y regarde bien, dans le fond, que ferions-nous sans travail ? C’est un moyen de vivre bien sûr, mais pas seulement d’un point de vue financier. Si on a la chance de faire un travail qu’on a choisi, qu’on aime et auquel on croit, alors il est fondamental dans notre vie et il contribue à notre bonheur.
Mais pour ça, il faut que ce soit un travail qui donne les moyens de vivre, avec un salaire décent, un travail qui a du sens, qu’on a le sentiment de pouvoir faire correctement et qui nous permet de nous impliquer, un travail respecté et valorisé, qui ne soit pas précaire et uniquement soumis à des exigences de rentabilité. Bref, un travail qui soit tout à la fois un gagne-pain, un facteur de production et une source d’épanouissement personnel.
Voici Thomas et Roxanne. L’un est heureux au travail, l’autre un peu désabusée, déjà un peu usée. Comme c’est dommage de gaspiller l’enthousiasme des gens ! Et si peu productif.


Transcription:
– Alors mon travail, c’est tous les jours quelque chose de nouveau. Les terrains de sport n’ont peut-être… Ils se ressemblent peut-être tous mais ils sont tous différents au niveau de l’infrastructure, au niveau des personnes que l’on rencontre et c’est ça qui me passionne.
Les difficultés que vous avez connues dans votre parcours scolaire, c’est* une raison de plus d’être épanoui aujourd’hui, heureux dans votre travail ?
– Ah… C’est…
Fier en tout cas. Vous parliez de fierté.
– J’ai pas le Brevet (1). Donc oui, on va dire que par rapport à mon passé personnel, je peux dire que là où j’en suis actuellement, j’en suis fier parce que j’aurais jamais imaginé en être là il y a… il y a huit ans. Et je pense que ma famille n’aurait jamais imaginé que j’aurais pu être là où j’en suis actuellement. Par rapport à mes études, j’ai déjà fait pas mal de stages (2). J’ai dû faire à peu près une dizaine de stages et là, j’en suis à ma troisième entreprise.
Est-ce que le… le niveau de salaire fait partie aussi des critères d’épanouissement (3) pour vous ?
– Je pense que si on me propose un poste très intéressant qui me plaît où je peux vraiment m’épanouir, oui, je pense que je pourrai baisser mon salaire sans problème. A l’heure actuelle, je gagne 2200 euros net (4). Et ça dépend des journées: je peux commencer à 9 heures comme commencer à 6 heures du matin et terminer à 22 heures.
Vous avez bon espoir d’être tout aussi heureux dans votre travail tout au long de votre carrière ?
– Oui, J’e[…] j’espère garder cette longévité dans… d’apprentissage au jour le jour.

Ecoutons maintenant Roxanne. Alors Roxanne, elle a 34 ans, elle est technicienne, elle gagne 1800* euros net. Et elle, vous allez voir, elle… elle était enthousiaste. Et puis voilà la déception qui s’annonce.
– Je travaille dans* une équipe de trois techniciens et on fait l’entretien et le dépannage de… d’installations de production d’électricité.
Vous passez votre temps à… à grimper sur les éoliennes ?
– Euh, ouais !
Cette question de l’épanouissement au travail, elle résonne pour vous ? Elle a un sens pour vous ?
– Ah ouais, tout à fait ! Elle a un sens. Par exemple, je pourrais pas travailler dans le nucléaire (5). C’est vrai que c’était un peu, au départ, la belle idée, quoi, de travailler pour… dans les énergies renouvelables. Mais concrètement, finalement, ils ont changé leur… leur système de gestion et donc maintenant, on reçoit des ordres de travail, on est des… des petits soldats de l’instant (6), quoi. On… on nous envoie un ordre de travail pour faire telle chose, on reçoit ça sur notre ordinateur et puis on y va et on nous demande pas de réfléchir. On nous demande juste d’exécuter. Et parfois, on se rend compte que (7) si on nous demandait de réfléchir, ça i[rait]… ça irait mieux et plus vite. Le… le plus important, c’est de… une bonne ambiance et de bien rigoler (8) avec les collègues, au final (9). Ouais, la vie, elle est faite de ça, hein !

Quelques explications
1. le Brevet: c’est le diplôme qu’on on obtient en classe de 3ème au collège. Il se compose de plusieurs épreuves auxquelles on ajoute les résultats du contrôle continu, c’est-à-dire les notes obtenues pendant toute l’année. Mais ce diplôme ne vaut pas grand-chose sur le marché du travail. Quitter l’école à ce niveau-là signifie qu’on aura des emplois très peu qualifiés.
2. pas mal de stages: un nombre assez important de stages, c’est-à-dire qu’on est stagiaire dans une entreprise pour aprendre un métier sur le terrain, par la pratique.
3. l’épanouissement: c’est le fait de tirer de la satisfaction de ce qu’on fait et d’y trouver le bonheur. S’épanouir, c’est être heureux dans sa vie.
4. le salaire net: c’est le salaire versé réellement sur votre compte, une fois qu’on a déduit les cotisations pour la retraite, pour la sécurité sociale et la mutuelle de santé, pour l’assurance chômage. Avant ces déductions, on parle de salaire brut.
5. je pourrais pas travailler dans le nucléaire: elle veut dire que ce serait contre ses convictions car elle pense que le nucléaire est dangereux.
6. des petits soldats de l’instant: elle veut dire que son travail consiste à obéir aux ordres et c’est tout, sans prendre d’initiatives.
7. on se rend compte que: on s’aperçoit que / On comprend que / On voit que
8. rigoler: rire (familier)
9. au final: finalement, en fin de compte. Avant, personne ne disait au final. Puis c’est devenu une expression à la mode, surtout chez les jeunes. (Personnellement, je ne l’ai jamais employée.)

* Petite remarque sur certaines liaisons faites ou pas faites dans cet enregistrement:
c’est une raison: la liaison entre c’est et une n’est pas faite ici. Mais franchement, c’est plus joli quand on la fait !
1800 euros: la liaison entre mille huit cents et euros est faite ici. Mais tout le monde ne la fait pas, probablement parce que certains ne savent pas que dans ce cas, il y a un S au bout de cent. (Il faut dire que la règle d’accord du mot cent n’est pas si simple que ça!) Personnellement, je trouve que c’est plus confortable de la faire.
dans une équipe: Roxanne ne fait pas la liaison entre dans et une, ce qui fait vraiment bizarre. La plupart des gens la font dans ce cas. Donc c’est bien mieux si vous la faites !
Mais tout cela montre bien que le problème des liaisons n’est pas aussi simple que ce que racontent les manuels de français.

Fatigue et frustration

Les centres commerciaux et les supermarchés sont paraît-il pratiques: un seul endroit pour tout trouver, des parkings gratuits, de la musique en fond sonore pour nous détendre, un lieu clos à l’abri du froid ou de la chaleur. Le paradis sur terre ! Sauf que si on écoute les gens qui y travaillent toute la journée, ce n’est pas nécessairement le même son de cloche*. Comme ce serait bien si tout le monde pouvait avoir le sentiment de faire son travail dans de bonnes conditions ! Témoignages entendus à la radio.


Transcription:
Qu’est-ce que vous faites comme travail ici ? Toi Sébastien, tu fais quoi ?
– Alors moi, je travaille à Carrefour au rayon Fruits et Légumes. Donc je mets en… en rayon mes produits.
Bah tu travailles dans la verdure (1) !
– Oui ! Mais le problème, c’est que on travaille sous une lumière artificielle parce qu’on n’a pas accès à la lumière du jour. C’est… C’est assez pesant (2). En plus, c’est une lumière qu’ils ont refaite récemment, qui est très agressive. Et puis après, on… on vit aussi dans le…dans le frais, parce qu’on est entourés de… de frigos (3), de…de congélateurs. Et donc on a souvent un choc thermique quand on… quand on sort ou quand on va… Nous, on est sur deux niveaux. Alors quand on va au niveau 3, il fait très, très chaud, alors qu’au niveau 4, au rayon alimentaire, il fait très frais.
Et toi Marie-Hélène, qu’est-ce que tu fais ici au centre (4) ?
– Alors, moi je travaille au service après-vente de la FNAC.
Qu’est-ce qui est le plus fatigant dans ton travail ? Qu’est-ce qui est le plus pénible ?
– Le stress permanent. Le stress permanent, parce que on est stressés par notre hiérarchie (5) qui nous met toujours plus la pression. On est stressés par les clients qui sont donc exigeants, et ça, on peut le comprendre.
Ouais, mais le client est roi, non ?
– Non. Le… le client est roi… si on veut ! Mais ça n’empêche pas un minimum de respect pour les salariés qui sont là pour s’occuper d’eux. Et aussi le… le stress chaque fois qu’on va voir nos… nos supérieurs en leur disant: « Bon là, ça va pas. On manque de monde (6). » La réponse, elle est simple, hein ! « Si tu es pas content, il y a de la place ailleurs. »
– Il y a également aussi le stress du lieu en fait, avec énormément de monde dans le centre commercial, et quand on arrive dans des périodes comme Noël ou le Jour de l’An, le magasin est totalement rempli. Il y a une foule immense. On ne peut pas tra[…]… travailler et c’est vrai que c’est assez étouffant.
– On se sent oppressés en fait.
– On est oppressés.
Vaut mieux pas (7) être hôtesse de caisse et agoraphobe (8), quoi !
– Non, surtout pas.
– Je pense qu’il faut… Ouais, c’est très difficile.
Est-ce que vos conditions de travail pèsent sur votre santé ?
– Travaillant tout le… tout au long de la journée, le mal de dos qui se ressent énormément le soir, parce que c’est vrai qu’on doit porter certaines fois des colis qui font 20 kg. Et il existe des… des gestes « postures et sécurité » (9), mais on ne peut pas les mettre en pratique à chaque fois parce que sinon, on perdrait trop de temps, parce que là, notre chef, il est derrière (10). Et il dit: « Allez-y. Faut… Faut se dépêcher. Faut faire ci, faut faire ça. »
Est-ce que vous devenez irritables aussi ? J’ai vu ce mot-là dans l’enquête (11).
– Oui, oui. Tout à fait, oui. On a beaucoup de mal (12) le soir en rentrant… enfin, moi personnellement, j’ai un gamin qui bouge beaucoup. Quand je rentre le soir, il… Il faut qu’il soit beaucoup plus calme ! On a du mal à… à supporter qu’il bondisse dans tous les sens, qu’il fasse du bruit, que… Oui, on est irritables. Même vis-à-vis des clients, hein, le… le… dans la journée. C’est vrai que le matin pendant… dès qu’on commence le boulot, pendant deux heures, je… j’allais dire, on est relativement normaux, mais…
C’est ça, on est normaux !
– A peu près pendant deux heures et puis après, c’est vrai qu’on… on retombe dans une situation où effectivement (13), on est particulièrement irritables du fait de (14) ne pas pouvoir travailler correctement.
Est-ce que vos patrons ont pu jeter un coup d’oeil (15) à cette enquête et…et vous ont promis de changer des choses ?
– Alors, il faut être clair, hein, je pense qu’il faut pas se voiler la face (16): les patrons en ont rien à faire (17) des débouchés de l’enquête et des résultats, de savoir que les salariés vivent une certaine pénibilité. Ils s’en fichent complètement. Eux, ils sont là, il faut le dire, hein, pour faire du pognon (18), qu’il y ait de la rentabilité, que le chiffre d’affaires se fasse et que nos actionnaires soient bien contents. Voilà !
Pour supporter tout ça, vous touchez combien tous les mois ?
– Alors moi, personnellement, en net (19), je touche 3000… 1000. 3000 ! 1300 € à peu près.
Et toi ?
– Moi à Carrefour, je suis à peu près… un peu moins de 1100 € net par mois.

Quelques explications:
1. la verdure: tout ce qui est vert dans la nature: arbres, feuilles des arbres, plantes.
2. pesant: lourd, pénible à supporter.
3. un frigo: abréviation de frigidaire. (familier)
4. au centre = dans ce centre commercial.
5. notre hiérarchie = nos supérieurs hiérarchiques, ou plus familièrement, nos chefs.
6. on manque de monde: on n’a pas assez de personnel. On n’est pas assez nombreux pour faire le travail.
7. Vaut mieux pas: très correctement, il faut dire: Il vaut mieux ne pas… (style oral)
8. agoraphobe: cet adjectif s’applique à quelqu’un qui ne supporte pas d’être au milieu de la foule.
9. postures et sécurité: ce sont les précautions qu’il faut prendre quand on fait certains gestes pour ne pas se faire mal. (notamment au dos, par exemple quand on porte des objets lourds, ou quand on fait des gestes répétitifs)
10. il est derrière: il nous surveille.
11. l’enquête: il fait référence à un questionnaire qui a été donné aux salariés sur leurs conditions de travail.
12. avoir beaucoup de mal à faire quelque chose: faire quelque chose avec beaucoup de difficulté.
13. effectivement: c’est vrai que…
14. du fait de… : parce que…
15. jeter un coup d’oeil à / sur quelque chose: regarder rapidement.
16. Il ne faut pas se voiler la face: il ne faut pas se raconter de mensonges / Il faut regarder la réalité telle qu’elle est et ne pas se bercer d’illusions. (La face, c’est le visage.)
17. Ils en ont rien à faire de… : Ils s’en moquent complètement / ça ne les préoccupe absolument pas. (familier) C’est la forme plus polie de: Ils en ont rien à foutre.
18. le pognon: l’argent (argot). Faire du pognon: gagner de l’argent.
19. en net: il y a le salaire brut et le salaire net, c’est-à-dire ce que touche réellement un salarié quand on a déduit de sa paye les cotisations sociales comme l’assurance maladie, la cotisation pour la retraite par exemple.

* Ce n’est pas le même son de cloche: ce n’est pas la même opinion, la même vision des choses.

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