En retard… Non, en avance !

Oui, je suis très en retard ! Je n’ai rien publié ici depuis le mois de mai. Mais me voici de retour, et même, le croirez-vous, avec une longueur d’avance côté cinéma ! Vous qui me connaissez, vous savez que je vous parle en général des films plusieurs semaines, ou même plusieurs mois après leur sortie en salle. Eh bien, cette fois-ci, je suis en avance de quelques semaines. Une fois n’est pas coutume.

J’ai vu le nouveau film de Cédric Klapisch en avant-première, début août, dans une petite salle en Bretagne, donc avant sa sortie partout en France mi-septembre. Et j’ai passé un très bon moment, en compagnie de ces jeunes (trentenaires) que sait bien filmer et faire parler Cédric Klapisch. Un film qui ressemble à un conte, et pourtant il y est dans le fond question de solitude, de mal-être, de difficulté à se trouver. Mais c’est délicatement raconté et mis en mots – avec juste un ou deux moments pas forcément nécessaires à mon avis -, délicatement joué par les acteurs, pleins de charme, qui incarnent Mélanie et Rémy, délicatement drôle et parfois mélancolique. Il y a Paris, mais pas celui des touristes. Il y a un chat, un épicier, un DRH, des psys, de la musique, de la danse. Il y a des scènes qu’on attend et qui font du bien quand elles arrivent. Il y a de la légèreté et la légèreté, ça ne peut pas faire de mal. Une jolie histoire, pour ceux qui aiment le cinéma de Cédric Klapisch. C’était la conclusion parfaite d’une bonne journée d’été entre amies.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription :
– Bonjour. J’ai un problème de sommeil. Je sais pas ce que j’ai (1) en ce moment,je dors tout le temps.
– Bonjour. Je dors pas bien du tout.

– La position dans laquelle vous vous sentez le mieux, c’est la position de leader ? De suiveur ?
– D’accord…
– C’est une question.

– Vous vous dites que c’était une vraie rencontre ?
– Mais c’est quoi, pour vous, une vraie rencontre ?

– Comment vous vous expliquez cette crise de panique dans le métro ?
– Une dépression ?
– Peut-être…

– C’est quand même dingue (2) de tomber sur quelqu’un (3) qui a vraiment, vraiment mais (4) rien à dire ! Il a pas parlé pendant une heure. Si ! (5) A un moment donné, il m’a dit : J’ai l’impression que ça fait des années que je te cherche, quoi.
– L’angoisse ! (6)

– Tu te rappelles pas Tournaire. Karine… Karine Pélisson, la grande…
– Ah, elle était grande. D’accord. Alors…
– Brune, brune.
– Ouais, ouais.
– Elle avait les… Tu sais, elle avait les… les…
– Ah, des boucles !
– Non, non, les… les…
– Ah, des…
– Non ! Des soucis, dans sa tête.

– Ah, c’est pas vous, ça !
– C’est quoi, moi, alors ?
– Il y a pesto et pesto.

– Il ne suffit pas d’avoir compris le problème pour pouvoir régler le problème. Et en même temps, il est absolument nécessaire d’avoir compris le problème pour pouvoir le régler. Le problème.

– Ah non, pas ça ! Ça, c’est pas vous, ça.

– Faites confiance à la vie.
– Vous avez le droit d’être heureux.
– Vous avez le droit d’être heureuse.
– Bah oui, tu vois, hein, tout arrive ! (7)

Quelques détails
1. Je sais pas ce que j’ai = Je ne sais pas ce qui m’arrive, ce qui se passe. En français, on emploie le verbe avoir pour décrire l’état psychologique ou physique dans lequel on se trouve. Par exemple, quand on demande : Qu’est-ce que tu as ? à quelqu’un, cela ne signifie jamais qu’on veut savoir ce que la personne possède, mais comment elle se sent, ou pourquoi elle a une réaction particulière.
2. dingue : fou. (familier)
3. tomber sur quelqu’un : rencontrer quelqu’un par hasard. Ici, il y a une nuance négative. Elle cherchait à rencontrer quelqu’un de sympa, d’intéressant et elle est tombée sur un gars plutôt bizarre.
4. Mais : cet adverbe qui marque d’habitude l’opposition, le contraste, est utilisé ici pour renforcer ce qui est dit. (familier)
5. Si : on emploie « si » lorsqu’on a fait une phrase négative avant et qu’on veut la contredire.
6. L’angoisse ! : une angoisse est une peur intense. Ici, cette exclamation indique qu’elle trouve le comportement de ce garçon très étrange, quasiment anormal. (familier)
7. Tout arrive : cette expression souligne le fait que quelque chose finit par se produire alors que c’était vraiment inattendu ou inespéré.

Et ce film, ça a été aussi l’occasion de revoir un petit extrait de ce si beau documentaire que Cédric Klapisch a réalisé sur la danseuse étoile Aurélie Dupont! Eh oui, il nous en glisse un petit passage : le moment si émouvant du ballet d’Angelin Preljocaj où Aurélie Dupont tourne suspendue aux lèvres de Manuel Legris. J’en avais parlé ici il y a quelques années. La répétition guidée par Angelin Prejlocaj et Laurent Hilaire me touche toujours avec la même intensité que lorsque j’ai découvert ce documentaire de Cédric Klapisch. Vous en souvenez-vous ?

A bientôt.

La vie qu’il s’est choisie

Je n’écoute pas systématiquement la radio. Mais la radio, c’est bien parce qu’on n’est pas obligé de s’asseoir devant un écran. On se laisse accompagner, là où on est, par ces voix capables de nous accrocher, de nous emmener ailleurs, de nous faire faire des découvertes. J’aime bien cette idée des rencontres fortuites avec un reportage. C’était le cas hier. C’est ce dont je vous parle aujourd’hui dans cet enregistrement. Un petit avant-goût pour vous donner envie d’aller écouter en entier cette belle émission ! Et elles ne sont pas belles, ces chèvres très sociables que j’avais photographiées en Dordogne? Un hasard aussi, à cause d’un gros orage qui nous avait poussés à chercher un abri. Bon, vous avez une petite idée du sujet maintenant !

Sa vie avec des chèvres

Transcription:
Je vous ai parlé de cette émission qui s’appelle Les Pieds sur terre (1), cette émission de radio qui passe tous les jours, pendant à peu près une demi-heure, en début d’après-midi, et qui présente des reportages très, très variés. Et je suis tombée par hasard (2) en rentrant en voiture hier sur une émission qui était vraiment très sympathique : deux reportages qui s’appellent Changer le monde et c’était sur l’idée de se relier aux animaux. Et donc le premier reportage, c’était un éleveur de chèvres, en Bretagne, qui expliquait comment il est passé d’un élevage intensif, où on exploite les animaux, à un élevage beaucoup plus humain et plus en relation avec ces animaux. Et c’était tellement sympathique à écouter, tellement agréable que, voilà, je partage avec vous parce que d’abord, on apprend plein de choses sur la façon de… d’élever les chèvres en quelque sorte. Et puis aussi, les voix étaient très, très apaisantes, les voix… la voix de la journaliste et puis la voix aussi de ce monsieur, qui a une soixantaine d’années et qui a décidé de changer de façon de faire (3) et qui nous donne, là, un monde un peu plus joli, un peu plus respectueux des animaux, et c’était vraiment un petit moment magique !
Alors, il explique que dans la vie des chèvres, normalement, il faut produire, produire, produire et voilà, il explique comment ça se passe normalement, dans ce qu’on apprend pour notre agriculture intensive. Et lui, il a décidé qu’il ne voulait plus ça.

– Ça faisait une pointe de travail (4) au printemps complètement incroyable, quoi. Il fallait traire le lait. Puis après, il fallait faire une quantité phénoménale (5) de fromages à ce moment-là et de… le vendre sur les marchés (6). Et c’était des printemps en dépression ! Et le fait d’envoyer des paquets de chevreaux (7) comme ça qui partaient dans des camions dans des toutes petites cages pour l’abattoir puisque c’était pour l’abattoir. Et pour les mères qui les entendent, qui leur répondent, il y a une phase de stress quand même.
– Ça vous convenait pas. (8)
– Non,ça ne me convenait pas. Envoyer des chevreaux, des bêtes à l’abattoir, c’est… Surtout des chevreaux, ce sont des animaux très attachants (9). Et aussi parce que des chèvres qui mettent bas (10) tous les ans, tous les ans, tous les ans, c’est beaucoup de souffrance quelque part pour l’animal, quoi. Une fois, deux fois, trois fois. Il suffit de demander à toutes les femmes de la terre si elles voudraient faire des enfants tous les ans, tous les deux ans… C’est pas une vie (11), quoi ! Et puis les chèvres dans les élevages, elles ont une durée de vie extrêmement faible : une chèvre en première année, elle fait beaucoup de lait, en deuxième année, elle en fait encore plus, en troisième année, ça redescend un peu et en quatrième année, bon, ça commence à bien faire (12), elle… ça s’arrête là en général. Vous les envoyez à l’abattoir. Donc ça leur fait des vies vraiment très, très courtes.

Et donc, au lieu d’avoir des chèvres qui produisent… qui font des chevreaux pour avoir assez de lait, il s’est renseigné, il s’est intéressé et il a découvert que finalement, pour avoir des chèvres qui produisent assez de lait, ça n’était pas nécessaire qu’elles aient des petits tous les ans. Et il a complètement changé de façon de faire. Et donc il a un rapport avec ses chèvres qui n’a rien à voir avec les éleveurs qui font ça de façon intensive. Et c’est très respectueux et ses chèvres font partie de sa vie. Et il les accompagne jusqu’au bout, et ça c’était vraiment tout à fait magique.

– Donc là, vos chèvres, elles ont quel âge ?
– Là, disons que les plus productives en ce moment ont huit ans et neuf ans.
– Et donc ça fait sept, huit ans qu’elles produisent du lait sans avoir fait de chevreaux.
Sept ans et huit ans de lactation. Mais il y avait des précédentes qui se sont taries depuis et qui ont fait jusqu’à douze années de lactation.
– Donc vous les envoyez pas à l’abattoir ?
– Non. Elles meurent ici. Elles meurent tranquillement. Quelques jours avant une mort de vieillesse, on voit les premiers symptômes. Elle a du mal à (13) se lever. Du coup, elle commence à avoir des privilèges que les autres n’ont pas. Elle peut sortir du troupeau et vivre dehors, parce que elles l’ont mérité, quand même !

Alors, c’est sûr, on se dit que, en produisant aussi peu, évidemment, il va pas faire fortune. Et c’est vrai. De toute façon, ça n’a pas l’air d’être son objectif. Et ce qui est paradoxal en fait, c’est que, en travaillant de cette façon-là et en vivant avec ses animaux, il arrive à avoir un salaire qui lui permet de vivre, sans rien demander à personne, sans subventions, sans rien. Et surtout, en fait, il gagne souvent plus qu’un éleveur qui travaille en intensif parce qu’ il a éliminé tout un tas de frais(14) : des frais de vétérinaire pour le suivi des chèvres qui sont malades en élevage intensif, les frais de vétérinaire pour la mise bas des chevreaux, les frais d’abattoir pour faire tuer les animaux. Et donc finalement, il arrive à vivre de son activité. Et ça, c’était vraiment très instructif et très encourageant aussi.

– Là, avec votre troupeau de quatorze chèvres, vous faites combien de fromages par jour ?
– Là, en ce moment, j’en fais trente. En plein été, là, je suis monté à un peu plus de quarante. Trente fromages par jour, ça me rapporte… 76 euros brut (15) par jour. Ça fait vraiment des petits chiffres pour un éleveur, mais c’est largement suffisant. On n’a plus l’impression de faire de la production. On a l’impression de partager la vie avec des animaux et de s’échanger des services les uns les autres, quoi.

Voilà. Ensuite, le deuxième reportage, je ne vous en dis rien. Ce serait bien si vous l’écoutiez, parce qu’il est question d’un navigateur, en Bretagne. C’est normal, il y a beaucoup de marins en Bretagne. Et ce marin parle de Monique. Et je vous laisse découvrir qui est Monique en fait !

Quelques explications :
1. les pieds sur terre : le nom de cette émission vient de l’expression Avoir les pieds sur terre, qui signifie qu’on est bien ancré dans la réalité, qu’on ne vit pas dans un monde de rêve, fantasmé, qu’on est réaliste. Donc ce nom joue sur cette idée, dans la mesure où tous les reportages sont bien réalisés dans la réalité et en même temps, cela donne l’idée qu’on va y trouver tout ce qui fait la diversité de notre monde.
2. Tomber par hasard sur quelque chose (ou quelqu’un) : c’est être en contact avec quelque chose ou quelqu’un, découvrir quelque chose, alors que ce n’était pas prévu du tout. On peut employer juste le verbe tomber pour exprimer cette idée : tomber sur une émission très intéressante
3. la façon de faire : voici quelques exemples pour vous montrer comment on emploie cette expression : C’est ma façon de faire. Tu connais une autre façon de faire ? Il y a plein de façons de faire différentes.
4. Une pointe de travail : on dit plus souvent : un pic de travail, ce qui désigne le moment où une activité est à son maximum.
5. Une quantité phénoménale : ces deux mots vont souvent ensemble, pour parler d’une énorme quantité. On dit aussi : un nombre phénoménal de…
6. les marchés : dans les différentes villes, il y a en général un marché hebdomadaire où les commerçants autorisés viennent vendre leurs produits sur une place, dans la rue. Ils n’ont pas de magasins en dur.
7. Des paquets de chevreaux : de très nombreux chevreaux. Des paquets de = beaucoup de (style familier) On peut l’utiliser aussi au singulier : Il a un paquet d’argent. / Il produit un paquet de fromages.
8. Ça ne vous convenait pas = vous n’aimiez pas faire ça parce que ce n’était pas votre façon de faire.
9. Attachant : auquel on s’attache, qu’on aime bien. On parle en général d’une personne attachante. Par exemple : Ces enfants sont durs mais ils sont très attachants. Cependant, on utilise aussi ce mot pour des choses : un univers attachant, un film attachant, un livre attachant.
10. Mettre bas : donner naissance à des petits. C’est le terme employé pour les animaux. (Les femmes accouchent.) Ce verbe donne le nom : la mise bas.
11. C’est pas une vie = Ce n’est pas une vie. Cette expression permet de décrire une situation durable très difficile. Par exemple : Se lever tous les matins à 4 heures, c’est pas une vie ! (style familier)
12. Ça commence à bien faire : cette expression signifie que ça suffit, qu’il faut que ça s’arrête parce qu’on ne supporte plus ce qui se passe. Par exemple : Tous les jours, il arrive en retard. Ça commence à bien faire ! (familier)
13. avoir du mal à faire quelque chose : avoir des difficultés à faire quelque chose (un peu plus familier)
14. tout un tas de frais = de très nombreux frais / énormément de frais (c’est-à-dire des dépenses, des coûts). (familier)
15. brut : c’est une somme avant le paiement des impôts. Une fois les impôts payés, on parle d’une somme nette.

L’émission complète est à écouter ici.

Vivre décemment, pas survivre

En attendant d’écouter ce qu’Emmanuel Macron va dire, voici des paroles de gilets jaunes. Drôle de nom pour un mouvement social qui couvait sans doute mais qui surprend tout le monde, par la violence qui se développe systématiquement depuis trois semaines à la faveur des manifestations dans toute la France. Tout a commencé par un refus de payer plus cher un carburant dont personne ne sait et ne peut encore se passer. Puis des doléances de toutes sortes ont émergé : refus de payer davantage d’impôts alors que celui sur la fortune a été supprimé dès le début du quinquennat, besoin de justice sociale face à la diminution des services publics, présentés comme trop coûteux pour l’Etat, droit de participer aux décisions qui ont un impact sur la vie quotidienne de tous, etc. La liste est longue mais aussi pleine de contradictions. Nul ne sait ce qui va sortir de ce moment de notre histoire. Un vrai changement ? Pour que chacun trouve sa place dans notre société ?

Gilets jaunes

Transcription
J’ai été infirmière jusque 60 ans et j’ai une retraite qui me permettra pas d’aller en maison de retraite quand ça sera le moment, voilà. Mais c’est pour mes petits-enfants que je le fais. Je voudrais qu’ils aient une vie meilleure que la mienne, parce que la mienne, elle a été… bon, je regrette pas, c’est une vie de labeur (1), mais quand même. Il y a des limites quand même. Et puis je vois le mépris qu’on a de… des citoyens ! On est des pestes brunes (2), on est des feignants (3), on est… C’est devenu intolérable !

Moi, parce que j’arrive pas à boucler mes fins de mois (4) et parce que c’est dur et que maintenant, y en a marre (5).

Pour être solidaire avec les gens et puis nous, on a nos difficultés. Donc on essaie de se faire entendre aussi.

Il y a un réel problème. Personnellement, l’impression de pas être entendue, pas écoutée.

Moi, je suis issu des grandes écoles. J’ai travaillé en finance, j’ai vu à quel point Rotschild, dont est issu Macron, Lazare et tout ça, c’est des pourris (6) jusqu’à la trogne (7). J’ai bossé (8) avec eux. En fait, la vie est un jeu pour eux et nous, on est des pions sur un échiquier. Donc ils peuvent faire fermer des usines, mettre des centaines de personnes à la porte (9) juste pour gagner quelques millions de plus, alors qu’ils sont déjà milliardaires. Enfin, moi, je l’ai vu, ça fonctionne comme ça, je travaillais dans le conseil en stratégie.

Les gilets jaunes ont raison parce qu’on en a ras le cul (10) de payer des impôts, on en a ras le cul ! Mais qu’ils vont (11) taxer ceux qui gagnent beaucoup d’argent. Qu’ils arrêtent de taxer les Français avec des petites retraites et des salaires très bas.

Je travaille dans les écoles maternelles, je suis assistante maternelle. J’ai deux enfants avec mon ami. Et bah on n’y arrive plus (12). On n’a pas de voiture, parce que de toute façon, on n’a pas les moyens, parce qu’on n’a droit à rien, et c’est pas avec le Smic qu’on gagne… et non, ça devient trop dur. Là, à Noël, j’ai pas encore rien acheté (13) pour mes enfants. Rien, parce que je peux pas. Donc il y a un moment, stop !

Je suis pour l’instant au chômage, en intérim, voilà. Donc j’ai deux enfants et j’ai ma paye le 10 et le 15, il y a plus rien pour manger. Donc je peux pas leur faire plaisir, je peux pas… Je peux rien faire. Donc voilà, ce serait bien qu’on nous entende un petit peu.

On est un peu impressionnés, mais on est là pour soutenir tous les gilets jaunes, pour être un peu pacifistes pour essayer de revendiquer un peu nos droits, quoi. On se fait fouiller mais je trouve que c’est normal par rapport…avec tout ce qui s’est passé, donc oui. J’habite dans une ville qui est riche mais je ne suis pas riche. Moi personnellement, je suis auxiliaire de puériculture, je travaille en crèche, et en plus de ça, je suis obligée de travailler en dehors de mon travail pour pouvoir gagner un peu plus d’argent. Toute l’année, je me retrouve à découvert (14) et donc je viens revendiquer ça.

Pour l’instant, c’est calme, mais on sent la tension quand même, hein. Pour l’instant, c’est calme parce qu’ils ont mis le paquet (15), voilà, il y a des flics partout.
Vous avez été fouillé combien de fois aujourd’hui ?
Là, trois fois, aujourd’hui, dont une fois, j’étais même pas descendu de ma voiture !

Donc nous étions là et comme là-bas, ils nous poussent et eux ils nous poussent, où c’est qu’on va? (16) C’est une honte ! J’ai soixante-dix ans !
On vient, on vient en paix, ça faisait à peine quoi… vingt minutes qu’on était là, on s’est fait gazer, pour rien !
On est en droit de se révolter, on est en droit de manifester pacifiquement. On veut juste que le peuple soit avec nous, que le gouvernement nous entende, qu’on arrête, mais qu’on arrête de nous laisser crever la dalle (17) ! On a des enfants, on a un avenir, on n’est pas là par hasard. On veut juste survivre, on veut que l’Etat arrête de se gaver (18) et qu’il nous en laisse un petit peu.

Des explications :
1. une vie de labeur : une vie de travail. Le mot labeur présente le travail comme quelque chose de difficile, pas comme quelque chose où on peut s’épanouir. On parle souvent de « dur labeur ».
2. des pestes brunes : des fascistes, des gens d’extrême droite
3. feignant : paresseux
4. boucler les / ses fins de mois : terminer le mois sans être à découvert financièrement.
5. Y en a marre ! : On en a assez, ça suffit, on ne supporte plus (familier)
6. un pourri : quelqu’un qui est corrompu et qui ne respecte aucune valeur. C’est une insulte.
7. Jusqu’à la trogne : cela signifie : complètement. Normalement, on dit jusqu’au trognon, c’est-à-dire le cœur d’un fruit.
8. Bosser : travailler (familier)
9. mettre les gens à la porte : licencier les gens. C’est plus fort que le verbe licencier.
10. En avoir ras le cul = en avoir assez. La version intermédiaire, un peu plus polie, est : en avoir ras le bol.
11. Qu’ils vont taxer… : Cette phrase est incorrecte, il faut employer le subjonctif pour exprimer son souhait : Qu’ils aillent taxer…
12. on n’y arrive plus : on ne s’en sort plus.
13. J’ai pas encore rien acheté : il y a téléscopage entre deux formulations, ce qui arrive souvent à l’oral : Je n’ai pas encore acheté de jouets ou Je n’ai encore rien acheté.
14. Être à découvert : quand on n’a plus d’argent sur son compte bancaire. Dans ce cas, on a à payer des agios. On dit : Je suis à découvert. / J’ai un découvert de 100€.
15. mettre le paquet : mobiliser tous les moyens possibles pour obtenir quelque chose. (argot)
16. Où c’est qu’on va ? : question très orale, à la place de la forme correcte : Où est-ce qu’on va ?
17. Crever la dalle : mourir de faim. (argot)
18. se gaver : normalement, cela signifie manger énormément, plus que nécessaire. Ici, elle exprime l’idée que l’Etat fait payer trop d’impôts.

Les émissions sont à écouter iciet ici.