Un autre monde

DSC_3163Je m’étais déjà laissée embarquer aux Iles Kerguelen par Emmanuel Lepage. Terres du bout du monde, dont nous entendons parler de loin en loin parce que des Français y travaillent quelques jours, quelques semaines, six mois, un an, selon les missions qu’ils ont à y effectuer.

Mais il y a encore plus loin que le bout du monde ! La base Dumont d’Urville, la base Concordia, la Terre Adélie, ces noms posés sur le continent Antarctique, perdus dans l’immensité glacée : c’est de là qu’Emmanuel Lepage et son frère ont rapporté un nouveau récit. L’aventure est au détour des dessins de l’un et des photos de l’autre, et on se laisse emporter par cette histoire de blancheur, de froid, de fraternité et de passion.
Voici leurs deux voix qui racontent comment ils ont vécu ce voyage exceptionnel et comment ils ont imaginé ce beau livre.

La lune est blanche

Transcription:
– C’est… c’est vraiment une aventure narrative, graphique, qui est tellement excitante que c’est vrai que ça m’a ouvert énormément de portes. Je fais plus de la bande dessinée aujourd’hui telle que j’en faisais encore il y a quatre ou cinq ans. Ce qui m’intéresse, c’est d’explorer les champs du dessin, c’est… c’est… de la narration et de la bande dessinée.
– Enfin , il y avait une évidence en tout cas, c’est que dans ce livre, il fallait qu’on parle de notre relation de frères. C’était… enfin comme… enfin pour moi, comme pour Emmanuel, je pense, quelque chose d’assez évident, quoi, que ça allait être au cœur de l’histoire.
– Moi, il y a plein de gens qui me disent, quand on dédicace (1) : « Ah, mais c’est incroyable de faire… de voyager comme ça et que vous puissiez partager ça avec votre frère. Moi, mes frères, mes sœurs, enfin je les vois plus, ceci cela, enfin on ferait jamais un truc pareil ! »
[On ne perd] pas de vue (2) qu’ on raconte une histoire. Et dès le début, j’ai dit à François, c’est moi qui raconte l’histoire. Voilà, c’est… c’est… Je suis le… le narrateur de cette histoire. Et je demande à François quand on rentre : Tu me donnes les photos qui te plaisent. Donc c’est lui qui a fait la sélection de photos, avec des photos qui lui plaisaient beaucoup, des photos qui lui plaisaient plus ou moins. Donc moi-même, je suis revenu sur certaines photos. Il y a eu des photos sur lesquelles on se retrouvait totalement (3), d’autres où on était peut-être un peu plus hésitants. Mais l’histoire se construit autour de ces photos, à partir de cette matière-là. Comme j’ai demandé à François de me donner les lettres à Marile (4). Et donc voilà, j’ai ces éléments-là.
DSC_3154Et après, comme plein d’autres éléments, c’est-à-dire ça va être aussi, bah, les témoignages des uns, des autres, quels sont les éléments historiques, scientifiques. C’est tous ces éléments-là que je vais ensuite essayer de… de mettre en scène. Et donc puisque les photos sont là et comme ce sont des choses sur lesquelles je vais venir, eh bien j’essaie de les mettre en scène (5), c’est-à-dire qu’effectivement, il doit y avoir une cinquantaine de photos dans… dans le livre, mais je construis l’histoire de manière à ce qu’elles… au moment où elles arrivent, elles prennent toute leur… toute leur puissance, voilà. Je les fais venir, en… Je… Je… Elles ne viennent pas par hasard. C’est-à-dire qu’on fait pas un bouquin (6) de photos. C’est… c’est une histoire. Et pour moi, cette notion d’histoire, avec tous ces éléments disparates, doit être… doit être… Enfin, elle est essentielle. On raconte une histoire. Et je… Avec toujours le souci que… qu’on a envie de tourner les pages et qu’on s’ennuie pas, sur… Le bouquin, il fait 256 (7) pages. Donc j’ai… je veux pas qu’on s’interrompe ou qu’on ralentisse ou… Je veux qu’on soit embarqué (8) dans le récit comme on l’a été, embarqués dans… dans notre voyage.
– Et je me suis retrouvé confronté à une difficulté qui était qu’on est… Donc on a embarqué (9) sur un brise-glace, qui a passé donc douze jours en mer, plus de huit jours coincé dans la glace. Puis on est arrivé sur le continent (10) et on a pris ce raid, qui est en fait une longue piste, voilà, dans la… de laquelle on ne peut pas du tout s’écarter. Et en plus, voyage durant lequel moi, je suis au volant (11) d’une machine douze heures par jour. Donc la difficulté pour le photographe, c’est : à quel moment peut-on saisir l’appareil pour faire des photos ? Donc c’est le point de vue. Donc le point de vue est quasiment toujours le même, ce que l’on voit autour de nous, c’est de la glace, c’est un grand désert de glace. Donc en terme de matière, c’est assez… c’est vraiment… je dirais il y a une angoisse de la page blanche (12), il y aussi… il y a une question… enfin là photographique : mais qu’est-ce qu’on photographie ? Quelle image on donne de ce territoire ?
– C’est quand même un endroit qui lui-même est irréel, enfin… c’est un endroit où il y a pas de verticales. Sur 14 millions de km2 (13), c’est du blanc, et on est les seuls dix (14) êtres humains à des centaines et des centaines de kilomètres à la ronde (15)… enfin, même pas des êtres humains, des êtres vivants ! C’est-à-dire qu’il y a pas une mouche (16), il y a pas une feuille, il y a pas un microbe. Il y a rien ! Et ça, c’est vertigineux (17). Enfin, si le bouquin, il s’appelle La lune est blanche, on est sur la lune (18). On a… En plus, on a du mal à respirer, on est engoncé (19) dans des combinaisons énormes, on… Chaque pas peut être dangereux. Enfin… Et… Ouais, on est… on est ailleurs. Autant (20) dans Voyage aux îles de la Désolation, j’avais l’impression d’être allé au bout du monde, là, on est allés dans un autre monde, hein !

Quelques détails :
1. quand on dédicace : pendant une séance de dédicaces, pendant laquelle ils dédicacent leurs livres, c’est-à-dire les signent pour leurs lecteurs, avec un petit mot en fonction de la personne à qui le livre est destiné.
2. Ne pas perdre de vue quelque chose : ne pas oublier. Garder constamment en tête quelque chose, son objectif.
3. Se retrouver totalement sur quelque chose : être complètement d’accord, avoir la même vision, la même approche.
4. Marile : c’est la compagne de François.
5. Mettre en scène : les présenter de manière à les mettre en valeur.
6. Un bouquin : un livre (familier)
7. 256 : deux cent cinquante-six.
8. Être embarqué dans quelque chose : être emporté. (avec l’idée qu’on ne maîtrise pas tout, qu’il y a de l’imprévu, de l’aventure.)
9. embarquer sur un bateau : monter à bord.
10. Le continent : l’Antarctique.
11. Être au volant : conduire un véhicule.
12. L’angoisse de la page blanche : c’est lorsqu’un écrivain ne réussit pas à écrire, n’a plus d’idées et a l’impression qu’il ne retrouvera plus l’inspiration.
13. Km2 : on dit kilomètre carré.
14. Les seuls dix… : normalement, on dit : Les dix seuls… . Mais ici, c’est d’abord l’idée qu’il n’y a personne d’autres qui lui vient à l’esprit.
15. À des kilomètres à la ronde : très loin autour du point où on se trouve. En général, on emploie cette expression pour exprimer l’idée de solitude ou de manque : Il n’y a aucune maison à des kilomètres à la ronde.
16. Il n’y a pas une mouche : c’est plus insistant que : Il n’y a aucune mouche.
17. C’est vertigineux : ça donne le vertige.
18. Il ne dit pas la phrase complète, comme souvent à l’oral : Si le livre s’appelle La lune est blanche, c’est qu’on est sur la lune.
19. Être engoncé dans des vêtements : porter des vêtements qui ne laissent pas de liberté de mouvement.
20. Autant… : ici, cela sert à marquer le contraste entre les deux situations. En général, on introduit aussi la deuxième situation par autant : Autant d’habitude je ne crains pas le froid, autant là-bas j’ai eu froid tout le temps.

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La vidéo complète de l’interview est ici.

Et pour lire le début de cette BD, c’est ici.

Voyage de retour

TGV AtlantiqueSi vous avez regardé mes photos sur instagram pendant ces vacances, vous savez que je suis allée en Bretagne à la fin du mois d’août. Voyage en train : TGV entre Marseille et Paris, changement de gare à Paris et TGV entre Paris et Le Croisic. Et l’inverse au retour bien sûr.

Alors, avant de se dire que les vacances sont bel et bien terminées, voici un petit écho des annonces qui sont faites pendant le voyage. Si vous vous déplacez en France par le train, c’est ce que vous entendrez.

Ou ici : Dans le TGV Atlantique

Transcription :
Nous desservirons (1) la gare d’Angers-Saint Laud. Arrivée prévue dans la capitale à 13h20 (2). D’ici quelques instants (3), je passerai parmi vous (4). Si vous n’avez pas composté (5) votre billet ou si vous en êtes démuni (6), merci de me l’indiquer. Mesdames et Messieurs, au nom de TGV, je vous souhaite un agréable voyage (7).
[L’équipe] vous informe que son bar situé voiture 14 se tient à votre disposition (8) pour un service de boissons chaudes et fraîches, en-cas (9) et friandises (10), ainsi qu’une restauration (11) légère à consommer sur place ou à emporter. Nous vous invitons à venir composer vous-même votre menu à partir de 5,90 € : sandwiches, salades, en-cas chauds, plats traiteur, desserts gourmands (12) et boissons fraîches sont au rendez-vous. Vous trouverez également dans notre offre boutique des magazines d’actualité au prix du kiosque (13), et même des tickets de métro, bus et tramway parisiens, vendus à l’unité (14) pour vous faciliter l’accès en gare de Paris-Montparnasse. Mesdames, Messieurs, nous vous remercions de votre attention et nous vous souhaitons un agréable voyage. A tout de suite (15) au bar, voiture 14. Merci.

Quelques détails de vocabulaire et pratiques:
1. desservir une gare : c’est le verbe qu’on utilise toujours à propos des trains. Sinon, de façon plus « ordinaire », on dit simplement que le train s’arrête à Angers par exemple.
2. 13h20 : dans les transports, on utilise toujours le format 24 heures, pour qu’il n’y ait pas de confusion entre le matin et l’après-midi ou la soirée. Quand on parle, dans la vie courante, on dit indifféremment « treize heures vingt » ou « une heure vingt ».
3. d’ici quelques instants : synonyme de dans quelques instants.
4. Je passerai parmi vous : les contrôleurs passent à chaque place pour contrôler les billets. Vous pouvez avoir un billet papier délivré à la gare, un billet que vous avez imprimé chez vous sur une feuille A4, un billet « virtuel » sur une application dans votre téléphone ou enregistré sur votre carte d’abonnement si vous en avez une.
5. Composter un billet : c’est le mettre dans une machine à la gare qui imprime la date et l’heure dessus. Mais on ne fait ça que si on a un billet papier acheté au guichet à la gare ou délivré par une machine automatique à la gare. De toute façon, c’est écrit s’il faut le faire ou pas sur le billet que vous avez.
6. Être démuni : ne pas avoir quelque chose. Style soutenu. Plus simplement, on dit bien sûr : Si vous n’avez pas de billet / Si vous n’en avez pas.
7. Un agréable voyage : c’est la formule toute faite, traditionnelle dans les transports. Quand on parle à un ami, un membre de la famille, etc…, on dit juste : Je te souhaite (un) bon voyage. / Bon voyage / Fais bon voyage.
8. Se tenir à la disposition de quelqu’un : normalement, c’est plutôt une personne qui se tient à la disposition d’une autre. Donc il vaudrait mieux dire : Notre équipe se tient à votre disposition. Ou alors : Un bar est à votre disposition. (avec juste le verbe être)
9. Un en-cas : c’est juste un petit quelque chose qu’on mange au cas où on a faim, pas un sandwich, ni un repas. Ça sert juste à couper la faim quand n’a pas le temps de faire un vrai repas.
10. Des friandises : ce sont normalement des bonbons, des aliments sucrés. Donc là, il s’agit de barres de céréales, ou de barres chocolatées par exemple.
11. Une restauration légère : ce terme signifie qu’on peut prendre des plats légers. Si vous parlez, vous n’utiliserez pas ce terme. Vous direz juste : je voudrais manger léger / J’ai mangé léger ce midi.
12. Un dessert gourmand : normalement, ce sont les gens qui sont gourmands, quand ils aiment bien manger, notamment des plats sucrés. Mais on utilise maintenant cet adjectif à propos des plats eux-mêmes qui vont plaire aux gourmands. Par exemple, prendre un café gourmand au restaurant à la fin du repas, c’est boire un café qu’on vous sert accompagné de petits gâteaux, de chocolats, de petites douceurs (sucrées).
13. Un kiosque : c’est comme ça qu’on appelle les lieux dans la rue, dans les gares ou les aéroports où on achète les journaux et les magazines. (Sinon, ça s’achète chez le marchand de journaux, ce qui désigne une vraie boutique.) Donc ici, elle veut simplement dire que ce n’est pas plus cher dans le train.
14. Des tickets de métro vendus à l’unité : cela signifie que vous les achetez un par un au lieu d’acheter un carnet (de 10 tickets). Donc ils sont un peu plus chers, comme toujours à l’unité. Mais ça peut vraiment dépanner et faire gagner du temps si on est pressé en arrivant.
15. A tout de suite : c’est ce qu’on dit quand on va se voir (ou se parler au téléphone) dans les minutes qui suivent. (Si ce n’est pas le cas, on dit : A tout à l’heure / A plus tard. / A bientôt)

La rentrée, en France, c’est comme un nouveau départ, le début d’une nouvelle année, après les vacances d’été.
Je suis contente de vous retrouver !

(Je n’ai pas encore répondu à tous les commentaires récents. Cela ne saurait tarder. A tout à l’heure !)