S’envoler

PiloterQuand mes fils étaient enfants et que nous allions dans la famille, une des attractions était d’aller regarder les quelques trains qui passaient en contrebas d’un petit chemin tout proche. Ils connaissaient les horaires du train du début de soirée et il était hors de question de rater son passage. Et imaginez: il y avait même des jours où le conducteur, en les apercevant sur le talus, les klaxonnait ! Récompense suprême !

C’est ce à quoi j’ai pensé en écoutant ces trois personnes à la radio: même passion qui fait revenir au même endroit jour après jour. Pas pour des trains qui passent mais pour des avions qui atterrissent ou décollent. Pas dans un petit coin perdu donc mais dans le bruit à proximité de l’aéroport d’Orly. Et pas seulement dans l’enfance ! Mais c’est la même admiration fascinée.

Rêver de voler

Transcription :
– C’est des rêves. Quand on est petit, on rêve, on rêve beaucoup, hein. Regardez, il y en a un qui arrive. Luca ! Regarde ! Luca, regarde !
– Un avion ?
– Mais oui, regarde les lumières. Ouah, c’est beau ! J’aurais été homme, j’aurais été peut-être pilote d’avion.
– Vous savez qu’il y a des femmes pilotes.
– Si (1), je le sais. Comme j’étais une fille, on n’avait pas le droit de toucher les avions, hein ! Avant, c’était pas comme maintenant. Les parents, ils sont très conservateurs, donc les filles, c’est les poupées et les garçons, c’est leurs jeux. Eh bah nous, on faisait que regarder (2). On regardait les garçons jouer et on disait « Mais je veux. » Mais tu peux pas. C’est pour les garçons. Et c’est quelque chose… Je pense que plus on nous interdit quelque chose, plus on est attiré.
– Donc c’est votre part d’émancipation d’aimer les avions.
– Peut-être. Peut-être, parce que le jour que (3) je suis partie de chez moi, j’avais 25 ans, de chez mes parents, et c’était pour venir en France prendre l’avion. Donc à chaque fois, c’est un peu de liberté. C’est faire ou aller là où peut-être on est… on sera pas suivie tout de suite. Donc c’est quand même quelque chose. Je suis attachée à tout ce qui est la liberté. Je pense le cheval, il est libre parce qu’il est grand et il court, il est beau, il est fort. Je pense la même chose des avions. C’est… c’est une force. Une force matérielle, mais c’est une force aussi.
– Qu’est-ce que tu veux, Luca ? Regarde !
– C’est un gros, celui-là. Oui, c’est un 747. C’est le plus gros quadri-réacteur qui se pose ici parce que le… l’A380 se pose que à Roissy.
– Vous connaissez un peu les horaires des vols, carrément ?
– Par cœur ! Oh oui. Il y en a encore un beau qui arrive. Oui, alors, tous ceux qui se dirigent vers les îles (4), vers l’ouest, notamment Guadeloupe et tout, ils partent en début d’après-midi. Ça leur fait… ça les fait arriver l’après-midi là-bas. Celui-là, je le connais pas, je sais pas ce que c’est, avec des ailes hautes. On dirait un truc russe, genre Antonov. Ah ouais, c’est … c’est bizarre, celui-là ! Je crois que c’est la première fois que je le vois ici, hein. On arrive à voir des avions nouveaux de temps en temps, hein.
– Vous avez raison, c’est écrit en russe dessus.
– Ce matin, on a été vernis (5), hein ! On peut dire le mot. Vraiment magnifique ! Moi, j’ai travaillé sur les moteurs toute ma vie, sur les moteurs d’avion, alors c’était presque un rêve pour moi d’arriver là. Et bon, c’était un régal (6), je vous dis, de travailler là-desssus. Enfin déjà d’avoir terminé tous ces moteurs, vraiment génial (7) ! Ah oui !
– Et vous venez ici par nostalgie de tout ça ?
– Oh oui. Il y a une part de notre travail qui vole encore. Un autre qui arrive, là. Ça doit être un petit Airbus.
– Bonjour monsieur.
– Bonjour.
– Je peux vous demander pourquoi vous venez ici ?
– Parce que je travaille dans l’aérien, que j’adore les avions. Donc je viens regarder les avions qui se posent, à défaut de (8) pouvoir piloter, bah je regarde les avions qui viennent se poser ou décoller.
– Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?
– J’étais personnel navigant (9) pendant 18 ans et puis j’ai perdu ma licence de vol. J’ai fait de l’absence épileptique, quelque chose que j’avais jamais fait jusqu’à 40 ans. Et à 40 ans, ça s’est déclaré (10) comme ça. Donc… et faisant de l’absence, je peux pas me permettre de voler. Donc je travaille dans la même compagnie mais je travaille au sol. Donc j’ai toujours eu la passion des avions et puis, à défaut de pouvoir encore voler, bah je regarde les avions se poser ou décoller. J’ai très mal réagi (11). J’étais pas loin de la dépression, hein, parce que vraiment, moi quand j’étais gosse (12), déjà je voulais absolument faire ce métier. Et bah oui, on fait en sorte de s’en sortir (13), quoi. C’est… C’est plus pareil. Je dis pas que j’ai pas de temps en temps, bah comme quand je viens voir des avions… Les avions, j’en suis amoureux, quoi, c’est… c’est une folie. Ça m’a énormément plu. Voilà.

Quelques détails :
1. Si, je le sais : elle devrait dire « Oui, je (le) sais ». (Elle est vénézuelienne, installée en France, d’où quelques petites erreurs de temps en temps.)
2. on faisait que… : On se contentait de (regarder). (style oral)
3. le jour que je suis partie : il faut dire « le jour où je suis partie »
4. les îles : pour beaucoup de Français, cela désigne les départements d’outre-mer. (aux Antilles : la Guadeloupe comme il le dit, la Martinique)
5. être verni : avoir de la chance (familier.) On entend moins ce mot qu’avant.
6. C’est un régal : c’est un grand plaisir. Aujourd’hui, pour exprimer la même idée, c’est la mode de dire : « C’est que du bonheur. »
7. génial : super (familier)
8. à défaut de : faute de = puisque je ne peux pas (faire telle ou telle chose)
9. le personnel navigant : ce sont les employés des compagnies aériennes qui travaillent à bord des avions, par opposition au personnel au sol.
10. Se déclarer : à propos d’une maladie, cela signifie qu’elle commence.
11. J’ai très mal réagi : ça a été très difficile à accepter.
12. Quand j’étais gosse = quand j’étais enfant (plus familier)
13. s’en sortir : trouver une solution, ne pas sombrer dans les problèmes.

A la radio, c’est ici, un peu avant la fin de l’émission, vers 42’55.

Un peu de vocabulaire pour parler de ses passions:
Il est passionné d’aviation. / Je suis passionné d’aviation.
– C’est un passionné d’aviation.
– Il a la passion des avions. / J’ai la passion des avions.

Parfois, on entend : il est fana d’aviation. Mais c’est familier et pas très employé aujourd’hui. En tout cas, on ne peut pas dire ça dans un examen oral de français comme je l’ai lu l’autre jour. Ce n’est pas le bon niveau de langue. Toujours un peu compliqué à sentir quand ce n’est pas sa langue maternelle mais tout n’est pas interchangeable.

Ce billet est aussi un petit clin d’œil à Kelli et à sa passion du français, de l’écriture et des avions. Comme le dit le journaliste, il y a des femmes pilotes, n’est-ce pas Kelli !
Son blog est ici, en anglais et en français.

Echappée du weekend

Début d’un long weekend en France, puisque le lundi de Pâques, comme on l’appelle, est aussi un jour férié. Il y a donc du monde sur les routes pour profiter de ces trois jours. On entend parler de kilomètres de bouchons, de ralentissements, à la sortie de Paris et des grandes villes, vers l’ouest ou le sud notamment.

Appli petits voyages entre amisAlors, pour que vous preniez le train, voici une publicité de la SNCF (toujours d’actualité), pour son rythme de parole, les expressions utilisées et le caractère enlevé de la présentation ! (Mais comme toujours, difficile d’échapper à Facebook…)

Illustration humoristique de la façon dont une information, à force d’être relayée, est très vite déformée ! Nous en faisons l’expérience régulièrement avec nos étudiants. J’avoue que cela me stupéfie toujours de voir ce qu’ils colportent à partir de ce que nous leur disons !
« On m’a dit que…  »
« Ah bon ? Mais qui vous a dit une chose pareille ? »

Pour regarder cette pub, cliquez ici.

Transcription :
Eux, ce sont mes amis: Léna, Vincent, Bastien, et enfin Marion. Tous ensemble, on a décidé de partir en voyage. Mais voilà, entre les textos, les mails et les coups de téléphone, impossible de tomber d’accord (1) pour tout planifier.
Quand j’ai proposé à Léna de se faire une virée (2) à Sète (3) le weekend du 12 septembre, Léna a dit à Vincent : se faire une virée à douze la semaine du 7 novembre. Vincent a transmis à Bastien : se faire un volley à sept avant le coup de blues (4) de décembre. Et Marion a compris : se faire un vide-grenier (5) aztèque et un poulet au gingembre. Puis j’ai ajouté : Il y a un train de Paris-Gare de Lyon (6) le samedi 31 à 9h20 très exactement. Marion a transmis à Bastien : Il y a un train de Rungis par Toulon (7) le mercredi 20 à 6 heures du matin approximativement. Et Léna a fini par m’appeler en disant : Il y a un nain, une génisse et un maçon. Ils proposent un bon coin mais pour faire quoi exactement ?
Ce jour-là, on a décidé d’arrêter les frais ((8). Comme on est tous sur Facebook, on s’est mis à utiliser l’application « Petits voyages entre amis », pour organiser nos virées entre nous. Finie la galère, bonjour la simplicité ! (9)
Etape 1, je complète mon profil voyageur avec ma carte de réduction.
Etape 2, je crée le voyage et je sélectionne les participants. Toute la bande au grand complet (10)!
Etape 3, cochez l’option Voyage privé. Pas envie que Yohann sache que je parte avec son ex (12) et pas non plus besoin que ma cousine Suzie, reine de l’incruste, nous impose sa venue sans être invitée.
Dix minutes plus tard, mes amis ont confirmé leur participation.
Mais voilà, Bastien veut inviter Claire, Vincent veut amener sa mère et Marion, son petit frère.
Suggestions faites sur la page : tout le monde veut que la mère de Vincent dégage (13). Quant à Claire et le petit frère, ils sont du voyage.
Etape 4, je suggère un trajet au départ de Paris-Gare de Lyon, samedi matin à 9h20. Tout le monde a compris ? Oui, c’est clair, net et précis. Je réserve les billets. Les places dans le train sont bookées (14), et tout le monde sera assis à côté (15).
Et ma préférée, l’étape 5, je fonce faire ma valise !
Petits voyages entre amis, c’est sur la page Facebook de Voyage-SNCF.com

Quelques détails :
1. tomber d’accord : on peut dire aussi se mettre d’accord ou s’entendre (/ sur quelque chose / pour faire quelque chose ).
2. Se faire une virée : une virée est un petit voyage, comme une escapade. (style familier) On peut dire : faire une virée quelque part. Dire « se faire une virée » donne un côté plus oral et familier, comme lorsqu’on dit : se faire un resto, se faire un ciné.
3. Sète : c’est une ville du sud de la France, au bord de la Méditerranée, pas loin de Montpellier. Il y a ensuite un jeu de mots avec le chiffre sept, qui se prononce de la même façon. Se faire une virée à sept est donc possible : cela signifie que 7 personnes vont faire le voyage ensemble.
4. Avoir un coup de blues = avoir un coup de cafard, c’est-à-dire connaître un moment où on n’a pas trop le moral. Il y a un jeu sur les sonorités : douze, blues. C’est la même chose ensuite avec septembre, décembre, novembre, gingembre, ou aztèque, à Sète, à sept. Puis un nain / train, génisse / Rungis, Toulon / maçon.
5. Un vide-grenier : les villes organisent ce genre de journées où chacun peut essayer de vendre des objets, des vêtements, etc… pour s’en débarrasser, donc pour vider son grenier où on entasse tout ce dont on ne se sert plus. (Mais pas besoin d’avoir un grenier pour entasser des choses inutiles chez soi!)
6. Paris-Gare de Lyon : c’est l’une des grandes gares de Paris, celle qui dessert le sud-est de la France.
7. Rungis par Toulon : ça n’a aucun sens au niveau de l’itinéraire ! Si vous regardez les images, vous voyez un train avec des légumes, des fruits : parce que Rungis, dans la région parisienne est le plus grand marché en gros où transite une quantité énorme de produits alimentaires.
8. Arrêter les frais = arrêter de faire n’importe quoi et tout stopper. (familier)
9. Finie la galère, bonjour la simplicité : on utilise cette expression familière pour parler d’un changement radical. Ils passent de la galère (c’est-à-dire des complications) à quelque chose de simple. (Le mot galère est familier.)
10. au grand complet : tout le monde est là, sans exception. Par exemple : pour son anniversaire, il y avait toute la famille au grand complet.
11. Son ex = son ex-copine, celle avec qui il a rompu. (familier) On utilise aussi ce mot pour son ex-mari ou son ex-femme, après un divorce.
12. la reine de l’incruste : s’incruster, au sens figuré, c’est s’imposer dans un groupe, dans une fête, etc… alors qu’on n’a pas été invité. (familier). Donc Suzie réussit à aller partout, à participer à tout, alors que les autres n’ont pas envie de la voir.
13. Dégager : s’en aller, partir. (très familier) C’est souvent un terme plutôt agressif pour demander à quelqu’un de partir: Tu dégages ! Donc ici, c’est assez peu sympa pour la maman, qui bien sûr n’est pas la bienvenue. Et petit coup de griffe aussi vis-à-vis du garçon qui ne peut pas se passer de sa mère !
14. Bookées : anglicisme = réservées
15. À côté : les uns à côté des autres. Leurs places ne seront pas loin les unes des autres.