Echappée du weekend

Début d’un long weekend en France, puisque le lundi de Pâques, comme on l’appelle, est aussi un jour férié. Il y a donc du monde sur les routes pour profiter de ces trois jours. On entend parler de kilomètres de bouchons, de ralentissements, à la sortie de Paris et des grandes villes, vers l’ouest ou le sud notamment.

Appli petits voyages entre amisAlors, pour que vous preniez le train, voici une publicité de la SNCF (toujours d’actualité), pour son rythme de parole, les expressions utilisées et le caractère enlevé de la présentation ! (Mais comme toujours, difficile d’échapper à Facebook…)

Illustration humoristique de la façon dont une information, à force d’être relayée, est très vite déformée ! Nous en faisons l’expérience régulièrement avec nos étudiants. J’avoue que cela me stupéfie toujours de voir ce qu’ils colportent à partir de ce que nous leur disons !
« On m’a dit que…  »
« Ah bon ? Mais qui vous a dit une chose pareille ? »

Pour regarder cette pub, cliquez ici.

Transcription :
Eux, ce sont mes amis: Léna, Vincent, Bastien, et enfin Marion. Tous ensemble, on a décidé de partir en voyage. Mais voilà, entre les textos, les mails et les coups de téléphone, impossible de tomber d’accord (1) pour tout planifier.
Quand j’ai proposé à Léna de se faire une virée (2) à Sète (3) le weekend du 12 septembre, Léna a dit à Vincent : se faire une virée à douze la semaine du 7 novembre. Vincent a transmis à Bastien : se faire un volley à sept avant le coup de blues (4) de décembre. Et Marion a compris : se faire un vide-grenier (5) aztèque et un poulet au gingembre. Puis j’ai ajouté : Il y a un train de Paris-Gare de Lyon (6) le samedi 31 à 9h20 très exactement. Marion a transmis à Bastien : Il y a un train de Rungis par Toulon (7) le mercredi 20 à 6 heures du matin approximativement. Et Léna a fini par m’appeler en disant : Il y a un nain, une génisse et un maçon. Ils proposent un bon coin mais pour faire quoi exactement ?
Ce jour-là, on a décidé d’arrêter les frais ((8). Comme on est tous sur Facebook, on s’est mis à utiliser l’application « Petits voyages entre amis », pour organiser nos virées entre nous. Finie la galère, bonjour la simplicité ! (9)
Etape 1, je complète mon profil voyageur avec ma carte de réduction.
Etape 2, je crée le voyage et je sélectionne les participants. Toute la bande au grand complet (10)!
Etape 3, cochez l’option Voyage privé. Pas envie que Yohann sache que je parte avec son ex (12) et pas non plus besoin que ma cousine Suzie, reine de l’incruste, nous impose sa venue sans être invitée.
Dix minutes plus tard, mes amis ont confirmé leur participation.
Mais voilà, Bastien veut inviter Claire, Vincent veut amener sa mère et Marion, son petit frère.
Suggestions faites sur la page : tout le monde veut que la mère de Vincent dégage (13). Quant à Claire et le petit frère, ils sont du voyage.
Etape 4, je suggère un trajet au départ de Paris-Gare de Lyon, samedi matin à 9h20. Tout le monde a compris ? Oui, c’est clair, net et précis. Je réserve les billets. Les places dans le train sont bookées (14), et tout le monde sera assis à côté (15).
Et ma préférée, l’étape 5, je fonce faire ma valise !
Petits voyages entre amis, c’est sur la page Facebook de Voyage-SNCF.com

Quelques détails :
1. tomber d’accord : on peut dire aussi se mettre d’accord ou s’entendre (/ sur quelque chose / pour faire quelque chose ).
2. Se faire une virée : une virée est un petit voyage, comme une escapade. (style familier) On peut dire : faire une virée quelque part. Dire « se faire une virée » donne un côté plus oral et familier, comme lorsqu’on dit : se faire un resto, se faire un ciné.
3. Sète : c’est une ville du sud de la France, au bord de la Méditerranée, pas loin de Montpellier. Il y a ensuite un jeu de mots avec le chiffre sept, qui se prononce de la même façon. Se faire une virée à sept est donc possible : cela signifie que 7 personnes vont faire le voyage ensemble.
4. Avoir un coup de blues = avoir un coup de cafard, c’est-à-dire connaître un moment où on n’a pas trop le moral. Il y a un jeu sur les sonorités : douze, blues. C’est la même chose ensuite avec septembre, décembre, novembre, gingembre, ou aztèque, à Sète, à sept. Puis un nain / train, génisse / Rungis, Toulon / maçon.
5. Un vide-grenier : les villes organisent ce genre de journées où chacun peut essayer de vendre des objets, des vêtements, etc… pour s’en débarrasser, donc pour vider son grenier où on entasse tout ce dont on ne se sert plus. (Mais pas besoin d’avoir un grenier pour entasser des choses inutiles chez soi!)
6. Paris-Gare de Lyon : c’est l’une des grandes gares de Paris, celle qui dessert le sud-est de la France.
7. Rungis par Toulon : ça n’a aucun sens au niveau de l’itinéraire ! Si vous regardez les images, vous voyez un train avec des légumes, des fruits : parce que Rungis, dans la région parisienne est le plus grand marché en gros où transite une quantité énorme de produits alimentaires.
8. Arrêter les frais = arrêter de faire n’importe quoi et tout stopper. (familier)
9. Finie la galère, bonjour la simplicité : on utilise cette expression familière pour parler d’un changement radical. Ils passent de la galère (c’est-à-dire des complications) à quelque chose de simple. (Le mot galère est familier.)
10. au grand complet : tout le monde est là, sans exception. Par exemple : pour son anniversaire, il y avait toute la famille au grand complet.
11. Son ex = son ex-copine, celle avec qui il a rompu. (familier) On utilise aussi ce mot pour son ex-mari ou son ex-femme, après un divorce.
12. la reine de l’incruste : s’incruster, au sens figuré, c’est s’imposer dans un groupe, dans une fête, etc… alors qu’on n’a pas été invité. (familier). Donc Suzie réussit à aller partout, à participer à tout, alors que les autres n’ont pas envie de la voir.
13. Dégager : s’en aller, partir. (très familier) C’est souvent un terme plutôt agressif pour demander à quelqu’un de partir: Tu dégages ! Donc ici, c’est assez peu sympa pour la maman, qui bien sûr n’est pas la bienvenue. Et petit coup de griffe aussi vis-à-vis du garçon qui ne peut pas se passer de sa mère !
14. Bookées : anglicisme = réservées
15. À côté : les uns à côté des autres. Leurs places ne seront pas loin les unes des autres.

Parisien, célibataire et carnivore

Côté repas, il est à l’opposé de Patrick et Christine.
Mais comme eux, il trouve tout ce qu’il faut pour manger à Paris.
Et à Paris comme dans beaucoup de grandes villes du monde entier, on peut voyager dans son assiette !
Il s’appelle Julien, il est le seul maître à bord dans son appartement et il n’aime pas les poivrons.

Il raconte sa vie avant Paris et ses nouvelles habitudes parisiennes:

Julien à Paris

Transcription:
Deux, trois fois par semaine, elle rentrait à 9 heures, des trucs comme ça (1), quoi. Et dans ces cas-là, là c’est moi qui faisais à manger pour mes frangins (2) mais c’était, voilà, des patates (3) et des nuggets (4) au four, un plat de pâtes. Enfin, voilà, fallait (5) que ça… Je faisais pas la cuisine, quoi. Et puis en même temps, c’est aussi depuis que j’habite à Paris, disons que dans le sens, là où j’ai grandi chez ma mère, il y avait rien. Je pouvais pas aller manger dehors (6) sans prendre ma voiture. Et j’avais pas la voiture (7), donc c’était soit j’allais avec des amis qui avaient la voiture, on allait au McDo (8), des trucs comme ça, mais qui était au bled (9) d’à côté, quoi. Donc quand je suis arrivé à Paris, il y avait un truc, je trouvais ça génial, c’est : tu descends (10), tu prends à bouffer (11), tu remontes, c’est super, quoi ! Parce que moi, toute ma jeunesse… Enfin même ma mère, jamais elle pouvait dire : « Oh, ce soir, j’ai la flemme (12) de faire à bouffer, on va prendre une pizza. » Non. Enfin, la pizza, tu l’attends une demi-heure. On mangeait tout le temps, tout le temps à la maison. Donc c’est du fait que j’ai vécu seul parce… Mais c’est quand je suis arrivé à Paris, enfin, ces deux choses en même temps, et je trouvais ça vachement (13) bien, quoi, qu’on me fasse à manger en bas. Bah, je suis dans le quartier africain de Paris, enfin, je suis… Elle est… Tu as… Moi, je suis vraiment dans les rues du quartier africain. Juste derrière, c’est… tu as le quartier maghrébin (14). Enfin, moi, je suis Afrique noire. Juste derrière, tu as le quartier maghrébin. Tu vas un peu vers Gare du Nord (15), qui est à cinq-dix minutes à pied à peine (16), là, tu as tous les Pakistanais, les Indiens et tout. Et puis, bon, tu as pas mal de Chinois au milieu de tout ça, quoi. Donc c’est assez exotique, ouais. C’est… Moi (17), tu peux prendre du mafé à emporter en bas, quoi. Donc tu vas avoir tout ça à Paris, quoi.
Bah j’aime bien les voyages. Après, l’Inde, c’est le premier voyage que j’ai fait, et puis j’ai vraiment apprécié. Je sais qu’à chaque fois que j’y retournerai, je serai – enfin, à moins que ça change beaucoup – mais j’y serai toujours bien. Après, l’Inde, par exemple pour la bouffe (18), c’est que tu as 80 % de végétariens en Inde et que moi, c’est l’inverse, alors que j’adore la viande et les légumes, j’ai plutôt du mal (19), quoi. Donc c’était un truc, bon, fallait s’adapter un peu. Et bon, ça m’est arrivé d’avoir du riz au citron et aux poivrons – A la base (20), le poivron, j’aime pas, je mangerais pas du poivron. Tu me donnes un truc avec du poivron, j’aime pas – Je peux pas dire que j’ai adoré, mais ça allait, ça allait, tu vois, c’est… bon… Il y a pas mort d’homme (21), quoi ! C’est… c’est pas mauvais (22), c’est… Mais j’aurais su ce que c’était, je l’aurais pas commandé, tu vois. Le riz, le citron, ça va. Le poivron, ça m’emmerde (23).
Enfin, j’allais dire j’espère… Je pense qu’un jour… enfin, si un jour, j’ai une vie de famille, etc… je pense que ça changera, par… par la force des choses (24) de toute façon. Mais en plus, je pense que ça… Je le ferai de bon cœur (25), dans le sens où ça me changera, quoi. Mais tant que j’ai pas de raisons, bah ça me convient comme ça, quoi. Tout simplement.

Des explications :
1. des trucs comme ça : cette formule très orale et familière est très vague. Ici, cela signifie qu’il pense à des situations identiques, où sa mère n’était pas là au moment des repas.
2. Un frangin : un frère (argot) Au féminin, c’est une frangine, donc une sœur.
3. les patates : ce sont les pommes de terre (familier)
4. des nuggets : les Français ont adopté le terme américain car c’est ce qui est écrit sur les paquets de surgelés. (ou quand on mange au MacDo). Des nuggets en français, ce sont des pépites, mais pour nous, en cuisine, ce terme désigne des pépites de chocolat qu’on met dans les gâteaux.
5. Fallait : il manque le sujet du verbe : Il fallait… (tournure uniquement orale et familière)
6. manger dehors = manger ailleurs qu’à la maison. On dit aussi : Manger à l’extérieur.
7. J’avais pas la voiture : normalement, on dit Je n’avais pas de voiture. Mais souvent, à l’oral, on dit « la voiture» pour généraliser et paradoxalement, avec ce « la », on ne pense pas à une voiture en particulier.
8. Aller au McDo : les Français abrègent toujours ce nom. Et on emploie « au », comme lorsqu’on dit : je vais au restaurant / au café.
9. Un bled : une petite ville / un village, avec l’idée que c’est un endroit qui n’est pas très passionnant. (argot)
10. tu descends : il emploie ce verbe pour dire qu’on sort dans la rue en bas de chez soi. (car on habite en appartement, donc souvent en étage). Et ensuite, on remonte chez soi.
11. bouffer : manger (argot, très familier)
12. avoir la flemme : ne pas avoir l’énergie de faire quelque chose et donc ne pas avoir envie. (familier) : Il faudrait que j’aille courir. Mais j’ai la flemme. On peut dire aussi : je n’ai pas le courage.
13. Vachement : très (très familier)
14. maghrébin : on emploie ce mot pour désigner les pays du Maghreb, donc d’Afrique du nord. (Tunisie, Algérie, Maroc.)
15. vers Gare du Nord : Il ne dit pas: vers la Gare du Nord. Très souvent, on ne met pas les articles devant les noms de lieux à Paris car en fait, pour se repérer, on pense d’abord aux stations de métro : Tu vas à Champs Elysées / Tu descends à Châtelet / J’habite à Bastille. / Je travaille vers République.
16. C’est à 5 minutes à peine : ce n’est même pas à 5 minutes. Il faut 5 minutes grand maximum, normalement un petit peu moins.
17. Moi : il veut dire dans mon cas, donc ici, dans mon quartier.
18. La bouffe : la nourriture (argot)
19. j’ai du mal : c’est difficile pour moi => je n’apprécie pas.
20. À la base : on entend beaucoup cette expression maintenant, comme s’il y avait une influence de l’anglais avec basically. Cela signifie Au départ. On parle d’une situation qui est la base et on va montrer qu’elle évolue en quelque sorte.
21. Il y a pas mort d’homme : cette expression familière signifie que ce n’est pas grave dans le fond, qu’il n’y a pas de conséquences si importantes que ça.
22. C’est pas mauvais : quand on utilise cette expression à propos de nourriture, cela veut dire que c’est mangeable, mais qu’on n’apprécie pas tant que ça.
23. Ça m’emmerde : ça m’énerve, ça ne me plaît pas. (vulgaire)
24. par la force des choses : obligatoirement, sans qu’on ait vraiment le choix.
25. De bon cœur : avec envie, sans rechigner.

Detail personnel et de prononciation:
à la maison, nous aimons tous les poivrons. (Prononcez tous avec son « s », parce que je veux parler de tous les membres de la famille, pas de tous les poivrons. A l’écrit, c’est ambigu !) Donc nous aimons les poivrons. Mais sans la peau !

Parce que crus et avec la peau, franchement, c’est très moyen. Donc il faut prendre le temps de les placer juste sous le grill du four, puis quelques minutes dans un sac en plastique et ensuite, c’est un jeu d’enfant de les éplucher. Comment résister alors à des poivrons tout fondants ?

Les poivrons à griller