J’ai une fringale !

Est-ce que ça vous arrive de sauter le petit déjeuner ? C’est ce que font beaucoup de lycéens, paraît-il. Ah, pourtant, ce n’est pas faute* d’avoir reçu toute une éducation là-dessus à l’école primaire ou au collège ! Ils savent tout sur les bienfaits d’un petit déjeuner équilibré !

Mais si on n’arrive pas à sortir du lit, si on passe beaucoup de temps dans la salle de bains à se préparer, si par dessus le marché*, on a l’impression qu’on ne peut rien avaler parce que c’est vraiment trop tôt, alors on quitte la maison le ventre vide. Et bien sûr, quelques heures plus tard, on a un petit creux* !


Ecoutez ce que ça donne dans un lycée, par un matin ordinaire:

Transcription:
Un professeur :
Deux attitudes complètement opposées, hein : ou c’est l’endormissement, on est absent mentalement. Ou alors, c’est l’agitation. L’absence du petit dejeuner chez beaucoup, alors ça, c’est…c’est caractéristique : on n’a pas le temps, on n’a pas chronométré son… voyez… son… son lever par rapport au petit déjeuner, hein, on l’a pas inclus forcément. Bon alors après, c’est onze heures, ça commence un petit peu, là, la faim. Certains même, c’est franchement l’hypoglycémie (1).

L’infirmière scolaire et une élève qui ne se sent pas bien :
– Tu n’as pas mangé du tout ?
– Non.
– Non !
– Depuis hier soir.
– Tu finis à quelle heure, là ?
– 13 heures. (2)
– 13 heures ? Je te donne deux paquets ? (3)
– D’accord.
– Hein, tu as rien mangé du tout. Je pense que 13 heures, ça va faire long. Je te donne un verre d’eau aussi ?

L’infirmière :
Assez souvent, les élèves qui ne déjeunent pas le matin ont un petit malaise (4) comme ça au cours de la matinée. Donc ils viennent nous voir. Et on leur donne un petit réconfort (5) afin de… de finir la matinée.

A la pause de 10 heures, au distributeur de boissons, de gâteaux ou de barres de céréales :
– Et pourquoi tu as faim à cette heure-là ?
– Bah parce que le matin, je mange à six heures et demie et le… le midi (6), on mange à une heure. Donc on a… on a faim, quoi, vers 11 heures, midi, on commence à avoir faim. Donc même à la récré (7) de 10 heures, on vient prendre quelque chose à manger, quoi.
– Et du coup (8) en cours, vous avez des moments où vous êtes pas trop bien parce que vous avez faim ou vous êtes fatigués ?
– Ouais.
– On bosse (9) pas, quoi, on va dire (10), parce que on a tellement faim que… qu’on dort, quoi, à moitié (11), en cours.

Quelques explications :
1. l’hypoglycémie : c’est quand on manque de sucre dans le sang et donc on se sent faible parce qu’on a faim.
2. 13 heures : on dit indifféremment une heure ou treize heure.
3. deux paquets : l’infirmière donne deux petits paquets de gâteaux à cette élève en hypoglycémie.
4. avoir un malaise : c’est quand on ne se sent pas bien du tout. On est obligé de s’asseoir ou de s’allonger.
5. un réconfort : d’habitude, c’est quelque chose de psychologique, quand on essaie de soutenir quelqu’un qui n’a pas le moral. Mais ça peut désigner aussi quelque chose à manger, qui va vous aider à tenir physiquement.
6. le midi : ce terme désigne l’heure du déjeuner, même si cette pause a lieu un peu plus tard.
7. la récré : c’est l’abréviation de « la récréation », c’est-à-dire la pause dans la matinée où les élèves  peuvent se détendre un peu.
8. du coup : par conséquent / donc. (Mais par conséquent est trop soutenu pour être employé dans une conversation ordinaire.)
9. bosser : travailler (familier)
10. on va dire : cette expression est une sorte de tic de langage que certains emploient beaucoup.
11. on dort à moitié = on n’est pas concentré du tout, on n’écoute pas.

* avoir une fringale : avoir faim, tout d’un coup.
* avoir un petit creux : c’est un synonyme un peu plus familier de avoir une fringale.
* ce n’est pas faute de… : ce n’est pas par manque de…
* par dessus le marché : en plus de tout ça (familier)

A deux pas

C’est à deux pas, ça veut dire que c’est tout près. C’est ce qui est écrit sur un des côtés de ce sac. Bizarre de photographier un sac, vous dites-vous ! Mais c’est que ce sac raconte beaucoup de choses sur la France !

Après des années de distribution de sacs plastique dans les magasins et les supermarchés, on assiste au retour des cabas et des paniers. Désormais, les sacs réutilisables ont la cote* et si vous les oubliez en allant faire vos courses*, vous êtes bien embêtés* car de nombreux magasins ne vous donnent plus rien de gratuit pour transporter vos achats. Changement dans nos habitudes de consommateurs, étonnamment rapide d’ailleurs. En fin de compte, on se passe* très bien de tous ces petits sacs en plastique qui se retrouvaient ensuite partout dans la nature et dans nos océans. Alors, nos nouveaux sacs proclament tous qu’ils font quelque chose pour notre environnement.

L’autre changement, c’est un  timide  retour chez les petits commerçants en centre-ville : « A deux pas, c’est plus sympa*. » On les appelle les commerces de proximité, par opposition aux supermarchés et hypermarchés installés à la périphérie de nos villes dans les centres commerciaux, pratiques mais pas vraiment « sympas » parce qu’impersonnels. Il n’y a pas grand-monde qui vous dit bonjour dans un supermarché français, c’est vrai; ça pourrait être autrement mais ça n’est pas dans les habitudes. Les échanges avec les caissières se limitent souvent à un vague « bonjour », productivité oblige,  ou à un « C’est fermé » qui vous envoie faire la queue à une autre caisse. Et comme en plus maintenant, on supprime carrément les caissières, remplacées par des caisses automatiques, ça ne va pas s’arranger !
Alors côté convivialité, c’est vrai qu’à deux pas, c’est souvent plus sympa !

Un peu de vocabulaire :
* avoir la cote : être à la mode et bien vu, être apprécié.
*faire les courses / faire ses courses : c’est toujours aller acheter à manger ainsi que les produits d’entretien dont on a besoin chez soi. Ce n’est jamais aller s’acheter des vêtements, des chaussures, par exemple. (ça, ce serait plutôt aller faire du shopping.)
* sympa : abréviation de sympathique. (familier) On peut l’utiliser à propos de quelqu’un qu’on trouve gentil, agréable. On l’utilise aussi pour donner un avis positif sur quelque chose. Dans ce cas, ça signifie que c’est bien.
* se passer de quelque chose : ne pas ou ne plus utiliser quelque chose.