Au cinéma

En mai, on va au cinéma ! Ou tout au moins, on suit ce qui se passe au Festival de Cannes. Certains films sortent en même temps à Cannes et dans les salles. Pour les autres, il faudra attendre encore un peu. Comme toujours, il y a un film hors compétition qui marque l’ouverture du festival. C’était hier. Voici sa bande annonce. Apparemment, ça n’est pas de tout repos ! Encore une fois, Catherine Deneuve a l’air impériale, face à un jeune garçon qui n’a pas l’air très gâté par la vie et qui ne grandit donc pas dans les meilleures conditions. Une bande annonce chaotique, à l’image du chaos dans la vie de cet adolescent en perdition.

La tête haute

La bande annonce du film est ici. Enfin, normalement… Toujours ces histoires d’accès interdit en fonction du pays où vous vivez ! Très agaçant !
Ou alors ici.
Ou ici
Ou sur cette page, j’espère que selon le pays où vous habitez, il y a un site qui vous est accessible !

Transcription:
– Je suis Juge des Enfants. Je ne suis pas la police, vous n’êtes pas devant un Tribunal. Un de mes rôles, c’est de protéger les enfants dits en danger.
-Eh bah garde-le, il y a pas de problème ! […] (1) parce que c’est un boulet (2) pour tout le monde, ce gosse ! (3)
– Madame Ferrando !
-C’est la dernière fois que tu me vois.
– Ça fait trois fois en quatre mois que tu viens dans ce bureau. Je peux pas dire que ça me fasse très plaisir de te voir.
– Parle-moi pas (4)! Je parle pas aux faibles.
– C’est dans les foyers (5) qu’il a pris le mauvais pli. (6)
– Enculés ! (7)
– Tu es qui, toi ?
– C’est lui ton éducateur (8) à partir d’aujourd’hui.
– Je reste pas là, là je te dis !
– Saisis ta chance, mon gars (9). Là, on t’en offre une. Alors prends-la, putain (10) ! Tu es ici pour ton bien.
– Ta capuche.
– Cours Malonet (11), cours.
– Reste avec nous, Malo, allez.
– Je suis un bon à rien.
– Ça, c’est à moi de le dire et je suis pas d’accord avec ça.
– Aucun incident à signaler ces derniers mois. Tu gères mieux tes émotions. Tu es d’accord avec ça ?
– Est-ce que la reprise d’une scolarité (12) vous paraît vraiment pertinente ? (13)
– Calme-toi, tout va bien, calme-toi.
– Ça s’est réglé, ses problèmes de violence ?
– Ecoute, on y travaille.
– Mais non !
– Je suis fatiguée de le suivre comme ça, dans les commissariats (14), devant la Justice (15). – J’en peux plus !
– Je veux maman. Je veux maman.
– Ce ne sont pas les murs sombres d’une cellule sombre qui vont l’aider à y voir clair (16), à un âge où on s’interroge.
– Ce môme (17), il va péter un câble (18) en prison.
– Moi, j’ai confiance en toi.
– C’est quoi que (19) j’ai fait de mal, hein ?
– Prends les mains qu’on te tend, Malony. C’est maintenant.

Des explications :
1.[…]: Je ne comprends pas ce qu’elle hurle ! (Peut-être est-ce davantage audible au cinéma…)
2. c’est un boulet : cela signifie que c’est lourd de s’occuper de lui, parce qu’il ne fait que des bêtises. Un boulet, c’est quelqu’un qui vous empêche de vivre comme vous le voulez, comme le boulet attaché au pied d’un prisonnier au bagne l’empêchait de se déplacer normalement.
3. Un gosse : un enfant (familier)
4. Parle-moi pas : ce n’est pas la forme correcte, mais on peut l’entendre à l’oral parfois, dans la bouche de quelqu’un qui n’a pas un très bon français ou chez les enfants. Il faut bien sûr dire : Ne me parle pas ! En fait, les enfants font souvent ça car il y a une logique : à la forme affirmative, on dit : Parle-moi. Et donc la forme négative correcte est en quelque sorte compliquée puisqu’on ne peut pas se contenter d’ajouter « pas ». C’est souvent comme ça en français !
5. un foyer: c’est le nom qu’on donne aux institutions dans lesquelles on place les enfants qu’on retire de leur famille, incapable de les élever pour une raison ou une autre.
6. Prendre le mauvais pli : prendre de mauvaises habitudes. (C’est une image, comme un vêtement qu’on plie mal, ou qu’on repasse mal et qui est donc froissé ensuite.)
7. Enculés ! : c’est une insulte très grossière et très forte.
8. Un éducateur : c’est un métier. Les éducateurs et éducatrices ont passé des diplômes pour s’occuper des enfants qui ont des problèmes de comportement ou qui ne peuvent pas être élevés dans leur famille.
9. Mon gars : mon garçon. (familier, et ici, le terme est utilisé de façon bienveillante)
10. putain : cette exclamation est familière. Certains l’emploient très souvent, pour exprimer de façon plus expressive leurs émotions, positives ou négatives.
11. Malony : c’est son prénom, et apparemment, ses copains utilisent des surnoms qui en sont dérivés.
12. La reprise d’une scolarité : il a été déscolarisé, c’est-à-dire qu’il ne va plus à l’école normalement. Donc il s’agit de savoir si on peut le faire retourner dans une école ordinaire, donc reprendre une scolarité normale.
13. Pertinent : style soutenu. Cela revient à se demander si c’est une bonne idée.
14. Un commissariat : c’est là où travaillent les policiers, où on va porter plainte, où certains sont emmenés juste après leur arrestation, etc. On dit aussi : un commissariat de police.
15. Devant la Justice : c’est-à-dire dans les différents tribunaux où il passe devant des juges.
16. Y voir clair : comprendre la situation, savoir quoi faire face à un problème. Par exemple : Cette discussion avec lui m’a aidé à y voir clair.
17. Un môme : un enfant (familier, et bienveillant)
18. péter un câble : perdre la raison, devenir fou. (familier) On dit aussi : péter un plomb / Péter les plombs
19. C’est quoi que… : c’est incorrect de poser la question de cette manière. Style très oral et dans un mauvais français. On dit : Qu’est-ce que j’ai fait ?

Pour lire une critique de ce film, vous pouvez aller sur Télérama en cliquant ici.

Et si vous avez envie d’écouter une jeune femme qui est éducatrice, j’avais parlé avec Marion de son métier sur France Bienvenue.

Ils courent, ils courent

BasketsVous courez ? Moi, non. Je préfère le vélo. Mais ces deux activités ont en commun le fait qu’il faut peu de choses pour s’y mettre. Un peu plus pour le vélo, mais comme la course à pied, on peut y aller quand on veut, où on veut. Nul besoin d’être inscrit dans un club.
Deux jambes, des chaussures, et c’est parti ! Et ça, c’est vraiment agréable.

Ils courent

Transcription :
– C’était le néant sportif ! (1) Je suis une ex-nulle (2) en sport. Je n’ai… Je n’ai jamais accroché (3) à un sport. Le sport, ça a toujours été une contrainte pour moi, c’était juste une matière à l’école. Je l’avais… Je me souviens d’ailleurs d’aversion particulière pour les séances d’athlétisme à l’école. Et je me suis mise (4) à la course à pied il y a un peu moins de deux ans, comme de nombreuses personnes (5), parce que… parce que je suis accessoirement(6) aussi maman de trois enfants. Mon petit dernier arrivait sur ses deux ans, j’avais un boulot très prenant et j’avais en vacances envie de prendre un peu de temps pour moi. Donc j’ai fait avec ce que j’avais sous la main (7), à savoir mes baskets (8), dix ans d’âge. Et puis au bout d’une, deux, trois sorties, j’ai accroché et je me suis vite rendu compte qu’il se passait quelque chose quand j’ai commencé à prendre une baby-sitter pour aller courir et pas pour aller faire les magasins (9). Et puis je me suis vite… enfin en quête de (10) challenge, je me suis inscrite à des courses. J’ai connu, voilà, la soif de dépassement de soi et le bonheur que c’est de passer une ligne d’arrivée. Et neuf mois après, en fait, je courais mon premier marathon en 3 h 44 de bonheur intense, et depuis…
– On a du mal à vous croire, notamment en régie (11), ils ont beaucoup de mal à vous croire parce qu’ils se disent que s’ils couraient un marathon, au bout d’un ou deux kilomètres, ils seraient… bah ils seraient pas vivants tout simplement ! 3h44 !
– Il faut qu’ils essayent, hein, tout bêtement ! (12)
– Je ne suis pas sûr qu’ils soient…
– Vous vous rendez compte, une anti-sportive, elle a été… Voilà, d’un seul coup, elle a découvert ce plaisir-là, parce que c’est vraiment du plaisir quand même la course. C’est une communion avec la nature, c’est une communion. Il faut courir dans la nature, à la base. Alors, les marathons, c’est vrai que c’est citadin (13), mais il y a aussi un plaisir d’être dans un environnement formidable, quoi !
– Mais 3h 44, c’est incroyable quand même !
– Ah, c’est formidable ! Pour un premier marathon, c’est super ! Bravo !

– Je voulais simplement signaler que pour moi, la course a révolutionné pratiquement ma vie. J’ai commencé à courir il y a dix-huit mois. J’ai… J’avais 45 ans et un petit peu… enfin beaucoup de surpoids. J’ai donc commencé à courir pour perdre du poids. Ça a été diaboliquement (14) efficace, j’ai perdu vingt kilos à peu près. Et ça m’a permis de découvrir en fait beaucoup de choses de ma personnalité, j’ai remis en cause (15) mon… ma façon de m’alimenter. J’ai remis en cause ma façon… mon appréhension (16) avec la nature. J’ai découvert que le fait d’aller courir le matin, à 6 heures ou 7 heures du matin, bah ça permettait de… Excusez-moi, je suis un petit peu ému de passer à l’antenne.
– Non, non, mais tout va bien, Christian.
– Ça me permettait de… bah d’être en relation avec… avec la nature, d’être en relation avec le temps, et du coup, j’ai modifié mon équilibre alimentaire, j’ai modifié pas mal de choses dans ma vie, et aujourd’hui, je me sens vraiment très, très bien grâce… grâce à la course, et j’ai couru le marathon de Paris dimanche, simplement après dix-huit mois de course. Je voulais simplement aussi préciser que, contrairement à ce qu’on peut penser, la course est quand même un… une activité sociabilisante, même si on pense qu’on va courir tout seul. Voilà, moi j’ai l’habitude de courir avec mes collègues à midi en allant… pendant la pause du déjeuner, le weekend avec mon frère, etc. Et donc pour moi, la course n’est absolument pas une activité égoïste.

Quelques détails :
1. le néant sportif : le néant est un terme très fort pour décrire un état de vide absolu. Donc elle veut dire qu’elle ne faisait vraiment jamais de sport.
2. Être nul(le) en quelque chose : ne pas être bon du tout. (plutôt familier)
3. accrocher : s’intéresser à quelque chose. On peut l’utiliser à propos de sports mais aussi pour d’autres choses qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Par exemple : J’ai commencé à faire du théâtre et j’accroche vraiment. / Je n’accroche pas du tout à ce genre de films, de livres. Ou encore : J’ai vu ce film. Mais je n’ai pas du tout accroché. (plutôt familier)
4. se mettre à quelque chose / à faire quelque chose : commencer à faire quelque chose, démarrer une activité. Par exemple : Il s’est mis au dessin, au piano, à la cuisine, au français,, etc.
5. comme de nombreuses personnes : plus souvent, on dit : comme beaucoup de gens.
6. Accessoirement : ce terme signifie que c’est en plus du reste. Donc ici, elle l’emploie de façon plutôt ironique car on imagine bien que ce qui compte, c’est d’abord le fait qu’elle ait trois enfants ! Elle veut juste insister sur le fait qu’elle doit trouver le temps de tout concilier : sa famille et sa passion pour la course à pied.
7. Avoir quelque chose sous la main : pouvoir utiliser quelque chose qu’on a déjà, sans avoir à se le procurer. Par exemple : J’ai fait un gâteau tout simple parce que j’avais juste sous la main deux œufs, du beurre, de la farine et du sucre.
8. Des baskets : c’est le nom que les Français donnent souvent aux chaussures de sport.
9. Faire les magasins : aller dans les magasins pour s’acheter des vêtements, des chaussures, etc. (C’est différent d’aller faire les courses, ce qui signifie qu’on va acheter de quoi manger et entretenir la maison).
10. En quête de : à la recherche de
11. en régie : ce sont qui travaillent à la technique à la radio, tous ceux qui s’occupent du son et de la retransmission à la radio. Ils sont en régie, pas directement dans le studio d’enregistrement.
12. Tout bêtement : tout simplement (un peu plus familier)
13. citadin : qui se fait en ville, pas à la campagne
14. diaboliquement : ici, cela signifie très. On ne l’emploie pas souvent en fait. Donc cet homme veut souligner le fait que c’est presque impossible à croire et pourtant, ça a extraordinairement bien marché pour lui.
15. Remettre en cause quelque chose : critiquer et changer quelque chose.
16. Mon apprehension de la nature : normalement, appréhension signifie crainte, peur. Mais je pense qu’ici, il veut parler de sa manière d’appréhender la nature, c’est-à-dire sa façon de la percevoir et de la vivre.

L’émission tout entière est ici. Vous pourriez la télécharger et l’écouter en allant courir !