A la cantine

Je suis étonnée par le nombre croissant de jeunes qui ne déjeunent plus à la cantine de leur collège ou de leur lycée, mais dans la rue. De plus en plus de boulangeries proposent sandwiches et boissons, des camions pizza s’installent près des établissements scolaires, reflétant et accompagnant cette désaffection pour la restauration collective. Les raisons sont multiples, avec entre autres cette montée d’un individualisme qui fait que chacun veut choisir tout seul jusqu’à la gestion de ses repas. Mais il faut dire aussi que la nourriture servie dans les cantines scolaires n’est pas toujours de qualité! (C’est un euphémisme.) Rien n’est plus cuisiné par des cuisiniers, on décongèle des aliments industriels, qu’on choisit les moins chers possible. Alors, payer pour ça ?

Dans certaines communes, les maires et les élus ont donc décidé de réagir pour donner le meilleur aux enfants dans les cantines des écoles, pour les nourrir comme des enfants le méritent, pour qu’ils grandissent en bonne santé. Et aussi pour qu’ils aient plaisir à manger de bonnes choses, appétissantes et qui sentent bon, plaisir à découvrir des plats variés, sans gaspiller. Et plaisir aussi à partager les repas avec les copains! Tout cela redonne du travail à ceux qui cultivent localement et correctement nos légumes et nos fruits. Voici un petit reportage enregistré dans le sud-est de la France et entendu un matin à la radio en décembre dernier. J’aurais bien aimé que mes fils aient la chance de manger dans une telle cantine quand ils étaient enfants puis ados ! On compensait au dîner mais quand même…

Cantine bio

Transcription :
On arrive à l’heure de pointe (1), les enfants sont en train d’arriver à la cantine. Les plateaux d’abord, avec les couverts, le dessert. Ensuite, il y a du fromage, un petit peu de salade à des proportions plus ou moins grosses. Et puis là-bas, il y a le point chaud.
– Qu’est-ce que tu manges ?
– Des pâtes avec de la viande.
– C’est quoi, la viande ?
– De l’agneau.
– Au début, ils goûtent et puis des fois, ça leur plaît, et puis ils reviennent en chercher. Il y a pas de souci, on redonnne, hein.
– Je m’appelle Badi Gan.(?)
– Tu as tout mangé, toi !
– Ouais. C’est bon. Bio, c’est… Ça donne des vitamines. McDo, c’est pas pareil, c’est pas bon.
– Qu’est-ce que tu aimes comme légumes ?
– J’aime les épinards.
– Alors c’est rare, les enfants qui aiment les épinards !
– Ouais. Parce que tu manges et… et ta langue, ils (2) donnent des goûts et tu re-goûtes et tu aimes.
– Merci !
– Bon après-midi !
– On va passer à la télé ou à la radio ?
– A la radio.

On vient de finir de manger, c’était très bon et là, maintenant, direction la cuisine.
– Quel est votre plat favori ?
– Bah ce que j’ai fait à midi : le gigot d’agneau, qui est confit un peu avec des légumes comme ça entiers au four. En principe (3), l’agneau, ils sont pas trop fans. Et là, à midi, bah j’en ai sorti au fur et à mesure (4) parce que j’avais pas assez. En légumes, ce que j’aime bien cuisiner, le gratin de blettes avec le riz dedans.
– En cantine (5), c’est un défi, hein, pour faire manger les enfants, hein !
– Bah là, quand on fait des gratins de blettes, donc on va faire 42 kilos de blettes et en principe, il y a plus rien (6).
– Je peux avoir votre petit prénom (7) peut-être et votre qualification ?
– Alors, c’est Michèle mais on m’appelle Michou.
– Alors vous, vous avez vu l’évolution de cette cantine.
– Ah oui ! On jette dix fois moins ! Ah oui, oui. Moi, je me souviens, c’était une horreur (8), hein, oui, oui !
– Gilles Perole, vous êtes adjoint au maire ici, et vous êtes artisan (9) de ce passage au bio. Est-ce que ça coûte plus cher ?
– On est à 2,04 euros de coût aliments. Acheter du bio, même si on l’achète plus cher, conduit à rechercher des sources d’économies qui sont très vertueuses. Par exemple, nous, pour financer le bio, on était à 145 grammes de gaspillage alimentaire par repas en 2010. On est aujourd’hui à 30 g. Le plus aberrant (10), c’est que dans toutes les cantines de France, on jette un tiers de ce qu’on produit !

– D’où viennent les aliments pour fabriquer ces repas, Béatrice ?
– Eh bien, la totalité des produits sont régionaux. Les légumes, eux, viennent du jardin communal (11), où je vous emmène. Domaine de Haute Combe ici, c’est là que, Sébastien Jourde, vous cultivez ce qui finit dans les assiettes.
– C’est ça, ouais. Je suis maraîcher (12) communal, donc fonctionnaire (13) et agriculteur.
– Et des belles mâches, là, non ? C’est ça ?
– Ouais. De la mâche (14), des choux chinois. Après, il y a des choux pointus sous les voiles (15). Ici, on a des poireaux. Voilà, on a récolté des patates douces qu’on a stockées, là, il y a pas longtemps. Plus haut, il y a les céleris, blettes… enfin, il y a pas mal de légumes. Que la collectivité (16) s’occupe de la production et de l’alimentation des enfants, je trouve ça plutôt bien. Puis au-delà de ça, bah tout ce qui est préservation des terres agricoles en péri-urbain (17), c’est l’essentiel pour… enfin, les années à venir. Puis… enfin moi, je mange à la cantine aussi, donc je vois que les enfants sont plutôt enthousiastes. Donc voilà, ça aussi, c’est gratifiant.
– Alors, voilà les serres.
– Des oignons aussi.
– Coriandre.
– Ça, c’est quelque chose qu’on trouve très peu en restauration collective (18), les herbes aromatiques.
– Ah bah oui, ça a pas de goût (19), c’est sûr !
– Parce que c’est cher. Donc là, il y en a toujours et on y tient (20).

Des explications
1. l’heure de pointe : le moment où il y a la plus forte affluence. Normalement, on utilise cette expression plutôt à propos des transports ou de la circulation sur les routes.
2. Ils donnent ( ou il donne?) : en fait, la langue est féminin, donc ça devrait être : elle donne.
3. En principe : ici = en général.
4. Au fur et à mesure : peu à peu, en fonction de la demande
5. en cantine : c’est un peu étrange de dire ça comme ça. Elle veut dire : dans le domaine des repas de cantine.
6. Il n’y a plus rien = il ne reste rien / Il n’y a plus rien à la fin
7. votre petit prénom : d’habitude, on dit : votre petit nom, pour parler du prénom, dans un style familier.
8. C’était une horreur : la quantité jetée était horrible. On était horrifié quand on voyait tout ce qui était gaspillé.
9. être artisan de quelque chose / être l’artisan de quelque chose : en être le responsable, jouer un rôle décisif, prendre l’initiative de faire quelque chose, comme un artisan, qui fabrique quelque chose de ses mains.
10. aberrant : absurde et révoltant. Ce terme est fort.
11. communal : qui appartient à la commune, c’est-à-dire la ville
12. un maraîcher : il cultive des légumes
13. fonctionnaire : parce qu’il est employé par la municipalité au lieu d’être à son compte, comme les agriculteurs normalement
14. la mâche : c’est une sorte de salade. On dit : de la mâche, pas des mâches. Mais elle a utilisé le pluriel sans doute parce que cette salade est faite de petits bouquets.
15. Les voiles : pour protéger les légumes du froid, du gel.
16. La collectivité : la communauté. C’est lorsque les gens se regroupent pour atteindre un objectif commun au lieu d’agir individuellement. Les repas des enfants à l’école sont l’affaire de la commune, pas de chaque famille séparément.
17. En péri-urbain : dans les zones péri-urbaines, c’est-à-dire juste autour des villes
18. la restauration collective : le secteur qui s’occupe des repas dans les cantines
19. ça a pas de goût : elle parle des repas habituels dans les cantines, qui sont souvent insipides parce qu’on privilégie le bas coût au lieu d’essayer de fournir des repas simples mais de qualité parce que vraiment cuisinés, avec beaucoup de produits locaux.
20. On y tient : on y est attaché, c’est important pour nous, donc on le fait. A venir très bientôt : un petit article sur cette expression ! 😉
Mise à jour : Pour en savoir plus sur cette expression, cliquez ici.

Ce court reportage est à écouter en entier ici. Vous trouverez aussi détails et photos sur leur page.

Voici les miennes chez mon frère qui cultive de bonnes choses.

On observe depuis un peu plus longtemps la même chose chez les étudiants, qui boudent le resto U. Certains apportent leur repas, c’est la mode du bento ou de la lunch box. J’en avais parlé avec trois de mes étudiantes sur France Bienvenue. C’est ici, si vous n’aviez pas écouté.

Une belle voix

Quand j’écoute la radio, j’aime certaines émissions pour leur contenu mais aussi pour la voix qui les porte. Autour de nous, il y a les voix dont on n’a rien à dire de particulier, il y a celles qui nous agacent. Et il y a celles qu’on trouve belles. Et comme à la radio on n’a que la voix, c’est elle qui crée cette atmosphère propice à l’écoute.
Evidemment, j’ai tendu l’oreille en entendant ce comédien parler de sa voix et de celle des autres. Il en parlait de sa belle voix, au timbre et à la diction si reconnaissables. Et c’était parfait pour le billet d’aujourd’hui !**

La voix – André Dussolier

Transcription
– Votre voix, vous la comparez à quel instrument ?
– Oh, je ne sais pas !Je ne sais pas si on a bien conscience de sa voix. Je pense que la voix, c’est un ensemble, c’est la tonalité peut-être bien (1), mais qui varie d’ailleurs au fil des ans (2). Et puis c’est aussi la manière de parler…
– De respirer.
– Comment ? (3)
– De respirer aussi.
– De respirer, oui, c’est vrai. Moi, j’ai été très sensible à certaines voix. Il est plus facile (4) de parler des autres acteurs, comme Delphine Seyrig que j’ai… que j’ai toujours en mémoire, ou Jean-Louis Trintignant, ou d’autres acteurs. Je pourrais en citer de nombreux comme ça. La voix, c’est tellement la traduction de la personnalité, de ce qu’est quelqu’un que c’est vraiment une manière d’entrer chez quelqu’un, de le connaître, de le rencontrer, qui est assez fascinant (5), quoi, c’est… Voilà (6). Et je trouve que (7) c’est un premier élément très important, quoi, on a l’impression de rencontrer l’être à travers… en entendant la voix de quelqu’un. Et donc… Et puis, ça évolue aussi, avec les années. Et puis donc, moi, je pourrais pas du tout dire à quel instrument… Non, j’avais… j’avais demandé… Oui, j’avais posé la question à un orthophoniste – Mais je dis : « Mais qu’est-ce que c’est qu’une belle voix ? » Il m’a dit : « C’est une voix sincère. » Et donc ça m’avait suffi comme… comme… Parce que j’ai été très sensible aux chanteurs comme Brel, comme Brassens, comme Ferré, etc. dans ma jeunesse. Et donc c’est vrai que je reconnaissais qu’il y avait une sorte de cohérence, de… dans ces… chez ces chanteurs, où il y avait à la fois le texte, l’interprétation et la voix. Ça formait un tout (8) et c’était vraiment l’expression de leur personnalité.

Quelques détails :
1. peut-être bien : c’est presque comme peut-être, avec cependant davantage de certitude.
2. Au fil des ans : à mesure que les années passent. On peut utiliser cette expression pour parler du temps qui passe avec d’autres repères de temps : au fil des jours / au fil des mois / au fil des saisons / au fil des siècles.
3. Comment ? : c’est la question qu’on pose quand on n’a pas bien entendu et qu’on demande à l’autre de répéter ce qu’il vient de dire.
4. Il est plus facile de… : c’est comme C’est plus facile, mais dans un style plus soutenu.
5. fascinant : ici, il devrait normalement dire : fascinante, en accordant cet adjectif avec le nom manière. Mais quand on parle, on perd parfois un peu le fil de ce qu’on dit au niveau grammatical (pas au niveau du sens), comme ici où le mot manière est loin de son adjectif.
6. Voilà : ce mot est devenu très fréquent à l’oral, quand on veut conclure quelque chose.
7. Je trouve que : c’est presque comme Je pense que… Mais utiliser Je trouve que, c’est vraiment exprimer en même temps ce qu’on pense et ce qu’on ressent. C’est une conviction personnelle.
8. Ça forme un tout : on ne peut pas dissocier les différents éléments.

Si vous aimez la voix de cet acteur, André Dussolier, l’interview* complète est à écouter ici.

* J’ai découvert que le mot interview, emprunté à l’anglais, est masculin ou féminin en français. Depuis toujours, je le croyais féminin uniquement. Pourtant, c’est vrai que puisqu’on dit un entretien, le masculin pour ce mot importé est logique aussi. D’ailleurs, entretien convient mieux à ce genre d’émission qui prend le temps d’établir une vraie conversation !

** Et pour terminer ce billet, je dis merci à ceux qui suivent ce blog depuis peu, depuis quelque temps, depuis longtemps, depuis très, très longtemps ou depuis toujours car aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Je dis, tu dis, il dit, nous disons !
Cela fait huit ans que je fais entendre ma petite voix et dépose ici des fragments de ma vie française, avec plus ou moins de régularité, et que vous les lisez, les écoutez, les regardez et me répondez. Vous êtes persévérants et présents et c’est un grand plaisir !
Et si je vous fais parfois faux-bond ici, en attendant, vous pouvez aller faire un petit tour sur mon compte instagram.

Les arbres, la lune et l’hiver dans l’Aveyron