Jusqu’à nouvel ordre

Vous le savez évidemment, nous entrons à notre tour dans une période très particulière en France, après d’autres pays et avant ceux qui vont nécessairement suivre. Il a fallu du temps à notre gouvernement pour annoncer des mesures à la hauteur de ce qui se produit. Jeudi, le président de la République a enfin décidé de fermer les écoles et les universités à partir de demain lundi. Mais nous avions encore pour consigne de nous réunir dans nos établissements, alors que nous avons beaucoup d’outils pour télétravailler. Ce dimanche, en fin de matinée, nous venons de recevoir, enfin, la consigne du président de notre université de ne plus nous rendre sur notre lieu de travail. Les commerces dits non essentiels sont fermés depuis hier soir. Le mot d’ordre, c’est « Restez à la maison » autant que possible, pour freiner la propagation du virus et donc ne pas alourdir la tâche de tous les soignants et des hôpitaux. (Mais nous devons aller voter aujourd’hui et dans une semaine, pour les deux tours des Municipales…)

Il va donc falloir travailler différemment, communiquer autrement.
Et s’occuper d’une autre manière! Cela va probablement me donner le temps de venir à nouveau partager ici davantage toutes ces choses que je trouve belles, intéressantes, émouvantes. Je commence aujourd’hui par ce témoignage passionnant de François Sarano, sur le compte instagram de France Inter.

Voici le lien vers cette vidéo sur le compte instagram de France Inter. (J’enlèverai la vidéo ci-dessous si nécessaire, puisqu’elle ne m’appartient pas.)

François Sarano, océanographe et plongeur, y parle des océans, de rencontres bouleversantes avec les cachalots, les requins et la nature et de la philosophie de la vie qui devrait être la nôtre. Il sait raconter, il sait alerter, il sait aussi donner de l’espoir et donner envie.

Les sous-titres s’affichent, donc vous n’aurez pas de problème pour comprendre ce qu’il dit. Je me contenterai d’expliquer ensuite deux ou trois choses – façon de parler!

Voici ces quelques explications:
1. les abysses : c’est un très joli mot pour parler des très grandes profondeurs dans l’océan. Tout de suite, l’imagination se met en marche, à l’évocation de ces lieux inconnus et fascinants ! Au sens figuré, on utilise un adjectif de cette famille, abyssal : par exemple, on parle d’une bêtise abyssale, ce qui signifie une bêtise extrême, ou une ignorance abyssale pour parler d’une très grande ignorance.
2. s’étioler : perdre peu à peu sa force de vie, son énergie
3. petit à petit : peu à peu
4. ça vaut la peine de (se battre) : ce n’est pas une cause perdue, donc il faut faire les efforts nécessaires. ça vaut la peine indique que ce qu’on entreprend va servir à quelque chose.
5. ça marche à tous les coups : il n’y a pas d’échec, il y a toujours un résultat. A tous les coups indique que ça se produit tout le temps, nécessairement.
On utilise aussi cette expression de façon plus familière dans ce genre de phrases: Tu vas voir, à tous les coups, il va oublier de venir ! Cela signifie qu’on est prêt à parier qu’il va oublier, on en est quasiment sûr.
Autre exemple : A tous les coups, il s’est trompé de route !, en voyant que quelqu’un qu’on attend n’arrive pas par exemple, soit parce qu’on sait que c’est difficile de trouver le chemin, soit parce que cette personne n’a pas vraiment le sens de l’orientation.
6. accorder une audience à quelqu’un : terme juridique qui indique qu’un juge par exemple organise une rencontre avec un accusé ou quelqu’un d’autre pour écouter ce qu’il a à dire. Ici, c’est le requin qui a accordé une audience au plongeur, c’est-à-dire que c’est lui qui a consenti à écouter, à entrer en contact avec cet homme.
7. tout d’un coup : on dit aussi tout à coup, c’est-à-dire soudainement,pour parler d’un événement qui survient de façon brutale.
8. ses congénères : ses compagnons, ses semblables. On l’utilise aussi à propos des hommes et des femmes. Dans certains cas, il y a un petit côté péjoratif quand il est employé à propos des humains : Lui et ses congénères, franchement, ils ne font pas grand chose !

Voici ce que, personnellement, je veux retenir :
« Tout d’un coup, moi, le chercheur, le scientifique, celui qui étudie l’autre, j’ai été celui qui a été étudié. »
Jolie voix passive qui exprime ce renversement des rôles!
« Nous n’avons pas le monopole de la curiosité. »
Les animaux aussi ont la curiosité d’entrer en contact avec nous, quand nous ne les exterminons pas.
« Cette vie sauvage offre de la paix, de la sérénité ».
Si ce n’est pas dans les océans, c’est dans les forêts, les champs, les montagnes. A ce propos, je vous parle bientôt d’une très belle BD, Ailefroide !
« Nous nous perdons dans le divertissement virtuel. »
C’est dans l’air du temps, à juste titre, de parler notamment de la déconnection des enfants avec la nature.
« Il n’est pas important de comprendre l’autre pour être bien. Il faut vouloir le comprendre. »
Voilà un sujet pour le bac en philo ? (Vous savez que tous les élèves de lycée passent une épreuve de philosophie au bac en France.)
– Il parle de nos cultures « richement différentes ».
Comment mieux dire ce qui fait notre monde ?
« Nous pouvons vivre en paix si nous le voulons » […] et « offrir à nos enfants un monde vivable, serein et de bien-être. »

Une expression : Jusqu’à nouvel ordre
= jusqu’à ce qu’il en soit décidé autrement par les autorités compétentes.
C’est comme dire : sine die.
Les cours sont reportés sine die, c’est-à-dire sans qu’aucune date de reprise ne soit donnée pour le moment.

Puisqu’il est question de plongée, vous pourriez écouter ou ré-écouter ici Valérie, une pro de la plongée et François, un autre plongeur ici et ici sur France Bienvenue.

Je vous dis à bientôt!

Sur le qui-vive

Ce chat n’appartient à personne mais nous le voyons tout le temps car il est ici chez lui, il a élu domicile ici, c’est son territoire et il se débrouille pour se faire nourrir, comme d’autres chats, par des voisins. Impossible de l’approcher vraiment, il est toujours sur le qui-vive, c’est-à-dire méfiant et prêt à s’enfuir (ou à faire face au danger). On ne peut pas le caresser. Et il est toujours aux aguets, prêt à chasser. C’est bien contre les souris, mais c’est dommage pour les oiseaux ! Les petits rouges-gorges sont en danger, vu le nombre de chats errants qui habitent le quartier. La conséquence, c’est que dans le jardin, il ne nous reste presque que des pies querelleuses et des tourterelles monotones!
Cela m’a fait repenser à une courte émission de radio qui présentait un documentaire sur le chat, « ce dangereux serial killer ». Voici comment la journaliste l’annonçait:
« L’humanité, comme vous le savez, se divise en deux catégories : ceux qui adorent les matous (1), qui les trouvent trop mignons et ceux qui ne peuvent pas les voir en peinture (2). Je fais partie, je l’avoue, de la deuxième catégorie. Je n’aime pas les chats et pourtant, ce documentaire m’a passionnée. Parce qu’il montre la vraie nature de cet animal : c’est un dangereux serial killer (3). »

Sur le qui-vive

1. un matou : un chat (mâle) – terme familier.
2. ne pas pouvoir voir quelqu’un en peinture = détester quelqu’un, ne pas le supporter du tout. (familier)
3. un serial killer : prononcé à la française ! Nous avons quand même un terme français que nous utilisons aussi beaucoup : un tueur en série.

La petite vidéo est ici, avec le texte qui correspond presque parfaitement à ce qui est dit. Il y est question des chats redevenus sauvages, les chats harets – je ne connaissais pas ce terme – qui menacent de disparition des lézards et des puffins en Nouvelle Calédonie.

Et vous pouvez aussi écouter deux de mes étudiantes qui parlaient du chat de l’une d’entre elles il y a quelque temps sur France Bienvenue.

Au fait, je fais quand même partie de la première catégorie !

La vie qu’il s’est choisie

Je n’écoute pas systématiquement la radio. Mais la radio, c’est bien parce qu’on n’est pas obligé de s’asseoir devant un écran. On se laisse accompagner, là où on est, par ces voix capables de nous accrocher, de nous emmener ailleurs, de nous faire faire des découvertes. J’aime bien cette idée des rencontres fortuites avec un reportage. C’était le cas hier. C’est ce dont je vous parle aujourd’hui dans cet enregistrement. Un petit avant-goût pour vous donner envie d’aller écouter en entier cette belle émission ! Et elles ne sont pas belles, ces chèvres très sociables que j’avais photographiées en Dordogne? Un hasard aussi, à cause d’un gros orage qui nous avait poussés à chercher un abri. Bon, vous avez une petite idée du sujet maintenant !

Sa vie avec des chèvres

Transcription:
Je vous ai parlé de cette émission qui s’appelle Les Pieds sur terre (1), cette émission de radio qui passe tous les jours, pendant à peu près une demi-heure, en début d’après-midi, et qui présente des reportages très, très variés. Et je suis tombée par hasard (2) en rentrant en voiture hier sur une émission qui était vraiment très sympathique : deux reportages qui s’appellent Changer le monde et c’était sur l’idée de se relier aux animaux. Et donc le premier reportage, c’était un éleveur de chèvres, en Bretagne, qui expliquait comment il est passé d’un élevage intensif, où on exploite les animaux, à un élevage beaucoup plus humain et plus en relation avec ces animaux. Et c’était tellement sympathique à écouter, tellement agréable que, voilà, je partage avec vous parce que d’abord, on apprend plein de choses sur la façon de… d’élever les chèvres en quelque sorte. Et puis aussi, les voix étaient très, très apaisantes, les voix… la voix de la journaliste et puis la voix aussi de ce monsieur, qui a une soixantaine d’années et qui a décidé de changer de façon de faire (3) et qui nous donne, là, un monde un peu plus joli, un peu plus respectueux des animaux, et c’était vraiment un petit moment magique !
Alors, il explique que dans la vie des chèvres, normalement, il faut produire, produire, produire et voilà, il explique comment ça se passe normalement, dans ce qu’on apprend pour notre agriculture intensive. Et lui, il a décidé qu’il ne voulait plus ça.

– Ça faisait une pointe de travail (4) au printemps complètement incroyable, quoi. Il fallait traire le lait. Puis après, il fallait faire une quantité phénoménale (5) de fromages à ce moment-là et de… le vendre sur les marchés (6). Et c’était des printemps en dépression ! Et le fait d’envoyer des paquets de chevreaux (7) comme ça qui partaient dans des camions dans des toutes petites cages pour l’abattoir puisque c’était pour l’abattoir. Et pour les mères qui les entendent, qui leur répondent, il y a une phase de stress quand même.
– Ça vous convenait pas. (8)
– Non,ça ne me convenait pas. Envoyer des chevreaux, des bêtes à l’abattoir, c’est… Surtout des chevreaux, ce sont des animaux très attachants (9). Et aussi parce que des chèvres qui mettent bas (10) tous les ans, tous les ans, tous les ans, c’est beaucoup de souffrance quelque part pour l’animal, quoi. Une fois, deux fois, trois fois. Il suffit de demander à toutes les femmes de la terre si elles voudraient faire des enfants tous les ans, tous les deux ans… C’est pas une vie (11), quoi ! Et puis les chèvres dans les élevages, elles ont une durée de vie extrêmement faible : une chèvre en première année, elle fait beaucoup de lait, en deuxième année, elle en fait encore plus, en troisième année, ça redescend un peu et en quatrième année, bon, ça commence à bien faire (12), elle… ça s’arrête là en général. Vous les envoyez à l’abattoir. Donc ça leur fait des vies vraiment très, très courtes.

Et donc, au lieu d’avoir des chèvres qui produisent… qui font des chevreaux pour avoir assez de lait, il s’est renseigné, il s’est intéressé et il a découvert que finalement, pour avoir des chèvres qui produisent assez de lait, ça n’était pas nécessaire qu’elles aient des petits tous les ans. Et il a complètement changé de façon de faire. Et donc il a un rapport avec ses chèvres qui n’a rien à voir avec les éleveurs qui font ça de façon intensive. Et c’est très respectueux et ses chèvres font partie de sa vie. Et il les accompagne jusqu’au bout, et ça c’était vraiment tout à fait magique.

– Donc là, vos chèvres, elles ont quel âge ?
– Là, disons que les plus productives en ce moment ont huit ans et neuf ans.
– Et donc ça fait sept, huit ans qu’elles produisent du lait sans avoir fait de chevreaux.
Sept ans et huit ans de lactation. Mais il y avait des précédentes qui se sont taries depuis et qui ont fait jusqu’à douze années de lactation.
– Donc vous les envoyez pas à l’abattoir ?
– Non. Elles meurent ici. Elles meurent tranquillement. Quelques jours avant une mort de vieillesse, on voit les premiers symptômes. Elle a du mal à (13) se lever. Du coup, elle commence à avoir des privilèges que les autres n’ont pas. Elle peut sortir du troupeau et vivre dehors, parce que elles l’ont mérité, quand même !

Alors, c’est sûr, on se dit que, en produisant aussi peu, évidemment, il va pas faire fortune. Et c’est vrai. De toute façon, ça n’a pas l’air d’être son objectif. Et ce qui est paradoxal en fait, c’est que, en travaillant de cette façon-là et en vivant avec ses animaux, il arrive à avoir un salaire qui lui permet de vivre, sans rien demander à personne, sans subventions, sans rien. Et surtout, en fait, il gagne souvent plus qu’un éleveur qui travaille en intensif parce qu’ il a éliminé tout un tas de frais(14) : des frais de vétérinaire pour le suivi des chèvres qui sont malades en élevage intensif, les frais de vétérinaire pour la mise bas des chevreaux, les frais d’abattoir pour faire tuer les animaux. Et donc finalement, il arrive à vivre de son activité. Et ça, c’était vraiment très instructif et très encourageant aussi.

– Là, avec votre troupeau de quatorze chèvres, vous faites combien de fromages par jour ?
– Là, en ce moment, j’en fais trente. En plein été, là, je suis monté à un peu plus de quarante. Trente fromages par jour, ça me rapporte… 76 euros brut (15) par jour. Ça fait vraiment des petits chiffres pour un éleveur, mais c’est largement suffisant. On n’a plus l’impression de faire de la production. On a l’impression de partager la vie avec des animaux et de s’échanger des services les uns les autres, quoi.

Voilà. Ensuite, le deuxième reportage, je ne vous en dis rien. Ce serait bien si vous l’écoutiez, parce qu’il est question d’un navigateur, en Bretagne. C’est normal, il y a beaucoup de marins en Bretagne. Et ce marin parle de Monique. Et je vous laisse découvrir qui est Monique en fait !

Quelques explications :
1. les pieds sur terre : le nom de cette émission vient de l’expression Avoir les pieds sur terre, qui signifie qu’on est bien ancré dans la réalité, qu’on ne vit pas dans un monde de rêve, fantasmé, qu’on est réaliste. Donc ce nom joue sur cette idée, dans la mesure où tous les reportages sont bien réalisés dans la réalité et en même temps, cela donne l’idée qu’on va y trouver tout ce qui fait la diversité de notre monde.
2. Tomber par hasard sur quelque chose (ou quelqu’un) : c’est être en contact avec quelque chose ou quelqu’un, découvrir quelque chose, alors que ce n’était pas prévu du tout. On peut employer juste le verbe tomber pour exprimer cette idée : tomber sur une émission très intéressante
3. la façon de faire : voici quelques exemples pour vous montrer comment on emploie cette expression : C’est ma façon de faire. Tu connais une autre façon de faire ? Il y a plein de façons de faire différentes.
4. Une pointe de travail : on dit plus souvent : un pic de travail, ce qui désigne le moment où une activité est à son maximum.
5. Une quantité phénoménale : ces deux mots vont souvent ensemble, pour parler d’une énorme quantité. On dit aussi : un nombre phénoménal de…
6. les marchés : dans les différentes villes, il y a en général un marché hebdomadaire où les commerçants autorisés viennent vendre leurs produits sur une place, dans la rue. Ils n’ont pas de magasins en dur.
7. Des paquets de chevreaux : de très nombreux chevreaux. Des paquets de = beaucoup de (style familier) On peut l’utiliser aussi au singulier : Il a un paquet d’argent. / Il produit un paquet de fromages.
8. Ça ne vous convenait pas = vous n’aimiez pas faire ça parce que ce n’était pas votre façon de faire.
9. Attachant : auquel on s’attache, qu’on aime bien. On parle en général d’une personne attachante. Par exemple : Ces enfants sont durs mais ils sont très attachants. Cependant, on utilise aussi ce mot pour des choses : un univers attachant, un film attachant, un livre attachant.
10. Mettre bas : donner naissance à des petits. C’est le terme employé pour les animaux. (Les femmes accouchent.) Ce verbe donne le nom : la mise bas.
11. C’est pas une vie = Ce n’est pas une vie. Cette expression permet de décrire une situation durable très difficile. Par exemple : Se lever tous les matins à 4 heures, c’est pas une vie ! (style familier)
12. Ça commence à bien faire : cette expression signifie que ça suffit, qu’il faut que ça s’arrête parce qu’on ne supporte plus ce qui se passe. Par exemple : Tous les jours, il arrive en retard. Ça commence à bien faire ! (familier)
13. avoir du mal à faire quelque chose : avoir des difficultés à faire quelque chose (un peu plus familier)
14. tout un tas de frais = de très nombreux frais / énormément de frais (c’est-à-dire des dépenses, des coûts). (familier)
15. brut : c’est une somme avant le paiement des impôts. Une fois les impôts payés, on parle d’une somme nette.

L’émission complète est à écouter ici.