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La vie qu’il s’est choisie

Je n’écoute pas systématiquement la radio. Mais la radio, c’est bien parce qu’on n’est pas obligé de s’asseoir devant un écran. On se laisse accompagner, là où on est, par ces voix capables de nous accrocher, de nous emmener ailleurs, de nous faire faire des découvertes. J’aime bien cette idée des rencontres fortuites avec un reportage. C’était le cas hier. C’est ce dont je vous parle aujourd’hui dans cet enregistrement. Un petit avant-goût pour vous donner envie d’aller écouter en entier cette belle émission ! Et elles ne sont pas belles, ces chèvres très sociables que j’avais photographiées en Dordogne? Un hasard aussi, à cause d’un gros orage qui nous avait poussés à chercher un abri. Bon, vous avez une petite idée du sujet maintenant !

Sa vie avec des chèvres

Transcription:
Je vous ai parlé de cette émission qui s’appelle Les Pieds sur terre (1), cette émission de radio qui passe tous les jours, pendant à peu près une demi-heure, en début d’après-midi, et qui présente des reportages très, très variés. Et je suis tombée par hasard (2) en rentrant en voiture hier sur une émission qui était vraiment très sympathique : deux reportages qui s’appellent Changer le monde et c’était sur l’idée de se relier aux animaux. Et donc le premier reportage, c’était un éleveur de chèvres, en Bretagne, qui expliquait comment il est passé d’un élevage intensif, où on exploite les animaux, à un élevage beaucoup plus humain et plus en relation avec ces animaux. Et c’était tellement sympathique à écouter, tellement agréable que, voilà, je partage avec vous parce que d’abord, on apprend plein de choses sur la façon de… d’élever les chèvres en quelque sorte. Et puis aussi, les voix étaient très, très apaisantes, les voix… la voix de la journaliste et puis la voix aussi de ce monsieur, qui a une soixantaine d’années et qui a décidé de changer de façon de faire (3) et qui nous donne, là, un monde un peu plus joli, un peu plus respectueux des animaux, et c’était vraiment un petit moment magique !
Alors, il explique que dans la vie des chèvres, normalement, il faut produire, produire, produire et voilà, il explique comment ça se passe normalement, dans ce qu’on apprend pour notre agriculture intensive. Et lui, il a décidé qu’il ne voulait plus ça.

– Ça faisait une pointe de travail (4) au printemps complètement incroyable, quoi. Il fallait traire le lait. Puis après, il fallait faire une quantité phénoménale (5) de fromages à ce moment-là et de… le vendre sur les marchés (6). Et c’était des printemps en dépression ! Et le fait d’envoyer des paquets de chevreaux (7) comme ça qui partaient dans des camions dans des toutes petites cages pour l’abattoir puisque c’était pour l’abattoir. Et pour les mères qui les entendent, qui leur répondent, il y a une phase de stress quand même.
– Ça vous convenait pas. (8)
– Non,ça ne me convenait pas. Envoyer des chevreaux, des bêtes à l’abattoir, c’est… Surtout des chevreaux, ce sont des animaux très attachants (9). Et aussi parce que des chèvres qui mettent bas (10) tous les ans, tous les ans, tous les ans, c’est beaucoup de souffrance quelque part pour l’animal, quoi. Une fois, deux fois, trois fois. Il suffit de demander à toutes les femmes de la terre si elles voudraient faire des enfants tous les ans, tous les deux ans… C’est pas une vie (11), quoi ! Et puis les chèvres dans les élevages, elles ont une durée de vie extrêmement faible : une chèvre en première année, elle fait beaucoup de lait, en deuxième année, elle en fait encore plus, en troisième année, ça redescend un peu et en quatrième année, bon, ça commence à bien faire (12), elle… ça s’arrête là en général. Vous les envoyez à l’abattoir. Donc ça leur fait des vies vraiment très, très courtes.

Et donc, au lieu d’avoir des chèvres qui produisent… qui font des chevreaux pour avoir assez de lait, il s’est renseigné, il s’est intéressé et il a découvert que finalement, pour avoir des chèvres qui produisent assez de lait, ça n’était pas nécessaire qu’elles aient des petits tous les ans. Et il a complètement changé de façon de faire. Et donc il a un rapport avec ses chèvres qui n’a rien à voir avec les éleveurs qui font ça de façon intensive. Et c’est très respectueux et ses chèvres font partie de sa vie. Et il les accompagne jusqu’au bout, et ça c’était vraiment tout à fait magique.

– Donc là, vos chèvres, elles ont quel âge ?
– Là, disons que les plus productives en ce moment ont huit ans et neuf ans.
– Et donc ça fait sept, huit ans qu’elles produisent du lait sans avoir fait de chevreaux.
Sept ans et huit ans de lactation. Mais il y avait des précédentes qui se sont taries depuis et qui ont fait jusqu’à douze années de lactation.
– Donc vous les envoyez pas à l’abattoir ?
– Non. Elles meurent ici. Elles meurent tranquillement. Quelques jours avant une mort de vieillesse, on voit les premiers symptômes. Elle a du mal à (13) se lever. Du coup, elle commence à avoir des privilèges que les autres n’ont pas. Elle peut sortir du troupeau et vivre dehors, parce que elles l’ont mérité, quand même !

Alors, c’est sûr, on se dit que, en produisant aussi peu, évidemment, il va pas faire fortune. Et c’est vrai. De toute façon, ça n’a pas l’air d’être son objectif. Et ce qui est paradoxal en fait, c’est que, en travaillant de cette façon-là et en vivant avec ses animaux, il arrive à avoir un salaire qui lui permet de vivre, sans rien demander à personne, sans subventions, sans rien. Et surtout, en fait, il gagne souvent plus qu’un éleveur qui travaille en intensif parce qu’ il a éliminé tout un tas de frais(14) : des frais de vétérinaire pour le suivi des chèvres qui sont malades en élevage intensif, les frais de vétérinaire pour la mise bas des chevreaux, les frais d’abattoir pour faire tuer les animaux. Et donc finalement, il arrive à vivre de son activité. Et ça, c’était vraiment très instructif et très encourageant aussi.

– Là, avec votre troupeau de quatorze chèvres, vous faites combien de fromages par jour ?
– Là, en ce moment, j’en fais trente. En plein été, là, je suis monté à un peu plus de quarante. Trente fromages par jour, ça me rapporte… 76 euros brut (15) par jour. Ça fait vraiment des petits chiffres pour un éleveur, mais c’est largement suffisant. On n’a plus l’impression de faire de la production. On a l’impression de partager la vie avec des animaux et de s’échanger des services les uns les autres, quoi.

Voilà. Ensuite, le deuxième reportage, je ne vous en dis rien. Ce serait bien si vous l’écoutiez, parce qu’il est question d’un navigateur, en Bretagne. C’est normal, il y a beaucoup de marins en Bretagne. Et ce marin parle de Monique. Et je vous laisse découvrir qui est Monique en fait !

Quelques explications :
1. les pieds sur terre : le nom de cette émission vient de l’expression Avoir les pieds sur terre, qui signifie qu’on est bien ancré dans la réalité, qu’on ne vit pas dans un monde de rêve, fantasmé, qu’on est réaliste. Donc ce nom joue sur cette idée, dans la mesure où tous les reportages sont bien réalisés dans la réalité et en même temps, cela donne l’idée qu’on va y trouver tout ce qui fait la diversité de notre monde.
2. Tomber par hasard sur quelque chose (ou quelqu’un) : c’est être en contact avec quelque chose ou quelqu’un, découvrir quelque chose, alors que ce n’était pas prévu du tout. On peut employer juste le verbe tomber pour exprimer cette idée : tomber sur une émission très intéressante
3. la façon de faire : voici quelques exemples pour vous montrer comment on emploie cette expression : C’est ma façon de faire. Tu connais une autre façon de faire ? Il y a plein de façons de faire différentes.
4. Une pointe de travail : on dit plus souvent : un pic de travail, ce qui désigne le moment où une activité est à son maximum.
5. Une quantité phénoménale : ces deux mots vont souvent ensemble, pour parler d’une énorme quantité. On dit aussi : un nombre phénoménal de…
6. les marchés : dans les différentes villes, il y a en général un marché hebdomadaire où les commerçants autorisés viennent vendre leurs produits sur une place, dans la rue. Ils n’ont pas de magasins en dur.
7. Des paquets de chevreaux : de très nombreux chevreaux. Des paquets de = beaucoup de (style familier) On peut l’utiliser aussi au singulier : Il a un paquet d’argent. / Il produit un paquet de fromages.
8. Ça ne vous convenait pas = vous n’aimiez pas faire ça parce que ce n’était pas votre façon de faire.
9. Attachant : auquel on s’attache, qu’on aime bien. On parle en général d’une personne attachante. Par exemple : Ces enfants sont durs mais ils sont très attachants. Cependant, on utilise aussi ce mot pour des choses : un univers attachant, un film attachant, un livre attachant.
10. Mettre bas : donner naissance à des petits. C’est le terme employé pour les animaux. (Les femmes accouchent.) Ce verbe donne le nom : la mise bas.
11. C’est pas une vie = Ce n’est pas une vie. Cette expression permet de décrire une situation durable très difficile. Par exemple : Se lever tous les matins à 4 heures, c’est pas une vie ! (style familier)
12. Ça commence à bien faire : cette expression signifie que ça suffit, qu’il faut que ça s’arrête parce qu’on ne supporte plus ce qui se passe. Par exemple : Tous les jours, il arrive en retard. Ça commence à bien faire ! (familier)
13. avoir du mal à faire quelque chose : avoir des difficultés à faire quelque chose (un peu plus familier)
14. tout un tas de frais = de très nombreux frais / énormément de frais (c’est-à-dire des dépenses, des coûts). (familier)
15. brut : c’est une somme avant le paiement des impôts. Une fois les impôts payés, on parle d’une somme nette.

L’émission complète est à écouter ici.

Un renard, un loup, des poussins, des poules, etc.

le-grand-mechant-renardUne lectrice de ce blog m’a demandé récemment si j’avais des idées de lectures dans lesquelles on entendrait à travers les mots écrits des façons de parler très naturelles et familières. J’ai pensé à cette BD, faite d’une multitude de petites vignettes où les héros de l’histoire passent leur temps à discuter, à se chamailler, à se fâcher, à se réconcilier, à exprimer leurs émotions tout haut. C’est très drôle et c’est exactement comme si on entendait tout ce petit monde parler à voix haute : ça crie, ça piaille, ça pioupioute, ça caquète, ça couine, ça hurle et ça s’agite dans tous les sens !

Tout commence parce que les poules n’en peuvent plus de voir débarquer le renard dans leur village :

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Pourtant ce renard a un problème : il est incapable de faire peur à qui que ce soit, lui qui se voudrait chasseur terrifiant – un renard, ça devrait faire peur quand même !

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Ce pauvre renard en est donc réduit à se contenter des navets que lui laissent charitablement (et en se moquant) les animaux de la ferme. Mais des navets pour rassasier un renard, c’est très moyen et à la longue, vraiment déprimant. Alors, avec le loup, qui lui aussi rêve de croquer des poules, ils montent un plan d’enfer.

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Mais bien sûr, rien ne se passe comme prévu. Normal, quand les renards se mettent à couver des oeufs de poule !

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Et c’est parti pour presque deux cents pages de folie, de délire, de rebondissements. Exclusion, identité, estime de soi, bonheur, solitude, amour maternel, maternité non désirée, famille, corruption, paresse, clichés, stéréotypes, tout y passe, avec cette histoire de poussins déchaînés qui ne savent plus très bien qui ils sont mais qui savent qui ils aiment et que tout le monde se dispute.
J’ai dévoré cette histoire. C’est qu’on s’y attache à ces petites bêtes ! N’est-ce pas, monsieur le grand méchant renard !

brennerEt voici une petite interview sympathique du dessinateur, en cliquant ici. Et on voit émerger son renard et son loup sous son crayon et son pinceau pendant qu’il parle.

Transcription:
Je m’appelle Benjamin Renner et je suis… Je travaille dans le dessin animé et la bande dessinée. Donc voilà, c’est à peu près tout ce que je fais. J’ai 32 ans et voilà. Je sais pas quoi dire de plus. Ah, je suis né à Saint Cloud. C’est une charmante petite bourgade (1).
En ce moment, je suis en train de travailler sur… toujours sur Le grand méchant renard, toujours pas terminé, puisque c’est la BD donc que j’avais sortie il y a un peu plus d’un an maintenant, et il se trouve que je suis en train de le faire en film d’animation. Et du coup, je l’ai bien dans la main en ce moment, le renard. Et j’ai décidé de vous dessiner une petite scène avec le renard et le loup, enfin une scène de la BD Le grand méchant renard. Voilà.
Alors en fait, moi, ce qui me faisait un peu peur en commençant ce projet, c’est que je me disais : Bon, cette histoire, je l’ai déjà racontée. Qu’est-ce que je vais bien (2) pouvoir faire en fait ? Peut-être c’est ennuyeux de recommencer à raconter la même histoire en animation. Et finalement, j’ai été surpris de me rendre compte que bah c’était beaucoup plus ardu. En fait, une bande dessinée, ça s’adapte pas en prenant simplement les cases et en les mettant les unes derrière les autres dans un storyboard, quoi. Il y a beaucoup plus de travail que ça à faire, le rythme est pas du tout le même. Comme moi, je suis un grand admirateur de Chaplin, Buster Keaton, des choses comme ça… c’est des choses qui ont vraiment bercé mon enfance (3), j’ai beaucoup plus travaillé l’humour visuel, c’est-à-dire les personnages qui parlent pas en fait et à qui il arrive beaucoup de choses, presque des acrobaties, des espèces de chorégraphies un peu… un peu plus comiques, quoi.
Donc en fait, j’écris pas de scénario, moi, jamais. Même en bande dessinée, je les écris pas. En fait, j’ai jamais été bon. Même petit, je voulais être écrivain mais tout ce que j’écrivais, je trouvais ça vraiment mauvais ! Enfin j’avais assez de recul (4) pour me dire que c’était vraiment pas bon. Et c’était une espèce de frustration d’enfance parce que je voulais vraiment raconter des histoires, et du coup, je passe beaucoup par le dessin pour raconter des histoires. Enfin, j’aime beaucoup les grands dessinateurs, ceux qui dessinent très bien, mais je sais que c’est pas quelque qui m’intéresse de faire, quoi, c’est-à-dire que dessiner comme Moebius, je sais que j’en serai jamais capable et j’ai pas envie de le faire. J’utilise vraiment le dessin plus comme une sorte d’écriture… enfin, souvent je fais un espèce (5) de petit brouillon au crayon à papier juste pour voir à peu près où je vais, et ensuite, je… j’affine les choses, mais c’est vraiment au fur. (6).. Je cherche avec le dessin, quoi. Je dis assez de bêtises, comme ça, à la minute, donc voilà, voilà.

Quelques explications :
1. une charmante petite bourgade : c’est une expression figée pour désigner une petite ville, en province, souvent un peu ennuyeuse. Le mot bourgade est un peu désuet. Ici, il y a une légère ironie dans son ton. C’est dans la banlieue chic de Paris, et ce n’est pas tout à fait le terme qui vient d’habitude à l’esprit en pensant à cette ville.
2. Bien : quand il est employé ainsi à l’oral dans des questions avec le verbe pouvoir, il sert à renforcer la question, à montrer qu’on se pose vraiment la question parce qu’on n’est vraiment sûr de rien. Par exemple :
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire ? = Je ne sais pas quoi dire.
Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire là-bas ? = On va s’ennuyer .
Qu’est-ce qu’il va bien pouvoir inventer encore ? = Il a déjà fait plein de bêtises. Quelle est la prochaine ?
Où est-ce qu’ils ont bien pu passer ? = Ils se sont perdus, je ne sais pas du tout où ils sont.
3. Des choses qui ont bercé mon enfance : on emploie souvent cette expression pour parler de ce qui se répétait et nous a marqués et accompagnés dans notre enfance. (des histoires, des films, des musiques, etc.)
4. avoir assez de recul : être suffisamment lucide
5. un espèce de brouillon : il faut dire une espèce de… même si le mot qui suit est masculin. Mais on entend beaucoup de gens accorder avec le mot suivant.
6. Au fur et à mesure : peu à peu, à mesure qu’il dessine.

Vous en reprendrez bien un peu !

Bonnes résolutions de janvierJ’ai d’abord vu ce panneau publicitaire dans la rue. Puis chez les marchands de journaux, impossible d’échapper à tous ces magazines qui parlent de régime après-fêtes, de bonnes résolutions diététiques et sportives, de détox de janvier. C’est la saison. Une des saisons, puisqu’il y aura nécessairement une autre offensive, printanière celle-là.

Pub IAlors, j’ai immanquablement pensé à cette publicité !

Un chien patapouf – légèrement retouché, espérons-le ! – et son maître sympathique, qui l’encourage sans relâche : « Allez ! Va chercher ! » et ne renonce jamais à s’occuper du bien-être de son compagnon à quatre pattes. Un garçon sympathique aussi parce qu’il aime recevoir ses amis !
Une vraie petite histoire, presque sans paroles, où tout est raconté en quelques plans et une chute réussie.

Et cette chute m’a rappelé une émission de cuisine comme il en fleurit à la télévision. Pas dans la catégorie des émissions culinaires qui mettent l’eau à la bouche dans une atmosphère conviviale, mais dans la catégorie des émissions compétition, évaluation, élimination des mauvais élèves et critiques permanentes et directes. Tout y est scénarisé et monté bien sûr pour créer cette atmosphère de défi qui apparemment est nécessaire pour faire revenir à la cuisine ceux qui ne cuisinaient pas. (C’est le seul avantage que j’y trouve mais personnellement, c’est ce qui fait que j’éteins la télé au bout de cinq minutes!)

Donc ce gentil maître qui aime faire à manger pour ses amis devrait probablement aller voir Norbert !

affreux fondant
Le concept de l’émission, comme on dit, c’est que Norbert dit leurs quatre vérités à des gens ordinaires qui font semblant d’être très satisfaits de leurs talents culinaires et qui découvrent grâce au franc parler de Norbert qu’ils étaient en fait absolument nuls. Et si on aime le style de l’émission, on apprend comment bien faire, grâce à plein de trucs et astuces.
Mais ça pourrait vous plaire aussi parce que c’est une vraie leçon de français oral!
Voici un petit extrait de cette émission en cliquant ici.

Ou juste le son si ce n’est pas accessible de votre pays ou quand ça aura disparu du site de l’émission. (Mais il manquera le gâteau, les couleurs et les mimiques. Dommage!)
Affreux fondant

Transcription :
– Bleu.
– Toi, ça te rappelle un peu le côté Arts Plastiques (1), non ? Bah c’est comme quand tu es sur ta palette et que tu mélanges tes couleurs.
– Voilà. La coloration, c’est vraiment mon truc (2), ma touche perso (3). On me reconnaît dans mes gâteaux.Quand il y a de la couleur, on sait que c’est moi.
– Et quand il y a du chewing gum en guise de (4) dressage (5) aussi. C’est carrément de l’élastique au sucre, son glaçage ! Tu m’étonnes (6) que son pote (7) Olivier en ait ras le bol (8) de s’en coller plein les dents.
– Juste à l’étaler (9), un peu… voilà, un peu à l’arrache (10).
– Là, ça te plaît, là !
– Là, ça me plaît, c’est bien lisse, c’est joli, donc là, j’aime bien. Le glaçage que j’ai réalisé, là pour le coup (11), il était vraiment bien. Il coulait un petit peu, c’était joli. Il était épais mais pas trop et le bleu était bien soutenu. Donc c’est exactement ce que je voulais.
– Ton gâteau, c’est un tableau…
– Voilà.
– … blanc.
– Ouais, là je peux…
– Là, tu vas pimper (12), là !
– Ouais, là, je vais… Ça va exploser, là !
– Là, c’est quel courant artistique, là ?
– Là, c’est un gâteau surréaliste. Voilà, puis on peut y voir ce qu’on veut. C’est le concept du surréalisme.
– Surréaliste (13), c’est ça ! J’aurais pas dit mieux.
– Donc là, il me reste juste à écrire un petit message. Je vais juste écrire : Mangez-moi. Voilà, comme ça, ça donnera encore plus envie.
– Ah, tu as mal fait le « i » quand même, hein ! Correctement, correctement.
– Il est très bien ! Donc là, c’est prêt.
– Ça fait… Il y a un mai. Mangez mai.
– Mais non, c’est un O ! Mon œuvre est terminée.
– Ouah ! Elle a même coloré de la crème anglaise (14) en rose !
– J’ai fait un joli raccord de couleurs entre les roses. Je suis plutôt satisfaite de moi. Je trouve ça joli. L’idée, c’était vraiment de faire un gâ[…] … un dessin qui se mange en fait. Sur le dressage, je pense vraiment que j’ai été épatante (15), que c’était, voilà, très coloré et très joli. Voilà, bon, ça a un petit peu bavé (16), c’est pas très grave (17). Non, il est très bon ! Il est bien fondant donc l’oeuvre est parfaite. Mon gâteau, là, c’est mon bébé. Il peut pas décevoir normalement. Si moi je le trouve bon, il est universellement bon, je dirais !
– Eh bien, goûtons l’oeuvre alors ! C’est sec et farineux. C’est la sécheresse dans ma bouche. Il me faudrait dix litres de sa crème trop liquide pour rattraper ça ! Et puis c’est beaucoup trop sucré, le glaçage est super dur et très désagréable à manger. Ah, et j’ai failli (18) m’étouffer avec sa déco !(19)

Quelques détails :
1. les Arts Plastiques : ce terme désigne la peinture, la sculpture, le dessin, etc.
2. c’est mon truc : cette expression familière montre que c’est quelque chose qu’on aime faire et qu’on pense faire correctement.
3. Perso : abréviation familière et orale de personnelle.
4. En guise de = comme. Mais en guise ajoute l’idée que c’est quelque chose qui remplace, qui est utilisé à la place d’autre chose.
5. Le dressage : en cuisine, c’est la façon dont on termine un plat, la façon dont on le dispose dans l’assiette ou dont on le présente.
6. Tu m’étonnes : cette exclamation exprime précisément l’inverse. Cela signifie que Norbert n’est absolument pas étonné, tellement c’est mal fait. Cela n’a en fait rien de surprenant.
7. Son pote : son copain (familier et oral)
8. en avoir ras le bol de quelque chose : en avoir assez, ne plus supporter. (très familier)
9. juste à l’étaler : il manque le début de la phrase, à cause du montage de cette vidéo d’extraits significatifs. Elle a dû dire : Il (me) reste juste à l’étaler.
10. À l’arrache : elle veut dire qu’elle fait comme elle peut. (très familier). Normalement, cette expression orale signifie qu’on termine quelque chose au dernier moment, comme on peut.
11. Là pour le coup : on entend sans cesse cette expression actuellement, même si elle ne signifie pas grand chose ! Elle veut dire en gros : dans cette situation-là.
12. pimper : dans certains magazines, ce verbe est employé entre guillemets (car angliscisme ?) pour indiquer qu’on donne un aspect plus attirant à quelque chose, qu’on renforce un effet.
13. surréaliste : cet adjectif peut faire référence au surréalisme. Mais familièrement, on l’emploie aussi pour décrire quelque chose de tellement incroyable que ça paraît irréel. Quand on dit : C’est surréaliste !, on veut dire que ce n’est pas possible, qu’on n’y croit pas. C’est en général péjoratif. C’est ce qu’exprime Norbert.
14. La crème anglaise : c’est le nom français d’une crème sucrée faite avec du lait et des œufs.
15. épatante : excellente, parfaite.
16. Ça a bavé : ça a coulé
17. c’est pas grave : ce n’est pas important. (familier)
18. j’ai failli m’étouffer: je me suis presque étouffé
19. la déco : abréviation orale de décoration.

Jamais sans son chien

Le chien invisibleJ’avais oublié ce livre sur son étagère. Mais il m’est revenu en entendant cette vétérinaire à la radio. Elle y racontait son enfance et son adolescence, en y disant la place des animaux, les vrais et les imaginaires, avec une sincérité qui m’avait retenue jusqu’au bout.

Jamais sans son chien

Transcription :
J’étais une dingue (1) d’animaux, donc j’étais pas raisonnable. Je pleurais devant les magasins de chiens pour avoir mon chien. Chaque fois, je pleurais, je trépignais, je faisais des colères. Je connaissais toutes les races par cœur, j’embêtais ma mère dans la rue : « C’est quoi, cette race ? » Alors, ma mère : « Oui, oui, c’est ça, ma chérie, c’est un cocker spaniel. Oui, oui, c’est ça. » J’étais une folle, hein ! J’étais une folle de chiens ! Puis j’ai bien vu que ma mère ne cèderait pas, et un jour, elle m’a dit – je devais avoir douze ans : « Oh bah ma chérie, tu ne parles plus d’avoir un chien. » « Bah, maman, j’ai un chien ! » « Enfin, ma chérie, qu’est-ce que tu racontes ! (2) » « Mais tu vois pas qu’il est par terre, mon chien, là ? Il s’appelle Rox, c’est un berger allemand, il est magnifique , il obéit très, très bien. » C’était mon compagnon, c’était… c’était mon protecteur, c’était mon alter ego. Il était dans mon… dans mon imaginaire, mais il était réel. Il était vivant ! Je m’en rappelle (3) encore… de ce chien. J’allais à l’école, je marchais à pied boulevard des Invalides (4) et mon chien m’accompagnait, parce que j’avais un peu peur sur ce grand boulevard. J’avais plus peur depuis que j’avais le chien. Donc là, ma mère s’est dit : « Elle est vraiment complètement dingue ! Faut que je fasse quelque chose. » Elle a fini par céder.
C’était un bâtard de labrador et de fox terrier. C’était pendant mon adolescence, j’étais complètement accro (5) à ce chien. Et tous les amis que j’avais devaient faire allégeance (6) au chien. J’allais pas chez mes copains sans mon chien, j’allais pas en boîte (7) – tous ces trucs-là, j’ai jamais fait. J’allais pas en vacances sans mon chien, donc les parents de mes copains etaient fous de rage en disant : « Mais c’est quoi, cette fille qui vient avec son chien ! » Et ma mère était très rassurée que j’aie mon chien dans le fond parce qu’elle s’est dit : elle va pas faire de bêtises en mobylette (8). En fait, ce chien était un peu mon ange gardien et ça a très bien fonctionné. Je serais peut-être pas vétérinaire si je l’avais pas eu. J’en avais rien à faire (9) des hommes ! Franchement, hein ! Ça m’intéressait pas, j’étais très égoïste, je pensais qu’à moi. Je pense que j’étais vraiment mono-tâche, c’est-à-dire mon plaisir à travers les animaux. En fait, je pense que je soignais un manque terrible. C’est après avec le recul (10), hein, donc j’étais un petit peu malade. Et ce chien m’a sauvée. Il m’a aidée à me construire, à trouver une voie. Ça m’a pris par la main et ça m’a remis dans le droit chemin (11). Mais il a fallu beaucoup d’années pour ça. Et ce chien m’a accompagnée neuf ans. Puis un jour, il est parti, il a fugué. Alors, ça a été le drame (12) de ma vie. Enfin alors dans ma famille, on ne comprenait pas pourquoi j’étais en larmes, etc. « Et comment est-ce que Marie-Hélène peut avoir si… Pleurer pour un animal ! » Alors ça, c’est incroyable de dire ça ! Pourtant, plein de gens pensent ça encore. C’est un vrai anti-dépresseur (13), l’animal, parce qu’il vit le moment présent. Par exemple, le chien – ou le chat – se lève le matin, il est normal, positif. Chaque jour est une fête parce qu’ il sait vous apprendre le rayon de soleil, l’odeur de l’humus (14), la frénésie de sortir… enfin, c’est une espèce de bombe de bonne humeur permanente. Et nous, dans notre vie totalement dégénérée, avec… ce qui arrive encore plus maintenant avec toutes les ultratechniques, on a complètement perdu le… l’instant présent. Donc on vit pas le moment présent, alors que le chien, le chat, l’oiseau, même si c’est pas domestiqué comme le chien, ça vous apprend à vous poser, à regarder, à essayer de comprendre ce qui se passe dans l’instant T. Les animaux sauvages ou dans la nature, c’est encore plus vrai. Le lombric (15) qui sort de terre, ça m’amuse. Les tortues qui pondent dans la terre, c’est fascinant, la tortue qui va pondre. Déjà, de voir l’oiseau sur le balcon, ça fait partie du merveilleux, ça, voir un oiseau qui se pose, là, un rouge-gorge, une mésange, dans un bois, une biche qui s’arrête, pour moi, c’est magique ! Mais c’est pour moi. C’est figer le temps et… Ah… cette espèce de suspension, là, qui vous… qui vous nourrit.

Des explications :
1. être dingue de quelque chose : être fou de quelque chose (familier)
2. Qu’est-ce que tu racontes ? : quand on pose cette question, avec le verbe raconter, c’est qu’on ne croit pas à ce que la personne dit, ou qu’on pense qu’elle dit n’importe quoi.
3. Je m’en rappelle encore de..  : normalement, le verbe se rappeler s’emploie sans préposition : je me rappelle encore ce chien. C’est le verbe synonyme de se souvenir, qui, lui, est suivi de la préposition « de ». Mais on entend très souvent les gens dire : se rappeler de.
4. Boulevard des Invalides : c’est à Paris.
5. être accro à quelque chose : ne pas pouvoir s’en passer, être dépendant. (familier)
6. faire allégeance à quelqu’un : c’est le terme qu’on utilise pour parler des vassaux qui prêtaient serment à un seigneur au Moyen-Age.
7. Aller en boîte : aller passer la soirée en discothèque (familier)
8. une mobylette : le deux-roues que voulaient avoir les jeunes pour être indépendants avant d’avoir le permis de conduire. Aujourd’hui, ils demandent un scooter à leurs parents.
9. J’en ai rien à faire de (quelqu’un ou quelque chose) : ne pas s’y intéresser du tout. (familier)
10. Avec le recul : quand on analyse les choses plus tard, avec plus de lucidité que sur le moment.
11. Remettre quelqu’un dans le droit chemin : cette expression signifie qu’on aide quelqu’un à ne plus s’égarer, à ne plus commettre d’erreurs, à avoir une vie qui respecte les règles.
12. Un drame : un événement tragique
13. un anti-dépresseur : normalement, c’est un médicament qui soigne la dépression.
14. L’humus : la terre
15. un lombric : un ver de terre

Pour finir, voici un passage du Chien invisible que j’ai lu et relu avec mes garçons. Définition de cet ami extraordinaire, dans une accumulation qu’il fallait dire le plus vite possible !

Ami invisible

C’est mon chien Il est invisible

L’émission est ici « (Hymne à l’animal de compagnie », à la fin)

Tombés dedans quand ils étaient petits

Le troupeau
Des vaches dans des prés.
Des vaches qui vivent tranquillement leur vie.
Des vaches qui ont des prénoms.
Et deux jeunes éleveurs qui aiment leurs vaches et leur travail. Oui, il reste des agriculteurs qui font bien leur travail pour nous nourrir correctement. (Même si cette petite vidéo ne dit pas tout des difficultés que certains – ou beaucoup – rencontrent pour continuer à vivre de la terre.)

Pour regarder ces deux jeunes agriculteurs, c’est ici.

Transcription
– Chips, Azalée, Ballerine, Bavière, Energie, Douce, Cannelle.
– C’est moi qui les baptise et c’est important. Il y a pas… C’est pas un nom au hasard. (1)
– Fraise, Effrontée. Ah, Alaska aussi, j’ai pas dit. Ah, comment elle s’appelle, elle ?
Je suis un pur produit bio. Je suis né… je suis né dans la bio puisque c’est… On est la troisième génération du coup avec Stéphane. Je suis tombé dedans, comme Obélix dans la marmite. (2)
On a retrouvé un peu dans… dans notre travail, c’est… c’est ce qu’on avait oublié avec le système productiviste. On est vraiment reparti dans une vraie démarche (3) où bah on observe vraiment tout ce qui se passe.
– Allez, venez, venez, venez ! Doucement !
– Aujourd’hui sur la ferme (4), on a… on a des prairies à fleurs variées, ce qui fait qu’on a un lait qui est un lait doux, non acide, qui se rapproche du lait des montagnes.
On n’a pas forcément un métier facile. Mais on a quand même une situation vachement (5) agréable que… Tu es… Tu vis dans la nature, tu es pas pressé par le temps. Chez nous, on court plus (6), on prend le temps de vivre et tout. Puis bah je pense qu’on est fier aujourd’hui, au bout de… d’un demi-siècle, d’être encore là, que ce soit la troisième génération et que bah on peut faire perdurer ça, quoi, c’est… C’est ça qui est… enfin moi, je trouve vraiment génial (7), quoi.
Ça fait du bien de goûter au Vrai !

Quelques détails :
1. ce n’est pas un nom au hasard : c’est un nom choisi en fonction de la vache et de sa personnalité. Donc c’est assez amusant de voir une vache qui s’appelle Ballerine. Pas tout à fait l’image qu’on se fait d’une danseuse !
2. Être tombé dedans : cette expression vient de la bande dessinée que tous les Français connaissent : Astérix et Obélix, les deux Gaulois. Obélix, dont la caractéristique principale est sa force surhumaine, doit cette qualité au fait que lorsqu’il était petit, il est tombé dans une marmite (ou un chaudron) de potion magique. Donc quand on dit de quelqu’un qu’il est tombé dedans, à propos de ce qui fait sa personnalité, cela signifie qu’on parle du moment où cette passion est née et de la force de cette passion ou de ces qualités. Au contraire, lorsqu’on dit : Il n’est pas tombé dedans, cela signifie que la personne n’est pas vraiment douée pour une activité donnée !
3. une démarche : une façon de faire
4. sur la ferme : normalement, on dit : à la ferme. Ici, « sur » indique qu’il veut parler de leurs terres dans leur ensemble.
5. vachement = très (familier et seulement oral.) Et ça tombe bien d’utiliser ce mot quand on élève des vaches !
6. plus : écoutez comment il prononce ce mot : on n’entend pas le « L ». C’est fréquent dans certaines régions en France.
7. génial : super, très bien (familier, oral)

Pour simplement les écouter:

Les vaches de Stéphane et Gaetan

Et Obélix, qui est tombé enfant dans le chaudron de potion magique:

Asterix et Obélix

Touche-à-tout

DSC_5229Des avions qui s’écrasent, des extrémistes qui massacrent des hommes et des femmes… L’actualité n’est pas joyeuse. Alors pour se redonner le moral, voici la petite histoire d’un jeune homme ordinaire, qui aime les chiens et qui essaie de mener sa vie tranquillement, avec humanité. Il m’a bien plu pour son envie de se mettre au service des autres et aussi parce qu’il rappelle à tous les parents du monde que les enfants ne font pas toujours ce qu’on avait imaginé pour eux !

Infirmier ou dresseur de chiens

Transcription :
– Elle est bien dressée. Végas ! Assis ! Assis ! Pas bouger (1). Pan, pan pan, pan (2). Je lui fais avec ma main comme si c’était un pistolet et elle se couche.
– C’est vous qui l’avez dressée comme ça ?
– Ouais. A la récompense (3), elle se couche et elle s’assoit. Elle cherche la truffe (4). J’en ai pas trouvé. Bon après, je suis pas un spécialiste non plus, mais qui ne tente rien n’a rien (5), hein ! C’est pas facile de dresser un chien quand même.
– Et vous, vous vous levez ? Vous vous couchez ?
– Oui. Je mange, je bois.
– Vous êtes bien dressé !
– Bah, le mot dressé, j’aime pas trop. C’est plutôt éduqué, on va dire. J’ai eu une bonne éducation. Oui, je sais pas, moi.
– C’est quoi, une bonne éducation ?
– Bah c’est d’essayer d’être épanoui (6), d’être heureux dans sa vie.
– Vous y arrivez ?
– J’essaye, on va dire. Donc c’est pour ça que j’ai fait plusieurs métiers. Moi j’ai touché un peu à tout (7). J’ai fait de la manutention (8), j’ai fait du jardinage, là, je vais travailler dans un centre d’handicapés, j’essaie de devenir infirmier. Moi, j’ai juste le bac, donc je fais une prépa (9) infirmier, pour me donner toutes les chances de réussir mon diplôme. Bon quand on est jeune et que on fait un peu ce qu’on a envie, les parents, souvent, on les écoute pas. Donc…
– Ils font quoi, vos parents ?
– Mes parents sont médecins. Donc bon, ils m’ont conseillé de faire des études mais quand j’ai passé le bac, après, j’ai eu envie de travailler. Mais bon, je vous cache pas que (10) ça leur aurait fait plaisir que je sois médecin. Faut avoir des capacités intellectuelles vraiment élevées. Je pense pas les avoir. Je pense plutôt qu’infirmier, ça me conviendrait parce que c’est vraiment un métier de communication, c’est-à-dire on est très proche des patients, mais en même temps, on fait des gestes techniques, c’est pas un métier anodin (11). Et vraiment c’est quelque chose qui m’a plu d’être proche des patients. Moi, j’ai toujours eu ce besoin de parler avec les gens. Donc je pense que c’est un métier qui me plairait. Et si j’y arrive pas, je ferai dresseur de chiens !

Quelques détails :
1. Pas bouger : ce genre d’ordre n’est pas utilisé, à part pour les chiens (ou les animaux qu’on peut dresser.) C’est en quelque sorte une phrase minimale, compréhensible par un animal.
2. Pan, pan, pan : c’est l’onomatopée qu’on utilise à propos des coups de feu. (donc avec une arme à feu). On la trouve par exemple dans les bandes dessinées.
3. A la récompense : sa chienne a appris à obéir car elle est récompensée (par un biscuit par exemple) si elle comprend les ordres de son maître.
4. Les truffes : ce sont des champignons qui poussent dans la terre et qui dégagent une odeur que les chiens dressés pour ça détectent. Ils grattent alors le sol et leur maître peut cueillir les truffes. Les truffes se vendent très cher !
5. Qui ne tente rien n’a rien : c’est un proverbe qui signifie qu’il faut oser essayer et ensuite, on verra le résultat.
6. Être épanoui : c’est lorsqu’on est parfaitement satisfait de sa vie et en équilibre.
7. Toucher à tout : faire des choses différentes, ne pas être spécialisé dans un domaine précis.
8. Faire de la manutention : transporter des marchandises dans un dépôt ou dans un supermarché par exemple.
9. Une prépa infirmier : c’est une formation qui prépare au concours pour devenir infirmier. Comme cet examen est sélectif, il est nécessaire de bien s’y préparer en s’entraînant exactement aux épreuves qu’on doit passer.
10. Je ne vous cache pas que… : C’est certain que…
11. anodin : ordinaire et sans grande importance.

C’était ici à la radio un matin.

Transhumance

Hiver nomade1

J’étais en train de terminer ce billet mercredi matin quand les nouvelles terribles de l’assassinat des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo ont commencé à tomber. Ce billet parlait de lenteur, de tranquillité, à la suite d’un beau documentaire sur lequel j’étais tombée quelques jours auparavant et qui m’avait emmenée sur des chemins et des petites routes de Suisse, aux côtés d’un grand troupeau de moutons, en plein hiver. Surprise car pour moi, la transhumance était synonyme d’été. Mais là, froid, neige, brume et silence. Voyage en compagnie d’un berger, d’une jeune bergère et de leurs chiens très habiles à conduire ce grand troupeau. Voyage d’un autre temps, très bien filmé. En voici un petit écho sonore. Quel dommage que vous ne puissiez pas voir ces images paisibles!

Transhumance

Transcription :
– Akem, viens, Akem ! Il y a combien de moutons, là, en tout ?
– Huit cents.
– 800 ! On dirait pas du tout, hein ! On dirait qu’il y en a nettement moins (1).
– Si vous les comptez, peut-être vous en trouverez nettement plus !
– Ah ouais ?
– C’est la première fois que vous voyez un troupeau de moutons ?
– Non, bah le voisin, là-bas en bas, il en a, des moutons. Donc c’est pas la première fois.
– Non, mais je parle d’un troupeau de transhumance.
– Non. Alors de… Oui. Oui, vu que déjà je sais pas ce que ça veut dire le mot transhumance.
– Vous savez pas ce que ça veut dire ?
– Pardon ?
– Transhumance ?
– Ouais ?
– Ça veut dire un déplacement d’un point à un autre, c’est un voyage.
– OK. Mais il y a un but défini ou bien…
– Alors le but, c’est de les faire… de les engraisser, de les faire manger. Et après, ils sont destinés à la consommation. Donc ils sont mangés.
– Les moutons.
– Oui.
– Vous faites ça pour combien de temps ?
– Quatre mois.
– Pendant quatre mois.
– Là, c’est la période morte, un peu, où la végétation est en repos. On glane (2) tout ce qui… tous les résidus, tout ce qui est resté.
– Ouais, ouais.
– Tout ce qui n’a pas pu être fauché ou récolté.

– Non, mais des jeunes, tu en connais qui… qui vont faire ce métier ?
– Non, malheureusement non.
– Ça va se perdre, ça. Ça va se perdre (3).
– Ouais. Oui, parce qu’il faut quand même… C’est une présence (4) quand même…
[…]
– Vingt-quatre heures sur vingt-quatre (5) avec le troupeau.
– Bah la semaine, c’est…
– Tu as pas de samedis, tu as pas de dimanches.
– Tu peux pas prendre de congés (6), hein.
– Et puis il faut être à tous les temps (7), je pense c’est comme un marin.
– Ouais.
– Il y avait beaucoup d’Italiens qui passaient chez nous avant. Que des Italiens.
– Ouais, parce que c’est vraiment une tradition bergamasque (8), tu vois. En fin de compte, j’ai commencé comme ça, avec des Bergamasques, en transhumance, pour apprendre. J’étais avec Piero Salmodeli. Alors, il parlait pas un mot de français, donc j’ai dû me mettre à (9) l’italien. Mais après, il était tellement content de moi – pourtant, j’étais à l’aide, moi, tu vois, alors j’étais […]. Alors après, il m’appelait l’Américain parce que je me débrouillais de partout (10), j’allais chercher la botte de paille, j’allais faire les courses, alors il était content. Puis en plus, j’étais motivé, quoi, parce que c’était quelque chose qui me tenait à cœur (11). Mais qu’est-ce que j’ai pu me prendre comme bordées (12), parce qu’ils sont… ils sont durs, les Bergamasques, hein ! En plus, pour le premier hiver, on buvait du lait, on allait chercher du lait dans la ferme, puis on mangeait du lard et puis… et puis du fromage, et puis terminé, hein ! On faisait même pas un feu !
– Même pas un feu !
– Non, on mangeait même pas chaud.
– Tu avais quel âge ?
– Bah j’avais vingt ans. Maintenant, ça fait quoi ? Trente-deux ans que je fais ça.
– Trente-deux ans ?
– Donc je tiens encore la route ! (13) Et puis…
– Tu as fait la première moitié !
– Tu en as encore pour… encore vingt ans !

– Oh Carole !
– Ouais !
– On passe par là, parce que le gars là, il veut pas qu’on traverse ses parcelles (14) là-bas.
– Ah, ils font chier (15), hein !

Des détails :
1. nettement moins / nettement plus : beaucoup moins / beaucoup plus.
2.Glaner : ramasser les épis de blé qui restent dans les champs après la moisson.
3. se perdre : ici, cela signifie disparaître. On peut l’employer à propos de traditions, de savoirs, de connaissances, de compétences par exemple.
4. C’est une présence : cela signifie que le berger est obligé d’être présent tout le temps.
5. 24 heures sur 24 : de la même façon, on dit : 7 jours sur 7.
6. des congés : des vacances.
7. Il faut être à tous les temps : cette phrase est un peu bancale. Il vaudrait mieux dire : Il faut être là par tous les temps, c’est-à-dire quelle que soit la météo.
8. Bergamasque : de la région de Bergame, en Italie.
9. Se mettre à quelque chose : commencer à faire quelque chose. Par exemple : il s’est mis au footing. / Il s’est mis au jardinage. / Elle s’est mise au bricolage.
10. De partout : il faut dire simplement partout.
11. Tenir à cœur : être important pour quelqu’un. En général, on l’utilise de la manière suivante, dans cet ordre : Que ses clients soient contents, c’est quelque chose qui lui tient à cœur. / Il fait tout pour ses clients. Ça lui tient à cœur.
On peut aussi utiliser l’expression avoir à cœur de + verbe : Il a à cœur de bien faire / de satisfaire ses clients.
12. Une bordée : en général, on parle d’une bordée d’injures, une bordée de coups, pour indiquer un nombre important de coups, d’injures.
13. Tenir encore la route : être encore en forme et capable.
14. Une parcelle : un morceau de terrain, dont les limites sont bien définies et qui appartient à quelqu’un.
15. Ils font chier : Ils nous cassent les pieds, ils sont pénibles. (C’est une insulte, peu polie évidemment.)

Chercher la petite bête

Araignée

Bestiole rouge

Il y a des gens qui cherchent toujours la petite bête !

Cette expression familière signifie qu’ils ne sont jamais contents, qu’ils trouvent toujours un détail (insignifiant puisque c’est un détail) pour critiquer quelque chose. Ce sont d’éternels insatisfaits, qui créent des complications.
Arrête de chercher la petite bête ! Je trouve que ton travail est parfait.
Qu’est-ce que c’est pénible de travailler avec lui ! Il cherche toujours la petite bête.

Petite remarque personnelle: je n’aime pas trop les araignées mais je serais incapable d’en écraser une !

S’envoler

La maison à oiseaux

Lorsque nous nous sommes installés ici, il y avait tout à faire au jardin, qui n’en était plus un… Les tractopelles avaient peu ménagé les lieux. Il ne restait qu’un pin devant la maison, petit frère de ceux qui poussent alentour. Aujourd’hui, il a tellement grandi que ses branches touchent la maison. Et nous avons planté un chêne, venu de la maison familiale du sud-ouest, deux oliviers, pas trop vieux pour les regarder grandir, un figuier qui ne tiendrait plus du tout dans le petit pot offert par mon père, trois cyprès de Florence, parce que c’est la tradition en Provence et auxquels, heureusement, nous ne sommes pas allergiques ! Et une haie un peu fouillis où se mélangent lauriers rose, lauriers sauce, lauriers tin, photinias, pittospsorum, eleagnus, cotoneaster et un chêne vert. Je crois que c’est tout.

Et bien sûr, avec les arbres et les arbustes qui grandissent, arrivent les oiseaux. En plus des rouges-gorges, des chardonnerets, des mésanges, des tourterelles (un peu envahissantes) et des pies très bavardes, depuis un an, nous avons la visite d’une huppe fasciée. Et cette année, le jardin semble bien plaire à un serin cini et un bouvreuil que nous ne connaissions pas.

Là, vous vous dites : elle s’y connaît en oiseaux. En fait, pas du tout ! Mais j’ai un petit livre – pré-internet – avec des photos, et il y a des sites où on peut même écouter le chant de tous les oiseaux, histoire d’être bien sûr.

Bref, je n’arrive pas à la cheville* de ce passionné que j’ai écouté avec délice l’autre jour à la radio ! Il vit dans le nord, en Picardie, où j’ai travaillé il y a longtemps. Mais à l’époque, je n’étais pas très sensible aux oiseaux. Petit regret ! Alors, je me suis régalée à l’écouter parler, avec son léger accent picard. Voici un petit extrait :

Ou ici : La passion des oiseaux

Transcription :

J’ai commencé à observer les oiseaux, j’avais sept-huit ans et c’était cette attirance pour la vie. Beaucoup d’enfants s’intéressent aux animaux et c’est souvent par l’intermédiaire de la télévision ou des livres, des animaux d’Afrique. Et je me suis rendu compte (1) très tôt que j’irais peut-être jamais en Afrique. J’étais gamin (2), j’allais pas en vacances, et je me suis intéressé aux oiseaux des jardins. Et mon père était facteur. Donc à l’époque, les tournées se faisaient (3) en vélo (4). Je le suivais avec mon petit vélo. Et il me montrait les oiseaux, les plantes, sans connaître les noms, hein, il était pas du tout naturaliste. Mais il avait le plaisir de regarder le vivant. Alors, le vivant, ça allait loin, c’est… c’était aussi un joli crucifix, une porte d’église, un porche d’une ferme picarde. Tout avait une valeur de vivant. Il avait été prisonnier de guerre dans les camps nazis, donc il avait une valeur du vivant et de la liberté qui était très, très forte. Et ça m’a donné le goût de respecter tout ce qui était vivant et plus ça va, plus ça s’amplifie, hein.
Ah oui, des barges rousses, là, qui arrivent sur la réserve (5), là, avec la marée haute (6), ouais. Alors ça, la barge rousse, c’est magique. C’est un petit échassier (7), qui passe l’hiver en Afrique de l’ouest et qui va nicher (8) en Laponie. Alors pour faire Sénégal, ou Mali, ou Niger – Laponie, elle fait deux arrêts, c’est tout. Elle peut faire 4000 kilomètres en 72 heures (9), quoi. Ça dépasse parfois l’imagination de voir que ces oiseaux peuvent voler comme ça pendant 72 heures de manière ininterrompue. Donc celles qui s’arrêtent chez nous sont souvent les oiseaux les plus fatigués. Et le lendemain, vous les avez plus (10), quoi. C’est ça aussi qui est magique dans la migration, c’est que, à un moment donné, vous avez la chance d’être là, quand tel ou tel oiseau (11) se pose. Une demi-heure avant, une demi-heure après, ça y est, c’est fini, l’oiseau peut être parti. Ou alors, il peut, si les conditions sont pas bonnes, rester plusieurs jours et dans ces cas-là, vous en profitez (12). Mais c’est lui qui décide.

Quelques détails :
1. se rendre compte : comprendre
2. j’étais gamin = j’étais enfant. (un peu plus familier). On dit aussi souvent : J’étais tout gamin.
3. Se faisaient : ce verbe pronominal (se faire) s’emploie à a place de la voie passive (étaient faites) qui paraît moins naturelle.
4. En vélo : on peut dire aussi à vélo. Il n’y a pas de différence.
5. La réserve : il s’agit de la réserve ornithologique du Marquenterre, où les oiseaux sont protégés.
6. A marée haute, la plage est couverte d’eau, donc les oiseaux viennent chercher leur nourriture davantage dans les terres.
7. Un échassier : c’est un oiseau aux longues pattes, d’où le nom. Il est comme monté sur des échasses. Les échasses sont normalement des sortes de bâtons de bois sur lesquels on monte pour marcher en étant plus « grand ».
8. Nicher : faire son nid et se reproduire.
9. 4000 = quatre mille (pas de « s ») à mille, invariable. – 72 : soixante-douze
10. Vous les avez plus : et voilà pour illustrer mon billet « Plus ou moins 2 » ! Il veut dire : Vous ne les avez plus, ils sont partis. Mais il ne dit pas « ne » dans sa phrase négative.
11. Tel ou tel oiseau : un oiseau ou un autre
12. vous en profitez = vous profitez de lui, c’est-à-dire que vous avez la possibilité de l’observer.

* ne pas arriver à la cheville de quelqu’un : être très loin d’être aussi bon, aussi compétent que cette personne.

Une jolie évocation, où on peut bien observer le jeu de nos temps du passé :
– De jolis imparfaits pour nous replonger dans ses habitudes d’enfant : je n’allais pas… j’étais… se faisaient… je le suivais… il me montrait…
– Des passés composés pour nous expliquer comment cette passion est née, comment tout a commencé : j’ai commencé… je me suis intéressé… je me suis rendu compte…

Oiseaux du jardin

C’était un petit passage à la fin d’une émission plus longue, sur une écrivaine. Ce reportage est à environ 40 minutes 43 du début.

Le voici aussi en entier (8 minutes), mais je n’ai pas transcrit la totalité : Passion des oiseaux en Baie de Somme
S’il y a quelque chose qui vous intéresse et que vous ne comprenez pas, dites-le moi. Il y est question des cigognes qui sont muettes, des oies qui ne sont pas bêtes du tout et font parfois ménage à trois, de pouillots véloces dont j’aime bien le nom !

L’abeille et le romarin

Abeille et romarin1

Abeille et romarin2

Abeille
Comme toujours, le romarin est en fleurs depuis la fin du mois de janvier. J’aime les romarins dans la garrigue et dans notre jardin, pour leur vigueur été comme hiver, pour leur parfum, pour le mauve bleuté de leurs petites fleurs. Et parce que les abeilles encore engourdies par l’hiver y puisent leurs premières forces, quand il n’y a pas encore grand-chose d’autre à butiner.

Jolie agitation donc des abeilles dans le romarin, qu’on observe avec d’autant plus d’envie qu’on nous parle régulièrement des menaces qui pèsent sur ces butineuses. Voici la parole d’un apiculteur qui a la passion de son métier:Transcription :
– On sait que la disparition des abeilles, c’est un problème qui est multifactoriel, entre nosema (1), entre le varois (1), l’acarien, entre les néonicotinoïdes (1), entre les pesticides, certes, le frelon asiatique aussi, vous n’y échappez pas, mais il y a aussi le rôle de l’apiculteur. Alors, là, racontez-nous parce que la manière, on va dire, de mener son cheptel aura des conséquences.
– Eh oui, malheureusement, et moi, je suis à peu près sûr que dans la mortalité des abeilles, surtout les mortalités massives d’abeilles, bah l’apiculteur a bien une responsabilité, étant donné qu’il a joué un petit peu à l’apprenti-sorcier (2), en voulant faire des croisements, faire venir des abeilles de la planète entière et tout ça. Et on se retrouve avec des abeilles qui sont beaucoup trop croisées pour pouvoir résister aux virus, aux produits de traitement et tout ça, et il y a des comportements qui sont vraiment très, très particuliers et qui font mourir les abeilles en masse au mois de mars, notamment au moment des virus, là…
– C’est-à-dire que lorsque les abeilles ressortent, il faut bien comprendre qu’elles ont faim, qu’elles sont affaiblies.
– Voilà.
– Il y a le froid dehors.
– On est… on est au mois de mars. On se retrouve avec une abeille, au niveau vitamines, qui est un petit peu à zéro (3). On se retrouve avec une végétation extérieure qui est pas luxuriante, de qualité moyenne. Tout ça fait que, beh, quand les virus passent, les abeilles meurent vraiment massivement, quoi.
– Lorsque vous parlez justement de croisements, alors on connaît l’abeille noire, hein. Donc l’abeille noire, c’était évidemment l’une des premières, une des premières souches. Il faut saluer d’ailleurs aussi les conservatoires d’abeilles qui elles gardent, on va dire, la génétique de cette abeille. Plus on aura de croisements, et moins il y aura de défenses immunitaires ? Que l’on comprenne comment ça fonctionne, ou…
– Si on fait un premier croisement, si on prend deux races pures, qu’on les croise, on fait un stade F1, et là, on améliore tout. On a… On fait des individus plus beaux, plus forts, plus résistants, il y a pas de problème. Mais comme l’abeille se fait féconder dans l’espace aérien, on maîtrise pas la fécondation. Donc on sait pas quels sont les mâles qui vont venir féconder nos reines et du coup, on dépasse le stade F1, on est en stade F2, F3, F4 et ainsi de suite (4), on va de plus en plus loin. Plus on avance dans les stades et plus on crée d’individus, un pourcentage d’individus avec des défauts, des faiblesses, des défaillances, ça tient plus.
– Racontez-moi bien quand même le processus. Un apiculteur se rend compte que , bah il peut pas gagner sa vie (5) avec ses abeilles noires parce que il y a pas assez de rendement et qu’il s’en sort pas (6). Donc qu’est-ce qu’il va faire ?
– Dans mon cas, il a fallu que je prenne une décision qui m’a fait énormément mal au ventre (7) de laisser tomber pour le moment mon abeille noire – je vais y revenir après – mais pour maintenir mon cheptel, il a fallu que j’achète carrément des essaims de… d’abeilles buckfast, donc de… C’est une abeille qui a été créée par un moine dans l’abbaye de Buckfast en Ecosse. Et je me suis dit si cette abeille déjà a été créée en Ecosse, vu le climat un peu proche de celui du Limousin (8), elle devrait tenir le coup en Limousin, voilà. Et donc il a fallu acheter des essaims carrément, quoi. Et j’ai acheté des essaims dans les Landes que j’ai ramenés dans le coin (9), là, des marchands de génétique, donc des marchands d’abeilles, qui, pour gagner leur vie, vont faire croire tout et n’importe quoi (10) à leurs clients, et sans vergogne (11), venir introduire des gènes d’abeilles de n’importe où, en disant qu’elles sont meilleures, en disant qu’elles piquent moins, en disant que ceci, que cela. Et puis tout le monde tombe dans le panneau (12), quoi ! Avec les abeilles, ça y est, on a atteint le même niveau qu’avec les semences ! Pour continuer à vivre et à récolter du miel, il va falloir revenir chercher tous les ans des cellules des reines inséminées chez le producteur de reines et de ceci. On en est arrivé au même cirque (13) qu’avec les semences ! On peut…
– Qu’est-ce que l’on peut vous souhaiter, ici, dans ce Limousin, Eric ?
– Eh beh que les fleurs reviennent et que nos agriculteurs nous replantent des haies partout. Et puis que d’ici une dizaine d’années, je me retrouve avec un cheptel d’abeilles noires qui tienne la route (14).

Quelques détails :
1. nosema – le varois – les néonicotinoïdes: le premier est un champignon qui s’attaque aux abeilles. Le second est un parasite, comme une sorte de pou des abeilles. Le troisième est un insecticide.
2. Jouer à l’apprenti-sorcier : mener des expériences scientifiques ou des actions dans lesquelles on ne maîtrise pas tous les risques, où on n’évalue pas les conséquences. On dit aussi : jouer les apprentis-sorciers.
3. Être à zéro : manquer totalement de quelque chose.
4. Ainsi de suite : cette expression signifie qu’un processus est en route et se reproduit sans cesse. On continue donc de la même manière.
5. Gagner sa vie : gagner assez d’argent pour vivre
6. Il ne s’en sort pas : il n’y arrive pas / ça ne marche pas pour lui / Il n’a pas assez pour vivre. Cela peut être financier mais pas toujours. Par exemple: Il a trop de travail. Il ne s’en sort pas.
7. Ça m’a fait mal au ventre de… : ça a été très difficile pour moi / ça m’a en quelque sorte rendu malade.
8. Le Limousin : c’est une région composée des départements ruraux de la Creuse, de la Corrèze et de la Haute Vienne.
9. Dans le coin : dans la région / ici (familier)
10. tout et n’importe quoi : cette expression désigne quelque chose de très mauvaise qualité, quelque chose de nul.
11. Sans vergogne : sans avoir honte / de manière effrontée
12. tomber dans le panneau : être trompé / croire ce qu’on nous raconte alors que ce sont des mensonges / se faire piéger par ce que nous dit quelqu’un.(familier) Par exemple : Il avait l’air tellement respectable que tout le monde est tombé dans le panneau.
13. Le cirque : au sens figuré, c’est péjoratif, pour désigner une situation confuse et compliquée, pas positive du tout. Par exemple, on dit : Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? (familier)
14. Tenir la route : fonctionner, marcher / être solide / être crédible, plausible, cohérent. Par exemple : Pour justifier son retard, il nous a raconté une histoire qui ne tient pas la route.

Voici le lien pour écouter l’émission en entier.

Et vous pouvez aussi aller sur France Bienvenue écouter ou ré-écouter Michel qui avait répondu à mes questions sur ses abeilles.

Les oeufs à la coque

De la théorie à la pratique: voici une famille – pas campagnarde du tout – qui s’est lancée dans l’élevage des poules. Juste deux ou trois, pour le plaisir.

Un papa convaincu et un brin nostalgique, des enfants tout contents, une maman que ça amuse de voir tout son petit monde si heureux, un petit bout de nature dans ce jardin de banlieue.
Conversation pleine de fraîcheur, en attendant les oeufs, ceux qu’on tient, tout chauds encore, au creux de sa main et qu’on pourra manger à la coque, avec des mouillettes de pain trempées délicatement dans le jaune.
Petits bonheurs tout simples.

Transcription:
– Voilà le poulailler. On va les faire sortir.
– Oh! Il y a les poules !
– Elle veut pas sortir. Si… si on s’éloigne un peu, elle va sortir.
– Et voilà ! Elle est sortie !
– Elle court trop vite.
– Oui, oui.
– Vous êtes allés voir les oeufs ?
– Va voir si il y en a.
– Beh il y en a pas.
– Bah regarde ! On va regarder ?
– Non, il y en a pas.
– Ah bon, comment ça se fait, ça (1) ?
– Bah, j’attends. Elles sont arrivées il y a une semaine. Il paraît (2) qu’elles sont un peu jeunes.
– Au départ, qui c’est qui (3) a eu l’idée d’acheter des poules ? Ce sont les enfants ou les parents ?
– C’est moi.
– Ah, c’est vous, le papa !
– Ouais, c’est le papa, oui, qui… qui a eu cette idée-là (4) ! Et les enfants ont suivi quand même, hein, parce que je les ai appelés, je leur ai demandé: « Est-que je le prends, ce poulailler (5)?
– Qu’est-ce que tu t’es dit ?
– Bah je me suis dit que c’était bien. Puis on aura des oeufs. Donc j’adore les oeufs en fait.
– Qu’est-ce qui vous a motivé par exemple (6) pour acheter des poules ?
– Les oeufs qu’on va avoir là, on est sûrs que… De toute façon, on est sûrs qu’ils seront bio (7), par rapport à ce qu’on a donné aux poules. Et puis, c’est vrai que c’est, à mon avis… Moi j’ai hâte de (8) voir le jaune qui… qui ira dans ces oeufs-là, parce que j’ai le souvenir de… de… de jaunes très denses et très bons quand j’étais… je… j’habitais à côté d’une ferme et donc on prenait tout le temps les oeufs de la ferme. Et j’espère retrouver ça en tout cas. On a un peu… On n’a pas l’impression de se retrouver à Paris, on a l’impression d’être un petit peu loin, à la campagne. Voilà. Un bon Parisien bobo (9) qui prend ses poules dans son jardin, voilà.
– Il manque plus que la vache pour être en autarcie (10)…
– Voilà, c’est ça !
– … et avoir le lait frais le matin.
– Elles sont heureuses, hein, les poules chez vous, là, hein ! Elles se baladent (11), là. Elle est où ta poule? C’est laquelle ?
– La marron.
– Et tu l’as appelée comment ?
– Cacahouète !
– Et toi, Gaspard, elle est où ta poule ?
– Elle est là, c’est la noire.
– Est-ce qu’il y a une raison économique à cette aventure dans laquelle vous vous êtes lancés avec ces poules urbaines ?
– Vous dire oui, ça serait vous mentir parce que entre l’achat, l’entretien (12)… Non, non, je pense pas, non.
– Là, vous avez des voisins. Il y a… Il y a un immeuble là. Vous avez eu des remarques ou pas ?
– Ça les fait marrer (13) ! Il y a une dame qui regardait. Il y a un gosse (14)… un petit… un petit garçon qui était là et qui imitait la poule en les regardant. Et puis ça… Ils trouvent ça plutôt sympa. D’autant que ça fait pas de bruit, donc…
– Et dans votre entourage, il y a des gens qui ont été surpris ?
– Oui. Oui, oui. Oui.
– […] traités un peu de… de malades mentaux ! Mais… après, je pense qu’il en faut un pour initier les autres. On verra… on verra à l’usage. (15)
– C’est… c’est l’avenir. L’avenir est à la poule, hein !

Quelques détails:
1. Comment ça se fait, ça ? : on demande ça quand on veut savoir la raison. C’est familier et oral, surtout avec le petit mot « ça » à la fin, qui dans le fond est inutile. Mais c’est très fréquent à l’oral de faire cette répétition. Dans une phrase complète, on continue avec que et le subjonctif: Comment ça se fait que vous n »ayez pas d’oeufs ?
2. il paraît que… : Les gens disent que… / on m’a dit que…
3. Qui c’est qui… : tournure très orale. Plus correctement, ce serait: Qui est-ce qui… ?
4. cette idée-là: vous entendez comme il avale le mot « cette« ? ça devient: C’t’ idée. (Je ne sais pas comment transcrire car évidemment, on n’abrège jamais ce genre de mots en les écrivant !)
5. Je le prends, ce poulailler ? : voici encore quelque chose de très naturel à l’oral: commencer par le pronom (le) et ensuite donner le nom que le pronom remplace (ce poulailler). Mais il y a une différence entre cette question et celle qui semble son équivalent correct: Je prends ce poulailler ? Les deux questions ne portent pas exactement sur la même chose.
Je prends ce poulailler ? = On veut savoir si on prend celui-ci ou un autre. (On a les différents poulaillers sous les yeux.)
Je le prends, ce poulailler ? = la question porte sur le fait de prendre ou pas un poulailler, c’est-à-dire qu’en fin de compte, on demande si on se lance dans l’élevage des poules ou pas. (On n’est même pas obligé d’avoir un poulailler sous les yeux pour poser cette question.)
6. par exemple: On entend mal. Il me semble que c’est ce qu’il dit mais ce n’est pas sûr à 100% !
7. bio: abréviation de biologique. Mais quand on parle de ce mode de production, on utilise toujours l’abréviation. On parle donc de légumes, d’oeufs, de produits bio. (sans « s » au pluriel.)
8. J’ai hâte de… : il est impatient de voir ces oeufs. (C’est exactement le « I’m looking forward to…  » de l’anglais.) On peut aussi utiliser cette expression avec un verbe conjugué au subjonctif après: J’ai hâte que nos poules pondent / que nous ayons des oeufs de nos poules.
9. bobo : c’est l’abréviation de « bourgeois bohême« . Le mieux pour se faire une idée, c’est d’aller écouter la chanson de Renaud, Les bobos. Je vous donnerai mes petites explications des paroles un de ces jours sans doute.
10. en autarcie: vivre en autarcie, c’est pouvoir répondre à tous ses besoins sans faire appel à l’extérieur, c’est-à-dire se suffire à soi-même.
11. se balader: se promener.
12. entre l’achat, l’entretien: entre ici signifie: si on additionne l’achat, l’entretien.
13. ça les fait marrer: ça les fait rire. (familier). On emploie aussi le verbe pronominal se marrer: les voisins se marrent.
14. un gosse: un enfant (familier)
15. on verra à l’usage: on verra avec le temps qui passe et avec l’expérience.

Et qui sait, peut-être ces poules encore jeunes se demanderont-elles quoi faire de leur premier oeuf, comme dans ce livre, lu et relu avec mes garçons, petits citadins qui aimaient bien les poules de leurs grands-parents paternels !

Le premier oeuf de maman poule

Une poule sur un mur

Tous les petits Français apprennent la comptine Une poule sur un mur*. Mais aujourd’hui, ils ne grandissent pas tous avec des poules autour d’eux. La vie citadine les a éloignés d’elles. Quoique…

C’est que les poules sont à la mode et reconquièrent les jardins de banlieue. Alors, il faut des conseils pour les éleveurs novices qui n’ont jamais appris les gestes ancestraux. Il faut des livres !

Je n’ai jamais eu de poules, je ne craque pas sur les poules, je n’ai pas envie d’avoir des poules. Alors je ne sais pas bien par quel hasard j’ai écouté cette très agréable experte en poules. Et ma vision des poules a (un peu) changé ! Alors, un jour, qui sait…
(Je veux dire que je commencerai par le livre. Une chose après l’autre !)

Transcription:
Elise, Tout pour ma poule*: la choyer, l’élever, la soigner. C’est votre dernier livre chez Delachaux et Nieslé. Vous avez fait les illustrations, les photos et les textes.
– Voilà, j’ai tout fait. Je me suis beaucoup amusée à observer les poules.
Vous avez un poulailler évidemment.
– J’ai cinq poules.
Alors, vous nous expliquez tout ce qu’il faut faire pour avoir un poulailler et des poules mais surtout, d’abord, vous les aimez – on sent – et vous dites que les poules sont réellement des animaux de compagnie.
– Ça peut vraiment être un animal de compagnie si on les a jeunes et qu’on les apprivoise – ça s’apprivoise très, très bien en réalité, et les gens le savent pas forcément (1), mais c’est tout aussi vivant et agréable que… qu’un cochon d’Inde ou un hamster.
Moi je trouve pas ça tellement agréable, un cochon d’Inde et un… et un hamster ! Non mais par exemple, est-ce qu’une poule connaît son nom ?
– Bon alors, ça, il faut peut-être pas trop lui en demander (2). Mais par contre, elle reconnaît très bien la personne qui s’occupe d’elle et elle accourt quand elle la voit, en général, oui.
Voilà, elle dit bonjour ! Moi j’aime bien qu’on me dise bonjour. Vous dites qu’elles sont drôles.
– Moi, je les trouve très drôles à observer parce qu’elles ont… elles ont… C’est des animaux (3) très, très expressifs, avec beaucoup de petites mimiques, qui causent (4) beaucoup, qui ont toujours un petit cot cot (5) à faire, un petit commentaire sur tout ce qui se passe et les scientifiques ont… ont vu d’ailleurs qu’elle avait plus de quarante sons différents à son répertoire. Donc oui, elle… elle s’exprime beaucoup en fait.
Et que c’est une vraie présence.
– Oui, bah oui, parce qu’elle est très expressive. Elle est très curieuse, elle s’intéresse à tout ce qui se passe. Elle est toujours là à quémander (6) un peu de nourriture. Donc oui, elle est… elle est vraiment présente.
A propos de quémander un peu de nourriture, on dit que des poules vous font bien évidemment économiser des déchets parce qu’elles… elles mangent vos restes (7).
– Alors c’est vrai que c’est des vrais composts (8) sur pattes. On leur donne tous nos… nos restes de table. Et elles transforment ça en… en oeuf en fait. Donc c’est… c’est vraiment ce qu’il y a de plus pratique. Moi, c’est vrai que je peux pas avoir de compost parce que les poules me mangent quasiment tous les déchets déjà.
Je trouve que ça déculpabilise: plutôt que de manger quelque chose de pas très frais parce qu’on n’ose pas jeter et on attrape une bonne gastro (9), si on le donne aux poules, du coup, ça déculpabilise et…
– Complètement, c’est le bon prétexte et… : « Bon allez, on va le donner aux poules ». Elles seront ravies, donc finalement, elles, elles sont contentes, puis nous, on peut jeter sans…
Sans jeter.
– Sans jeter.
Voilà, on peut jeter sans jeter. Alors, la grande révélation de ce livre pour les citadins (10), c’est qu’une poule n’a pas besoin d’un coq pour faire un oeuf (11).
– Non, absolument pas. Même sans coq, elle va faire ses oeufs au printemps quasiment tous les jours.
Mais en revanche, elle a besoin d’un coq pour faire un poussin.
– Pour faire un poussin, oui. Et puis… et puis pour avoir son amoureux à… à domicile.
Qu’est-ce que ça apporte, un coq, dans un poulailler, à part les poussins ?
– Eh ben, c’est… Voilà, les poules sont contentes d’avoir… d’avoir leur compagnon. Et puis le coq va… va apporter une certaine sérénité quand tout se passe bien. Il a tendance à… Les poules, on dit qu’elles se disputent parfois moins quand il y a un coq. Enfin, voilà, c’est… c’est pour leur vie sociale en fait.
Pour ceux qui sont débutants en poules (12), vous dites deux – trois choses importantes, Elise Rousseau, dans votre livre Tout pour ma poule, c’est que les poules sont assez xénophobes (13), donc si on en a déjà quelques-unes et qu’on veut en mettre des nouvelles, il faut les mettre deux par deux ?
– Deux par deux, c’est mieux, parce que si on les met seules, elles vont vraiment se faire bizuter (14). Donc à deux, elles vont se faire bizuter aussi mais elles seront deux pour se tenir les coudes (15) et puis pour faire diversion, c’est plus facile que un tout seul. C’est vrai que dans un poulailler, on introduit toujours… Faut vraiment mieux introduire les poules deux par deux parce qu’elles sont très hiérarchiques et… et elles aiment pas les nouvelles venues.
Il y a des races fortes et des races un peu plus timides ?
– Oui, par exemple, les Orpingtons, qui sont une race anglaise, sont très, très douces et dociles. Elles peuvent vite se faire dominer si elles ont des poules un peu acariâtres (16) avec elles, donc faut… faut toujours veiller à ce que les choses se passent bien.
Vous dites qu’il y a pas besoin d’avoir beaucoup de place pour avoir un poulailler mais qu’en revanche, il faut pas en arriver aux extrémités des élevages industriels où elles ont, vous dites, 750 cm2 , une feuille A4, même pas de quoi ouvrir leurs ailes, comme place !
– Non, ce qui se passe dans les élevages industriels, c’est vrai que c’est… c’est de la barbarie. Et quand on sait qu’une poule a vraiment besoin – on dit 20 m2, c’est bien, c’est déjà… Mais plus elles ont de place, plus elles sont contentes pour pouvoir… pour pouvoir crapahuter (17), aller gratter, donc… Donc c’est vrai, quand on a des poules, faut quand même avoir un peu de terrain pour… pour qu’elles soient heureuses.
Pour avoir un poulailler, il faut avoir combien de poules au minimum ?
– Deux poules, c’est bien, pour commencer.
Deux poules, ça suffit ?
– Oui.
Et combien de place alors ?
– Bah disons 10 – 20 m2 par poule. Après, ça dépend si c’est des races naines, des grosses races… Faut… faut voir en fonction aussi.
Il faut commencer quand, à quelle époque dans l’année ?
– Voilà, au printemps, c’est parfait. C’est parfait pour acquérir deux poulettes… deux poulettes de l’année, peut-être un peu plus tard au printemps, et puis allez, allons-y !
Vous dites également, Elise Rousseau, qu’une poule quand elle pond, il faut parfois la déloger parce que sinon, elle quitte pas son oeuf.
– Alors, il y a certaines poules qui sont un peu obsessionnelles avec leur nid effectivement, qu’il faut mieux… Une fois par jour, on dit, aller la… la sortir pour qu’elle aille boire et manger parce que il y en a certaines, elles sont tellement acharnées qu’elles pourraient presque oublier de… de s’enlever. Mais enfin, en général, elles se laissent pas mourir sur leur… sur leur nid, hein. Faut pas non plus s’inquiéter outre mesure (18).
C’est un petit peu comme les mères humaines, hein: parfois, il y en a qu’il faut brutaliser pour qu’elles les lâchent un peu leurs… leur petits. Donc vive les poules, Elise Rousseau ? C’est ça, votre credo ?
– Oui, vive les poules !
Est-ce que vous iriez jusqu’à dire qu’on peut en avoir sur son balcon ?
– Sur son balcon, ça va être difficile parce qu’elles vont tenter des… des sorties… Ça vole quand même, hein. Donc si… si elles s’échappent, ça… c’est pas terrible (19) dans le quartier !
Merci. Vous nous avez donné envie d’avoir un poulailler et des poules.

Quelques détails:
1. pas forcément: pas nécessairement, pas toujours.
2. Il faut pas trop lui en demander: il faut être réaliste et pas trop exigeant. (N’oubliez de changer la personne: Il ne faut pas trop m’en / nous en / leur en demander.)
3. C’est des animaux: plus correctement, on dit: ce sont des animaux. (Mais à l’oral, c’est très fréquent d’employer c’est avec le pluriel. A éviter à l’écrit et dans une conversation au style plus soutenu.)
4. causer: bavarder
5. cot cot: c’est une onomatopée. En français, les poules font: « cot, cot, cot. » Ou aussi: « cot, cot, codett« .
6. quémander: demander avec insistance
7. les restes: ce qui reste de nos repas.
8. un compost: c’est de l’engrais végétal obtenu grâce aux restes végétaux, aux épluchures, etc…
9. une gastro: c’est l’abréviation de gastroentérite, c’est-à-dire quand on a des troubles digestifs importants. (diarrhée, vomissements)
10. un citadin: un habitant d’une ville.
11. Même quand on est citadin, on sait normalement que les oeufs ont besoin d’être fécondés pour donner un poussin !
12. débutants en poules: C’est amusant comme elle le dit. (exprès). Normalement, il faudrait dire: débutants dans l’élevage des poules.
13. xénophobe: qui n’aime pas les étrangers.
14. se faire bizuter: quand on entre dans une école (en 1ère année), on est un bizut (un petit nouveau). Avant, il y avait donc des journées de bizutage, où les anciens organisaient des épreuves pour les nouveaux. Donc se faire bizuter, c’est subir ces épreuves, qui peuvent être difficiles et humiliantes. (Maintenant, les bizutages ancienne formule sont interdits car il y a eu des excès.)
15. se tenir les coudes: c’est s’entraider. On dit aussi se serrer les coudes. Assez amusant en parlant des poules !
16. acariâtre: qui a mauvais caractère et est peu agréable avec les autres, peu sociable.
17. crapahuter: se promener, se déplacer (familier)
18. outre mesure: excessivement / trop
19. c’est pas terrible: ce n’est pas bien (familier)

* La comptine:
Une poule sur un mur,
qui picore du pain dur,
picoti, picota,
lève la queue et puis s’en va.

* Ma poule:
c’est comme ça que certains appellent familièrement et affectueusement la femme qu’ils aiment, ou leur fille. Alors, évidemment, le titre du livre joue là-dessus. Surtout que cette poule, il faut la choyer, c’est-à-dire lui réserver le meilleur traitement possible. Normal, pour ma poule !
Et l’expression ça roule, ma poule veut dire que tout va bien.

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