Avec passion

Me revoilà, après des vacances de Noël bénéfiques mais occupées par des corrections, nombreuses, très nombreuses – vive le métier de prof ! – et après deux semaines de retour au travail sous pression pour être dans les temps pour les jurys de fin de semestre.

Je vous souhaite donc enfin une très bonne année !

Et pour la commencer avec émerveillement, voici des extraits d’un entretien écouté à la radio avec une femme qui vous donne la pêche si vous en avez besoin ! Elle est passionnée et donc passionnante, avec une très grande humilité et humanité. Ceux qui me connaissent maintenant un peu comprendront ce qui m’a plu quand je l’ai entendue ! Allez, 2022, une année placée sous le signe de la curiosité et de toujours plus de découvertes.

Premier extrait :

Transcription :
Etudiante, votre premier cours d’éthologie, quel choc est-ce que ça a été, Vinciane ?
Ah, ça a été un choc de voir des gens qui… d’abord, qui racontaient des histoires – c’était pas tellement habituel à l’université – parce que c’était des histoires qui, à la fois, rendaient les animaux très proches de nous, parce qu’ils avaient des histoires comme nous – je découvrais ça avec émerveillement – et à la fois, très différents, parce que c’était des histoires… On était dans des mondes… Ecoutez, quand on aime la science fiction, on comprendra ce que je veux dire. Je veux dire, chaque animal, d’une certaine manière, chaque groupe d’animaux, chaque collectif, chaque milieu (1) est comme un monde de science fiction, c’est-à-dire un monde où les règles sont tout à fait différentes, où il y a des façons de s’associer, des façons de faire des enfants, ou de ne pas en faire, de créer des relations de parenté, d’alliances et tout (2). Et donc, j’avais des mondes qui s’offraient à moi et moi qui adorais lire et qui adorais qu’on me raconte des histoires, c’était déjà une première merveille. Et puis, la deuxième merveille, c’était l’amour de ces éthologistes pour leurs animaux.
Pour autant, c’était pas vraiment considéré comme de la philosophie.
Ah non, non ! Mais alors là, je peux vous dire, c’était pas du tout de la philosophie ! Et quand moi-même, j’ai dit : Mais on peut faire de la philosophie sur l’éthologie – on fait bien de la philosophie sur de la physique (3), enfin ce qu’on appelle la philosophie des sciences, de la philosophie sur la biologie, donc on va faire bien sûr de la philosophie sur l’éthologie, je me suis entendu dire (4) combien de fois : « Mais attendez, mais ça, c’est pas de la philosophie ! »
Ça ne vous a jamais découragée ?
Alors, ça aurait pu me décourager. Mais à un certain point de marginalisation, vous n’êtes plus marginale, vous êtes à côté de toute façon, hein, parce que la marge, elle a quand même une limite. Mais en fait, je dis ça un peu en plaisantant, ce qui veut dire surtout que ça m’a offert la grande liberté de ne plus me préoccuper de l’avis (5) des autres.

Et un autre extrait :

Transcription
Oui, bien sûr, il y a des alliances avec les proches qui sont intéressantes. Elles sont parfois un peu plus fiables parce qu’on peut au moins prévoir leurs réactions. Mais ce qui est intéressant évidemment, c’est des alliances avec le très différent, parce que c’est ça qui, d’une certaine manière, enrichit la vie et à la fois, peuple le monde d’une très grande diversité, qui nous offre des occasions, nous, de bouger (6), parce que c’est ça aussi, c’est… Je veux dire, être vivant, c’est tout le temps en train de (7) changer. Comment changer avec uniquement des semblables à vous ? Ça, c’est difficile. Par contre, changer avec des êtres qui ne cessent de vous surprendre, de vous interpeller (8), de vous dire : « Mais ça aurait pu être autrement ! Qu’est-ce que tu racontes, là ? C’est quoi (9), le monde dans lequel tu vis ? Il aurait pu être autrement. » C’est quoi, un monde de libellules ? C’est quoi, un monde de… je sais pas… de bonobos, d’éléphants ou quoi que ce soit.

Des explications sur ces deux extraits :

  1. un milieu : un environnement auquel on appartient, dans lequel on vit. Cela peut être un milieu naturel (dans la nature) ou un milieu social. Par exemple : Il vient d’un milieu populaire. (= la classe sociale ouvrière) / Ils n’ont pas grandi dans le même milieu.
  2. et tout : expression familière, orale, à la fin d’une phrase, quand on ne veut pas continuer à donner d’autres détails.
  3. On fait bien de la philo des sciences : Ici, bien ne signifie pas qu’on parle de la qualité de la philo. Cela signifie : Regardez, on fait de la philosophie des sciences, c’est reconnu. Donc pourquoi ne reconnaîtrait-on pas l’éthologie ?
    Par exemple :
    – Ce virus est hyper contagieux. On va tous y passer !
    – Oui, mais il y a bien des gens qui ne l’attrapent pas.
    (= ce que tu dis n’est donc pas totalement juste.)
  4. Je me suis entendu dire : attention, cela ne veut pas dire du tout que c’est elle qui a dit quelque chose mais le contraire : On m’a dit quelque chose / Quelqu’un m’a dit…
  5. l’avis des autres : l’opinion des autres. On dit par exemple : Je n’ai pas d’avis sur la question. (= je ne sais pas quoi en penser, je ne suis pas capable d’avoir une opinion là-dessus, ou je ne veux pas formuler une opinion là-dessus.)
    Ou encore : J’aimerais bien avoir ton avis.
  6. bouger : ici, c’est synonyme de changer, évoluer.
  7. interpeller : au sens figuré, cela signifie que quelque chose attire votre attention et suscite des questions de votre part.
    Par exemple : Son attitude m’interpelle vraiment. Je ne comprends pas pourquoi il a agi comme ça.
    On dit souvent aussi : ça m’interpelle.
    On peut aujourd’hui écrire interpeler, avec un seul « L »
  8. en train de changer : qui change en ce moment.
    Beaucoup de Français font une faute d’orthographe sur cette expression très courante en écrivant entrain de. Le mot entrain existe mais c’est un nom et il est synonyme de vivacité : c’est un enfant plein d’entrain.
  9. C’est quoi, ce monde… ? : cette question est très orale et convient très bien dans une conversation.
    = Qu’est-ce que c’est que ce monde ?

Voici le lien vers l’entretien entier. Vinciane Despret y lit à la fin une lettre pleine de profondeur qu’elle a écrite à Alba. Vous devriez aller voir qui est Alba. (et lire la lettre bien sûr.)
Et j’ai vu que Vinciane Despret avait aussi partagé ses idées sur France Culture et ça s’appelle : Plaidoyer pour une poésie animale. J’ai bien l’intention de l’écouter un de ces jours !

Pas de bonobos, pas d’éléphants ici, mais ne sont-elle pas un monde à elles seules, ces jolies vaches Aubrac ? 😉
A bientôt

Tout pour ses animaux

Là où j’habite à Marseille, c’est bien sûr la ville. Mais autour de nous, il y a beaucoup de jardins, parce qu’il y a beaucoup de maisons. Des jardins plus ou moins grands, où pas mal de propriétaires ont trouvé la place de caser des piscines particulières, toutes petites. Mais certains ont préféré installer un poulailler. Et ça, ça a posé des problèmes ! Leurs voisins se sont plaints : les poules caquètent trop tôt le matin. Querelle de voisinage. Alors quand j’ai entendu ce petit reportage à la radio sur une famille qui vit aussi en ville et a des animaux – beaucoup, vraiment beaucoup ! – qu’on imagine plutôt dans un village à la campagne, je me suis dit que cette famille n’aurait pas fait long feu ** ici !

Transcription

On est dans un lotissement (1), ce qui est quand même incroyable, on va dire, parce que c’est vrai, quand on passe devant chez moi, on se doute pas (2) de ce qui se cache derrière. On a vraiment de la chance parce qu’on est en fait entourés par des voisins qui sont adorables, qui adorent les animaux. Donc du coup, ça se passe très, très bien (3).

On prépare les gamelles (4) pour emmener aux cochons ?
– Ouais.
– Bon.

C’est-à-dire que moi, je suis un peu tombée dedans (5) quand j’étais bébé. J’ai été élevée par mon arrière-grand-mère. Donc j’ai vécu entourée de chats, de chiens, de tortues, de pigeons, de poissons, de tout, quoi (6). J’ai toujours eu ce besoin existentiel d’avoir un animal à mes côtés (7). Autant (8) les humains, j’ai pas un besoin existentiel d’être à côté d’eux, mais aller ramasser (9) des chiens partout, ça oui, ça… ça, ça marche (10). Plus ils sont bancals (11), plus ils sont vieux et plus ils sont malades, et plus je les aime. Ça veut pas dire que j’aime pas les jeunes qui sont en bonne forme, c’est pas ça. Mais j’ai toujours eu une attirance vers les délaissés, vers ceux qui ont un peu moins de chance que les autres, quoi.

Rien que (12) les gamelles, je passe minimum deux heures, entre (13) les préparer, les donner, parce que là, on a fait les cochons, les chèvres, les poules mais il y a les chiens aussi. Là, en l’occurrence – oui, mon coco -, je travaille à la maison, donc je ne suis jamais loin. Je fais des pauses toutes les heures parce que, voilà, faut que j’aille voir si les cochons, ça va, si les poules, ça va et tout ça. Donc ils sont accompagnés tout le temps. Il y a des gens qui choisissent de voyager, de faire le tour du monde. Moi, j’ai fait, c’est bon (14), je ne pars pas. Mon compagnon part avec les enfants et moi, je reste là.

C’est bon les fifilles ? On va donner aux autres fifilles. Allez. Salut poulette !

Des explications

  1. un lotissement : C’est un ensemble de terrains sur lesquels on construit des maisons. Les communes créent des lotissements, c’est-à-dire un ensemble de lots pour lesquels elles donnent le permis de construire. Les terrains ne sont en général pas très grands, donc on a des voisins proches.
  2. on ne se doute pas… : on ne peut pas imaginer que…
  3. ça se passe très bien : il n’y a aucun problème, tout va bien
  4. une gamelle : un récipient dans lequel on met de la nourriture pour les animaux, et aussi pour les humains qui veulent emporter leur repas. (Mais aujourd’hui, les jeunes qui emportent de quoi manger le midi ont des « bentos », ce qui est plus à la mode que les gamelles des ouvriers par exemple.)
  5. je suis tombée dedans quand j’étais bébé : cela signifie que les animaux sont devenus sa passion à ce moment-là. (familier) On peut dire : Je suis tombé dans la marmite ou juste : Je suis tombé dedans.
  6. quoi : ce mot termine les phrases à l’oral mais ne veut rien dire. C’est un tic de langage qu’on entend souvent.
  7. à mes côtés : avec moi
  8. Autant… : normalement, on attend un deuxième « autant » un peu plus loin, pour introduire l’idée qui est en parallèle et qui va contraster avec le début. Ici, il y a contraste entre le fait pour elle de ne pas avoir besoin de vivre entourée des autres et le fait qu’elle est toujours prête à s’occuper de chiens perdus ou d’autres animaux.
    Par exemple : Autant d’habitude il est patient, autant hier il s’est énervé !
  9. aller ramasser des chiens : recueillir des chiens
  10. ça marche : ça me convient
  11. bancal : normalement, cela décrit un meuble qui n’a pas les pieds de la même hauteur, donc qui n’est pas très stable, qui penche. Au sens figuré, cela décrit quelque chose qui n’est pas parfait.
    Par exemple : C’est une solution bancale. Et ici, cela veut dire que ces chiens qu’elle adopte ne sont pas en parfaitement en forme.
  12. rien que… : seulement, uniquement.
  13. entre les préparer, les donner : dans ce genre de tournure, entre introduit une énumération, ce qui permet d’insister, de montrer qu’il y a beaucoup de choses dans cette liste.
  14. c’est bon : ça me suffit

** ne pas faire long feu : ne pas tenir longtemps, ne pas rester longtemps, ne pas durer longtemps

L’interview est ici. (Par curiosité, allez voir combien ils ont d’animaux, dans cette maison qui n’est pas une ferme et où les voisins ne sont pas ni fermiers ni agriculteurs.)

Le retour des loups

Au détour d’un chemin de randonnée, en juin dernier, nous sommes tombés sur ce panneau à l’entrée d’un chalet d’alpage dans le Beaufortain. Le message, pour le moins direct, était adressé aux pro-loups, par un anti-loup que nous avons rencontré juste après. Nous venions de trouver sur notre chemin les cadavres de plusieurs brebis égorgées récemment. Des rapaces planaient encore au-dessus pour terminer le nettoyage des carcasses. Dans notre naïveté de citadins, nous n’avions pas pensé à une attaque de loup, si peu habitués à penser à cet animal qui a longtemps disparu des paysages français.

Pour ce propriétaire, c’était le ras-le-bol et la peine d’avoir perdu ses bêtes qu’il avait montées à l’alpage très peu de temps auparavant. Il n’habitait pas là en permanence, il n’y avait pas de chien de berger pour veiller sur les brebis, pas de clôture électrifiée pour les mettre en sécurité. Il avait donc suffi d’une nuit tranquille, sans présence humaine, pour qu’un loup tue son tout petit troupeau sans défense. Il nous a montré des empreintes dans la boue du chemin. Ajoutées au type de blessures subies par les brebis, cela ne lui laissait aucun doute sur l’origine de la mort de ses bêtes. Alors, très en colère, il avait définitivement rejoint le camp des anti-loups, dans le débat passionné qui dresse beaucoup d’éleveurs français contre les protecteurs du loup.

Les loups, chassés sans relâche pendant des décennies, sont revenus en France, par eux-mêmes. Beaucoup d’éleveurs ont dû réapprendre comment s’en protéger au mieux. Mais la cohabitation est difficile, entre les loups, les troupeaux et leurs propriétaires bien sûr, et aussi entre les pro-loups et les anti-loups.

Pourtant, il va bien falloir se faire à l’idée que les loups ne sont pas seulement dans les régions de montagne, à l’écart des hommes. C’est ce que racontait ce petit reportage entendu aux infos à la radio il y a quelques jours. Je ne m’attendais pas aux lieux mentionnés ! Prisonnière de clichés sur cet animal !

Je vous ai enregistré tout ça ici, avec à la fin le petit reportage radio (vers 2’50):

Transcription du reportage:
Il y a des loups et ils sont certes (1) un peu flous (2) sur les photos : deux loups gris sont détectés ce mois-ci (3) en France, un dans les Yvelines* au début du mois, un autre en Indre-et-Loire* hier. C’est une première (4) depuis cent ans. Jean-Noël Rieffel, le directeur régional de l’Office Français de la Biodiversité dans la région Centre-Val de Loire :

« Pour nous, c’est pas une surprise, parce que l’OFB recense (5) les populations de loups. On sait qu’elles sont en augmentation. On estime à 624 loups (6) en France et on sait qu’à la faveur de l’automne (7), il y a des phénomènes de dispersion d’un certain nombre d’individus (8) qui en fait sont expulsés, si je puis (9) me permettre ce mot, de la meute (10) et parcourent des dizaines de kilomètres. On sait que le loup pouvait être retrouvé à 1500 km de son lieu de naissance. Et on sait que le loup peut parcourir jusqu’à 50 km par jour. Donc il est pas étonnant de voir des individus se disperser. Pour l’instant (11), ils sont pas installés du tout, il y a pas de meute, il y a aucun signalement d’attaques sur des troupeaux. Donc pour l’instant, il est trop tôt pour dire si ces individus qui ont été observés vont s’installer. Mais c’est fort (12) peu probable, voilà, voire (13) pas probable du tout.

Quelques explications :

  1. certes : c’est vrai / Il faut reconnaître que
  2. flou : pas net. La mise au point n’a pas été parfaite donc la photo est floue.
    On peut aussi utiliser cet adjectif au sens figuré : par exemple, un projet qui est flou est un projet qui n’est pas encore bien défini. Quand on a des idées floues dans un domaine, on ne sait pas encore grand chose sur le sujet. On dit aussi qu’on est dans le flou quand n’a pas encore d’idées précises à propos d’une situation.
  3. ce mois-ci : le mois en cours. On ne peut pas dire simplement Ce mois.
  4. C’est une première : c’est un événement inédit, totalement nouveau.
  5. recenser : compter le nombre de personnes, d’animaux, de plantes quelque part.
  6. 624 loups : six cent vingt quatre
  7. à la faveur de l’automne : l’arrivée de l’automne favorise ce phénomène
  8. un individu : c’est normalement une personne. Mais les scientifiques qui étudient des groupes d’animaux parlent aussi d’individus à propos des animaux.
  9. si je puis me permettre = si je peux me permettre (style un peu plus soutenu)
  10. une meute : c’est le terme qu’on emploie à propos des groupes de loups (ou de chiens dans la chasse à courre). Au sens figuré, on l’emploie à propos de groupes de personnes qui en harcèlent d’autres : Le journaliste a été menacé par une meute de supporters très énervés et alcoolisés. On parle aussi de phénomène de meute sur les réseaux sociaux par exemple, quand quelqu’un est victime d’innombrables commentaires haineux.
  11. Pour l’instant : on dit aussi Pour le moment.
  12. fort peu = très peu
  13. voire : et même

* Les Yvelines : il s’agit d’un des départements français, à l’ouest de Paris.
* L’Indre-et-Loire : dans cet autre département, on trouve la ville de Tours ainsi que des châteaux célèbres, comme Amboise, Azay-le-Rideau, Chenonceau, Villandry par exemple.
Ce n’est pas vraiment au loup qu’on pense en premier en évoquant ces deux départements !

Dans la forêt

Dans ce grand album, les illustrations emplissent la page de droite et celle de gauche, en miroir, pour dire deux histoires qui se font écho. Deux histoires d’une même forêt et de ses animaux. Deux histoires parce que deux frères s’installent là, chacun de son côté, chacun à sa manière.

Se faire une petite place

Faire de la place

Ils arrivent, au milieu des grands sapins, sur un rivage sauvage. Et les saisons, puis les années passent. L’un choisit de se faire une petite place, l’autre fait de la place. Et cela change le paysage. On tourne les pages, émerveillé par tous les détails de cette histoire, racontée presque sans paroles afin que chacun de nous y déroule son propre récit.

J’ai toujours beaucoup aimé observer les photos et surtout les dessins qui montrent le passage du temps sur des lieux transformés par les hommes, les multiples variations qui font qu’un jour, on ne reconnaît plus le paysage originel. Yukiko Noritake peint magnifiquement ce qu’il advient de cette forêt de grands arbres. Deux frères, deux itinéraires, deux paysages, deux façons d’être au monde. C’est vraiment très beau.

Voici le lien vers la page de la maison d’édition.

Et l’univers de Yukiko Noritake est ici.

Jusqu’à nouvel ordre

Vous le savez évidemment, nous entrons à notre tour dans une période très particulière en France, après d’autres pays et avant ceux qui vont nécessairement suivre. Il a fallu du temps à notre gouvernement pour annoncer des mesures à la hauteur de ce qui se produit. Jeudi, le président de la République a enfin décidé de fermer les écoles et les universités à partir de demain lundi. Mais nous avions encore pour consigne de nous réunir dans nos établissements, alors que nous avons beaucoup d’outils pour télétravailler. Ce dimanche, en fin de matinée, nous venons de recevoir, enfin, la consigne du président de notre université de ne plus nous rendre sur notre lieu de travail. Les commerces dits non essentiels sont fermés depuis hier soir. Le mot d’ordre, c’est « Restez à la maison » autant que possible, pour freiner la propagation du virus et donc ne pas alourdir la tâche de tous les soignants et des hôpitaux. (Mais nous devons aller voter aujourd’hui et dans une semaine, pour les deux tours des Municipales…)

Il va donc falloir travailler différemment, communiquer autrement.
Et s’occuper d’une autre manière! Cela va probablement me donner le temps de venir à nouveau partager ici davantage toutes ces choses que je trouve belles, intéressantes, émouvantes. Je commence aujourd’hui par ce témoignage passionnant de François Sarano, sur le compte instagram de France Inter.

Voici le lien vers cette vidéo sur le compte instagram de France Inter. (J’enlèverai la vidéo ci-dessous si nécessaire, puisqu’elle ne m’appartient pas.)

François Sarano, océanographe et plongeur, y parle des océans, de rencontres bouleversantes avec les cachalots, les requins et la nature et de la philosophie de la vie qui devrait être la nôtre. Il sait raconter, il sait alerter, il sait aussi donner de l’espoir et donner envie.

Les sous-titres s’affichent, donc vous n’aurez pas de problème pour comprendre ce qu’il dit. Je me contenterai d’expliquer ensuite deux ou trois choses – façon de parler!

Voici ces quelques explications:
1. les abysses : c’est un très joli mot pour parler des très grandes profondeurs dans l’océan. Tout de suite, l’imagination se met en marche, à l’évocation de ces lieux inconnus et fascinants ! Au sens figuré, on utilise un adjectif de cette famille, abyssal : par exemple, on parle d’une bêtise abyssale, ce qui signifie une bêtise extrême, ou une ignorance abyssale pour parler d’une très grande ignorance.
2. s’étioler : perdre peu à peu sa force de vie, son énergie
3. petit à petit : peu à peu
4. ça vaut la peine de (se battre) : ce n’est pas une cause perdue, donc il faut faire les efforts nécessaires. ça vaut la peine indique que ce qu’on entreprend va servir à quelque chose.
5. ça marche à tous les coups : il n’y a pas d’échec, il y a toujours un résultat. A tous les coups indique que ça se produit tout le temps, nécessairement.
On utilise aussi cette expression de façon plus familière dans ce genre de phrases: Tu vas voir, à tous les coups, il va oublier de venir ! Cela signifie qu’on est prêt à parier qu’il va oublier, on en est quasiment sûr.
Autre exemple : A tous les coups, il s’est trompé de route !, en voyant que quelqu’un qu’on attend n’arrive pas par exemple, soit parce qu’on sait que c’est difficile de trouver le chemin, soit parce que cette personne n’a pas vraiment le sens de l’orientation.
6. accorder une audience à quelqu’un : terme juridique qui indique qu’un juge par exemple organise une rencontre avec un accusé ou quelqu’un d’autre pour écouter ce qu’il a à dire. Ici, c’est le requin qui a accordé une audience au plongeur, c’est-à-dire que c’est lui qui a consenti à écouter, à entrer en contact avec cet homme.
7. tout d’un coup : on dit aussi tout à coup, c’est-à-dire soudainement,pour parler d’un événement qui survient de façon brutale.
8. ses congénères : ses compagnons, ses semblables. On l’utilise aussi à propos des hommes et des femmes. Dans certains cas, il y a un petit côté péjoratif quand il est employé à propos des humains : Lui et ses congénères, franchement, ils ne font pas grand chose !

Voici ce que, personnellement, je veux retenir :
« Tout d’un coup, moi, le chercheur, le scientifique, celui qui étudie l’autre, j’ai été celui qui a été étudié. »
Jolie voix passive qui exprime ce renversement des rôles!
« Nous n’avons pas le monopole de la curiosité. »
Les animaux aussi ont la curiosité d’entrer en contact avec nous, quand nous ne les exterminons pas.
« Cette vie sauvage offre de la paix, de la sérénité ».
Si ce n’est pas dans les océans, c’est dans les forêts, les champs, les montagnes. A ce propos, je vous parle bientôt d’une très belle BD, Ailefroide !
« Nous nous perdons dans le divertissement virtuel. »
C’est dans l’air du temps, à juste titre, de parler notamment de la déconnection des enfants avec la nature.
« Il n’est pas important de comprendre l’autre pour être bien. Il faut vouloir le comprendre. »
Voilà un sujet pour le bac en philo ? (Vous savez que tous les élèves de lycée passent une épreuve de philosophie au bac en France.)
– Il parle de nos cultures « richement différentes ».
Comment mieux dire ce qui fait notre monde ?
« Nous pouvons vivre en paix si nous le voulons » […] et « offrir à nos enfants un monde vivable, serein et de bien-être. »

Une expression : Jusqu’à nouvel ordre
= jusqu’à ce qu’il en soit décidé autrement par les autorités compétentes.
C’est comme dire : sine die.
Les cours sont reportés sine die, c’est-à-dire sans qu’aucune date de reprise ne soit donnée pour le moment.

Puisqu’il est question de plongée, vous pourriez écouter ou ré-écouter ici Valérie, une pro de la plongée et François, un autre plongeur ici et ici sur France Bienvenue.

Je vous dis à bientôt!

Sur le qui-vive

Ce chat n’appartient à personne mais nous le voyons tout le temps car il est ici chez lui, il a élu domicile ici, c’est son territoire et il se débrouille pour se faire nourrir, comme d’autres chats, par des voisins. Impossible de l’approcher vraiment, il est toujours sur le qui-vive, c’est-à-dire méfiant et prêt à s’enfuir (ou à faire face au danger). On ne peut pas le caresser. Et il est toujours aux aguets, prêt à chasser. C’est bien contre les souris, mais c’est dommage pour les oiseaux ! Les petits rouges-gorges sont en danger, vu le nombre de chats errants qui habitent le quartier. La conséquence, c’est que dans le jardin, il ne nous reste presque que des pies querelleuses et des tourterelles monotones!
Cela m’a fait repenser à une courte émission de radio qui présentait un documentaire sur le chat, « ce dangereux serial killer ». Voici comment la journaliste l’annonçait:
« L’humanité, comme vous le savez, se divise en deux catégories : ceux qui adorent les matous (1), qui les trouvent trop mignons et ceux qui ne peuvent pas les voir en peinture (2). Je fais partie, je l’avoue, de la deuxième catégorie. Je n’aime pas les chats et pourtant, ce documentaire m’a passionnée. Parce qu’il montre la vraie nature de cet animal : c’est un dangereux serial killer (3). »

Sur le qui-vive

1. un matou : un chat (mâle) – terme familier.
2. ne pas pouvoir voir quelqu’un en peinture = détester quelqu’un, ne pas le supporter du tout. (familier)
3. un serial killer : prononcé à la française ! Nous avons quand même un terme français que nous utilisons aussi beaucoup : un tueur en série.

La petite vidéo est ici, avec le texte qui correspond presque parfaitement à ce qui est dit. Il y est question des chats redevenus sauvages, les chats harets – je ne connaissais pas ce terme – qui menacent de disparition des lézards et des puffins en Nouvelle Calédonie.

Et vous pouvez aussi écouter deux de mes étudiantes qui parlaient du chat de l’une d’entre elles il y a quelque temps sur France Bienvenue.

Au fait, je fais quand même partie de la première catégorie !