C’est pas le Pérou

Beaucoup de choses à apprendre avec cette publicité pour un tout nouveau service TGV !

Pérou2

D’abord une expression courante qu’on emploie pour dire que ce n’est pas grand chose, que ça ne rapporte pas beaucoup, que c’est une somme modeste. Effectivement, 10€, ce n’est vraiment pas le Pérou ! Donc tout le monde va pouvoir se payer des voyages en TGV. Et ce ne sera pas pour aller au bout du monde mais pour descendre vers le sud-est de la France.

Et une autre expression: Normalement, avec 10€, on ne va pas bien loin, c’est-à-dire qu’on ne peut pas s’acheter grand chose. Mais là, quand même, on peut s’offrir un beau voyage !
Ouigo On va pas bien loin

– Alors c’est aussi une petite leçon de géographie ! Et voici comment prononcer ces noms de villes.

Petite leçon de marketing, ou comment créer des noms faciles à retenir, si possible avec quelque chose qui ressemble à de l’anglais ! Mélange donc avec ce Oui bien français, qui se prononce comme We, et ce Go bien anglais, mais bien sûr à prononcer à la française. Alors, oui, on y va ! A des prix comme ça, ce serait dommage de s’en priver…

– Mais petite leçon de décodage pour finir ! Avec le low-cost qui arrive dans les trains, il y a le revers de la médaille.

pas le pérou8* Ce ne sera pas 10€ pour tout le monde, puisque c’est à partir de 10€.
* Et ce ne sera pas à partir de la Gare de Lyon à Paris, facilement accessible. Il faudra commencer par aller à Marne la Vallée. Un peu plus loin, un peu plus long, un peu plus cher. Comme lorsqu’il faut aller à l’aéroport.

* Il faudra arriver au moins 30 minutes avant le départ. L’avantage du train (TGV ou pas), c’est justement qu’on peut arriver à la dernière minute ! Cela aussi ressemble donc aux voyages en avion. D’ailleurs, dans la pub, il est question d’embarquement. Normalement, on monte dans un train. Embarquer, voilà un verbe réservé jusqu’à maintenant à l’avion et au bateau.

* Il faudra savoir faire sa valise car la taille est limitée, comme celle des bagages autorisés dans les cabines des avions. Sinon, ce sera plus cher ! Remarquez, on pourra voyager léger puisqu’il fait toujours beau et chaud à Avignon, Montpellier, Marseille… (Enfin presque !)

* Il faudra être prévoyant côté nourriture et boisson. Plus de voiture-bar.
Une économie présentée avec humour:

Ouigo gastronomie
Remarquez, de toute façon, les sandwiches SNCF ne sont pas de grands exemples de gastronomie. Alors, c’est vrai qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Beaucoup de voyageurs l’avaient déjà compris !

Ni tout à fait d’ici, ni tout à fait d’ailleurs

Groenland ManhattanJ’aime ce que dessine et raconte Chloé Cruchaudet. Dans son album Groënland Manhattan, elle donne corps aux récits d’exploration du Pôle Nord, au temps où Robert Peary ramenait de si loin des météorites et des Esquimaux pour les livrer à la curiosité de ses contemporains.
Histoire du déracinement de Minik, enfant puis adulte entre deux mondes.
Histoire vraie et reflet d’une époque encore si proche.
Histoire banale de la domination d’un monde sur un autre.

Chloé Cruchaudet
Chloé Cruchaudet explique dans cette petite vidéo pourquoi elle a eu envie d’entrer dans l’histoire de Minik, avec ses belles couleurs.

Transcription:
L’idée de ma bande dessinée Groënland Manhattan vient de mes goûts en matière de (1) lecture. J’aime beaucoup les récits de voyage, les récits d’explorateurs . C’est quelque chose qui est tellement à l’inverse de ma personnalité pantouflarde (2) que ça m’a toujours fascinée ! Un jour, je suis tombée sur (3) l’histoire vraie d’un petit esquimau qui s’appelle Minik, qui a vécu à l’extrême nord du Groënland, à la fin du 19ème siècle. Et ce petit garçon et quelques membres de sa tribu ont été ramenés par un explorateur américain du Groënland jusqu’à New York. Ce qui m’a beaucoup touchée, c’est que c’est une histoire de déracinement. C’est quelqu’un qui s’est jamais sent bien là où il était : à New York, on l’a traité comme le gentil Esquimau polaire, délicieusement exotique. Et une fois de retour chez lui, il a été traité comme un mythomane (4), parce que évidemment, tous les autres membres de sa tribu ne croyaient pas du tout au récit de sa vie New Yorkaise. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir les personnages à côté de moi. J’ai eu froid avec eux, j’ai senti les odeurs de New York avec eux et j’espère beaucoup que ça fera le même effet aux lecteurs.

Quelques détails :
1. en matière de lecture : dans le domaine de la lecture
2. pantouflard : cet adjectif décrit quelqu’un qui aime rester chez lui, tranquillement, un peu paresseusement, dans ses pantoufles (c’est-à-dire ses chaussons). Les pantoufles sont le symbole de l’attachement aux habitudes.
3. tomber sur quelque chose : trouver, découvrir quelque chose par hasard.
4. Un mythomane : quelqu’un qui s’invente des histoires auxquelles il croit.

Groenland Manhattan - La postfaceIl y a beaucoup à regarder et à lire dans cet album, qui se termine par une belle postface, écrite par Delphine Deloget, réalisatrice d’un documentaire antérieur (que j’aimerais bien trouver quelque part) sur Minik et ses descendants.
En voici un court extrait où Delphine la voyageuse parle de Chloé, celle qui se dit pantouflarde ! Lorsque Chloé m’a contactée au sujet de son projet de bande dessinée sur Minik, j’ai remis le nez dans mes cartons, ressorti des photos, des archives sur l’histoire des Esquimaux de New York. Avec elle, j’ai replongé dans mes souvenirs et mes impressions de voyage à Thulé. Chloé se révélait de son côté une véritable enquêtrice. Elle ne laissait rien passer. Elle relevait certains détails de l’histoire qui m’avaient échappé. Son imaginaire au travail, elle allait redonner chair à l’histoire de Minik. Moi qui n’avais fréquenté Peary et Minik que par l’intermédiaire de photos en noir et blanc, je les redécouvrais maintenant en couleur, animés d’expressions si pleines de vérité. Elle avait créé en nuances ce qui précède et ce qui suit les événements rapportés par les archives, reconstituant ce qui m’avait si souvent manqué lors de ma propre enquête. L’histoire prenait vie et dépassait les simples faits historiques pour toucher l’intime d’un récit à la fois rocambolesque et poignant.

Allez regarder ici aussi, pour vous en rendre compte.
C’est beau !