Une belle voix

Quand j’écoute la radio, j’aime certaines émissions pour leur contenu mais aussi pour la voix qui les porte. Autour de nous, il y a les voix dont on n’a rien à dire de particulier, il y a celles qui nous agacent. Et il y a celles qu’on trouve belles. Et comme à la radio on n’a que la voix, c’est elle qui crée cette atmosphère propice à l’écoute.
Evidemment, j’ai tendu l’oreille en entendant ce comédien parler de sa voix et de celle des autres. Il en parlait de sa belle voix, au timbre et à la diction si reconnaissables. Et c’était parfait pour le billet d’aujourd’hui !**

La voix – André Dussolier

Transcription
– Votre voix, vous la comparez à quel instrument ?
– Oh, je ne sais pas !Je ne sais pas si on a bien conscience de sa voix. Je pense que la voix, c’est un ensemble, c’est la tonalité peut-être bien (1), mais qui varie d’ailleurs au fil des ans (2). Et puis c’est aussi la manière de parler…
– De respirer.
– Comment ? (3)
– De respirer aussi.
– De respirer, oui, c’est vrai. Moi, j’ai été très sensible à certaines voix. Il est plus facile (4) de parler des autres acteurs, comme Delphine Seyrig que j’ai… que j’ai toujours en mémoire, ou Jean-Louis Trintignant, ou d’autres acteurs. Je pourrais en citer de nombreux comme ça. La voix, c’est tellement la traduction de la personnalité, de ce qu’est quelqu’un que c’est vraiment une manière d’entrer chez quelqu’un, de le connaître, de le rencontrer, qui est assez fascinant (5), quoi, c’est… Voilà (6). Et je trouve que (7) c’est un premier élément très important, quoi, on a l’impression de rencontrer l’être à travers… en entendant la voix de quelqu’un. Et donc… Et puis, ça évolue aussi, avec les années. Et puis donc, moi, je pourrais pas du tout dire à quel instrument… Non, j’avais… j’avais demandé… Oui, j’avais posé la question à un orthophoniste – Mais je dis : « Mais qu’est-ce que c’est qu’une belle voix ? » Il m’a dit : « C’est une voix sincère. » Et donc ça m’avait suffi comme… comme… Parce que j’ai été très sensible aux chanteurs comme Brel, comme Brassens, comme Ferré, etc. dans ma jeunesse. Et donc c’est vrai que je reconnaissais qu’il y avait une sorte de cohérence, de… dans ces… chez ces chanteurs, où il y avait à la fois le texte, l’interprétation et la voix. Ça formait un tout (8) et c’était vraiment l’expression de leur personnalité.

Quelques détails :
1. peut-être bien : c’est presque comme peut-être, avec cependant davantage de certitude.
2. Au fil des ans : à mesure que les années passent. On peut utiliser cette expression pour parler du temps qui passe avec d’autres repères de temps : au fil des jours / au fil des mois / au fil des saisons / au fil des siècles.
3. Comment ? : c’est la question qu’on pose quand on n’a pas bien entendu et qu’on demande à l’autre de répéter ce qu’il vient de dire.
4. Il est plus facile de… : c’est comme C’est plus facile, mais dans un style plus soutenu.
5. fascinant : ici, il devrait normalement dire : fascinante, en accordant cet adjectif avec le nom manière. Mais quand on parle, on perd parfois un peu le fil de ce qu’on dit au niveau grammatical (pas au niveau du sens), comme ici où le mot manière est loin de son adjectif.
6. Voilà : ce mot est devenu très fréquent à l’oral, quand on veut conclure quelque chose.
7. Je trouve que : c’est presque comme Je pense que… Mais utiliser Je trouve que, c’est vraiment exprimer en même temps ce qu’on pense et ce qu’on ressent. C’est une conviction personnelle.
8. Ça forme un tout : on ne peut pas dissocier les différents éléments.

Si vous aimez la voix de cet acteur, André Dussolier, l’interview* complète est à écouter ici.

* J’ai découvert que le mot interview, emprunté à l’anglais, est masculin ou féminin en français. Depuis toujours, je le croyais féminin uniquement. Pourtant, c’est vrai que puisqu’on dit un entretien, le masculin pour ce mot importé est logique aussi. D’ailleurs, entretien convient mieux à ce genre d’émission qui prend le temps d’établir une vraie conversation !

** Et pour terminer ce billet, je dis merci à ceux qui suivent ce blog depuis peu, depuis quelque temps, depuis longtemps, depuis très, très longtemps ou depuis toujours car aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Je dis, tu dis, il dit, nous disons !
Cela fait huit ans que je fais entendre ma petite voix et dépose ici des fragments de ma vie française, avec plus ou moins de régularité, et que vous les lisez, les écoutez, les regardez et me répondez. Vous êtes persévérants et présents et c’est un grand plaisir !
Et si je vous fais parfois faux-bond ici, en attendant, vous pouvez aller faire un petit tour sur mon compte instagram.

Les arbres, la lune et l’hiver dans l’Aveyron

Paumée !

Hiver à neige. Rien de surprenant mais comme les hivers passés ont eu tendance à être plus doux, dans beaucoup de régions, on a un peu perdu l’idée qu’il peut neiger. On oublie vite d’une année sur l’autre !
D’une manière générale, tout le monde est content quand il neige. Au début tout au moins. Les paysages sont redessinés, l’ambiance est feutrée, on se réveille un matin et c’est un peu magique, tout ce blanc. On retrouve des émotions qui viennent de l’enfance.

Mais très vite, les choses se compliquent, parce qu’aujourd’hui, on travaille souvent loin de chez soi, il faut prendre sa voiture, être à l’heure coûte que coûte. Alors, la neige devient une épreuve sur des routes déjà surchargées en temps normal qui ne sont pas dégagées assez vite. Et donc dès qu’il tombe un peu de neige, on a droit aux mêmes récits d’automobilistes pas préparés, bloqués et dépités, notamment dans la région parisienne.

En voici un très court, d’une conductrice qui ne sait plus quelle direction prendre, une fois qu’elle ne peut plus suivre son itinéraire habituel. Perdue dans des rues de banlieue où on ne passe jamais quand on n’est pas du quartier.

Paumée

Transcription:
J’ai fait partie des gens qui étaient bloqués. J’ai essayé de sortir (1) où j’ai pu sortir. Moi, mon portable, du coup, bah il y a plus de chargement (2), je n’ai plus rien. Je suis perdue, paumée (3), paumée. Je sais plus où je suis. On prend les routes comme on peut les prendre. Même les panneaux, il y a marqué sens interdit (4), mais ils sont recouverts de neige, donc on passe à côté. Et il me reste à peu près cinq kilomètres d’essence, pas plus.

Quelques détails :
1. sortir : ici, il s’agit de sortir de l’autoroute. On dit qu’on entre sur l’autoroute et qu’on sort de l’autoroute.
2. Il y a plus de chargement : son téléphone n’est plus chargé. (Et elle n’a apparemment pas de quoi le recharger dans sa voiture.) Le plus souvent, on dit : Je n’ai plus de batterie. / Mon téléphone est complètement déchargé.
3. paumé = perdu. (style familier et oral)
4. sens interdit : c’est le panneau qui indique qu’une rue est dans un seul sens. On dit : C’est en sens interdit. / La rue est en sens interdit. / Ne prends pas le sens interdit. / Il y a des sens interdits partout !
5. Il me reste cinq kilomètres d’essence : Il ne lui reste presque pas d’essence avant de tomber en panne d’essence ! On peut dire aussi : Je n’ai plus que cinq kilomètres d’autonomie. / Mon réservoir est presque vide. / Je suis sur la réserve depuis un moment.

Quelques détails sur le verbe paumer :
– il est toujours familier, donc on ne peut pas l’employer dans n’importe quelle situation. Le verbe normal est le verbe perdre.
– être paumé, c’est donc être perdu, au sens propre.
Je ne sais pas quel chemin il faut prendre. On est complètement paumés, là!
– On l’emploie aussi au sens figuré: Depuis son divorce, il est un peu / complètement paumé = il ne sait plus où il en est, il ne sait plus quoi faire.
– On peut l’employer pour dire qu’on a perdu quelque chose : J’ai encore paumé mes clés.
– C’est aussi un verbe pronominal : se paumer = se perdre (toujours au sens propre). Ils se sont paumés, et pourtant, ils avaient un GPS. / Essayez de ne pas vous paumer.

Dire qu’on est paumé est une façon de parler familière.
Une façon de parler, qu’on n’aura donc pas avec tout le monde.
Et une façon de parler, pas d’écrire.

Personnellement, je suis souvent surprise quand je rencontre des mots familiers écrits dans des mails de collègues de travail ou dans la bouche de mes étudiants quand ils s’adressent à moi.
Voici deux exemples récents:
– J’ai de plus en plus d’étudiants, en retard, qui s’excusent en disant qu’ils ont loupé leur bus, leur métro, ou leur train. Louper est familier. Je m’attends plutôt à ce qu’ils m’expliquent qu’ils ont manqué ou raté leur train.
– J’ai aussi trouvé ce verbe dans le mail d’une collègue, qui nous indiquait un site à ne pas louper.
– Nous avons eu aussi un message d’une collègue qui nous disait que son ordinateur était en rade. Etre en rade, c’est être en panne, dans un style familier.

Vous le savez, j’aime les mots familiers, la façon dont on parle qui peut être si différente de la façon dont on écrit. Il faut juste savoir quand ces mots s’emploient, avec qui et quelle impression ils produisent. Et ça, ce n’est pas toujours facile quand on apprend une langue étrangère ! 😉