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Entraînement !

Il y a les bruits familiers. Les petits insectes, les pies, un coq dans le lointain.
Et les moteurs des canadairs. Familiers, oui, hélas, en Provence, mais pas en n’importe quelle saison. Alors, quand on les entend un 25 novembre, qu’est-ce qu’on se dit ? Surtout si on sort à peine de plusieurs jours de grosses intempéries qui ont copieusement arrosé la nature.

Je vous écoute… C’est pour voir si vous suivez !

Mais bien sûr ! L’espace d’un instant, on se demande : Des canadairs qui tournent ? Mais comment ça se fait ? Et on sort pour regarder ce qui se passe, comme on le fait en été avec inquiétude les jours de fort mistral.

Voilà, c’était l’entraînement du jour, pour les pilotes à bord de leurs avions, en prévision des incendies de forêt de l’été, et pour vous, aux commandes de votre français !

Bon début de semaine.

Ce bleu

DSC_4261 Morgiou
DSC_4265 Morgiou
DSC_4270 Morgiou
DSC_4278 entre morgiou et Sugiton
DSC_4279 Vue sur Cassis et La Ciotat
DSC_4295 Au-dessus de Sugiton

Ce bleu des calanques.
Marcher jusqu’au bout, avec Morgiou sur la droite, monter, descendre, atteindre le cap et basculer sur Sugiton, avec l’ocre de la falaise de Cassis dans le lointain et La Ciotat encore plus loin, remonter de la mer, puis redescendre vers les Baumettes, vers la ville. Marcher longtemps au soleil de février.

Ce bleu.
Et le poème de Shainesse:

Ce soir je fais le geste d’éteindre ma bouche
de suivre le noir
Je décolle toutes les pierres de mon visage
ce visage.
Je fais le geste de courir sur le ventre
vers le bleu, vers la rivière.
Et je jette ce visage
mon visage
en offrande à la mer.

Je lis ce poème ici:
Ce soir – Shainesse

Shainesse écrit des poèmes. Nous avons parlé de poésie sur France Bienvenue.

Herbier de mai

Fleurs de mai

Petit tour dans mon jardin du mois de mai :
des alysses corbeille d’argent, des sauges décoratives, des cistes, des népétas, du thym en fleur, un rosier ancien, un citronnier aux fleurs odorantes, des diascias, des iris, une spirée, des anthémis, des pâquerettes, des marguerites jaunes et des petites clochettes violettes dont j’ai oublié le nom, des vraies lavandes et bientôt du lavandin.

A force d’essais pas toujours réussis, je sais ce qui pousse ici à peu près sans arrosage autre que les pluies de printemps !

La nouvelle année

Bonne année 2014

Tous les ans, WordPress nous envoie un petit bilan de ce qui s’est passé sur nos blogs. Un petit résumé des statistiques qui nous sont accessibles tout au long de l’année. Des chiffres. Des noms de lieux.
Alors, j’imagine qui passe par ici. J’essaie de deviner.
Il y a bien sûr d’abord ceux qui apprennent le français, tout seuls ou avec un professeur, ceux qui l’ont appris autrefois et qui s’y remettent, ceux que cette langue fait rêver. C’est à eux que j’ai pensé en postant mon premier billet.
Il y a ceux qui passent ici pour d’autres raisons que l’envie d’apprendre le français puisqu’ils sont français et que je n’ai rien à leur apprendre là-dessus. Ce ne sont pas mes transcriptions qui les intéressent. J’aime bien faire des transcriptions. Sans doute parce que c’est écrire des mots et des histoires sans les inventer. J’aime les histoires.
Il y a ceux qui arrivent ici grâce à des sites de FLE – Français Langue Etrangère – ou par le bouche à oreille, par Facebook ou Twitter. On m’a demandé pourquoi je ne facebookais pas, pourquoi je ne tweetais pas, alors que pour beaucoup, c’est là que tout se passe. Pas le temps – vous vous en apercevez quand la fréquence des billets se ralentit ici – ni surtout l’envie de m’occuper de plusieurs maisons !
Il y a ceux qui veulent savoir si dire C’est un gros con, c’est vraiment méchant. Ils ont demandé à Google, qui les a amenés ici. Alors oui, ils savent maintenant que traiter quelqu’un de gros con, c’est grossier et agressif. Et qu’on ferait peut-être mieux de ne pas voir les rapports humains sous cet angle.
Il y a ceux qui se demandent comment insulter une femme – variante : comment insulter une salope – et ça, ça m’énerve, ça me déplaît profondément. Je me dis : Gros cons ! (Voilà, vous savez comment utiliser à bon escient ces deux mots ensemble.)
Il y a ceux qui se renseignent sur les gromos. C’est joli, les gros mots, écrit comme ça ! Ça rendrait presque poétique ce qui ne l’est pas.
Il y a ceux qui cherchent des expressions. Ils ont raison, il y a vraiment beaucoup d’expressions en français. Et quoi de plus intéressant que les expressions propres à une langue ? Mais ils doivent parfois se demander pourquoi Google les a conduits ici, car ce n’est pas très bien rangé et il faut lire des pages ou des articles entiers pour trouver ce que signifie la cerise sur le gâteau, entre chien et loup ou occupe-toi de tes oignons.
Il y a ceux qui ne m’aiment pas, que j’agace avec ce que j’écris sur le français – ici ou sur France Bienvenue – et qui m’envoient des mails où ils ne disent même pas Bonjour, ni Au revoir. Pour me dire que je n’ai pas le droit de faire ça, puisque que je ne suis pas prof de français, ni linguiste, ni spécialiste. Ils ont raison, je n’ai surtout pas envie de jouer à la prof de français parce que prof d’autre chose le reste du temps, ça me suffit amplement. Mais voilà, mon métier m’a amenée à réfléchir à ce qui se passe quand on apprend une langue et comment on peut s’y prendre pour avancer, ailleurs que dans un manuel ou dans une classe. Alors, ça me plaît de faire ce que je fais.
Il y a ceux qui laissent des commentaires. Pardon quand j’oublie de répondre. Oui, ce sont des oublis qui se produisent lorsque je ne réponds pas tout de suite. Je lis souvent les commentaires sur mon téléphone. C’est pratique mais je n’aime pas répondre sur ce petit écran. Je me dis : Je le ferai plus tard. Mais parfois, plus tard, ça me paraît trop tard. Alors, je dois passer pour indifférente. J’espère que vous ne m’en voulez pas !
Il y a ceux que je connais un tout petit peu plus parce qu’un jour, ils m’ont écrit un mail et parfois, nous continuons à correspondre quelque temps, ou longtemps.
Il y a ceux qui sont là depuis la première heure. Je me demande si j’ai encore quelque chose à leur apporter parce qu’à présent, ils doivent avoir fait le tour de mes manies, de mes idées fixes, de mes thèmes récurrents ! C’est que probablement mon petit univers fait écho au leur et que nous sommes touchés par les mêmes choses.

A vous tous, qui venez de 180 pays, une très bonne année !

Visiteurs 2013

Feux de forêt et économies de bouts de chandelles


Grand ciel bleu, chaleur, chant des cigales, odeur des pins, voici la Provence en été. Mais tous les ans, ces beaux paysages – et ceux qui y vivent – sont à la merci des incendies de forêt, favorisés par la sécheresse méditerranéenne ordinaire en cette saison, déclenchés par des imprudents ou plus fréquemment par des pyromanes, et attisés par le mistral quand il souffle sur la région.

Pendant longtemps, il a été totalement interdit de se promener dans les massifs forestiers du département en juillet et août, ce qui privait en été la population et les visiteurs d’un accès à des sites magnifiques. Depuis deux ou trois ans, l’interdiction n’est plus totale. Chaque jour, la décision est prise de limiter, d’interdire ou d’autoriser l’accès à ces zones plantées de résineux et d’arbustes adaptés à la sécheresse, en fonction de la force du vent notamment. Il faut donc consulter le site départemental avant d’aller s’y promener et bien respecter les horaires. Sinon, vous êtes vite repéré et on vient vous chercher…

Donc tout est très surveillé, depuis les vigies notamment. Toute fumée déclenche une alerte, le moindre départ de feu est signalé immédiatement, les Marins Pompiers sont envoyés ainsi que les hélicoptères et les canadairs, ces avions bombardiers d’eau orange* et jaunes basés à Marignane, au bruit si reconnaissable. Personne n’aime vraiment les entendre…
Tous ces moyens coûtent cher évidemment mais c’est ce qui permet d’éviter de gigantesques incendies comme il y en a eu par le passé. Alors quand il est question de les réduire, les protestations s’élèvent (à la française).

Transcription:
C’est assez rare pour être signalé. Les pilotes de bombardiers d’eau de la base de Marignane ont déposé un préavis de grève (1) pour cet été. La Direction Générale de la Sécurité Civile envisage de laisser au sol cet été deux canadairs sur les douze disponibles, et ce pour économiser l’argent sur la maintenance.

Les pilotes de canadairs continuent à s’entraîner mais cette réduction du nombre d’avions disponibles les inquiètent. La Direction a beau dire (2) que ces deux canadairs ne seraient pas forcément cloués au sol, qu’ils pourraient être mobilisés en urgence, ça ne tient pas (3), réplique Alain Huet, pilote de canadair, membre de l’intersyndicale:
« Tout aéronaute (4) normalement constitué (5) sait très bien qu’un avion qui est stocké pendant une semaine, même si on y fait quelques visites tous les jours, on sait très bien que cet avion quand on va le prendre pour intervenir, il sera en panne, il sera pas disponible. On fait des économies, encore une fois, des économies de bout de chandelle (6). On veut repousser des visites à l’année prochaine, c’est au détriment de la stratégie « Feux de forêts ».

A Marseille qui dispose de 120 km2 d’espaces naturels (7), cette menace de grève à Marignane inquiète les autorités. José Allegrini, adjoint au Maire délégué au bataillon des Marins Pompiers tire la sonnette d’alarme (8):
« Nous aurons deux bombardiers d’eau de moins cet été pour la campagne « Feux de forêts ». Ça, c’est grave, parce que l’économie résiduelle de deux équipages et de deux avions, comparée aux risques d’incendie colossaux, eh bien, vous imaginez ce que ça donne (9)! On fait pas d’économies sur, à la fois, la sécurité des personnes, des biens et des paysages. »

Quelques explications:
1. déposer un préavis de grève: c’est la procédure normale quand un syndicat appelle à faire grève. Toute grève doit être déclarée de façon officielle quelques jours avant son début. L’idéal, bien sûr, c’est quand un terrain d’entente peut être trouvé avant. Dans ce cas, les syndicats lèvent leur préavis de grève.
2. Ils ont beau dire que… = même s’ils disent que…
3. ça ne tient pas: ce n’est pas possible / ce n’est pas réaliste.
4. un aéronaute: ce terme n’est pas employé fréquemment. Il désigne un membre d’équipage dans un avion ou un engin qui vole.
5. normalement constitué: qui est d’une intelligence normale.
6. faire des économies de bouts de chandelles: des économies insignifiantes, qui ne se voient même pas, qui n’en valent pas la peine.
7. les espaces naturels de Marseille: l’essentiel du Massif des Calanques se trouve sur la commune de Marseille. Tous les alentours de Marseille sont particulièrement exposés aux risques d’incendie en été.
8. tirer la sonnette d’alarme: cette expression est synonyme d’alerter, avertir du danger.
9. ce que ça donne = le résultat / les conséquences

* orange: contrairement aux adjectifs de couleur, orange ne s’accorde pas quand il exprime la couleur. Encore une subtilité de la grammaire française !

Ça fait quelque chose

Il a fait froid en février. Un froid qui s’était installé pendant plusieurs jours. Vent qui transperce, températures négatives. La végétation méditerranéenne a accusé le coup*. Ici, ce sont les palmiers qui ont le plus souffert. Et dans les endroits où on a avoisiné les -10°, les oliviers ont gelé.
Les nôtres vont bien, il n’a fait que -7° au pied du massif de l’Etoile, côté sud. Ils sont encore jeunes, plantés il y a une quinzaine d’années. Ce ne sont pas ces gros oliviers très vieux qu’on transplante pour se donner l’illusion d’un jardin déjà ancien. Ils prospèrent tranquillement, sous nos yeux patients.

Mais près de Montpellier, dans l’arrière-pays, ça a été plus dur pour les oliveraies. Et pour ceux qui en vivent, c’est l’inquiétude des récoltes compromises pour plusieurs années puisqu’il faut couper et tailler les arbres touchés.

Transcription:
– Vous faites pas ça de gaieté de coeur (1), hein.
– Ah non, non, sûrement pas, parce que c’est quand même mon grand-père qui a planté ça en 56 (2). De repartir de si bas, c’est… ça fait quelque chose (3) comme on dit, hein. Concrètement, ça veut dire que pendant trois à cinq ans, on va… on va s’efforcer de remettre le domaine en état pour pouvoir avoir une production de… Sur certains arbres, ça va être dans deux ans, sur d’autres dans cinq ans.

Il y a des arbres donc où les écorces se sont fendues, déchirées dans le sens de la longueur et y compris même jusqu’au tronc parfois. Donc les écorces sont éclatées.

Pour l’instant, nous n’avons pas eu encore de retours mais donc nous attendons et nous espérons évidemment qu’il va… qu’il y aura des retours positifs de l’Etat (4).

On espère être classés en catastrophe naturelle (5) pour justement geler (6) tous les emprunts que l’on a parce que le plus dur, c’est pas de manger, c’est surtout de rembourser la banque, comme tout le monde le sait.

Quelques détails:
1. ne pas faire quelque chose de gaieté de coeur: ne pas faire quelque chose volontiers / faire quelque chose mais parce qu’on y est contraint.
2. en 56: il a fait très froid d’un coup cet hiver-là, après un mois de janvier très doux et les oliviers ont tous gelé en Provence. Beaucoup ont dû être arrachés et ça a été un coup d’arrêt à l’oléïculture dans le sud de la France pendant de longues années.
3. ça fait quelque chose: c’est triste / ça rend triste / ça nous touche.
4. des retours de l’Etat: les agriculteurs attendent des aides de la part de l’Etat en cas de problème. (ce qui est parfois paradoxal car certains agriculteurs par ailleurs critiquent le gouvernement français, notamment parce qu’ils trouvent qu’il y a trop d’impôts. Alors, l’Etat quand on en a besoin ?… )
5. classer en catastrophe naturelle: cette décision de l’Etat oblige les assurances à rembourser les dégâts causés par des phénomènes naturels (inondations, gel, grêle, etc…), à condition bien sûr que vous soyez assuré contre ces catastrophes naturelles. Il faut qu’un arrêté ministériel soit publié.
6. geler les emprunts: il n’y a pas que les plantes qui gèlent ! Mais attention, geler quelque chose, c’est au sens figuré, à propos d’argent, c’est-à-dire arrêter quelque chose. (geler la dette / les remboursements / les crédits) Au sens propre, on dit faire geler quelque chose: le froid a fait geler les oliviers / les canalisations d’eau. Ou alors, on emploie le verbe geler sans complément: Les oliviers ont gelé. / Les canalisations ont gelé.

* accuser le coup: être affecté, touché par quelque chose (moralement ou physiquement)

Les températures:
-7°C = 19.4°F
-10°C = 14°F

Comme deux gouttes d’eau


Weekend très pluvieux dans le sud-est de la France. Ce sont les pluies d’automne habituelles sur le pourtour méditerranéen. Ici, pas de crachin, pas de bruine comme en Bretagne ou à Paris mais des pluies intenses qui font déborder les rivières. Des pluies qui tombent à très grosses gouttes.

En français, nous avons de jolies expressions autour du mot « goutte »:
Quand deux personnes se ressemblent vraiment, on dit qu’elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Lorsqu’un petit événement s’ajoute à tout le reste et rend tout à coup la situation insupportable, on dit que c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Très évocateur, tout ça, je trouve.
Est-ce que dans vos langues respectives, ce sont les mêmes images ?

Mi-figue, mi-raisin

Si on y regarde de près, nous utilisons beaucoup d’expressions courantes qui viennent de la cuisine et de la nourriture ! Probablement le reflet de l’importance de ce domaine dans notre vie quotidienne ! Vous savez bien, les Français passent du temps à table…

Quand on est mi-figue, mi-raisin, on a des sentiments partagés, entre satisfaction et mécontentement. On est mitigé. C’est que la situation n’est pas totalement parfaite.

Une jolie expression de saison. Les raisins ont eu ce qu’il fallait de soleil et d’eau. Promesse de bons vins dans beaucoup de régions. Et les figuiers ont été généreux cette année. Une trentaine de pots de confiture avec les figues de celui qui pousse dans mon jardin. De quoi étaler sur les tartines du petit-déjeuner. Ou accompagner le foie gras…

Confiture de figues et poires - Confiture de figues et mangue

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