Précieux arbres

Je reviens vers vous maintenant que nous sommes entrés dans une période très particulière puisque après avoir fermé les écoles, les établissements scolaires et les universités il y a presque deux semaines, la France entière est maintenant entrée dans une période de confinement afin de ralentir la propagation du coronavirus. La situation dans les hôpitaux et les maisons de retraite de certaines régions est très compliquée, pour ne pas dire très mauvaise. Les Italiens et les Espagnols savent ce que cela signifie. A Marseille, cette crise sans précédent reste encore gérable. Mais combien de temps ?

En tout cas, la vie se réorganise. Je vais tâcher de vous la raconter, dans les jours qui viennent, à travers ce que je lis, écoute et regarde, tout ce qui fait réfléchir, se poser des questions, tout ce qui nous fait sourire et même rire malgré tout, et aussi à travers ce que beaucoup nous donnent à admirer par leur inventivité ou leur engagement, pour que nos vies restent belles.
Ce sera ici et aussi sur France Bienvenue, avec mon groupe d’étudiants.

En attendant, je partage avec vous une toute petite émission entendue il n’y a pas longtemps à la radio. Pour tous ceux qui sont confinés en ville et en appartement, voici une histoire d’arbres. Je mesure ma chance d’avoir, dans mon petit jardin marseillais, un grand pin, un figuier et deux oliviers, et de pouvoir aller marcher un peu – dans un temps limité – dans la nature tout près d’ici. C’est le début du printemps, les cistes sont en fleur, le serpolet est parfumé, les romarins attirent les insectes butineurs.

Je vous laisse donc en compagnie de ce forestier, amoureux des arbres.

Transcription :
– Quand vous coupez un arbre…
Ça fait mal au coeur (1). C’est un être vivant à part entière (2), c’est… c’est pas rien (3). Quand on en coupe un, on réfléchit comment il a grandi, comment il a pu survivre. Il a quand même entre vingt, trente, cinquante, soixante, quatre-vingts, voire cent ans, voire plus et ça fait quelque chose (4). Il a une histoire, il a vécu des choses que nous, on ne pourra jamais voir, comme des guerres, comme des climats, comme des feux, comme tout, et de le voir, bon, par terre, c’est vrai que c’est… bon… ça fait un pincement au coeur (5) mais bon, après, c’est le travail qui veut ça et si on fait pas ça, on peut pas dire au petit arbre qui pousse dessous qu’il va autant connaître autant de valeur que son aïeul (6), donc voilà. Donc sur certains arbres, il faut les couper, ça fait mal mais il faut le faire pour pouvoir régénérer notre forêt.
– Pourquoi c’est important pour vous de protéger la nature ?
– C’est important pour nos enfants déjà, on leur laisse quelque chose de beau, de vert, de naturel. Et c’est important pour l’environnement. Sans arbres, on n’a pas d’oxygène et sans oxygène, on peut pas vivre. La forêt, c’est… c’est ça, c’est la nature, c’est les odeurs, c’est les couleurs, c’est le silence malgré nos machines, mais une fois que (7) tout est arrêté, c’est magique.

Des explications :
1. faire mal au coeur : rendre triste
2. à part entière : ce n’est pas un être qui a moins de valeur qu’un autre
3. c’est pas rien : c’est important
4. ça fait quelque chose : ça rend triste, on ne peut pas rester indifférent
5. ça fait un pincement au coeur : ça rend triste
6. un aïeul : un grand-père
7. une fois que : après que

Pour écouter la totalité de ce petit reportage, c’est sur cette page: l’épisode 2

Entraînement !

Il y a les bruits familiers. Les petits insectes, les pies, un coq dans le lointain.
Et les moteurs des canadairs. Familiers, oui, hélas, en Provence, mais pas en n’importe quelle saison. Alors, quand on les entend un 25 novembre, qu’est-ce qu’on se dit ? Surtout si on sort à peine de plusieurs jours de grosses intempéries qui ont copieusement arrosé la nature.

Je vous écoute… C’est pour voir si vous suivez !

Mais bien sûr ! L’espace d’un instant, on se demande : Des canadairs qui tournent ? Mais comment ça se fait ? Et on sort pour regarder ce qui se passe, comme on le fait en été avec inquiétude les jours de fort mistral.

Voilà, c’était l’entraînement du jour, pour les pilotes à bord de leurs avions, en prévision des incendies de forêt de l’été, et pour vous, aux commandes de votre français !

Bon début de semaine.

Ce bleu

DSC_4261 Morgiou
DSC_4265 Morgiou
DSC_4270 Morgiou
DSC_4278 entre morgiou et Sugiton
DSC_4279 Vue sur Cassis et La Ciotat
DSC_4295 Au-dessus de Sugiton

Ce bleu des calanques.
Marcher jusqu’au bout, avec Morgiou sur la droite, monter, descendre, atteindre le cap et basculer sur Sugiton, avec l’ocre de la falaise de Cassis dans le lointain et La Ciotat encore plus loin, remonter de la mer, puis redescendre vers les Baumettes, vers la ville. Marcher longtemps au soleil de février.

Ce bleu.
Et le poème de Shainesse:

Ce soir je fais le geste d’éteindre ma bouche
de suivre le noir
Je décolle toutes les pierres de mon visage
ce visage.
Je fais le geste de courir sur le ventre
vers le bleu, vers la rivière.
Et je jette ce visage
mon visage
en offrande à la mer.

Je lis ce poème ici:
Ce soir – Shainesse

Shainesse écrit des poèmes. Nous avons parlé de poésie sur France Bienvenue.