Vive les voyages d’affaires !

En France, le TGV est en concurrence avec l’avion sur certains trajets. Alors, la SNCF développe en première classe des services reservés aux professionnels, à ceux qui voyagent pour affaires : réservation de taxi, repas servi à votre place, wifi et salons spéciaux à la gare, etc…

Voici leur nouvelle campagne de pub sur internet, en plusieurs épisodes, qui met en scène les salariés, le stagiaire et le PDG* d’une PME*.

Petit voyage en TGV.
Petit témoignage sur la vie en entreprise et les rapports entre les gens au travail !
De l’humour.
Une tranche de vie, comme on dit.

Premier épisode à l’heure du petit déjeuner:

Il suffit de cliquer ici.

Transcription:
– Bon et puis, je vous rappelle pour terminer que pour que l’on remporte ce marché, il faut évidemment que nous soyons les plus compétitifs.
– Hum…
– Hypothèse: que nous offrions nos produits.
– Hum, hum…
– Ou bien que nous donnions notre accord.
– Hum, hum…
– OK.
– Bonjour messieurs-dames (1).
– Bonjour.
– Ah! Bonjour !
– Vous désirez ?
– Alors, on va prendre 5 petits déjeuners avec 3 cafés et 2 thés, s’il vous plaît.
– Six. Je vais en prendre deux parce que j’ai pas déjeuné ce matin.
– Oui, bah comme tout le monde! Non, cinq.
– Ah donc carrément (2), vous avez… vous avez à manger et tout, quoi ! C’est énorme ! (3)
– Et pour vous, Monsieur ?
– Ah non, moi je suis… je suis pas en Pro première. Je suis le stagiaire (4). Je suis là pour les dossiers du…
– Virginie, qu’est-ce qui s’est passé avec… ?
– Vincent.
– Vincent.
– Je sais pas, les stagiaires ont toujours voyagé en seconde (5).
– Oui, ben, c’est pas normal. C’est pas normal !
– Enfin ! (6)
– Servez-le, mademoiselle, s’il vous plaît. On va vous surclasser (7). Allez voir le chef de bord (8).
– Attendez Eric, c’est ridicule !
– Servez-le, mademoiselle, s’il vous plaît.
– Bien sûr.
– Bon, bah je vais voir le chef de bord.
– J’y vais ! Dommage, dommage… (9)
– Allez-y, allez-y. Asseyez-vous. Asseyez-vous. Commandez, commandez. Donnez-lui une petite carte, mademoiselle, s’il vous plaît. Quelle honte ! Hein, je… Vraiment, je… je m’excuse. On… On est tous désolés, hein…
– Vincent.
– Vincent.
– Vous désirez ?
– Ah, non, non, non ! J’ai… J’ai pas du tout faim, en fait.

Quelques détails:
1. messieurs-dames: c’est ce qu’on dit quand on s’adresse à plusieurs personnes des deux sexes, quel que soit le nombre d’hommes et de femmes. Même s’il n’y a qu’un homme et plusieurs femmes ou l’inverse, on utilise les mots pluriels.
2. Carrément: on dit ça quand on est surpris par une situation. (familier). Ici, il ne s’attendait pas à ce qu’on puisse être servi dans le train, comme dans un avion. = Vous êtes en première Pro et en plus, vous avez votre repas servi !
3. C’est énorme ! : c’est génial et incroyable. (familier, et jeune)
4. le stagiaire: en France, dans certaines études, il faut faire un stage en entreprise. Mais évidemment, on est le petit débutant, ce qui fait que là, il n’est pas traité comme les autres salariés de l’entreprise.
5. en seconde: en seconde classe. ( Les billets sont moins chers évidemment qu’en première).
6. Enfin! : ici, ce « enfin » exprime la protestation de Virginie. Elle est choquée et gênée par l’attitude de son chef, qui la désavoue.
7. surclasser quelqu’un: le faire voyager en première alors qu’il n’a qu’un billet de seconde. Quand on le fait dans le train, au dernier moment, ça coûte cher !
8. le chef de bord: c’est comme ça qu’on appelle maintenant le contrôleur.
9. Dommage: Sonia veut dire que c’est dommage pour Virginie de perdre la face comme ça, c’est embêtant pour elle. Mais elle est ironique. (On apprend dans la présentation individuelle des personnages que les deux femmes ne s’apprécient pas particulièrement. Et aussi que Sonia rêve de devenir chanteuse, d’où sa petite « chanson ».)

* un PDG : Président Directeur Général
* PME : Petites et Moyennes Entreprises. Le sigle est devenu le nom qu’on utilise pour parler de ce type d’entreprises.

Petite remarque sur les stages et les stagiaires en France:
Tout le monde insiste sur la nécessité pour les jeunes de faire un stage pendant leurs études, afin d’être plus vite opérationnels dans leur premier vrai emploi. Le gouvernement a voté une loi imposant le paiement de 417,09 € par mois aux stagiaires qui font un stage de deux mois ou plus dans la même entreprise. Royal !(Avant, les stagiaires n’étaient pas payés, alors qu’ils travaillent réellement.) 
Le problème, c’est que maintenant, beaucoup d’entreprises ne veulent plus prendre de stagiaires, disant que ça leur coûte trop cher…

De l’Alsace à l’Afghanistan

J’ai toujours lu des bandes dessinées. Il faut dire qu’enfant, on grandissait avec Tintin et Milou, Astérix et Obélix, Blake et Mortimer, entre autres. A la bibliothèque, on n’avait pas le droit prendre uniquement des BD. Deux raisons à cela: il en fallait pour tout le monde et en emprunter plus de deux voulait dire que certains enfants n’en trouveraient plus dans les bacs. Mais surtout, beaucoup d’adultes considéraient que lire des BD, ce n’était pas lire ! Et ils n’en lisaient pas, ou plus, eux-mêmes. Lire, c’était emprunter de « vrais » livres, avec de vrais mots, de vraies phrases. Du sérieux !

Les choses ont bien changé !
– Le rayon BD des bibliothèques et des librairies occupe un bel espace, habité par des lecteurs assis par terre, complètement absorbés par les albums qu’ils ont entre les mains. Et ces lecteurs ne sont pas uniquement des enfants. Au contraire.
– Les mangas ont une foule de fidèles.
– Certaines BD, absolument magnifiques, riches de dizaines de détails, sont un vrai régal pour les yeux.
– D’autres s’appellent aujourd’hui des romans graphiques et racontent des histoires subtiles, complexes, qu’on ne lit pas en cinq minutes.
Le Festival d’Angoulême, tous les ans, rassemble tout ce qui se fait de mieux dans ce domaine.
– Beaucoup de jeunes auteurs (français ou autres) ont la chance d’avoir un public.
Bref, la BD a gagné ses lettres de noblesse* et a désormais le vent en poupe*.

Nicolas Wild – oui, oui, il est français! – le sait bien, puisque ses albums, Kaboul Disco, ont du succès.
Parcours original, très inattendu.

Voici la présentation qui est faite au dos du tome 1 (en quatrième de couverture, comme on dit) :
En 2005, Nicolas Wild, dessinateur de bandes dessinées sans domicile fixe, trouve enfin un boulot dans ses cordes. Seulement, c’est un peu loin: à Kaboul, dans un Afghanistan tout juste « sorti » de la guerre. Le voilà donc transporté dans une capitale en crise, chargé de dessiner une adaptation BD de la constitution afghane, puis d’illustrer des campagnes de sensibilisation, aux dangers de l’opium par exemple. Un regard ironique et pertinent sur les réalités de l’Afghanistan. (et sur la vie d’expatrié dans un pays qui est loin d’être un pays tranquille.)

Et voici ce qu’il en dit:


Transcription:
– C’est… C’est un beau pays très magique. Une terre de contrastes, comme on dit. On a travaillé sur les droits des femmes, sur les dangers de l’opium. Enfin, c’était une façon originale de découvrir un pays en y travaillant et chaque projet était un peu une clé qui nous donnait accès à… à un aspect différent de l’Afghanistan, de la reconstruction de l’Afghanistan.
Nous, souvent le weekend, on sortait quand même dans la rue, pour se promener, pour un peu se perdre. Mais moi, enfin, dès que j’étais dehors dans la rue, même… Il y avait toujours une petite boule d’angoisse au fond de moi, genre (1) « Il pourrait se passer quelque chose ».
Ce que je trouvais amusant, c’est de raconter dans Kaboul Disco, raconter en bandes dessinées comment j’étais en Afghanistan pour faire des bandes dessinées pour les Afghans. Et c’est une espèce de mise en abyme (2) que je trouve assez amusante. Et c’est vrai qu’on a fait beaucoup de projets didactiques (3) pour les Afghans, et Kaboul Disco, c’est… Inconsciemment, j’ai fait pas mal de passages didactiques pour les Français en fait, pour expliquer un peu l’histoire, et… Et je pense que tout ce que j’ai fait en Afghanistan pour les Afghans a nourri un peu mon côté didactique que je mets dans les BD (4) que je fais maintenant pour un autre public.
Vous auriez pu être un dessinateur en pantoufles (5) et finalement, vous êtes toujours par monts et par vaux (6). C’est pas un hasard.
– En fait, j’ai commencé à voyager quand j’étais aux Arts Décoratifs (7) à Strasbourg, parce que j’ai vécu en Alsace (8) genre jusqu’à 20 ans. Donc une région où on aime bien vivre en pantoufles, où on mange bien. Enfin c’est une région assez paisible. Et à partir de là, je me suis… je me suis dit: « Voyons ce qui se passe dans (9)cette planète. Voyageons, soyons fous ! »
– Et vous avez continué.
– Eh oui ! Ce qui me manque, c’est un peu l’adrénaline, enfin le… le… Je connais des gens, des journalistes ou des militaires qui ont vraiment été sur le terrain, qui ont… pendant des combats. Et c’est une véritable drogue, l’adrénaline, ça procure des sensations fortes. Et il y a beaucoup de gens qui travaillent dans des pays en guerre qui peuvent plus revenir en Europe. Ou ils reviennent et ils font une dépression nerveuse, ou ils repartent directement dans un autre pays en guerre.
Ce qui est pas votre cas, apparemment.
– Non, non ! Moi, j’aime bien retourner en Alsace, remettre mes pantoufles (10). Soyons fous !

Quelques explications:
1. genre: utilisé comme ça, ce mot montre qu’on va donner un exemple.  (familier) C’est un raccourci de « du genre ». C’est comme dire « Je vais vous donner une idée de ce que je raconte ».
2. une mise en abyme:c’est un procédé artistique dans lequel il y a une oeuvre dans une oeuvre du même type. Ici, dans cette BD, Nicolas Wild se dessine en train de dessiner des BD.
3. des projets didactiques: des projets destinés à enseigner quelque chose aux gens.
4. une BD: abréviation très courante de « une bande dessinée ».
5. des pantoufles: des chaussons, qui symbolisent le fait de mener une petite vie très tranquille à la maison, sans risques. On utilise aussi l’adjectif « pantouflard » pour qualifier quelqu’un qui n’a pas envie d’aller voir le monde.
6. par monts et par vaux: partout dans le monde. Quelqu’un qui est toujours par monts et par vaux, c’est quelqu’un qui n’est jamais chez lui, qui bouge et voyage tout le temps. C’est l’opposé d’un pantouflard.
7. Les Arts Décoratifs = l’école des Arts Décoratifs. On dit souvent juste: il a fait les Arts Décos, pour dire qu’il est allé dans cette école.
8. L’Alsace: une des régions de France, dans l’est du pays, à la frontière avec l’Allemagne.
9. dans cette planète: normalement, on dit plutôt « sur cette planète« . Il y a sûrement téléscopage dans sa tête avec l’expression « dans le monde ».
10. remettre mes pantoufles: cette image signifie qu’il est content aussi de rentrer chez lui et de reprendre une vie tranquille et ordinaire.

* avoir le vent en poupe: avoir beaucoup de succès. C’est comme un bateau qui profite d’un vent favorable et qui file à toute allure. La poupe, c’est l’arrière du bateau.
* gagner ses lettres de noblesse: c’est quand un art est reconnu, alors qu’il était considéré comme mineur. (Les lettres de noblesse étaient les documents officiels par lequel le roi de France anoblissait ceux qui n’étaient pas nobles par leur famille et les faisaient ainsi accéder à un statut supérieur dans la société.)