Théâtre et cinéma pour Adeline

On a beaucoup entendu et vu cette actrice quand le film Maryline est sorti en novembre dernier.
Je me suis vraiment ennuyée pendant ce film, qui avait pourtant reçu de bonnes critiques et été mis en avant partout à la radio et à la télévision ! En fait, il faut vraiment décrypter tous ces discours promotionnels et c’est parfois difficile de ne pas se tromper. Et puis, chacun ses goûts sans doute !
Mais les interviews avec Adeline D’Hermy étaient agréables et intéressantes à écouter. Cette jeune femme de valeur a des choses à dire, tranquillement, simplement, sans prétention. Alors voici un extrait de l’une d’entre elles, pour le timbre de sa voix, pour ses pauses et sa diction.

Adeline D’Hermy

Transcription

– Et le Français (1), vous le disiez à demi-mot (2), c’était pas du tout votre rêve de petite fille, en fait.
– Pas du tout !
– C’est venu quand, ce rêve d’intégrer la Comédie Française ?
– C’est venu quand on me l’a proposé en fait. Je… J’y pensais pas du tout. On m’a… J’y avais été… Honnêtement, j’avais été une fois à la Comédie Française avant… avant de… d’y rentrer comme pensionnaire (3). Donc je… je… Je n’en rêvais pas, j’y pensais pas, honnêtement, moi je… je suis arrivée… J’ai fait du théâtre assez tard par rapport… pour… pour une actrice. Quand je suis arrivée au Conservatoire (4), les… mes camarades avaient pour la plupart fait beaucoup de théâtre avant, donc j’ai essayé un peu de rattraper tout le retard que j’avais.
– Alors vous rêviez de quoi quand vous étiez petite, vous ?
– Moi, je rêvais d’être danseuse.
– Que danseuse ?
– Mmm.
– C’est tout ? Il y a cette perte du coup, ce manque de ne pas l’être, encore aujourd’hui ?
– Non, parce que quelque part (5), j’ai l’impression de danser, dans mon métier. En fait, je… j’ai énormément de chance d’avoir… J’ai commencé à cinq ans, la danse, et j’ai une immense chance d’avoir fait ça, pour mon métier, d’avoir fait de la danse avant, parce que je pense que j’en serais pas là aujourd’hui si j’avais pas fait tous ces cours de danse et ça m’apporte une conscience du corps et un travail là-dessus du coup possible, qui est… qui est, je pense, très important pour moi. Et en fait du coup, je danse pas mal (6). Alors oui, je fais plus de cours (7). Ça, j’ai pas… J’aimerais bien en refaire mais en fait, on me demande beaucoup de danser dans les spectacles. Je sais pas si vous avez remarqué, Augustin, mais je… A chaque fois que je danse…
– Quand vous jouez une bonne (8), vous êtes jamais avare (9) d’un petit pas de bourrée (10), Adeline.
– Non. Je suis jamais avare d’un petit pas de bourrée ! J’en profite dès que je peux de faire des… Et puis dans Scapin (11), par exemple, Zerbinette… Denis m’a… Denis Podalydès m’a fait danser. Voilà.
– Et là, comme on est à la radio, on entend que ça passe aussi par la voix. Votre voix, Adeline, c’est quand même quelque chose (12)… d’assez étonnant, une voix aiguë, un rien (13) pointue, qu’on reconnaît entre mille (14). Comment vous l’avez travaillée, votre voix, pour le rôle de Maryline ? Il a fallu la travailler, déjà (15) ?
– Oui. Moi, j’ai travaillé ma voix déjà au Conservatoire. On nous fait pas mal travailler parce que en plus, j’avais un accent du nord quand je suis arrivée, qu’on a… Il a fallu un tout petit peu…
– Ça… ça peut présager des choses très bien pour certains acteurs (16), cet accent du nord !
– Oui ! Et puis, bah pour Maryline, Guillaume m’avait demandé d’aller… d’aller voir une phoniatre, pour essayer de… justement parce que j’ai la voix aiguë, de… d’essayer d’avoir un peu plus de graves, pour pouvoir jouer ces scènes plus difficiles, ces scènes où elle va dans le fond du fond. Donc on a essayé de travailler sur le corps, quand voilà, quand elle s’effondre un petit peu et que la voix baisse. Après, moi je… Du coup, j’ai fait ça. Après, quand j’ai vu le film, je me… j’ai pas eu du tout… J’ai pas eu trop l’impression d’avoir la voix plus grave. Mais en fait, ouais… On entend… On se rend pas compte de la voix qu’on a ! C’est… c’est assez violent en fait d’entendre sa voix, parce que moi, quand je m’entends… Là, si j’écoute l’émission, je vais me dire : Mais c’est pas… c’est pas possible ! J’entends pas du tout… J’ai l’impression d’avoir une voix beaucoup moins aiguë que ce que je n’ai.

Des explications :
1. Le Français: c’est le surnom de la Comédie Française, qu’on appelle aussi la Maison de Molière, fondée en 1680.
2. Dire quelque chose à demi-mot : suggérer, sous-entendre quelque chose, ne pas le dire directement ou complètement. On peut aussi comprendre quelque chose à demi-mot.
3. Comme pensionnaire : on utilise ce terme pour désigner une partie des acteurs qui composent la troupe de la Comédie Française.
4. Le Conservatoire : C’est le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique à Paris, qui forme des comédiens depuis deux siècles.
5. quelque part : d’une certaine façon
6. je danse pas mal : je danse en fait souvent. (Attention, ce n’est pas comme : Je ne danse pas mal, qui signifie : Je danse plutôt bien.)
7. je ne fais plus de cours = je ne suis plus de cours, je ne vais plus à des cours.
8. Une bonne = une servante, une domestique. C’est un terme qu’on n’emploie plus aujourd’hui sauf dans l’expression : Je ne suis pas ta bonne ! Elle signifie qu’on refuse de faire des tâches matérielles au service de quelqu’un et qu’on dit à cette personne de les faire elle-même.
9. ne pas être avare de quelque chose : ne pas rechigner à faire quelque chose. Elle danse volontiers quand elle le peut. Par exemple : Il n’est pas avare de son temps = Il ne compte pas son temps, il donne volontiers de son temps pour faire quelque chose. / Il n’est pas avare de compliments = Il félicite volontiers les gens.
10. La bourrée : une danse populaire qu’on dansait dans les campagnes autrefois.
11. Scapin : elle simplifie le nom de la pièce de Molière : Les fourberies de Scapin, dans laquelle elle joue actuellement à la Comédie Française.
12. C’est quelque chose : il marque une petit pause avant de continuer, ce qui donne l’impression une fraction de seconde qu’il va juste dire : C’est quelque chose ! A l’oral, cette phrase exprime de l’admiration. (Et c’est bien ce qu’il exprime en fait!)
13. un rien pointue = très légèrement pointue
14. reconnaître quelque chose (ou quelqu’un) entre mille : cette expression indique une grande originalité, une singularité qui fait que rien d’autre / personne d’autre n’est semblable. Par exemple : Il a un rire reconnaissable entre mille. / Tu ne peux pas te tromper. On le reconnaît entre mille ! J’ai mis quelques autres exemples ici.
15. Déjà : Il lui a d’abord demandé comment elle a fait pour travailler sa voix. Puis il revient à la question préalable, c’est-à-dire tout d’abord si elle a dû travailler sa voix.
16. Il fait allusion à l’acteur Dany Boon dont par exemple, le film Les Chtis a eu un grand succès populaire, qui se passe dans le nord de la France et dans lequel les acteurs ont de très forts accents de cette région.

L’interview entière est à écouter ici.

La bande annonce de Maryline, plutôt alléchante, est ici.

Bon début de weekend !
De notre côté, peut-être verrons-nous enfin un bon film, car depuis quelque temps, nous restons sur notre faim… Rien d’enthousiasmant. Quand je vais au cinéma, j’attends d’être touchée, éblouie, transportée par des films comme le dernier dont je vous avais parlé ici.
Heureusement, j’ai lu de bons livres et de belles BD, que je partagerai avec vous dans de futurs billets.

Étiquettes :

3 responses to “Théâtre et cinéma pour Adeline”

  1. francefougere says :

    Merci ! les Comédiens Français sont des artistes complets et évoluent très bien en scène- donc la

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  2. francefougere says :

    … la danse est une excellente formation
    Amicalement

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  3. Rick Ellis says :

    Bonjour Anne,

    Je serais content de te conseiller plusieurs films français qui sont toujours assez récents, bien qu’ils ne soient plus à l’affiche. Quand à celui-là (« Maryline »), rien que de regarder la bande-annonce, je m’ennuyais (pas de projet de regarder le film lui-même, évidemment). A l’instant, le film qui me vient à l’esprit comme recommandation, c’est « Eperdument » avec Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos. Cette dernière, elle-même une jeune actrice française, n’a pas de troupe après son nom, pas de « de la Comédie Française », rien de tout ça. Mais elle n’en a pas besoin non plus. Voilà « la Comédie Bad Girl », comme je l’aime : convaincante.

    Je crois que nous pourrions passer un bon moment en « parlant ciné » (de vive voix) une fois prochainement, si ça te dit !

    Merci de ce billet qui m’a beaucoup plu. Bonne fin de semaine, et bon weekend.

    Rick

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